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Full text of "Essai sur l'histoire de la cosmographie et de la cartographie pendant le Moyen-âge, et sur les ..."

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■£vj— 



ESSAI 



SOI 



L'HISTOIRE DE LA COSMOGRAPHIE 



ET DE LA CARTOGRAPHIE 



PENDANT LE MOYBH-AGE. 



l'y. " 



6190 IMPRIMBRIB MAULDB BT RBNOC 

Rue d«i Foi*é* Saint-Germain l'Anxerroi»,!* 



ESSAI 

SUR L'HISTOIRE 

DE LA COSMOGRAPHIE 

ET DE LA CARTOGRAPHIE 

PENDANT LE MOYEN-AGE, 

Kl SUR LES 

PROGRÈS DE LA GEOGRAPHIE 

APRES LU GRANDES DECOUVERTES DU XV e SIECLE, 

WPI SEËVII POTIODOCTUN ET D'EXPLICATION A L'ATLAS COMPOSÉ DE H4PPEH01MS 

ET DE P0MF1AJS, ET D'AUTRES M0SDME5TS GftOCRAPHIQDES, DEPUIS 

LE VP SIÈCLE DE ROTIE tlE JUSQU'AU XYII% 



PkK 



LE VICOMTE DE SANTAREM 

DKS ACADÉMIES DES SCIENCES DE LISBONNE, DE BERLIN, BRUXELLKS, 

Mrpficn, NAPLES, DE L'INSTITUT DE FRANCE, DES SOCIÉTÉS DC 

GEOGRAPHIE DE BERLIN, FRANCFORT, LONDRES, PARIS, 

KT DR SAINT-PÉTERSBOURG, ETC. 



TOME TROISIÈME 



PARIS 




IMPRIMERIE MAULDE ET RKNOU 

roc dss rotscs saist-cermaix-l'auxerrois, it. 

1852 




r 



/> 



TABLE 



DES MONUMENTS GÉOGRAPHIQUES 



DÉCRITS DANS CE TROISIÈME VOLUME. 



XIV* SIÈCLE. 

A'ill. — Mappemonde renfermée dans un manuscrit du 
Polychronicon de Ranulphus Hydgen, conservé 

au Musée Britannique p. I 

LIX. — Mappemonde du Polychronicon de Ranulphus 

Hygden, renfermée dans le même manuscrit. . p. 60 
LX. — Mappemonde renfermée dans uri autre manuscrit 
du Polychronicon de Ranulphus Hygden, con- 
servée au Musée Britannique p. 82 

LXI. — Mappemonde renfermée dans un manuscrit de la 

Bibliothèque royale de Stutlgard p. 94 

LXII. — Système de Cosmographie renfermé dans le ma- 
nuscrit de Y Imago Mundi y d'Honoré d'Autun , 
conservé à la Bibliothèque royale de Stuttgard. p. 99 
LXI1I. — Planisphère renfermé dans un manuscrit de Y image 
du Monde, conservé à la Bibliothèque royale de 

Bruxelles p. 100 

LXIV. — Planisphère renfermé dans le même manuscrit de 

Bruxelles p. 101 

LXV. — Planisphère renfermé dans le même manuscrit. . p. 102 
LXVI. — Figure renfermée dans le même manuscrit. . . . p. 102 
LXVII. — Mappemonde renfermée dans un manuscrit fran- 
çais de la Bibliothèque nationale de Paris. . . p. 103 
LXVI1I — Mappemonde renfermée dans un manuscrit de la 
111 a 



VI — 

Bibliothèque nationale de Paris, contenant l'ou- 
vrage de Guillaume de Tripoli p. 104 

LXIX. — Mappemonde renfermée dans un manuscrit de la 

Bibliothèque d'Arras p. 110 

LXX. — Mappemonde renfermée dans un manuscrit de la 

Biblotbèque impériale de Vienne p. ILS 

LXX!. — Système cosmographique renfermé dans un ma- 
nuscrit de la Bibliothèque nationale de Paris. . p. 121 
LXXII. — Système cosmographique renfermé dans le même 

manuscrit de la Bibliothèque nationale de Paris, p. 123 
LXXIII. — Mappemonde renfermée dans un manuscrit de la 

bibliothèque nationale de Paris p. 12G 

LXXIV. — Mappemonde renfermée dans le manuscrit du 

poème d'Ermcngaud de Bézières p. 127 

LXXV. — Mappemonde renfermée dans un manuscrit de la 

Bibliothèque Laurenciana de Florence. ... p. 129 
LXXVI. — Mappemonde renfermée dans un manuscrit de la 

Bibliothèque de Florence p. 133 

LXXVII. — Système cosmographique renfermé dans le manus- 
crit n° 4126 de la Bibliothèque nationale de 

Paris p. 134 

LXXVIII. — Mappemonde renfermée dans un manuscrit de la 

Bibliothèque nationale de Paris, qui porte le 

titre de Chroni con ad Annum MGCCXX p. 139 

LXXIX. — Mappemonde de Marino Sanulo, publiée par Bon- 
gars, et celle de l'abbé Ganonici, a Venise. . . p. 173 
LXXX. — Mappemonde du manuscrit de Marino Sanulo, à la 
Bibliothèque royale de Bruxelles (ancienne Bi- 
bliothèque de Bourgogne) p. 182 

LXXXI. — Mappemonde renfermée dans un manuscrit de Sa- 
nuto, de l'ancienne Bibliothèque des ducs de 
Bourgogne, conservée à la Bibliothèque royale 

de Bruxelles, sous le n° 9347-48 p. 207 

LXXXI1. — Mappemonde renfermée dans un manuscrit de la 
relation des voyages de Marco Polo, conservée 

à la Bibliothèque de Stockholm p. 211 

LXXXIII. — Mappemonde renfermée dans le manuscrit des 

chroniques de Saint-Denis, conservée à la Bi- 
bliothèque de Sainte-Geneviève p. 214 

LXXXI V. — Mappemonde de Nicolas d'Oresme, dressée vers 

l'année 1377. . ■ p. **2 



VU 

LXXXV. — Représentation cosmograpuiqua renfermée dans 

nn manuscrit de Is Bibliothèque nationale de 
Paris, qui a pour titre àrchiloge Sophie. . . . p. 924 
LXXXVI. — Figure cosmographiqne renfermée dans le môme 

manuscrit p. 226 

LXXXVII. — Système cosmographique renfermé dans un ma- 
nuscrit latin de la Bibliothèque nationale de 

Paris p. 227 

LXXVIU. — Mappemonde renfermée dans le Budimentorum 

yociliorum, imprimé en 1475 p. 230 

LXXXIX. — Figure renfermée dans un manuscrit de la Biblio- 
thèque royale de Stuttgard p. 244 

XC. — Planisphère renfermé dans le même manuscrit . p. 244 
XCI- — Autre planisphère renfermé dans le même manus- 
crit p. 245 

XCII. — Mappemonde renfermée dans un manuscrit de la 

Bibliothèque nationale de Paris p. 245 

XC1II. — Mappemonde renfermée dans un manuscrit de 
Y Image du Monde, conservée à la Bibliothèque 
nationale de Paris p. 246 



Mappemondes du XF* siècle antérieures aux grandes découvertes 
maritimes des Portugais et des Espagnols. 

XGIY. — Mappemonde du Musée du cardinal Borgia. . . .p. 247 
XCV. — Planisphère renfermé dans le livre intitulé : 
Imago Mundi du cardinal Pierre d'Ailly, exécuté 
en 1410. Planisphère représentant l'Aryne, ti- 
rée du manuscrit de Pierre Alphonse. . . p. 301-522 

XGVI. — Mappemonde de Tannée 1417, conservée à la Bi- 
bliothèque du palais Pitti à Florence p. 327 

XCVII. — Mappemonde renfermée dans une initiale du ma- 
nuscrit de Pomponius Mêla, donné par le cardi- 
nal Guillaume Fillastre à la Bibliothèque de 

Reims, en 1417 p. 341 

XCV1II. — Petite Mappemonde renfermée dans un manuscrit 

latin d'Isidore de Séville, à la Bibliothèque na- 
tionale de Paris p. 348 

XGIX. — Mappemonde gravée au revers d'une médaille. . p. 349 



VIII 

G. — Mappemonde du poème géographique attribué à 

Leonardo Dati de Florence (1423-1424) p. 353 

CI. — Mappemonde renfermée dans le même ouvrage, p. 556 

Cil. — Mappemonde d'un manuscrit plus ancien, repro- 
duite dans l'édition pr inceps des ouvrages 
d'Isidore de Séville, de 1493 p. 357 

GUI. — Planisphère renfermé dans un poème géographi- 
que manuscrit de Dati p. 558 

CIV. — Mappemonde dressée par Andréa Bianco, dans 

Tannée 1436 p. 366 

CV. — Mappemonde dressée par Giovani Lbaedo dans 
l'année 1448, censervée a Vicencedans la Bi- 
bliothèque Trento p. 398 

CVI. — Mappemonde de Jean Germain, évéque de Chalons. p. 443 

CVII. — Mappemonde renfermée dans un manuscrit de la 

Bibliothèque Vadiane à Saint-Gall, en Suisse. . p. 444 

CVIII. — Mappemonde de La Salle p. 450 

Appendice aux monuments géographiques décrits dans te 
tome II de cet ouvrage. 

XI e SIÈCLE. 

Mappemonde qui se trouve dans un manuscrit de Macrobe, con- 
servé à la Bibliothèque de la ville de Metz p. 460 

XII e SIÈCLE. 

Mappemonde d'Henri de Mavence, conservée à la Bibliothèque 
du Corpus christi collège, à Cambridge en Angleterre. ... p. 465 

XII e SIÈCLE. 

Mappemonde d'un manuscrit de la Bibliothèque nationale de 
Paris, renfermant un commentaire sur le Timéb de Platon. . p. 498 

XIII e SIÈCLE. 

Mappemonde renfermée dans le manuscrit de l'ouvrage de Guil- 
laume abbé d'Hirsan, à la Bibliothèque de Stuitgard p. 499 

XIII r SIÈCLE. 

Figure représentant la Terre qui se trouve dans le môme ma- 
nuscrit de l'ouvrage de Guillaume abbé d'Hirsan p. 505 



— IX — 

XIII e SIÈCLE. 

Système des zones tiré du manuscrit de Guillaume abbé 
d'Hirsan, à la Bibliothèque de Stuttgard p. 504 

XIII e SIÈCLE. 

Mappemonde renfermée dans un manuscrit des œuvres d'Isidore 
de Sétfile, de la Bibliothèque de Metz p. 806 

XIII e SIÈCLE. 

Petite Mappemonde renfermée dans le même manuscrit d'Isidore 
de Séville, de la Bibliothèque de Metz p. SOS 

Note sur la signification d'Arbre du Soleil et d'Arbre de la 
Lune qu'on remarque dans certaines cartes du moyen-âge. .... p. 506 



Table méthodique et raisonnée par ordre alphabétique des 
auteurs et des matières. . . . - p. 507 



INTRODUCTION 



Dans ce volume consacré encore aux cartes 
systématiques du moyen-âge, sont renfermées 
les analyses et les descriptions des monuments 
cosmographiques et géographiques du XIV e et 
du XV e siècle, jusqu'à l'époque des grandes dé- 
couvertes des Portugais et des Espagnols. Nous 
sommes donc arrivés à la conclusion de cette 
partie de notre travail, et il nous est permis de 
jeter un coup-d'œil en arrière sur l'ensemble de 
la période que nous venons de parcourir (1). 



(1) Les canes dont nous donnons la description dans ces deux vo- 
lâmes étaient tout-à-fait inconnues encore en 1806. A cette époque le 
père Peliegrini, bibliothécaire de la Zeniana, soutenait que la mappe- 
monde de Fra Mauro, de 14.">9, était le plus ancien monument géogra- 
phique après la carte Tliéodosienne ; or, nous en réunissons ici déjà 117, 
qui sont antérieures à Fra Mauro. Voyez ce que dit Peliegrini, dans 
le tom. XII du Journal de Littérature italienne, publié à Padoue, Cf. 
I" Lettre de Pezzana (février 1806), au comte Nicolas Da Rio, dans la 
traduction qui en a été faite et qui a pour titre : « De l'ancienneté d$ 



— XII 



Lorsqu'on opère le rapprochement des map- 
pemondes systématiques, depuis celle de Cos- 
mas du VI e siècle, jusqu'à celles du XIII e siècle, 
et qu'on les compare avec les relations des voya- 
geurs qui ont parcouru les différentes parties de 
la terre alors connue, on est étonné de l'igno- 
rance que montrent les dessinateurs des cartes 
de cette époque, et au premier abord il semble 
incroyable qu'ils n'aient point pu tirer parti des 
récits des voyageurs, pour dresser des cartes 
plus parfaites, dans lesquelles on aurait pu mieux 
remarquer le progrès des connaissances géogra- 
phique par l'addition constante de nouveaux 
noms des lieux terrestres. 

Les cartes systématiques ne sont pour la plu- 
part, jusqu'au commencement du XIV e siècle, 



la Mappemonde des frères Pizzigani, exécutée en 1567, vcnyJc des accusa- 
lion* du père Pellnjrini, bibliothécaire d>: la Zrniana, etc., par C. Brack 
de L'Académie de Marseille. Gènes, imprimerie Giozzi, 1808. Nous re- 
viendrons sur ce sujet. 

Les 1 17 monuments géographiques analysés dans ce volume se trou- 
vent tous dans notre Allas, à l'exception d'un seul. Tous ont été re- 
produits en fac-similé de mômes dimensions que l'original , avec toutes 
leurs légendes, le seul moyen de rendre la publication de ces monu- 
ments utile à la science, ce qui ne s'obtiendra jamais par la méthode 
de certains écrivains qui les ont donnés dans des proportions micro- 
scopiques dénaturant complètement l'œuvic et la rendant tout-à-fait 
méconnaissable. Du reste, c'est une question déjà jugée par les vrais 
savants, et leur jugement est d'accord avec la raison môme; la mé- 
thode do reproduction identique est la seule véritablement utile. 



XIII — 



qu'une continuation de la géographie gréco- 
romaine, comme nous l'avons déjà fait remar- 
quer. Les causes de ce fait s'expliquent toutefois 
aisément et par l'imperfection de la publicité 
dans ces temps, et par la difficulté des relations, 
qui mettaient la plupart du temps les cartogra- 
phes dans l'impossibilité de connaître les rela- 
tions des voyageurs, et souvent même jusqu'à 
leur existence ; une sorte d'engourdissement en- 
travait aussi le développement des idées, il en 
résultait encore que certaines relations, bien que 
connues, étaient sans examen ni distinction d'é- 
léments considérées tout entières comme un tissu 
merveilleux et romanesque, propre seulement à 
égarer en amusant l'esprit du lecteur. Nous avons 
déjà signalé ces faits. Avons-nous besoin d'ajou- 
ter qu'on ne connaissait pas au moyen-âge l'étude 
comparative des sources et la lumière que font 
naître ces rapprochements? Les faibles mais 
réels progrès qui se remarquent déjà dans les 
cartes du XIV e siècle, et notamment dans celles 
du XV e , les deux siècles dont l'analyse remplit 
ce volume, sont dus selon nous au mouvement 
général des rapports commerciaux ou politiques. 
Ces progrès commencèrent à poindre à l'époque 
des dernières croisades; la Ligue Anséaiiqnc con- 



XIV 



tribua beaucoup à faire mieux connaître les Mers 
du Nord et les côtes occidentales de l'Europe, 
ces navigateurs établirent, sinon des relations di- 
rectes avec l'Orient, du moins des rapports avec 
les villes du littoral de la Méditerranée. La Scan- 
dinavie ne commence à être bien désignée dans 
les cartes qu'à partir du XII e siècle. 

Nous ferons remarquer ici au sujet des cartes 
anciennes, que les soulèvements et d'autres alté- 
rations successives du sol ont apporté de grands 
changements dans le niveau des terres et dans 
la direction des fleuves ; ces éléments ainsi alté- 
rés dans le cours des temps et des siècles, il se 
pourrait que les tracés hydrographiques des 
cartes du moyen-âge qui présentent de si gran- 
des différences de nos cartes modernes dussent 
en certain cas du moins être expliqués par quel- 
que changement de configuration physique. 

L'examen de ces différences devra être le sujet 
d'études comparatives exécutées sur les nombreu- 
ses cartes anciennes que nous donnons dans notre 
Atlas, et sur celles qui ont été dressées par les 
modernes, enfin sur les récits et les observations 
des voyageurs et des géographes. Pour cette par- 
tie de la géographie comparée, l'étude des cartes 
de l'époque intermédiaire nous semble indis- 



XV 



pensable. 11 est vrai qu'une grande difficulté se 
présentera toujours et rendra difficile, sinon im- 
possible , la constatation du cours de certaines 
rivières : c'est la variété des noms donnés aux 
mêmes cours d'eau. Déjà feu Klaproth, en par- 
lant des fleuves qui débouchent dans la Cas- 
pienne, a dit : « Cette variété de noms est une 
« grande difficulté dans les discussions géogra- 
« phiques, là où tous les peuples se sont succédé 
* dans les migrations de l'ouest à l'est. » Ce 
savant ajoutait : « L'histoire ancienne et moyenne 
« de l'Europe orientale et de cette partie de 
« l'Asie qui avoisine la Mer Caspienne, est enve- 
« loppée de ténèbres qu'on ne parviendra peut- 
« être jamais à éclaircir par des données posi- 
« tives. On ne peut parvenir qu'à de simples 
« conjectures, mais ces conjectures sont des fon- 
« déments si solides, qu'elles s'élèvent à un très 
« haut degré de probabilité (1). » 

Entre autres particularités que présentent les 
cartes du XIV e et du XV e siècle, nous signalerons 
l'apparition de nouvelles légendes. Si dans la 
carte d'Hereford nous avons vu des légendes ti- 



(1) Klaproth. Lettre à M. de Humboldt (1RM), et dont cet illustre 
sanntadoBQc la substance dans le tome II de son uie centrale, pages 
«0 et suW. 



XVI 



rées en grande partie de Solin ; dans celle de 
Borgia nous en trouvons plusieurs relatives aux 
victoires et aux campagnes d'Alexandre, et pui- 
sées aux récits des historiens de ce conquérant ; 
d'autres relatives à Charlemagne et à Attila, et à 
des faits de l'année de 1356 ; d'autres encore sur 
les caravanes de pèlerins d'Afrique qui se ren- 
dent à la Mecque ; d'autres enfin sur les Berbères 
qui vivent sous des tentes (1), sans parler d'une 
foule d'autres qui ne figurent pas dans les cartes 
antérieures, 

A partir de la fin du XIV e siècle, se fait sentir 
déjà l'influence positive des géographes arabes 
sur les cartographes occidentaux. Avant cette 
époque, cette influence était nulle, et s'il s'en 
reconnaît quelque faible indice, c'est une trace 
encore fort incertaine. Nous-mêmes nous avons 
été induits en erreur à cet égard, mais une étude 
approfondie des cartes nous, a prouvé que l'in- 
fluence arabe n'est vraiment positive qu'à dater 
de l'époque que nous venons d'indiquer. Nous 
avons eu la preuve non seulement dans plusieurs 
légendes des cartes de cette époque, mais aussi 
dans les noms de plusieurs villes \i\. et même 

(Il Mappemonde Borgia. 

(i) Caries Catalane, de 1575. de Solen, do I3&% et du Musée Borgi* 
de Leardus. de 1 14». de la Medicej. 



XVII 



dans le nom d'Abakou donné à la mer Caspienne. 
Ce nom (1) se présente pour la première fois dans 
la carte catalane de 1375 et dans celle du Lear- 
dusdu XV e siècle. Mais l'influence arabe se ma- 
nifeste plus que partout ailleurs dans les légen- 
des et dans les noms de l'Afrique (2). 

Les cartographes occidentaux jusqu'au XI e siè- 
cle ne pouvaient pas puiser aux sources arabes 
pour l'Afrique, puisque ce ne fut que vers la tin 
des XI e et XII e siècles de l'ère chrétienne, qu'à 
l'occasion des guerres qui s'élevèrent entre les 
khalifes d'Egypte et ceux d'Afrique de la dynas- 
tie des Zéïrites, que les Arabes eux-mêmes tra- 
versèrent au delà du Grand Désert dans des mi- 
grations nombreuses. La plus ancienne notion 
sur le Soudan ou pays des Nègres donnée par un 
auteur arabe, est celle que nous lisons dans Ibin- 
Haucal, et qui date de l'année 943 de l'ère chré- 
tienne (3). Mais ces notions géographiques re- 
cueillies par des voyageurs arabes semblent 
n'avoir été connues des Européens que plusieurs 



(1) Voyez Klaproth cité par M. de Hmnboldl, Asie centrale, tome II, 
page 209. 

(2) Voyez les Légendes de la Mappemonde du Musée Borgia, p. 289 
292,294. On y remarque aussi les noms d'Anonan, Telmesen, Copia, 
Tegostt Tahora, Tokror, Gana, Demdem, Musa-Melli, Tombuktu, etc. 

(3) Voyez Walckenaer. — Recherches sur l'Afrique, p. 13, n. l. 



XVIII 



siècles après. En effet, les premières traductions 
faites par des chrétiens des ouvrages arabes ne 
remontent pas au delà du XII e siècle; et c'est à 
partir de ce siècle que des rapports plus fré- 
quents et plus intimes se sont établis entre les 
peuples maritimes de l'Europe méridionale et 
ceux de l'Afrique septentrionale, et que des ren- 
seignements sur l'intérieur de l'Afrique, réunis 
par des auteurs arabes, ont pu être connus des 
géographes occidentaux. 

Une autre influence qui commence à se mani- 
fester dès le XV e siècle dans les cartes, est celle 
des relations de Marco Polo ( 1 ) . 

C'est aussi vers cette époque que commence le 
mélange des noms de la géographie gréco-latine 
et des noms modernes comme Angers, Orléans, 
Avignon (2). 



(1) Organsi, ville située dans la route des Caravanes qui allaient au 
Cathay, au XIII' siècle, commence à paraître dans les cartes du XIV* siè- 
cle (Voyez Analyses de la carte Catalane de 1375, de la carte du car- 
dinal Borgia, et celle de Bianco de 1-iôG.) 

(â) Dans la mappemonde du Chronicon de 1320, nous trouvons i\o- 
mandiola (la Romagne), Albano, Gazaria, Sara, Georgia, Mer de Taua, 
royaume du Katay, résidence du Grand-Khan, l'Inde supérieure, rési- 
dence du PnMre-Jean, la Suisse, la Croatie, Servie, Holslein, etc. Le 
Hainaut parait pour la première fois dans la carie de Ranulphus du 
XIV» siècle. Riga, ville fondée au XIII e siècle, apparaît mentionné pour 
la première fois dans la mappemonde Borgia, au commencement du 
XV # siècle. Strasbourg ne se rencontre sous ce nom que dans la carte 



XIX — 



Le Groenland est signalé pour la première fois 
dans une carte du XV e siècle (1), quoique cette 
grande terre ait été découverte vers la fin du 
X e siècle. Il est vrai, qu'encore au XV e siècle, on 
n'allait au Groenland que bien difficilement. Les 
voyages pour aller et revenir duraient quelque- 
fois cinq ans, et ce n'étaient que des aventuriers 
hardis qui les entreprenaient. Toutefois certains 
noms de la géographie classique ont été religieu- 
sement conservés par les cartographes de cette 
époque du moyen-âge dans leurs productions 
graphiques, au point que, même dans la Pales- 
tine, on en rencontre plusieurs à la place des 
villes bibliques ; par exemple les noms grecs de 

Diospolis, Nicopolis, Ptolomais^ Anlipatori, qui 

se sont perdus depuis des siècles (2). 

En général ce mélange des noms de la géogra- 
phie gréco-romaine et des noms modernes est 
une source abondante d'observations curieuses. 
C'est aussi au XIV e siècle que les cartographes 



de Borgia du comuiencemeot du XV» siècle, il en est de même de 
Dresde et de Magdebourg. 

(t) Voyei la mappemonde de 1417 du palais Pitti, pour Ynistoire du 
Groenland, consultez Torfeus, Groenland Anliq. Cf. Description du 
Groenland, par Andersen, et Histoire du Groenland, parCrantz. 

(2) Voyez sur ces noms L'ouvrage d'Edward Robinson et Eli Srailh. 
— Palestine et les contrées limitrophes, etc. 



XX 



commencent à indiquer l'existence du fameux 
prêtre Jean (1). 

Nous rencontrons pour la première fois une 
légende sur ce personnage dans la mappemonde 
de Ranulphus Hydgen, et ce cartographe le place 
en Tartarie (2). Une autre légende dans la map- 
pemonde du Chronicon de 1320, signale son em- 
pire dans Y Inde (3). Le cartographe, auteur de la 
mappemonde de 1404 du musée Borgia, l'indique 
au delà du Gange de même que celui de la 
carte de la Chronique de Lubeck; mais en 



(1) Scion quelques auteurs le nom de Prêtre-Jean doil son origine à 
une erreur de prononciation. Kircher s'en plaint dans son Prodromus 
Copticus, page 100, et il allègue un exemple de Scaliger touchant ce 
personnage, et le pays qui prenait son nom. Ce savant auteur, au li- 
vre VU de Incorrection des Temps, p. 637. dans la description des Computi 
jBtiopici, au mot Asphan, dit que le mot persan Prestaham prononcé à la 
manière du pays, a été la cause d'une erreur assez considérable dans 
l'Histoire; que ce terme tire son origine de fristaden, envoyer, qu'il 
signifie proprement des apôtres, des envoyés, et qu'il a toujours été 
considéré comme plus propre à désigner des ecclésiastiques que des 
personnes politiques. Mais les peuples occidentaux, entre autres les 
Allemands, faute de bien entendre la véritable signification de ce mot 
Prestehan, ou de le bien prononcer, en ont lait un Presbyter J ohanes ou 
Prêtre-Jean, qu'ils plaçaient en Ethiopie ou en Abyssinie, quoiqu'il ait 
été signalé pendant plusieurs siècles en Asie. (Voyez Oléarius et l'ou- 
trage du père Francisco Alvarez). 

(2) Selon quelques auteurs, c'est le mythe du Prôtre-Jcan Nestorien 
Keraïle, tué par Gengis-Khan, en 1205, transporté au XV« siècle de 
l'est à l'ouest. 

(3) Voyez p. 10 de ce vol. 



— XXI 



1417, l'auteur de la mappemonde de Reims le 
transporte en Afrique (1), tandis que Fauteur de 
la carte de même date conservée au palais Pitti, 
à Florence, nous dit que les tours qu'il place sur 
un rameau de la chaîne altaïque ont été con- 
struites par le prêtre Jean, comme barrière pour 
défendre tout accès dans ses domaines (2). A côté 
de cet énigmatique personnage, les cartographes 
de la fin même du moyen-âge maintiennent dans 
leurs cartes les fables de leurs devanciers. C'est 
ainsi que nous voyons encore des sirènes figu- 
rer dans quelques cartes; des hommes mons- 
trueux représentés ou mentionnés dans les diffé- 
rents continents, et un certain nombre de fables 
et de récits tératologiques venus des anciens. Jus- 
que dans la Chronique de Nuremberg, par Schei- 
dell, il y a un chapitre consacré aux hommes 
monstrueux, et l'auteur en donne même les figu- 
res en marge du récit. On y voit aussi trois ama- 
zones figurées comme dans la mappemonde du 
cardinal Borgia, et un chapitre spécial leur est 
consacré. 



(1) Isaïe. Ce prophète parle des sirènes dans le chapitre XIII. D. 
Calmet, dans ses commentaires, les décrit. Il pense qu'en rapprochant 
les litres sacrés d'antres notions, on peut admettre que les sirènes 
peuvent bien être le Veau marin ou mémo la Baleine. 

£) Voyez p. 233. 

iu 6 



— XXII — 



Certains cartographes des XII' et XIII e siècles 
signalent des cynocéphales, des hommes à tête 
de chien dans le nord du monde. Adam de 
Brème, auteur du Xb siècle, place des cynocé- 
phales dans la Russie. Henri de Mayence est le 
premier cartographe qui signale des cynocépha- 
les dans le nord de la Russie ( 1 >. L'auteur de la 
carte d'Hereford les place à l'orient de la Scan- 
dinavie, dans une espèce de péninsule. Peut-être 
cette idée de l'existence des cynocéphales dans 
ces régions, a-t-elle eu son origine dans des no- 
tions confuses que les cartographes avaient des 
peuples qui se font traîner dans des chariots tirés 
par des chiens. Le Bruyn et d'autres voyageurs 
parlent des tartares de Tobolskai qui voyagent 
dans des traîneaux tirés par des chiens (2). 

Toutefois à côté de ces représentations fabu- 
leuses, on reconnaît déjà dans les monuments 
géographiques la trace des relations commerciales 
avec plusieurs pays et avec certaines villes.Ce n'est 
que vers la tin du XIV e et du XV° siècle, que des 
navires sont figurés dans les cartes très proba- 
blement pour indiquer les mers ou les ports vers 



^1) \<iyci p. 17*. 

"i) U* Rrurn, loni. III. p "il 



XXIII 



lesquels on naviguait alors, ou bien ceux que si- 
gnalait la tradition d'après les Périples de l'anti- 
quité. C'est pourquoi, selon nous, le cartographe 
catalan, auteur de la carte de 1375, figure la bar- 
que de Ferrer allant à la recherche d'un fleuve 
for, en Afrique, fleuve indiqué par les géogra- 
phes de l'antiquité et par les récits des Arabes, 
puis un navire dans la Mer Caspienne et d'autres 
sur la Mer Indienne, de même que dans la map- 
pemonde du cardinal Borgia que dans celle de 
Florence de 1417, et dans la mappemonde de 
Fra-Mauro de 1459. Avant cette époque, la carte 
d'Hereford mentionne Canope comme remplis- 
sant l'univers de ses marchandises. C'est la plus 
ancienne notion sur le commerce qu'on rencon- 
tre dans ces monuments. Dans quelques cartes 
aussi à partir du XIV e siècle d'immenses forêts 
sont indiquées non seulement en Bohême, mais dans 
tout le nord de l'Europe et de la Scythie. C'est là 
encore une réminiscence classique de la fameu86 
forêt Hercynienne. En effet, les anciens compre- 
naient sous le nom général d'Hercynia, les nom- 
breuses forêts qui couvraient alors le sol de l'Al- 
lemagne, et de même que plusieurs auteurs ont 
cru qu'elles formaient une seule forêt non inter- 
rompue depuis les bords du Rhin jusqu'au-delà 



XXIV 



du Borysthène, les cartographes ont représenté 
graphiquement cette idée des anciens dans plu- 
sieurs de leurs cartes, dessinées à partir de l'é- 
poque que nous avons signalée plus haut. 

Les monuments cosmologiques, sans être com- 
plètement indépendants de l'influence des an- 
ciens, n'ont cessé d'avoir un caractère particulier 
emprunté sans doute à l'élaboration semi-reli- 
gieuse que les doctrines et la religion avaient fait 
subir à cette classe de notions ; mais dans aucun 
des systèmes cosmologiques dessinés durant 
cette période (si ce n'est dans les monuments qui 
signalent l'Aryne (et ils sont parmi les plus ré- 
cents), nous ne retrouverons la trace de l'in- 
fluence des ouvrages des astronomes arabes. 
Nous n'avons pas même découvert dans les re- 
présentations de ce genre appartenant au XV e siè- 
cle, l'influence de l'ouvrage si célèbre d'Oloug- 
Beg (1), bien qu'à l'époque de ce prince célèbre, 
la science eût fait des progrès, notamment sous 
la domination des Mongols, l'astronomie étant 



(1) Le savant Hyde a publié cet ouvrage accompagné d'une version 
latine et <fun commentaire à Oxford, en 1665. M. SédiUot publia aussi 
en 1847 des Prolégomènes, des Tables astronomiques d'01ou£-Beg. 
avec notes et variantes, et précédés d'unt* introduction » Nous ren- 
voyons le lecteur à ces deux ouvrages. 



XXV 

alors en faveur à Samarcande. Néanmoins il fau- 
drait un examen plus approfondi pour résoudre 
définitivement ce point. Peut-être de nouvelles 
études nous fourniront-elles des lumières nou- 
velles. 

Mais si dans les monuments géographiques 
l'influence arabe ne peut guère être que locale à 
cause de l'obligation où semble être le cartogra- 
phe chrétien, de subordonner son plan à la posi- 
tion du Paradis terrestre, placé invariablement 
jusqu'au XIV e et au XV e siècle à l'extrémité orien- 
tale de la terre (1), et à celle de Jérusalem placée 
au centre de la terre, elle est exclue presque ab- 
solument des représentations cosmologiques 
dans lesquelles la prédominance du système des 
sphères adopté par la religion ne permet pas 
d'introduire d'élément contradictoire. Aussi ces 
systèmes n'ont-ils guère avec les Arabes de 
commun que la partie astronomique empruntée 
aux anciens. 

Nous donnons encore ici d'autres notices sur 
des monuments représentant le système des 
sphères ou de la pluralité des cieux. Dans nos 



(1) Il faut excepter de cette loi les représentations de la terre, sui- 
vant le système des climats. 



XXVI 



analyses, nous avons rapproché cette théorie de 
la partie cosmographique du poème du Dante, 
en faisant remarquer que Fauteur d'un de ces 
monuments avait, pour les symboles, puisé aux 
sources sacrées. Nous avons rapproché même la 
théorie des hiérarchies célestes, de celle donnée 
par Denis l'Aréopagite dans son Traité des hié- 
rarchies célestes, pour que le lecteur pût, en con- 
naissance de cause, apprécier et choisir les sour- 
ces qui portent la lumière sur cette classe de mo- 
numents (1). Or aucune de ces sources cependant 
n'offre un meilleur et plus fidèle aperçu du sys- 
tème en général que le passage suivant d'un 
géographe arménien Vartan; c'est à la fois un bon 
exposé de la doctrine et le commentaire le plus 
explicite des monuments. En voici les termes : 

« D'abord c'est le tabernacle où est le trône 
« de la Divinité qui est au dessus de tout ce qui 
« existe. Aucun être créé ne peut entrer ni voir 
« dans ce tabernacle. La sainte Trinité seule y 
« habite dans une lumière inaccessible. Après 
« sont les demeures des anges : d'abord sont les 
« ordres des séraphins , des chérubins et des 
« trônes, perpétuellement occupés de glorifier 



«> Vo>oi \\ 3*. SI. 90. 109. 112, 119. 140. *H. iSi cl *8I. 



« 



II 



— XXVII — 

« Dieu. Ils lui sont enchaînés par l'amour, et ils 
rie veulent pas s'en éloigner : ce n'est pas par 
stabilité, mais par attachement et par amour. 
Comme ils sont incorporels, on ne peut pas 

« dire qu'ils sont dans un lieu, mais les désirs 
et les amours sont comme leurs lieux, et c'est 
parce qu'ils le veulent qu'ils sont là- Ces trois 
ordres n'en font qu'un par le rang et la gloire. 
Après eux sont les Dominations, les Vertus et 
les Puissances (potestates) qui forment les hié- 
rarchies moyennes. Enfin après ceux-ci sont 
les Principautés (principatus), les archanges et 
les anges qui forment les dernières hiérarchies. 
Ces six ordres ont des places et des degrés de 
gloire différents, de même que les hommes 
tous d'une même nature, sont de divers rangs, 
que l'un est roi, tandis qu'un autre est prince, 
chef de ville, et ainsi de suite. Les cieux fixes 
et sans mouvement (1) sont leur demeure. 
Ensuite est une ceinture aqueuse placée par 
la volonté du Créateur qui est toujours en 
mouvement et qui par cette raison est connue 
sous le nom de Premier Mobile (2). Après cela 
on rencontre les cieux du firmament où se 



(1) Rapprochez de la figure décrite aux p. 128 et 364 de ce tolume. 
(z) Voyez Ibid. 



— xxvin — 

« trouve une grande quantité d'astres qui se meu- 
« vent circulairement (1). Au dessus sont les deux 
« pôles des astres qui tournent entièrement en 
« vingt-quatre heures et ne sont pas semblables 
« à la ceinture aqueuse. Ensuite est la zone des 
« Sept Planètes placées l'une au-dessus de Tau- 
« tre (2) ; on trouve ensuite les quatre éléments 
« qui s'enveloppent les uns les autres sphérique- 
« ment. D'abord la Sphère du Feu (3) qui envî- 
« ronne tous les autres éléments, on trouve en- 
« suite Y air (4), puis Y eau (5) et enfin la Terre 
« qui est le dernier des quatre et qui est au mi- 
c lieu de tous les autres (6). » 

Les monuments de cette catégorie que nous 

(1) Voyez les descriptions des figures cosmographiques données dans 
le tom. Il, et dans celui-ci p. 123. 

(2) Ibid. 

(3) Ibid. 

(4) Rapprochez des monuments cosmographiques décrits dans les 
tom. II et III. 

(5) Ibid. 

(6) Nous avons tiré ce curieux passage de l'ouvrage de Saint-Mar- 
tin, Mémoires de C Arménie (t. II, p. 407), sur la Théorie de la Terre 
immobile au centre de l'univers, voyez ci-dessus, tom. II, p. XVI, 164. 
Cf. la savante dissertation de M. Henri Martin dans le tom. II de son 
ouvrage intitulé Etudes sur le Timée de Platon, p. 86, Cf. De la figure 
ou représentation de la Terre et des corps célestes chez les anciens 
Grecs et les Romains (Die Vorsiellungèn dtr alten Griechen und Rbmêr 
Ubsr dié Erde, etc.), in-4° de 116 pages, par le docteur OEtlinger, 
Freiburg, 1850. L'auteur donne un grand nombre de passages et de 
textes des auteurs grecs et latins. Cf. Bœk Comtnen. Academ.De Pla- 
tonico Systemate cœlestium Globorum et vera indole Astronomiœ Philo- 



XXIX — 



avons publiés dans notre atlas et dont nous don- 
nons l'analyse dans cet ouvrage, reproduisent 
avec la plus scrupuleuse fidélité ces doctrines ; et 
c'est surtout en rapprochant les planisphères 
des commentateurs de la Bible qu'on voit avec 
quelle exactitude les figures dessinées au moyen- 
ne représentaient les traditions cosmographiques 
des livres sacrés. Mais si les systèmes des sphères 
ou de la pluralité des cieux ont continué à être 
représentés graphiquement dans un grand nom- 
bre de cartes postérieures au moyen-âge, il n'en 
fut point de même des couleurs symboliques. 
Ces couleurs commencent à modifier leur signifi- 
cation, à disparaître même des monuments géo- 
graphiques à partir de la fin du XV e siècle. On 
ne voit plus sur ces monuments l'image de Dieu 
qui a dompté les ténèbres primitives, et fait 
éclore le monde au sein du chaos ; on ne rencon- 
tre plus, comme au XII e siècle, des monuments 
cartographiques offrant la figure symbolique du 
soleil à l'orient (1), représentant Jésus-Christ, le 
Messie, que les Pères de l'Eglise, à l'exemple des 
Prophètes, nomment la lumière, le soleil y 10- 

Uica (Heidelberg, 1810). L'auteur donne une figure du système des 
sphères. 

(1) Voyez le planisphère de Lambertus du XII 9 siècle dans noire 
allas, et la description de ce monument dans le tom. II, p. 172. 



— XXX 



rient (I), ni le jugement dernier (2), ni Dieu assis 
sur son trône au dessus de toutes les sphè- 
res (3). L'étude des allégories, et des couleurs 
symboliques du moyen-ûge, reproduites dans les 
cartes de cette époque est très curieuse et indis- 
pensable pour l'intelligence des monuments ; par 
là seulement il est possible d'apprécier les idées 
et les doctrines dont les auteurs se rendaient les 
organes. L'étude des légendes du moyen-âge a 
déjà inspiré de belles pages à M. Ozanam, qui dit 



(1) Isidore de Sêville (Orig. liv. VII, c. 2), dit : - Splendor auteni 
« appillatur propter quod nianisfestat, lumen quia illuminât omncs, 
■ Oriens quia luiuinis fons et illustrator est rerum et quod oriri nos 
« facial ad vitam aeternam > 

(2) Voyez mappemonde d'Hereford, tom. II. 

(3) Système cosmologique, du manuscrit de Lambertus de la Bi- 
bliothèque de Gand, où J.-C. est représenté avec un vêtement rouge, 
assis sur un cercle blanc, enveloppé d'une sphère bleue, qui est elle- 
même entourée d'une sphère rouge (on de feu). Dans le symbolisme 
chrétien, le vêtement rouge représente J.-C. après la Résurrection 
(voyez Portai : « Des couleurs symboliques dans l'antiquité, le moyen-âge 
et les temps modernes. Paris, 1837, 1 vol. in-8<>, p. 133). La couleur qui 
figure le feu é thé ré où le rouge et le bleu figuraient, dans la symbo- 
lique chrétienne, l'amour et la sagesse divine (voyez ouvrage cité p. 
146). Le bleu seul représentait l'immortalité (Ibid, p. 236). Le cercle 
blanc sur lequel le Christ est assis représente le trône de lumière ; 
car le blanc, dans la symbolique chrétienne, signifie la lumière. Nous 
traiterons dans une autre partie de cet ouvrage des animaux symbo- 
liques qui figurent sur d'autres cartes du moyen-àge, et nous profite- 
rons, pour cette partie, non seulement des curieux manuscrits qui 
existent à la Bibliothèque Nationale et dans celle de l'Arsenal, mais 
aussi des importants travaux de M m * Félicie d'Ayzac, dame de la mai- 
son nationale de la Légion-d'Honneur, sur la symbolique chrétienne. 



XXXI — 



(( 
(( 



avec raison : « Le mérite singulier du moyen-âge, 
« c'est qu'au milieu des trésors nombreux que le 
« christianisme lui a ouverts, il ne répudia ja- 
mais l'héritage de l'antiquité; il ne voulut 
rien laisser perdre des travaux de l'esprit hu- 
« main (1). » 

En effet, les monuments cartographiques de 
cette longue période de l'histoire ne reproduisent 
pas seulement les théories et les systèmes de 
l'antiquité, comme nous l'avons fait remarquer , 
beaucoup de notions encore y sont du domaine 
de l'érudition, et les auteurs citent Virgile, Ci- 
céron, Sénèque, Platon, Pline, Solin, Macrobe, 
Eratosthène, Ptolémée et d'autres auteurs. La 
légende de la carte d'Hereford, sur le fleuve 
de l'enfer (2) qui déversait ses eaux dans le 
golfe Cimmérien est encore une réminiscence des 
Àrgonautiques, Le voyage des Argonautes con- 
duisait Jason au pays des Cimmériens où s'ouvrait 
une des portes de l'enfer (3), tandis que l'auteur 

de la carte d'Hereford représente la Toison cTOr 
dans la Cotchide (4). D'autre part, Henri de 



(1) Voyez Dante, par M. Ozanam, p. 394. 

(2) Voyez p. 333 du lom. H. 

(3) Argonautiques, 1118, Cf. Strabou parle des tïmeriens infernaux 

(4) Voyez tom. II, p. 329 et 330. Ibid., p. 269. 



XXXII 



Mayence, dans sa carte dressée au XII e siècle, 
conserve la même tradition des Cimmériens en ap- 
pelant la Mer Noire Mare Cimmericum ( Mer des 
Cimmériens (1). On voit donc que les cartographes 
jusque dans les derniers siècles du moyen-âge 
consignaient encore dans leurs œuvres graphi- 
ques l'opinion des Grecs des premiers temps qui 
croyaient à l'existence des peuples situés derrière 
les lieux où le soleil se couche. Ils croyaient ces 
peuples toujours plongés dans les ténèbres et 
les nommaient Cimmériens. C'est d'après cette 
croyance qu'on trouve dans les géographes et 
dans les auteurs de l'antiquité, des Cimmériens 
non seulement sur le Pont-Euxin (la Mer Noire), 
comme dans la carte que nous venons de nom- 
mer, mais aussi près du Bosphore de Thrace, 
et en Italie, comme nous l'apprend Ephore (2), 
et ensuite aux extrémités occidentales de la 
Germanie, sous le nom de Cimbres Us les pla- 
çaient donc au levant et au couchant, derrière 
le palais du soleil et aux portes de l'enfer. À 
mesure qu on pénétrait dans de nouveaux pays 
éclairés par le soleil, on plaçait plus loin les Cim- 



\\) Voyei p. 4î». 

.*; Ephore. cilê.U* . \ , p. iVI. de l édition de Mmbon d'Alineohoveu. 



XXXIII 



mériens, les cartographes du moyen-âge, même 

dans les derniers temps, plaçaient encore dans 

leurs cartes des Cimmériens au-delà de la Mer 

Noire au levant, et d'autres au couchant dans la 

Germanie. Ce respect des cartographes pour les 

notions géographiques de l'antiquité était tel, que 

non seulement, ils ont encore marqué le pays de 

Cimmériensm levant et au couchant du soleil, mais 

aussi, les Kirghis sont encore appelés du nom 

KAlani Scyihœ, que lui donnaient les anciens, et 

la Saungarie et le Turkestan occidental y est 

encore appelé Scyilrie. Dans la plupart de ces 
cartes, la dénomination de Scyilrie est appliquée 
à une grande partie de l'Asie. La persistance des 
cartographes à conserver cette dénomination 
était due au souvenir de l'invasion des Scythes 
lorsqu'ils s'emparèrent de la Perse, de l'Assy- 
rie, de la Babylonie, fait qui eut lieu, selon 
quelques auteurs, 3,800 ans avant l'ère chré- 
tienne. Ces grandes contrées comprises sous 
la dénomination d'Asie par Justin, donna lieu 
très probablement à la persistance des cartogra- 
phes, de marquer une grande partie de l'Asie 
sous cette dénomination ( 1 ) . On les voit encore 



(1) Voyez sur l'application de ce nom, Schafaiik, dénominations des 



XXXIV 



conserver le nom de Mons Caspiens appliqué à une 
partie de la chaîne du Caucase, dénomination que 
les Grecs, depuis L'expédition des Argonautes, ap- 
prirent pour la première lois des habitants du 
Phaze. Tandis que d'autres cartographes du 
moyen-âge ne signalent pas même l'Irlande, tout 
en marquant l'Angleterre, ce qui nous fait penser 
que ceux-ci n'admettaient pas, comme Pythéas. 
Eratosthène, Polybe et Hipparque, l'existence de 
cette île, quoique sou existence eût été constatée 
plusieurs siècles auparavant par les navigateurs 
carthaginois, et dont l'existence à l'époque où 
ces cartographes dressèrent leurs cartes, elle fût 
connue de tout le monde. 

Dans plusieurs cartes du XIV e siècle et du 
commencement du XV e siècle même, les limites 
des connaissances positives du monde conuu vers 
l'est étaient les mêmes du temps de Strabou. sa- 
voir: Ceylan OU la Tuproônne. 

Malgré ce que nous venons de faire remarquer, 
à partir du commencement du XIV e siècle, les 
cartes deviennent plus intéressantes. On recon- 
naît non seulement les progrès de la géographie. 






XXXV -- 



mais aussi les cartographes se montrent plus éru- 
dition voit que l'érudition avait fait de notables 
progrès depuis Albert le Grand, Vincent de Beau- 
vais, Roger Bacon et Pierre d\Abano. 

Plus nous avançons dans l'étude de ces monu- 
ments , plus nous voyons se confirmer l'opinion 
d'Heeren , que l'histoire de la géographie est 
renfermée dans les cartes. 

La théorie de la communication de la Mer 
Indienne avec l'Océan atlantique, est de même 
encore adoptée par quelques cartographes du 
XIV e et même du commencement du XV e siècle. 
Cette idée admise chez les Grecs et dans l'école 
d'Alexandrie jusqu'au temps d'Hipparque, repa- 
raît de nouveau dans le moyen-âge, comme nous 
l'avons déjà indiqué dans une autre partie de cet 
ouvrage. Quelques-unes des cartes de ces deux 
siècles reproduisent aussi la théorie des côtes 
orientales de l'Afrique rejoignant celles de l'Asie 
jusque par de la l'embouchure du Gange. Gosse- 
selin, sans avoir connu les monuments géographi- 
ques que nous connaissons dit avec raison que 
les découvertes postérieures à Hipparque ne fi- 
rent point abandonner cette opinion, et que l'on 
se contenta de reculer plus au sud la côte qui de- 
vait , selon ces suppositions, circonscrire la Mer 



XXXVI 

Erythrée \\). Marin de Tyr et Ptolémée consa- 
crèrent cette hypothèse par leurs écrits, et elle a 
subsisté longtemps. Ce dernier système, ajoute le 
savant géographe, prévalut dans l'occident, et 
surtout parmi les Espagnols qui , comme Mêla 
et Isidore de Séville [t) t continuèrent de croire à 
la communication de Y Océan Atlantique avec la 
Mer des Indes; il régnait en Italie et dans les 
Gaules aux XIII e et XV e siècles (3), et c'est à la 
persistance de cette opinion que sont dues les 
tenta thés du prince Henri de Portugal, et la 
réussite de Vasco de Gama qui démontrèrent enfin 
une vérité combattue depuis tant de siècles (4). 

C'est encore à partir du XIV e siècle que les 
cartes commencent à donner à la Mer Caspienne 
d autres noms que les noms latins. Elle devient 
Mer de Sara et de Georgian, ou bien porte le nom 
de Baku (S) et celui de Mer de Khozar <6). 



;l; Ptoléfli. Gêograph., Ut. 7, c. 5. 

:t) lsid. de SéT. Origin Ut. XJY, c. 5. 

>' Gossetin cite à l'appât I* mappemonde de Sannto publiée par 
Bongars et b niappemonde de 1456 d'Andréa Ranco donnée par For- 
maleosi. 

4 Gossetia, t. I«-. p. 194. 195. 

*v Carte catalane de 157 V mappemonde de Leardos de Venise, de 
1448. 

M Mappemonde de Goro bâti. Olearîus dans le loua. 1 de son Tojage 
j»ij i<xr:«rtt signale p. 507 tons les noms donnés à la mer Caspienne 
\a\ 1— orientaux II dit. en citant le Pkriri ou Géographie sacrée de 



XXXV11 — 



C'est aussi dans le même siècle qu'on com- 
mence à figurer dans les cartes le lac ou mer 
tarai. Dans la mappemonde de MCCCXX du 
Chronicon et dans celles de Sanuto on remarque 
trois îles dans cette mer qui est elle-même en- 
tourée par des montagnes. Ces particularités, 
rapprochées de la belle carte de cette mer dres- 
sée récemment par M. Khanikoff (1). ne nous 
laissent pas de doute, qu'au commencement du 
XIV - siècle les cartographes avaient des notions 
très remarquables sur la mer d'Aral et sur les 
trois fies qui, dans la carte du savant géographe 
russe se trouvent signalées sous les noms de 

Nicolas I er Bapsta Kilmès, et Kongoue Aral. 

Quelques cartographes continuent encore dans 
les derniers siècles du moyen-âge à peindre en 
rouge, non seulement le Golfe Arabique, mais 
ïuissi le Golfe Persique et la partie de la mer In- 



Docharl que cet auteur fait mention de la Mer des Khozars, qu'Ortelius 
*lans son Trésor géographique nomme mal à propos Cumar, du nom du 
QU aîné de Thogarma, qui était fils de Gomer et petit-fils de Japhet, 
troisième fils de Noë, parce que Chosar et ses descendants avaient de- 
meuré le long de cette mer et du fleuve Eihel ou Wolga, ainsi que 
Bocbart le démontre par les Tables géographiques d'Aboulféda. Edrisi 
lui donue le nom de Mer de Tabaristan. Les Moscovites lui donnent le 
nom de Gualemkoi-More. 

(1) Voyez la carte publiée à la suite du Bulletin de la Société de 
Géographie de Paris du mois d'août et septembre 1851. 

m c 



— XXXVIII 



dienne voisine des deux golfes. C'était encore 
une réminiscence de la Mer Erythrée des anciens, 
ainsi nommée, à ce qu'ils prétendaient, du persan 
Erythras. Gosselin fait remarquer que le nom de 
Mer Rouge donné au Golfe Arabique est bien pos- 
térieur aux premiers établissements des Phéni- 
ciens sur les côtes. Hérodote l'appelle Golfe Ara- 

bique, en le distinguant de la Mer Erythrée, ou 
Rouge, qui est Y Océan Indien (1). Gosselin pen- 
sait que ce furent les Grecs qui lui imposèrent ce 
nom vers le temps d'Alexandre. Selon lui, « la 
célébrité de la pourpre que fournissaient les ri- 
vages de Tyr et de Sidon l'avait fait appeler 
par excellence : la couleur phénicienne , et c'est 
vraisemblablement sous cette acception que le 
mot Phénix a pu être pris pour signifier rouge. Il 
aura suffi aux Grecs, toujours enthousiastes de 
trouver des indices de cette couleur sur les bords 
du Golfe Arabique, pour lui appliquer le nom de 
Mer Rouge; et en effet, on voit dans Agathar- 
chides (2), dans Artémidore (3), dans Eustathe (4) 



(1) Hérodote Eutcrpe, IW. II, c. «, Cf. Marcien d'Héraclée (Petit, 
Géograph., tom. I, le considère de môme. — Pline, IV, c. 28). 

(2) Agatharchides. De Mare Rubro, p 2 (Petits géograph., 1. 1). 

(3) Strabo XVI, p. 779. 

(4) Eustathe. Comment, in Dyonisium Perieget. v° 58. —Géograph. 
Minor. tom. IV. 



XXXIX 



et dans Isidore de Séville (1), que l'opinion la 
plus ancienne sur ce nom , était attribuée au 
spectacle qu'offraient les montagnes qui bordent 
les parties septentrionales du golfe. Les premiers 
Grecs qui les virent les représentèrent comme 
brûlées, rougies et presque portées à l'état d'in- 
candescence par l'ardeur du soleil, et ils a- 
joutèrent que les eaux de ce golfe paraissaient 
également rouges par l'effet de la répercussion 
des rayons du soleil lorsqu'il passait à leur zé- 
nith (2). )> 

Ces croyances grecques se sont maintenues 
bien longtemps dans les traditions, car on con- 
tinue à revoir dans quelques unes des cartes 
de la fin du moyen-âge des légendes relatives aux 
montagnes brûlantes de l'Afrique. Dans la map- 
pemonde du X e siècle, conservée à la bibliothè- 
que cottonienne du Musée Britannique , nous 
avons dit que la légende de la côte orientale de 
l'Afrique : « Hic dicitur esse mous semper ar- 
dens (3), indication reproduite aussi sur la map- 
pemonde d'Hereford, dressée vers la fin du 

(1) lsidor. Orig. liv. XIII. c. 17. 

(2) Voyez la discussion de Gosselin sur ce sujet, Recherches sur la 
Geograpb. des Anciens, tora. II, p. 76 à 82. 

(3) Voyez tom. II, p. 50 et 51. 



— XL — 



XIII e ou au commencement du XIV e siècle (l) f 
être une réminiscence du Theon Ochema (char des 
Dieux) du périple d'Hannon (2). Nous avons fait 
remarquer aussi qu'Asaph signalait au XI e siècle 
l'existence en Ethiopie d'une grande tour qui 
jetait des flammes (3). Nous retrouvons une no- 
tion pareille dans la mappemonde de 1417 con- 
servée au palais Pitti à Florence, mais l'auteur de 
cette curieuse carte place cette montagne dans la 
partie occidentale du même continent dans la 
Mauritanie (4). Il nous est difficile de trouver la 
source où les cartographes puisèrent directement 
ces idées. Edrisi parle d'une montagne volcani- 
que placée à l'extrémité orientale de Y Afrique dont 
le sommet et les flancs sont inaccessibles, parce 
qu elle brûle tout ce qui s'en approche, durant le 
jour il s'en exhale une fumée épaisse et durant la 
nuit un feu ardent (5). » 

Le Gebel-Tar, situé vers le 15 e degré 1/2 de 
latitude, jette encore par intervalles de la fumée. 



(1) tt>id. p. 430. 

(2) Au sujet de l'existence de volcans sur la côte occidentale d\4/W- 
que t nous renvoyons le lecteur à la discussion de Gosselin (Recher- 
ches, t. I, p. 9) sur le périple d'Hannon, et à Texplicaiion donnée par 
Bruce [Voyage aux Sources duKil % t. II, p. 359. 

(3) Voyei le tom. I«de cet ouvrage, p. 34. 

(4) Voyez dans ce volume III, p. 541. 

(5) Voyez Edrisi, édit, de Jaubert, tom. I, p. 66. 



— XLI — 



Mais ce qui peut avoir donné aux cartogra- 
phes du moyen -âge, et à des auteurs du 
XV e siècle (1), cette idée de l'existence de mon- 
tagnes toujours ardentes (ou brûlantes) sur la 
côte orientale de l'Afrique, c'est l'existence des 
montagnes de porphyre de la plus belle couleur 
de pourpre comme l'a remarqué Bruce (2). Ces 
montagnes, selon la description de ce voyageur, 
s'étendent le long de la mer. Les vaisseaux qui 
fréquentent la côte de YAbyssinie peuvent les ob- 
server par lalatitude de 26 degrés. Les notions que 
nous venons d'indiquer jointes aux nombreuses 
traces de feux souterrains qui existent près des 
côtes occidentales de la Mer Rouge (3) et notam- 



(1) Dans un Traité de Cosmographie, de Laurentius Corvinus, pro- 
fesseur en Silésfe^ imprimé en 1496, qui nous a été communiqué par 
M. Fleutelot, on lit dans la partie intitulée: De Situ Libt'œ, à Test de 
Méroé, justement où quelques cartographes du moyen-âge placent le 
Mont ardens, ce qui suit : A meridiana perte mons editus mare imminet 
• ignem per eternum fervent, et inquietus ignis astus. » 

Ce livre a pour titre : Cosmographie dans Manuductionem in tabulas 
Ptotomei ostendens omnes regiones terrœ habit abilet diversa hominum 
gênera diversis moribus et condilionibus viventes, etc. 

(2) Voyez Bruce voyage aux sources du Nil, tom. f, p. 335, 336 et 
558 (Paris, 1790). 

(3) Gossclin cite les fontaines d'eaux minérales brûlantes dans ces 
parages, savoir : d'Aïoun Mousa, de Corondel, de Faran et d'Hamman 
Mousa, et celles d'Hamman Pharaoun qui sont brûlantes et vitrioli- 
qoes (voy. Recherches sur la Géograph. ancienne, tom. II, p. 83). 



— XLII 



ment les récits d'Agatharchides (1 ), d'Artémi- 
dore (2), de Diodore de Sicile (3), qui disent qu'à 
l'embouchure du vallon qui conduit jusqu'au 
Nil (vers le 29 e degré et 1/2) est une montagne 
d'où sort un torrent d'eau chaude, amère et salée, 
montagne que le père Sicard a reconnue (4) ; ces 
notions, disons-nous, ont très probablement 
donné lieu aux indications sur ce sujet que nous 
rencontrons dans quelques auteurs et dans plu- 
sieurs cartes du moyen-âge. 

Une autre particularité que nous devons faire 
remarquer, c'est que dans le siècle même des 
grandes découvertes maritimes les souvenirs de 
l'antiquité dominaient tellement l'esprit des géo- 
graphes et des cartographes, que dans une map- 

(1) Agatharchides, p. 33, tom. I er , apud Geog. Minor. d'Hudson De 
Calidis aquis, etc. 

(2) Voyez Artémidore apud Strab. liv. XVI, p. 769. Voici le passage 
iïAriémidore que nous transcrivons de la traduction de Strabon, 
liv. XVI, p. 267). «... On rencontre successivement une autre ville 
« nommée Artinoë ; des sources d'eaux chaudes amères et salées, qui, 
« du haut (Cune roche élevée, se précipitent dans la mer; tout près, une 
« montagne qui s'élève dans une plaine, et qui a la couleur du mi- 
m nium, etc. 

(3) Diodore de Sicile dit aussi : « A droite du Golfe arabique, on 
« rencontre en plusieurs lieux nn grand nombre de sources, etc. 
« Après avoir passé ces sources, on aperçoit au milieu d'une grande 
« plaine, une montagne dont la couleur rouge blesse les yeux de ceux 
« qui y fixent trop longtemps leurs regards.» (Diod. de Sicile, tom. I, 
S XXXIX, p. 67, traduct. de Miot, Paris, 1834). 

(4) Sicard, Missions du Levant, tom. V, p. 286, cité par Gosselin. 



XL1II 



pemonde gravée sur une médaille (1), on re- 
marque une réminiscence de la Terre voilée , la 
Méropide, décrite par Théopompe (2). 

Les cartographes du moyen-âge donnaient 
aussi d'après les Grecs divers emplacements à 
l'Ile d'Or (3). Dans la mappemonde du manus- 
crit de l'Apocalypse du XII e siècle, les îles d'Or 
et d'Argent sont placées à l'orient dans la carte 
du manuscrit de saint Jérôme du même siè- 
cle (4), elles sont au nord de Ceylan. 

Au XIII e siècle, l'auteur de la carte de la cathé- 
drale d'Hereford les indique à l'entrée du Golfe 



(1) Voyez dans ce volume la description, p. 349. 

(2) Selon Aelien, Silenus racontait qu'il existait hors du monde 
connu un continent étant plus grand que l'Europe, l'Asie et l'Afrique 
ensemble, où les hommes et les animaux étaient plus grands du double 
que ceux de notre monde, que parmi les habitants de ce continent 
existe une espèce d'hommes connus sous le nom de Méropes, qu'à l'ex- 
trémité de leur territoire, il y avait une espèce de gouffre qui n'était 
ni lumineuse, ni couvert de ténèbres et rougeàtre, etc. (Strabon, 
liv. VII, nomme simplement la Terre Méropide d'après Théopompe. Voyec 
sur le passage transcrit plus haut, la belle édition d'Aelien de Gro- 
novius, p. 251. 

Peut-être l'idée de placer aux extrémités du monde des hommes 
plus grands du double que les autres des continents connus, a- 1- elle 
donné lieu à la fable des Patagons, de même qu'on a transporté par 
d'antres raisons en Amérique des Amazones, et l'Ophir de Salomon. 

(3) Sur Vile rf'Or, voyez Périple de la mer Erythrée. Cf. Hist. de l'Aca- 
démie des Inscriptions et Belles-Lettres, t. I, p. 89, des divers empla- 
cements aux différentes époques de la navigation des Grecs dans les 
mers de l'Inde, p. 111 et 112. 

{4) Voyez tom. II, p. 246. 



XLIV — 

Persique (I). Dans le siècle suivant (XIV e siècle), 
Ranulphus Hydgen signale des îlesd'O à l'orient 
de Y Asie, et une Aurea Insula dans la Mer In- 
dienne. 

Le Mons Auri figure aussi dans ces cartes, à 
différents emplacements, mais toujours en Asie. 
Dans la carte du X e siècle de la bibliothèque Cot- 
tonienne ; il est au-delà du Golfe Persique ; sur la 
mappemonde de la Chronique de Nuremberg, il 
est dans la Perse. 

Opliir est aussi placé sur les cartes du moyen- 
âge dans Y Asie. Sur la carte d'Hereford (XIII e ou 
XIV e siècle) ce pays est une île à l'entrée du Golfe 
Persique ; de môme sur la carte de Ranulphus 
Hydgen du XIV e siècle, où Ton remarque môme 
la légende Ophir abonde en or, à l'extrémité de la 
Mer Rouge. Ainsi la position attribuée au pays 
des richesses, a de môme varié selon les temps 
et les découvertes progressives des navigateurs. 
Lorsque les Grecs ne connaissaient rien au delà 
de Y Indus, ils plaçaient les Iles d'Or et d'Argent 
immédiatement après les embouchures de ce 
fleuve (2). Quelques uns des cartographes du 



(1) lbid, p. 429. 

(2) Voyei Pline, liv. VI, c 23, et Gosselio, ouvrage cité. 



XLV 



moyen-âge que nous venons de nommer adop- 
tèrent encore au XIII e et au XIV e siècle cette idée. 
D'autres ont transporté les pays des richesses à 
la proximité du Gange, comme les Grecs, lorsque, 
sous les premiers Ptolémées, ils étendirent leurs 
navigations jusqu'au Gange. Et lorsqu'ils s'en • 
éloignèrent et qu'ils apprirent qu'il existait en- 
core au delà un grand pays , ils transportèrent en- 
core l'emplacement de Y Ile d*Or près du promon- 
toire Tabis (1), mais lorsqu'ils furent instruits 
qu'après le Gange, les côtes de Y Inde ne remon- 
taient pas au nord, qu'elles se prolongeaient au 
midi, ils abaissèrent dans cette direction les lieux 
qui passaient pour receler de grandes richesses, 
et les régions de l'Or et de Y Argent furent placées 
dans les terres occupées aujourd'hui par le 
royaume d'Àracan (2). 

Si le pays des richesses joue un grand rôle 
géographique dans ces cartes, d'après les sour- 
ces grecques et romaines, le Mont Sinaï n'occupe 
pas une place moins importante dans les mêmes 
monuments d'après les traditions sacrées. En 



(1) Voyez Périple de la mer Erythrée, daos les £A»?. Minor.. p. 54 
et 36. 
(1) Pomp. Mêla, liv. 11!, c. 7. Cf. Gosselio, ouvrage cité. 
(3) Ptolémée Geograpb., liv. VII, c. 2. Cf. Gosselin, p. 279. 



— XLVI — 



effet, depuis la carte d'Alby du VIII e siècle (1) jus- 
qu'aux dernières productions géographiques du 
moyen-âge, on voit figurer constamment dans 
les cartes cette montagne célèbre dans l'histoire 
sainte, principalement parce que Dieu y donna 
sa loi (2). Mais le Mont-Carmel ne commence a 
paraître dans les cartes d'une manière toute spé- 
ciale, qu'à partir du XII e siècle (3). 

D'un autre côté, quelques unes de ces cartes, 
jusqu'au XV e siècle, figurent la Scythie et le nord 
de l'Europe avec la forme à peu près qui est in- 
diquée dans la description de Jornandès, la forme 
d'un champignon, étroite d'abord, elle s'élargit 
ensuite (dit-il) en une sorte de disque, et se pro- 
jette vers le pays des Huns, des Albaniens et des 
Sères (4). 

Le fameux rempart de Gog et de Magog con- 



(1) Une lecture à la longue plus attentive nous lit reconnaître dans 
le triangle qui paraissait une des ^pyramides, le mont Sinaî que le car- 
tographe du VIII e siècle a signalée. (Nous rectifions ainsi ce que nous 
avons dit dans le t. II, p. 29.) 

(2) Voyez les cartes de la Péninsule du Mont-Sinaï données par les 
différents voyageurs et géographes, et reproduites dans l'ouvrage de 
M. de Laborde. — Examen géographique de VExode et des Sombres, 
ainsi que la liste des voyageurs au MonlSinax. Cf. La vue de cette 
montagne et du couvent de ce nom donné par Furer, itinerarium, etc. 

(3) Voyez lom. II, p. 139 et 173. Cf. Mappemonde de la Chronique 
de Nuremberg, plus haut. 

(4) Jornandès, édition de Panckouke, p. 217. 



— ILTII 



timie aussi à être signalé dans presque toutes 
les cartes du XIV- et du XV« siècle (1). 

Dans des cartes de cette époque se remarque 
aussi une immense chaîne de montagnes qui 
règne depuis l'extrémité ouest de la Norvège, 
sur tout le nord de Y Europe et de Y Asie. Ces 
montagnes hyperboréennes font partie de Y Oural, 
nom qui signifie Ceinture du Monde (2). 

La théorie de l'Océan environnant est égale- 
ment reproduite avec persistance dans les cartes 
jusqu'au XV* siècle. Ainsi, du temps d'Auguste, 
cette hypothèse accueillie des Grecs, qui pen- 
saient que l'Univers était enfermé de tous côtés 
par l'Océan, a subsisté jusqu'aux derniers temps 
du moyen-âge. 

Une autre particularité que nous ferons remar- 
quer, c'est que pendant les X r , XI e , XII e et XIII e siè- 
cles, plusieurs cartographes signalèrent, par des 
légendes placées d'ordinaire en dehors du disque 



(I) Arrousmith dans sa carte d'Asie (édition de 1818) figure la chaîne 
de l'aura/, et de Y Allât comme rempart de Gog et de Magog. 

(ï) Voyez sur la chaîne de l'Oural, et la signification de ce nom, le 
rapport de l'eipédilion de Y Oural présenté a la Société de Géogra- 
phie de Saint-Pétersbourg, par M. Kovalsky, astronome de l'expédi- 
tion, en 1847 et 1848 (Nouvelles Annales des voyages, tom. II de l'an- 
née 1848, et Cahier de février 1851). Nous lisons que la chaîne de 
\0ural s'étend du 61* du latitude, jusqu'au parallèle de 66 et de la 
jusqu'à la mer Glaciale. 



XLV1II 



terrestre , les mouvements de l'Océan, qu'on ap- 
pelle mouvements Sydériques, ou flux et reflux{l). 
Ils signalèrent des courants du sud au nord, 
d'autres du nord au sud , dans des espaces de 
63 stades (2) ; mais ils ne mentionnèrent que ces 
deux mouvements généraux et directs, et comme 
ils n'admettaient pas le mouvement de la terre, 
ils n'ont point indiqué les mouvements d'orient 
en occident dans une direction contraire à celle 
de la rotation du globe. Selon ces cartographes, 
ces mouvements s'effectuaient de l'équateur vers 
les pôles, tandis qu'il est admis aujourd'hui que 
la chaleur du soleil, en fondant journellement 
une grande quantité de glaces polaires , produit 
un mouvement qui porte les eaux de l'Océan des 



(1) Voyez dans notre atlas la mappemonde de Macrobe du X e siècle 
décrite dans le toro. II, p. 41. Celle du planisphère du manuscrit de 
Priscien conservé au Musée Britannique, décrite dans le même vo- 
lume, p. 77, la mappemonde de Dijon du XI e siècle, ibid, p. 9i. L'au- 
tre planisphère du manuscrit du XI e siècle des œuvres de Macrobe 
conservé à Metz, décrit dans ce volume, p. 460, la mappemonde du 
manuscrit du XII e siècle renfermant un commentaire de Platon par 
Guillaume de Conches, décrite dans ce vol., p. 498. L'autre du même 
siècle d'Honoré d'Autun, enfin l'autre figure tirée du manuscrit 
du XIII* siècle de la bibliothèque de Stuttgard, renfermant les ouvra- 
ges de Guillaume, abbé de l'abbaye d'Hirsan, dans le Wurtemberg, 
décrit à la p. 499 dans ce volume. 

(i) Le stade contenant 625 pieds. Nous ferons observer que le nom- 
bre des stades indiqué dans les cartes n'est pas toujours la même. 



— XL1X — 



pôles vers l'équateur. Guillaume, abbé d'Hirsan, 
cosmographe du XII e siècle, est le seul auteur 
du moyen-âge qui , à notre connaissance , tâche 
d'expliquer ce phénomène. Il dit que les uns l'at- 
tribuaient aux chocs des grands courants de 
l'Océan environnant, et d'autres à des monta- 
gnes sous-marines. 

On voit qu'à cette époque les physiciens 
étaient loin d'attribuer ce phénomène aux lois de 
l'attraction, d'après lesquelles tous les physiciens 
les expliquent aujourd'hui d'un commun accord, 
en l'attribuant aux attractions combinées, exer- 
cées sur notre planète par le soleil et par la lune. 
Ainsi , les cosmographes du moyen-âge étaient 
sous ce rapport plus arriérés que les anciens, 
car Pline en parlant de la marée dit : Causa in sole 
lunaque. 

Les cartographes du moyen-âge admettaient 
encore la mesure de la terre déterminée par Era- 
tosthène, c'estrà-dire la dimension de la surface, 
252,000 stades de long en large (1) ; car chez eux 



(1) Voyez t. II, p. 81, la légende de la mappemonde du X e siècle du 
musée britannique. Nous ajouterons, que Pline dans le livre II, c. 102* 
ptrle de cette mesure du géomètre grec. Nous verrons plus tard 
d'antres mesures adoptées par Fra-Mauro dans sa mappemonde de 
14». 



les mesures terrestres sont encore celles des an- 
ciens, les stades et les milles romains. 

Nous verrons dans le cours de ce troisième vo- 
lume tous les monuments du XIV e et du XV e siè- 
cle reproduire l'Afrique à peu près sous la forme 
même que lui donnait Hécatée de Milet (1). Il 
n'est pas sans importance dans l'histoire des con- 
naissances géographiques antérieurement aux 
grandes découvertes de voir , jusqu'au XV e siè- 
cle, les auteurs des mappemondes conserver 
pour l'Afrique un tracé remontant à une époque 
antérieure à Hérodote, c est-à-dire datant de plus 
de six siècles avant notre ère. 

En considérant ce tracé commun à l'antiquité 
et au moyen-âge, on s'explique parfaitement com- 
ment il se fait queSénèque et Pierre d'Ailly, sépa- 
rés l'un de l'autre par tant de siècles, aient soutenu 
qu'en sortant du détroit des Colonnes (Gibraltar) 
avec un bon vent, on pouvait aller dans l'Inde en 
peu de jours. En effet , ne connaissant pas la 
grande projection de l'Afrique vers le sud , ils 
voyaient sur les cartes , dès l'issue du détroit , la 



(1) Voyez Klausen, Hccalaei Milesii fragmenta et Tabula geogia- 
phica. Berlin, 1831. Rapprochez de nos Recherches sur la découverte de* 
pays située sur la côte occidentale d'Afrique, p. 96-280 et p. XCIV, XCVII 
de l'introduction. 



— Ll — 



côte tourner presque en ligne droite et se pro- 
longer ainsi souvent même jusqu'au de là du mé- 
ridien de l'Inde, et ils devaient naturellement en 
conclure qu'il était possible de parcourir cette 
distance en peu de jours (1). 

Une autre particularité remarquable dans cer- 
taines cartes du XIV e siècle et du commencement 
du XV e , c'est que certains cartographes n'ayant 
pas figuré les montagnes, ni les fleuves, ni l'orien- 
tation des contrées y ont suppléé par la manière 
d'écrire les noms. Nous nous bornerons à signa- 
ler ici quelques exemples de ce fait.Dans une des 
mappemondes de Ranulphus les noms du Jourdain 
et de la Mer Morte sont écrits du N. au S. dans la 
direction du cours de ce fleuve et de cette mer ; et 
ceux du Tigre et de YEuphrate sont écrits dans la 
direction du cours de ces fleuves. Le même sys- 
tème s'observe dans les noms géographiques ins- 
crits sur le planisphère de Pierre d'Ailly (2). 

Quelques-unes des cartes de ces époques re- 



(1) Pas une des cartes du moyen-âge ne projette l'Afrique jusqu'au 
10° de latitude sud, comme elle se trouve 6g urée dans la carte repré- 
sentant l'intérieur de l'Afrique et les routes suivies par les conqué- 
rants grecs et romains, dressée par Buache pour l'ouvrage de M. Du- 
reau de La Malle (Paris, 1807). Dans aucune on ne remarque la moin- 
dre trace du Zaïre. 

(2) Voyez § LX, p. 88, 89, 306. 



lu — 



présentent une idée géographique appartenant 
encore en propre à l'antiquité , ce n'est pas une 
théorie, c'est plutôt une croyance déjà répandue 
au temps d'Aristote. L'on supposait que la nature 
avait facilité par des canaux naturels» le com- 
merce entre les pays éloignés, en divisant, disait- 
on, les grands fleuves en plusieurs branches qui 
allaient se rendre dans des mers différentes. 
Fréret avait déjà fait cette observation , mais ce 
savant éminent n'avait pu reconnaître la réalisa- 
tion de l'idée sur les cartes du moyen-âge qu'on 
n'étudiait pas alors. D'après cette supposition 
Y hier ou le Danube avait une de ses embouchu- 
res dans le golfe Adriatique selon les uns, et dans 
la mer des Celtes selon les autres, t Timageste, 
cité par le scoliaste d'Apollonius, prétendait que 
le Danube sortait des montagnes de la Celtique, se 
partageait en deux bras, dont l'un allait tomber 
dans le Poni-Euxin , et l'autre dans la mer des 
Celtes à l'occident de la Ligurie (1). D'autre part, 
d'après Euthimènes de Marseille, le Nil commu- 
niquait avec l'Océan occidental, et Aristote avait 
embrassé cette idée , puisqu'il parle de ce bras 
occidental du Nil comme une chose constante (2) . » 

(1) Argonaut, IV, p. Î59. 
(i) Voyex Fréret 



— 1,111 



Une autre idée puisée chez les auteurs anciens 
tels que Dion Cassius (1), Florus (2) et même 
chez Hipparque (3), qu'on remarque dans quel- 
ques cartes du moyen-âge, est celle d'îles, ou 
pointes de terre comme contiguës aux continents. 
Ainsi nous est représentée par Henri de Mayence 
la Taprobane ( Ceylan ) dans sa mappemonde du 
XII e siècle. Cette île s'y trouve annexée au conti- 
nent. Dans d'autres cartes , on aperçoit l'An- 
gleterre et d'autres îles figurées de la sorte. 

Dans d'autres cartes on voit l'île de Pharos 
placée loin de la côte. C'était encore une rémi- 
niscence de l'Odyssée d'Homère (4) et des récits 
d'Hérodote (5). 

C'est au XII* siècle qu'apparaît dans les cartes 
l'indication des fameuses Portes Caspienne s ou de 
Fer de Derbent(6), de plus, en 1448, Leardus, de 
Venise , signale dans sa mappemonde deux pas- 
sages de ce genre, les portes de Dcrbent et celles 
qui se trouvaient dans la province de Balk. 



(1) Voyez Dion Cassius, XXXIX ■*>. 

(i) Voyez Florus, 111-10. 

(5) Hipparque dit: Prima parsorbis aUerius d>citur. 

(4) Homère dans l'Odyssée, II?. IV. 

(5) Voyez sur celte Ile le Mémoire sur la constitution physique de 
l'Egypte (Journal de Physique, lom. XLII). 

(6) Voyez dans ce volume, p. 475. 

m d 



— L1V 



Après le XIV e siècle, les figures représentant 
les trois parties du Monde , sans détails concer- 
nant les régions diverses et telles que nous les 
avons décrites dans le tome II de notre ouvrage, 
commencent à devenir plus rares (1). On en ren- 
contre cependant encore, mais reproduites par la 
gravure, et après la découverte de l'imprimerie , 
ces figures paraissent avoir été copiées dans les 
manuscrits du moyen-âge, comme celle, par 
exemple, de l'édition princeps des œuvres d'Isi- 
dore de Se ville, de 1493, qui est comprise dans 
notre Atlas, celle des œuvres de Bède, le Véné- 
rable de 1563 (2), et celle de f Imago Mundi d'Ho- 
noré d'Autun, publiée dans la bibliothèque des 
Pères (3). 

A l'époque des Croisades , nous l'avons dit, 



(1) Rapprochez de ce que nous avons dit dans le 1. 1, p. LXIV et 
suivantes. 

(2) On remarque dans cette édition des représentations des zones 
bitables et inhabitables (voyez Bède, t. II, p. 33). On y voit: 
fto Une rose des vents en 12 divisions ; 2° Une petite mappemonde re- 
présentant les trois parties de la terre; 3° Une autre du même genre 
(p. 49). La forme de toutes les représentations est la même, elles ap- 
partiennent à une seule famille de monuments. Dans tontes, le disque 
delà terre est Ggurépar un cercle; deux lignes tracées du Nord au 
Sud, coupent le centre du cercle, et séparent l'Asie de l'Europe et de 
l'Afrique, et deux autres lignes placées de l'Ouest à l'Est figurent 
la Méditerranée et séparent l'Europe de l'Afrique. 

(3) Voyez t. XIII de la Bibliotli. Patrum. 



LV 



les cartes avaient fait de certains progrès , et 
même le perfectionnement commence à se faire 
sentir dès le XII e siècle. Les cartographes devien- 
nent plus érudits , surtout depuis l'époque de 
Albert le Grand, de Bacon, de Vincent de Beau vais 
et d'autres savants cosmographes. A partir de 
cette époque, on voit aussi se multiplier les 
poèmes géographiques et les traités de cosmo- 
graphie. Le grand nombre de manuscrits de 
Y Image du Monde d'Honoré d'Autun , que l'on 
retrouve aujourd'hui , prouve combien ce livre 
cosmographique s'est répandu , de même que 
ceux de Guidonis, que YHorlus Delitiarum, com- 
posé par Herrade de Landsberg, que YAurea 
Gemma ou Lucidarius (l) , et enfin, Y Imago Mundi 
d'Henri de Mayence. Dans le siècle suivant , le 



(1) Le Lucidiarius fut écrit en langue allemande au XII e siècle. C'est 
on dialogue entre un maître et un disciple (comme celui de Pierre 
Alphonse, dont nous donnons une partie dans ce volume, p. 314. La 
matière est toute cosmographique dans la première partie. Ce traité 
eut une telle vogue qu'on en rencontre encore beaucoup de manuscrits 
en Allemagne, surtout à Baie, à Munich, à Vienne, etc. Vers la fin du 
XV* siècle, il a été souvent imprimé, et aujourd'hui même c'est encore 
une sorte de livre populaire souvent reproduit par de nouvelles édi- 
tions, et très répandu sur les bords du Rhin. Hain dans le Répertoire 
Bibliographique, l'a par erreur attribué à Honoré d'Autan. « M. le doc- 
teur Pfeifler a qui nous devons une partie de ces renseignements, 
ajoute qu'on n'a rencontré jusqu'ici nulle part cet ouvrage en langue 
latine , tandis qu'il est certain d'un autre côté que dès le XII* siècle, 
il existait en langue allemande. * 



I.VI — 



XIII' , les traités de cosmograpliie se multipliè- 
rent encore; c'est de ce temps que datent les 
nombreux manuscrits du poème géographique 
de V Image du Monde (1), le traité composé par 
Guillaume , abbé d'Hirsan , dans le Wurtem- 
berg , etc. Nous mentionnerons encore un ou- 
vrage géographique qui se conserve inédit dans 
la bibliothèque de l'Escurial en Espagne, sur vé- 
lin du XIII e siècle, et qui porte le titre de : Des- 
criptio Mappa mundi per insulas maris regioms et 
provincias (2). Cecco d'Ascoli écrivit aussf au 
XIII e siècle, Historiadeinsulis in Oceano et Méditer- 
raneo sitis (3), et un grand nombre d'autres traités 

de géographie, sans doute composés pendant 
le moyen-Age et qui ne sont pas arrivés jusqu'à 
nous. De môme que ces ouvrages, beaucoup de 
cartes se sont perdues , et il en est comme les 



(I) Outre le* nombreux exemplaires du poème géographique auiibué 
à (lauthltr de Meti que nous citons dans ce*, ouvrage, nous ajouterons 
ici, que dans un manuscrit du XIV* siècle de la bibliothèque de Troyes, 
ae trouve un inventaire authentique de la bibliothèque particulière de 
Marguerite de Flandres, née en 1550, épouse de Philippe le Hardi, 
duc de Bourgogne et morte en 1403. Entre autres livres on remarque 
les «ulvants : 

I* iM rie tin Pttnuiis et <it CE* fer; 

** lu livre de la mappemonde detiaulthier de Meta. 

Vt) Bibliothèque de l'Kscurial, f. j-ll fol 

(3) Cet ouvrage est cité par Latni dans son Catalogus Manu&cripto- 
rum biblîotheœ Hicardiaïue 



LVI1 



suivantes dont nous ne savons rien , si ce n'est 
qu'elles ont été dressées. Aux indications don- 
nées déjà dans cet ouvrage , nous ajouterons ici 
eo premier lieu la mention d'une mappemonde 
dressée par Hugues de Saint- Victor , au XII e siè- 
cle, pour accompagner son traité de Y Arche 
mystique (disent les auteurs de l'histoire littéraire 
de la France ) , dénombrement des papes que 
Fauteur finit à Honoré II. Pour être entendue , 
cette œuvre suppose un plan figuré de l'objet 
allégorique» sans quoi elle serait absolument inin- 
telligible. On voit effectivement ce plan à la tête 
de plusieurs exemplaires manuscrits de cette 
production (1). « Hugues à l'occasion des posi- 
tions respectives du pays de Babylone et de 
ÏÉgypie promet de faire voir dans une descrip- 
tion de la mappemonde que le premier est au 
septentrion, et l'autre au midi de Jérusalem (2). » 
« Ce dernier ouvrage, s'il existe, a échappé à 
nos recherches. Mais il n'y a pas à douter que la 
mappemonde qui en était l'objet, ne fût une 
carte géographique. » 



(1) Les auteurs de l'Histoire Littéraire n'ont pas signalé les Mss. où 
le plan figuré se trouvait 

(S) « Modo quemadmodum secundum situ locorum competat, in 
descriptione Mappamundi postea clarebit . quia Babylon ab Jérusalem 
est ad aquilonem, Aegyptus ad austrum. » 



LVI1I 



Les rédacteurs ajoutent : « On peut se figurer 
combien elle était grossière, par celle du même 
siècle qui est représentée dans le catalogue de la 
bibliothèque de Turin (1). Joignons à ces men- 
tions la mappemonde de Jacques de Vitry, da- 
tant du XII e siècle , dont nous avons parlé déjà 
( 1. 1, p. 67) , et ainsi annoncée par son auteur , * 
cette œuvre a été empruntée en partie aux his- 
toires orientales et la mappemonde qui l'accom- 
pagne, a été composée d'après les écrits de Saint- 
Augustin et d'Isidore, et même d'après les livres 
de Pline et de Solin , sans parler de ce qu'ont 
fourni les historiens. Si ces choses paraissent in- 
croyables à quelqu'un, nous ne forçons personne 
à croire : Que chacun abonde en son sens (2). » 

La mappemonde du XIV e siècle (3) citée par 
Mandeville, n'est pas non plus parvenue jus- 
qu'à nous. Il en est de même pour la carte générale 
dressée au XIV e siècle, par Ambrosio Lorenzetti, 



(1) Histoire Littéraire de la France, t. XII. p. 18, Paris, 1830. 

(S) Haec praedicta quem parti m ex bistoriis orieitalivm, et Mappû 
mundi, partira ex scriptis beati Augustini et Isidori ex libris etiam 
Plinii et Solini, praeler bistorioorum sériera p raese mi operi adjunxi- 
mus, si forte alieni incredibilia videantur, nos neminem compellimus 
ad credendum. Unusquisque in suo sensu abundet (Rom. 14). 

(3) Mandeville .parle de la mappemonde , p. 108 et 109 de ses rela- 
tions. (Voyez Warton, Mittory of Ençlish Pùetry, p. loi , note K, cf. 
Gough. in Es$*y, p. 2t. 



— L1X — 

et qui se conservait au palais municipal de Siène. 
Tout ce que nous savons, c'est que ce monument 
géographique dessiné sur toile (tela), était sus- 
pendu sur un mur et roulé sur un seul siile , afin 
de pouvoir être déroulé et examiné commodé- 
ment (1). Enfin pour une autre mappemonde 
dont il est fait mention dans une liste des joyaux 
de la couronne d'Angleterre (2). 

Nous citerons encore deux grandes cartes re- 
présentant le monde connu au XV e siècle et qui 
sont également perdues. Ridolfi (3) rapporte que 
Giovani Bellini, célèbre vénitien, travaillait à cette 
époque à dresser ces grandes cartes dans le pa- 
lais Grimani, à Venise. La mappemonde que l'in- 
fant D. Pedro, fils de Jean I er , apporta de Venise 
en Portugal, en 1428, s'est également perdue (4), 
ainsi que la carte que l'illustre infant D. Henri , 
son frère , avait fait dresser , et sur laquelle il 
avait fait ajouter les pays et les côtes occidentales 

(1) Voyez Valser et Andrés, t. III, c. 2 et après celui-ci Graber de 
Hemso, Annali di Geografia, t. II, p. 220, publiés à Gènes en 1802. 

(2) Liste 28, E-I, donnée par Astle a la Société des Antiquaires de 
Londres en 1768, se trouve mentionné un mouchoir sur lequel se 
trouvait dessinée une mappemonde : Unu pannus régis datus a modum 
Happamundi (Gough cite aussi cette curiosité dans son Buay, etc., 
p. 22. 

(3) Ridolfi 1. 1, pr 56, cf. renseignement donné par M. Lazari. 

(4) Voyez Galvam Tratadodos Descobrimentos, p. XV, cf. Faria y Sousa 
boropa Portuguesa, III, c. 1, p. 544. 



LX 



d'Afrique découverts par les navigateurs portu- 
gais de son temps (1). La sphère que Philippe 
le-Bon, duc de Bourgogne, mari d'Isabeau de 
Portugal, fit faire en 1446 par un astronome, eut 
le même sort (2 ) . 

Au moyen-âge on dressait aussi des cartes spé- 
ciales ou particulières des différentes contrées de 
l'Europe. Outre celles de l'Angleterre dont il est 
question dans Gough, et celles que nous avons 
citées dans le tome 1 er , nous en connaissons une 
de la Suède, du X e siècle (3) , et d autres de la 
Flandre, du XII e et du XIII e siècle (4). Nous 



(I) Vojex Azurara : Ckronicm dm Conq*isi* de GuinS, chip. LXXV111. 

•i) Voyez Notice sur un volume des comptes des ducs de Bourgogne 
{publication de X. de Laborde), par M. Drouet-D'Arcq, Paris, 1850, 
p. £8. Le même prince fit faire à un prix considérable « à maistre 
• Henry Arnault de Zubolis. maistre en médecine et en astrologie, 
« demeurant à Dijon, la somme de 1,000 francs, monnoi royal, laquelle, 
« pour cause de certain et subtil ouvrage que icelui seigneur a fait 
« faire du mouvement des sept ptmmètes et de la VIII* et IX* sphère, etc. 
Nous devons à notre savant et estimable confrère M. de Laborde, la 
communication de cette analyse de son important ouvrage. 

Nous renvoyons a une autre partie de cet ouvrage la notice d'un grand 
nombre d'autres cartes dressées pendant et après les grandes décou- 
vertes du XV* siècle, pour nous aujourd'hui perdues, et sur lesquelles 
il nous reste à peine quelques notions. 

(3} Voyez le fac-similé dans le t. VIII du Magasin Pittoresque, p. S08. 

,4* Voyez les cvmpirs rrmdus de U c:mm ssi.n ro}*U d'Himire dt 
Meifi fme ; Bulletin, t. V, p. 135. d09 et suivantes*. Il y est dit que D. 
BertoU y parle de plusieurs cartes anciennes sur Min ou en papier .et 
qui représentaient l'état de la Flandre aux XII' et XIII* siècles. L'abbe 
les traduisit du flamand en français 



— LX1 — 



possédons encore une* carte d'Angleterre qu'on 
suppose avoir été dressée au XIV siècle, du 
temps d'Edouard 111 (1) ; une carte de l'Ecosse 
(faon trouve dans un manuscrit de la chronique 
rimée d'Angleterre d'Harding, du commencement 
du XV e siècle (2) ; une carte topographique de la 



(f) Dans cette carte dressée sur vélin, on remarque les noms de 
Londres et d'York distingués par de grandes lettres d'or. M. Thomas 
Martin a présenté cette carte en 1768 à la Société des Antiquaires de 
Londres. Les principales villes sont figurées par des églises avec des 
tours, et les autres par des maisons ; les noms sont écrits du Nord au 
Sud, contrairement a la méthode observée dans les autres cartes. Les 
chemins sont désignés par des lignes et les milles marqués à chaque 
étape (stage). Les fleuves et les mers sont peints en vert et les sources 
représentées par des cercles.— Gough a reproduit cette carte dans la 
planche VI de son ouvrage. 

(S) Le manuscrit de la Chronique d'Harding se trouve dans la Bi- 
bliothèque Bodléienne Arch. Seld. B. 26. Il est écrit sur vélin et fut 
présenté à Edouard IV. Il parait avoir appartenu à Henri Percy, 
comte de Northumberland, dont on voit les armoiries peintes à la fin. 
Gough a donné une description de cette carte et l'a reproduite (voyez 
Eriiish Topography, t. II, f. 579). 

Un autre manuscrit du même ouvrage se conserve dans la Biblio- 
thèque Harlérenne, Mss. n* 661 . 

Cette chronique a été imprimée a Londres in offtetna Richard 
Grafton, 1543, in-4° goth. Elle a été réimprimée à Londres, en 1812, 
in-ft* avec une préface de M. Henri Ellis. 

L'exemplaire de la première édition de cette chronique imprimée 
que possède la Bibliothèque nationale de Paris et que nous avons exa- 
miné n'a pas de carte. 

M. Lœwenberg dans son ouvrage intitulé Geschichte der Géographie 
s'est trompé en disant que cette chronique était accompagnée d'une 
mappemonde. M. Major du British Muséum , que nous avons prié 
d'examiner les manuscrits de la chronique on question, a eu l'obi i- 



- LXII 



Sicile gravée au revers d'une bulle d'or de l'empe- 
reur Frédéric II, appendue à un acte de l'an 1 $46, 
conservé aux archives de France. La côte occi- 
dentale de l'Italie en face de cette île (1 ) y est tra- 
cée, et le port de Messine est figuré presque aussi 
parfaitement que celui de la magnifique carte 
inédite de 4a Sicile qu'on remarque dans l'Atlas 
de Jean Martinez, dessiné à Messine, en 1583 (2). 
Parmi les cartes de cette catégorie il y en 
avait aussi qui représentaient un seul continent, 
ou une seule partie du Monde , comme la carte 
du manuscrit de Lambertus , du XII e siècle , con- 
servé à la bibliothèque de l'Université de Gand, 
et représentant l'Europe (3). D'autres cartes figu- 
rent seulement l'empire d'occident comme celle 
qui se trouve à la bibliothèque royale de Bruxelles, 



geancede nous communiquer le !•' Janvier 1849, qu'on n'y trouve qu'une 
curieuse carte de l'Ecosse. 

Entre autres curiosités qu'on remarque sur cette carte, on trouve 
aussi la position de l'enfer dans la mer au nord de , l'Ecosse. Il est re- 
présenté sous la forme d'un château gothique avec cette légende : 
« The palais of Pluto, King of Hcll neighbore to Scottz. 

(1) Sur la Sicile ainsi que sur une partie de l'Italie, on remarque des 
édiOces représentant les villes. L'empreinte de cette Bulle d'Or qui 
appartient à M. le duc de Luynes nous a été communiquée par 
N. Huillard Bréholles. 

(2) Cet Atlas se trouve entre nos mains et nous a été envoyé de 
Home par notre estimable compatriote le chev. Husson. 

(5) Nous reproduisons cette carte dans notre atlas. 



LX11I 

dans le manuscrit de Guidonis de Tan 1119 (1). 
D autres enfin étaient bornées à une seule pro- 
vince de l'empire romain et les cartographes 
en dressaient encore de semblables dans les der- 
niers siècles du moyen-âge, comme on le remar- 
que dans la belle collection qui accompagne la 
Notice de l'état de l'empire romain au V* siècle 
(400) (2) et jusqu'à Charlemagne au VIII e . Parmi 

(1) Voyez cette carte dans notre atlas. 

(1) Dans le magnifique manuscrit de la bibliothèque nationale de 
Paris (671 suppl. latin) qui renferme l'ouvrage d'Aethicus et dontPar- 
quoy a fail une notice très curieuse que M. Miller a publiée dans sa 
préface des itinéraires anciens de feu M. de Fortia, on trouve 34 petites 
cartes parfaitement enluminées dont nous donnons rémunération plus 
loin. Les notices qu'on rencontre dans ce manuscrit vont jusqu'à la 
renaissance de l'empire d'occident sous Charlemagne. On remarque 
dans ces cartes des petits assemblages d édifices, désignant en rac- 
courci les villes de l'empire. Ce goût (ajoute Parquoy) n'est pas du 
siècle où fut dessinée la notice originale, mais il a varié et dépendu 
des siècles même où elle a été reproduite. Dans l'édition insérée au 
tome VII du Trésor des Antiquités romaines, de Grœvius, on ne s'était 
assujetti au goût des peintures des éditions précédentes. D'après d'au- 
tres monuments, on a donné à tous les objets, aux villes comme au 
reste , un air beaucoup plus antique. Quant aux villes, si l'on par- 
court la Notice dans leséditions orignales de Gelenius et de Pancirole, 
on remarquera quelque chose qui distingue celles de la Basse-Egypte.* 

Nous avons examiné le manuscrit dont il s'agit et nous y avons re- 
cueilli pour l'histoire de la cartographie des notices qui n'ont pas été 
données par Parquoy. 

Voici les cartes que nous avons trouvées dans le mannscrit : I f ° 39 
Yo, carte où sont figurées plusieurs villes soumises à l'empire ro- 
main en Egypte. H. Carte do Taurns et de quelques villes de ces ré- 
gions. III. Carte renfermant un fleuve au milieu duquel on voit une lie 
{Diospoiis). Plusieurs villes y sont figurées, savoir : Tentyra, Cussn, 
Thebas, Coptos, Maximianopolis, etc. IV. Les villes delà Palestine et Ir 



— LXIV -- 



les cartes spéciales, celles qui se multiplièrent da- 
vantage vers la fin du moyen âge, dès l'époque 
des Croisades , furent les cartes de Jérusalem, de 
la Palestine , et les itinéraires de la Terre Sainte. 
Mais la nomenclature des cartes de cette espèce 
serait extrêmement étendue ; c'est pourquoi nous 
nous bornerons à citer outre la carte itinéraire 
qui se trouve dans le manuscrit des chroniques 
de Mathieu Paris, celles que M. Werlauff a 
publiées d'après deux manuscrits islandais du 
XIII e et du XIV e siècle de la bibliothèque royale 
de Copenhague. L'une est le plan de Jérusalem au 
XIII e - siècle, tirée du manuscrit qui renferme l'iti- 
néraire des pèlerins à travers l'Allemagne et 
l'Italie jusqu'à Jérusalem (1). 
Dans une autre partie de cet ouvrage nous 



Jourdain, V. L'Arabie et ses villes. VI. La Phénicieei quelques villes de 
cette contrée. VII. De la Syrie et de ses villes. VIII. Une autre carte. 
IX. La Mésopotamie et ses villes. X. L'Arménie. XI. La Scythie: XII. La 
Méêie et ses villes. XIII. La Ma si a Prima, XIV. La Daeia Riphensit. 
XV. Britannia. XVI. L'Afrique. XVII. La Tingi tanin. XVIII. LHtoris 
Saxon per Britannia. XIX. Britannia. XX. Ualia. XXI. Arqentoratensis. 
XXII. Provinciac Maurilaniae. XXIU. Provinciac Tripolitanae.XXlY . Pan- 
noniae. XXV. Prountiae Valeriae. XXVI. Pannonia Prima. XXVII. Rhe- 
lia. XXVIII. Provinciae Sequanitis. XXIX. Traactus Sarmoricanis. 
XXX. Belgice Secundœ. XXXI. Britaniorum. XXXII. Siogontiatensis, 
XXXIII. Apuliae et Calabriae. XXXIV. Provincia Dalmatiae. 

(1) Nous avons rencontre cette publication dans la Bibliothèque de 
la Société de Géographie. Voyez aussi l'article de la Revue Encyclopé- 
dique; vol. XXVIII, p. 473. 



— LXV — 



traiterons des cartes murales du palais ducal de 
Venise , restaurées selon Paulo Morosini et aux- 
quelles on a ajouté les nouvelles découvertes ; 
dous traiterons également de celles qui existent 
dans les galeries du Vatican. 

Une question soulevée parmi les savants dans 
ces derniers temps, celle deYAryne, ou coupole 
du Monde des auteurs arabes, question d'une 
grande importance pour l'histoire de la géogra- 
phie, trouve dans ce volume de nouveaux et pré- 
cieux éléments de solution, peut-être même une 
réponse définitive dans le Traité de Pierre Al- 
phonse d'Huesca, en Espagne, qui écrivit en 
1110. Nous ne nous sommes pas bornés à donner 
la partie du texte de cet auteur que nous a fourni 
la bibliothèque nationale de Paris, nous y avons 
joint une traduction, avec les figures annexées au 
manuscrit original (1). 

Nous ne terminerons point cet aperçu des ré- 
sultats acquis par notre travail sur la géographie 
systématique du moyen-âge, sans signaler à l'at- 
tention du lecteur les éléments qu'offre à l'étude la 
nomenclature géographique considérable qui est 
inscrite sur les nombreuses cartes écrites et ana- 



(1) Voyez p. :>io à r>*». 



LXVI 



lysées dans nos trois premiers volumes. Cette 
nomenclature est en général assez caractéristique; 
aussi, dans la transcription des noms, les avons- 
nous écrits tels qu'ils se trouvent sur les cartes 
mêmes, en nous abstenant de toucher aux textes 
dès qu'ils offraient quelque ambiguité: en pareil 
cas , il ne faut pas se torturer beaucoup l'esprit 
pour lire un mot douteux tel qu'on souhaite de 
le trouver , le fruit d'un tel labeur est tout-à- 
fait chimérique. Ce n'est que pour lès mots 
dont l'identité nous a paru évidente que nous 
avons ajouté les correspondants ; pour d'autres, 
nous les indiquons d'après les analogies, quoique 
celles-ci en géographie soient souvent un guide 
trompeur , comme l'a très bien fait remarquer 
M. Walckenaer. « C'est cependant (dit cet illustre 
géographe ), le seul qui emprunte au flambeau 
de la science quelques-unes de ses clartés, et qui 
puisse rendre nos conjectures utiles (l). » 

Mais tous nos efforts, toutes nos études de plu- 
sieurs mois ont été sans résultat pour certains 
noms géographiques des deux cartes d'Andréa 
Bianco de 1446 et de Leardus de 1 448. La nomen- 
clature y est totalement défigurée, et elle nous sem- 



(!)■ Walckenaer. Recherches sur l'Afrique, p. 396. 



LXVII 



blenon moins méconnaissable que les noms les pi us 
altérés des relations de Marco Polo, ceux qui ont 
fait le tourment des commentateurs. Du reste , il 
n'en pouvait pas être autrement, et on se l'ex- 
plique en pensant que ces noms appartenant à 
différentes langues asiatiques, ignorées des voya- 
geurs même, devaient subir encore une trans- 
formation nouvelle dans la reproduction des 
cartographes, qui pour la plupart les pliaient à 
l'orthographe et à la prononciation de leurs pro- 
pres langues. L'analyse de ces deux cartes et les 
notes que nous y avons ajoutées attesteront que 
nous n'avons épargné aucune investigation pour 
parvenir à déchiffrer ces noms. Non-seulement , 
nous avons consulté une foule d'ouvrages dont 
84 s'y trouvent cités avec 41 cartes modernes, 
mais nous les avons rapprochés des textes des 
relations de Marco Polo et de ses commentateurs, 
des voyages en Tartarie pendant le moyen-âge, 
et des cartes publiées par Marsden, Murray , et La- 
zari, pour l'ouvrage de Marco Polo, et par d'Ave- 
zac, pour les voyages en Tartarie; enfin des 
cartes de Spruner. Tous ces instruments devaient 
nous aider puissamment à restituer à ces noms 
leur véritable forme, si l'inconsistance même 
d'un travail exécuté preque aveuglément par son 



— I.XV1II — 



auteur, n'avait rendu nos peines souvent à peu 
près" inutiles , surtout pour un grand nombre 
des noms inscrits sur l'Asie de ces deux cartes. 
Cependant nous ne renonçons pas à résoudre 
encore plusieurs de ces problèmes en rétablissant 
du moins une partie des noms que nous n'avons 
pu reconnaître , c'est pourquoi nous les avons 
maintes fois rejetés aux Additions : mais ces ad- 
ditions elles-mêmes sont devenues tellement nom- 
breuses à la suite de nouvelles études et de nou- 
velles recherches, que nous nous voyons forcé 
de les réserver encore pour des volumes supplé- 
mentaires. Plusieurs de ces annexes serviront, 
non seulement à corriger un grand nombre de 
points et de textes , mais aussi à éclaircir des 
sujets que nous avons à peine effleurés dans 
les trois premiers volumes de notre ouvrage déjà 
publiés aujourd'hui, malgré près de quatre mille 
commentaires et notes ajoutés pour éclaircir les 
textes. 

Voilà donc dans ce volume une partie de notre 
tâche terminée , c'est-à-dire l'histoire chronolo- 
gique des monuments cosmographiques et des 
représentations systématiques de la Terre, anté- 
rieurs aux grandes découvertes du XV e siècle. 
Dans le volume qui va suivre , nous commence- 



LXIX 



rofls à entrer dans le domaine de la géographie 
positive , par l'histoire et la description des cartes 
intermédiaires entre les mappemondes systéma- 
tiques et les Portulans, et des cartes marines 
antérieures aux grandes découvertes des Portu- 
gais et des Espagnols. 

Nous n'avons pas rangé parmi les monuments 
de la géographie systématique antérieure aux 
grandes découvertes, la mappemonde de la bi- 
bliothèque Laurenciana de Florence, qui a déjà 
été publiée par Baldelli, Voici les raisons qui 
nous portent à classer plutôt ce monument dans 
la série postérieure aux découvertes du commen- 
cement du XV e siècle. Baldelli, entraîné par ses 
prédilections et par une idée préconçue, a fixé 
la date de ce monument à Tannée 1351, sur la 
foi d'une date qui ne se rattache point au monu- 
ment lui-même. En effet, la collection de cartes 
marines d'époques diverses dont ce monument 
fait partie, renferme un calendrier qui porte la 
date indiquée plus haut. Baldelli, prenant pour 
cette date, imagina que la mappemonde devait 
être de la même année, et il en tira toutes sortes 
d'inductions et d'arguments en opposition non 
seulement avec l'état des connaissances géogra- 
phiques au XIV e siècle, mais contraires même 
m * 



LXX 



à l'état des connaissances générales des cartogra- 
phes qui ont dressé un grand nombre de cartes 
à cette époque. Cette particularité seule était suf- 
fisante pour inspirer à la critique quelque mé- 
fiance au sujet des assertions de Baldelli (1), mal- 
gré le tracé encore tout- à-fait systématique de la 
partie nord de 1* Afrique» et c'est ce que feu 
Letronne a reconnu avec nous. Aussi plusieurs 
géographes qui ont examiné la forme de la par- 
tie méridionale de l'Afrique sur cette carte, ont- 
ils pensé que le tracé était évidemment postérieur 
au passage du cap de Bonne- Espérance. 

M. Walckenaer lui-même était de cet avis, et il 
nous engagea à demander un fac-similé de cette 
carte pour réunir des éléments plus sûrs et plus 
positifs, et déterminer définitivement comme sur 
la pièce originale, l'époque du tracé (2), M. le 
vicomte de Carreira que nous avons prié, lors de 



(I) Badelli donna une copie en uoir de celle mappemonde à la soi le 
de son Commentaire du Millont de Marco Polo. 

fi) M. Wallenaer nous écrivait le ±2 mars 1841 ; Baldelli conclut de 
la dale d'un calendrier, l'époque de celte carte qui ne porte point de 
date. Les caractères des lettres, les noms qui s'y trouvent et les dé- 
tails de la carte nous feroaiceriaîncmenldécouvrir l'époque que nous 
cherchons. Je crois (ajoutait cet illustre géographe), cette époque pos- 
térieure aux découverte^ des Portugais. La courbure donnée à la côte 
de la Sénétgambie et du Golfe de Guinée est trop approchant du vrai 
pour être autre chose que le résultat des découvertes. Peut-être cette 
carte est-elle mémo du XVI* siècle. Pourtant la pointe méridionale 



— LXXI — 



son voyage à Florence, de nous procurer un cal- 
que et un fac-similé de cette carte , a eu la docte 
obligeance d'en faire exécuter une copie magni- 
fiquement coloriée. Mais les écritures de cette 
dernière présentaient tous les caractères d'écri- 
tures modernes, de môme que celles de la copie 
donnée par Baldeili. M. Guérard, autorité si 
décisive en matière paléographique, a examiné 
à notre prière cette copie, et il a déclaré tout de 
suite que récriture était moderne ; il fallait donc 
un véritable fac-similé des lettres, sans quoi il était 
impossible de former aucun jugement sur la date 
du monument. Mous avons en conséquence ré- 
clamé un nouveau calque de plusieurs noms, et 
le 3 juin 1851, il nous a été envoyé en effet plu- 
sieurs mots calqués sur la carte originale» tant de 
la partie qui renferme Y Europe que parmi les 
légendes inscrites dans l'Afrique ; à ce décalque 
était jointe la remarque suivante : lotis les nom» 
sont écrits en minuscule ronde romaine, précisé- 

ment comme dans les éditions des Aides (Aldo). Dès 

lors nous eûmes plus d'éléments pour juger et ré- 
soudre 1° r état-général de la cartographie au 



de r Afrique parait avoir été inconnue de l'auteur. Ainsi que vous le 
remarquer très bien, les assertions extravagantes de Baldeili ne mon- 
tent aucune confiance. 



LXXII 

XIV e siècle, et les connaissances de la géographie 
de cette époque toutes en opposition manifeste 
avec la forme donnée à l'Afrique méridionale sur 
cette carte, et avec les inductions de Baldelli ; 2* la 
copie publiée par Baldelli ; 3° le fac-similé ob- 
tenu par M. le vicomte de Carreira en 1841 (1) ; 
4° enfin la copie des noms calqués de nouveau 
dix années après sur la carte originale. Nous 
avons alors comparé à la Bibliothèque Nationale 
les écritures de notre décalque avec celles des 
manuscrits italiens de la fin du XV e siècle et du 
commencement du XVI e , et nous avons trouvé, 
ainsi qu'un des employés les plus versés dans la 
connaissance des manuscrits, une identité parfaite 
entre l'écriture de la carte, et celle des manuscrits 
italiens des siècles que nous venons de signaler, 
identité qui ne permet plus de doute sur l'époque 
de la confection de la carte. Au surplus, certains 
détails géographiques viennent encore préciser 
l'époque que nous venons de fixer paléographi- 

(1) A cette occasion notre docte compatriote a obtenu de feu Graber 
de Hemso, un travail complet d'examen de la collection de cartes a 
laquelle se trouve annexée la mappemonde en question. Après la des- 
cription de toutes les cartes qui forment la collection du manuscrit 
Gadiani. M. Graber de Hemso concluait que la dite collection renfer- 
mait des cartes du XIV* et du XV* siècle, et que la mappemonde en 
question avait été dressée postérieurement a celles-là par une main 
différente. 



— LXXIII 



quement. Parmi ces détails, nous nous bornerons 
À signaler pour l'Europe le golfe de Gascogne, les 
côtes de France, la Baltique, le Juiland, dont le 
tracé est déjà tellement perfectionné, qu'il n'est 
pas à comparer aux tracés des cartes antérieures 
à la dernière moitié du XV e siècle. La pénin- 
sule de la Krimée, la mer tfAzof, y sont aussi plus 
exactement dessinées que dans les cartes antérieu- 
res ; en Asie, la Caspienne y parait pour la 
première fois figurée dans le sens du méridien, 
tandis que dans toutes les cartes antérieures cette 
mer figure tantôt comme un golfe de l'Océan 
boréal, tantôt comme un lac allongé dans le sens 
des parallèles. L'Irlande est désignée par son 
nom moderne, tandis que dans toutes les cartes 
du moyen-âge jusqu'au XV e siècle, cette ile porte 
invariablement le nom de la géographie ancienne 
Hibernia. La première fois que nous rencontrons 
dans les mappemondes le nom d'Irlande, c'est 
dans la carte de Bianco de 1436, et dans celle de 
Giovani Leardo de 1448. Nous devons faire re- 
marquer aussi à l'appui de l'époque que nous 
fixons à cette carte que la couronne des rois de 
Castille se trouve placée avec ce nom dans la 
partie méridionale de l'Espagne, à l'endroit qui 
forma le royaume maure de Grenade jusqu'à 



— LXXIT 



Tannée 1 492» époque vers laquelle Ferdinand le 
Catholique le conquit sur lep Sarrazins. 

L'Afrique, tout en offrant encore une portion 
systématique, présente cependant plusieurs 
particularités qui, rapprochées des légendes 
des cartes du XV* siècle, prouvent que la 
carte n'est pas antérieure à cette époque. Nous 
nous réservons du reste d'en donner une analyse 
complète dans une autre section de cet ouvrage, 
notre but étant seulement de produire d'abord 
dans cette introduction les motifs qui nous ont 
porté à ne pas la classer parmi les cartes systé- 
matiques antérieures aux grandes découvertes du 
XV- siècle. 

Nous ne terminerons pas cette introduction sans 
signaler au lecteur une note explicative du sym- 
bole de l' Arbre du Soleil et de Y Arbre de la Lune 

figuré, dans quelques cartes du moyen-âge. Cette 
note remplie d'érudition que nous devons à notre 
savant ami M. Lajard, nous l'avons placée à la 
fin de ce volume. 

Ce symbole figuré dans les cartes, montre que 
les cartographes du moyen-âge puisaient aussi 
dans les traditions religieuses de l'ancienne Asie. 

En rapprochant la date de la première croi- 
sade de Pierre l'Hermite qui eut lieu en 1093 à 



— un — 

1094 de celle de la composition de l'ouvrage de 
Umberius (1120), où se trouve pour la première 
fois la mention de Y Arbre du Soleil et de Y Arbre 
île la Lune, il nous semble que les cosmographes 
occidentaux ont dû recevoir cette tradition de 
l'orient vers l'époque des premières croisades. 

Nous avons déjà recueilli pour les différentes 
sections de notre ouvrage qui doivent composer 
les volumes suivants, plus de 200 cartes (1), 
documents et notices appartenant à la géographie 
positive, et notre Atlas s'enrichissant tous les jours 
de nouveaux monuments de la géographie, tout 
nous autorise à espérer que sous peu de temps 
nous terminerons un travail qui remplira l'une 
des plus grandes lacunes de l'histoire de la science 
et de celles des connaissances humaines (2) . 

Paris, 1S octobre 1851. 

(1) Nous signalerons ici deux nouveaux monuments appartenant 
encore Si la cartographie systématique du moyen-âge dont nous avons 
reçu les fac-similé après l'impression de ce volume. 

Le premier renferme un système 'cosmographique tiré d'un manu- 
scrit do X e siècle conservé à la bibliothèque de Saint-Omer. Ce monu- 
ment diffère de tous ceux que nous avons décrits dans cet ouvrage 
11 représente le système des sphères. La Terre s'y trouve placée au cen- 
tre de l'univers, et autour les mots Cent a un Mundi ; elle est environnée 
par l'Océan. En dedantdu disque terrestre on lit au haut: Orbis et au 
ba&: Terre et les mots : Gkntis, CXXV. — Insuie, LXXII.— Provinciae, 
IXXVIW. — Lingur, LXI1. — Flumina, LVII. — Maria, XXX. — Montes, 
XL. L'artiste a figuré la pluie tombant sur la terre et on lit au haut le 



LXXVI — 

mot pluvia. Autour du monument on remarque une légende dont une 
partie est effacée. Elle est destinée a signaler que cette figure repré- 
sente le système du Monde d'après les opinions des philosophes. 

Le second monument est une mappemonde du XU« siècle qu'oD re- 
marque dans le manuscrit de Lambertus de la bibliothèque de Wolfen- 
bflttel. Ce monument tout en étant semblable à celui qu'on remarque 
dans les manuscrits de Lambertus conservés a Gand et à Paris, dont 
nous avons donné l'analyse dans le tome II, p. 182 a 198, diffère de ces 
deux par un tracé a une plus grande échelle. 

Ci) Nous avons lu cette Introduction a l'Académie des Inscriptions et 
Belles-Lettres, dans les séances du 12 mars, du 2 et du 6 avril 1852. 



ESSAI 



SUB 



L'HISTOIRE DE LA COSMOGRAPHIE 

ET DE LA CARTOGRAPHIE 

PENDANT LE MOYEN-AGE. 



SITE DE LA DEUXIEME PARTIE. 

CONTINUATION DB LANALTSB 

KS MONUMENTS DE LA CARTOGRAPHIE SYSTÉMATIQUE 

PREMIÈRE SÉRIE. 
S LVIH 

MAPPEMONDES DU XIV* SIÈCLE. 

M â ppsm ùnâs rsnférw sé s dans un manuscrit du Polyehronicon dsRanutpkus 

Uygden au Muses Britannique. 

La mappemonde dont nous allons nous occuper, 
Tune des plus curieuses de cette époque 9 prend 
rang après celle de la Cathédrale d'Hereford analysée 
dans le volume précédent. Avant de décrire ce mo- 
nument de la géographie du moyeu-âge, nous croyons 
utile de dire quelques mots du manuscrit où il se 
trouve renfermé, et de l'auteur du Polyehronicon. 
m l 







— 2 — 

Ranulphus était un moine Bénédictin. Ce fut vers 
la première moitié du XIV e siècle qu'il composa le 
Polychronicon , ouvrage historique qui commence, 
comme toutes les chroniques de cette époque, à la 
création du monde et s'arrête à Tannée 1357. Il 
mourut en 1 363. Déjà, nous avons donné des dé- 
tails sur cet auteur (1) , apprécié l'étendue de ses 
connaissances cosmographiques et géographiques et 
indiqué les sources où il a puisé (2) ; il nous reste 
à dire quelques mots des manuscrits de ses ouvrages 
renfermant des mappemondes. 

Plusieurs auteurs ont parlé de ces manuscrits. 
Fabricius consacre à Ranulphus un article dans sa 
Bibliothèque des auteurs du moyen-âge (3), et Oudin 
fait mention des différents manuscrits du Polychro- 
nicon, qui existent dans les bibliothèques de France 
et d'Angleterre (4). Dans la Bibliothèque de Bour- 
gogne, maintenant à la Bibliothèque royale de 
Bruxelles, il en existe aussi un exemplaire manu- 



(1) Voyez t. t«, p. 143 et 147, ibid., note t. 

(2) Voyez 1. 1« de cet ouvrage, p. 146. 

Nous ajouterons ici à lt liste des auteurs auxquels Ranulphus a em- 
prunté et que nous ayons indiquée p. 143 du t. I e *, les noms de Gi- 
raldus Cambrensis, d* Alfred Le Grand, et de Guillaume de Malmesbury. 

(3) Voyez Fabricius, BibUoth. Med. et Infim. IMinit., t. III , p. 744, 
édit. in-8<>. 

4 

(4) Oudin, t. H, p. 10S7. 



— 3 — 

scrit de Tannée 1333 et portant le numéro 9890 (1). 

Les mappemondes du Polychronicon ont aussi at- 
tiré l'attention de différents auteurs : Baleus, Pitscus, 
Fossius. Playfair a donné même le croquis d'une de 
ces représentations qui se trouve dans le manuscrit 
conservé à la Bibliothèque des Avocats d'Edim- 
bourg (2). 

Avant lui, Gough avait mentionné la mappemonde 
de l'exemplaire conservé au Musée Britannique, et 
reproduit la partie qui concerne l'Angleterre et l'E- 
cosse (3). Voici le titre de ce manuscrit de l'ancienne 
Bibliothèque royale d'Angleterre classé au Musée 
Britannique sous le n* d'ordre 14, C, IX, dans le 
catalogue actuel (4). 

« Ranulphi Hydgen C ester cien., Polychronicon, 7 
libris, cum indice alphabetico, et duplici orbis ter- 
rarum descriptione geographica. > 

Ce manuscrit renferme deux représentations de la 



(1) Voyez le t. II du catalogue des manuscrits de la Bibliothèque 
royale de Bourgogne. 

(2) Voyez Playfair, A System ofGeography, t. I er . 

(3) Voyez Gough Brittsk Topoçraphy, toJ. I, p. 61, et dans le tirage 
à part, qui a pour titre : An Bssay an tk* rise and progrès* of geography 
la Grtmt Brltain, etc., p. 6, et planche III, fig. H. 

(4) Casley's Catalogne of the manuscripts of the King's library , 1734, 
p. 251. —Cf. Catalogue of the manuscript Maps, etc. in the British Mu- 
séum 1. 1", p. 14. (Londres, 1844.) 



— 4 — 

terre habitable (1). Nous allons décrire d'abord la 
plus grande. 

Cette mappemonde est de forme oblongue. L'o- 
rient est placé en haut de la carte, le nord à gauche, 
le sud à droite et l'occident au bas. L'océan envi- 
ronne toute la terre, il est peint en vert, et semé 
d'Iles de forme tantôt carrée, tantôt oblongue* On 
y remarque les 12 vents de la rose d'Alexandrie (2). 
Les grandes villes sont figurées par des édifices. En 
haut, à l'extrémité de l'orient, est le Paradis terres- 
tre. Cette carte, l'une des plus riches en nomen- 
clature, offre près de 400 noms et légendes; nous 
allons en examiner la distribution sur chaque partie 
du monde en particulier. 

EUROPE. 

A l'entrée de la Méditerranée sont deux colonnes 
peintes en noir et renfermées dans un rectangle; à 
leur base, on lit dans un cartouche : Gaditanum fre- 
tum (détroit Gaditain) ; au haut : Gades (Cadix), et 
des deux côtés : Columnœ Herculi (colonnes d'Her- 
cule.) (3). 



(1) L'auteur du Catalogue des Cartes manuscrites du Musée Britan- 
nique dit, au sujet du manuscrit qui renferme ces deux mappemondes : 
« Tbo volume formerly belonged to Johannes de Wardeboys Abboi of 
Ramsey from the Year 1509 till its surrender to Henry VIII. » (P. 15.) 

(S> Voyes U I«, p. 259. 

(S) Nous arons déjà parlé des Colonnes d'Hercule (voir t. I", p. i6> 



— 5 — 

Au nord des colonnes est l'Espagne, qui n'a point 
sa forme péninsulaire. Ce pays est trop allongé de 
l'ouest à Test, et trop resserré du nord au sud. A 
l'occident , près de la mer Atlantique, on remarque 
un grand édifice qui ressemble à une forteresse 
avec trois tours de forme pyramidale et trois croix. 
Au bas on lit : Sa (Sanct.) Jacobi (Saint Jacques). 
C'est le fameux temple de Saint Jacques de Com- 
poste lie, dans le royaume de Galice. Le cartographe 
l'a figuré comme une forteresse, parce que cette 
église, comme celle de Notre-Dame de Lorette et 
d'autres du moyen-âge, était fortifiée, afin de mettre 
à l'abri d'un coup de main les trésors que la piété des 
fidèles y faisait refluer (1). A l'est est le mot His- 
panu, et la légende suivante : 



• Orientalis incolitur à Sarra- 
« cenis , occidentalis à Christiania, 
• habet sex provincias Galidam, 
« Lutitaniam facilitas a Christia- 
« nis 9 Beliriam, Tfogitinam, Asin- 



L'Espagne orientale est habitée 
par les Sarrasins; (l'Espagne) oc- 
cidentale, par les chrétiens ; elle a 
six provinces : la Galice, la Lusi- 
tanien habitée par les chrétiens ; la 



i7 v 100, 216, 217, 225, 327, 397-425, et dans le t II, p. XL1 , 32, 78, 
158, 178, 380, et 392. Le lecteur trouvera de plus amples deuils dans 
l'ouvrage de Schwabz , DUsertath de Oolumnis Herculis, spécialement 
consacré a ce mythe. 

(1) M. Isidoor Hye, dans sa Notice sur Us voyages faite en Belgique par 
des étrangers, p. 21, Gand, 1847, not. 1, rappelle au sujet de cette for- 
tification des villes à reliques, une romance espagnole dans laquelle 
sont ces deux ▼ ers : 

Toledo en rlquesa 
Compostella en FortaUsa. 



— 6 — 



« cam, Aragoniam, melle et me- 
« UUo copiosa. » 



Bétique, la Tingitane (1), les As- 
turies, l*Aragon ; elle est riche en 
miel et en métaux. 



Il est assez étrange que le cartographe signale la 
partie orientale de l'Espagne comme habitée par les 
Sarrazins, sans ajouter que la partie méridionale 
était habitée par le même peuple, et qu'il se soit 
borné à désigner cette partie de l'Espagne par le 
nom ancien de Betica. Il a Gguré au nord la chaîne 
des Pyrénées, continuée par celle des Asturies, et 
séparant l'Espagne de la France. La courbure que 
fait la côte orientale depuis le cap Saint-Martin, dans 
le royaume de Valence, jusqu'à Barcelone est gros- 
sièrement indiquée* mais au lieu d'être placée à 1T5. 
elle se trouve au S. On y lit dans un carré Sinus 
baliarius (le golfe Baléare). A TE. est le golfe de 
Lyon, nommé Sinus gallicus (le golfe des Gaules). 



(1) Le cartographe prouve par cetta légende qu'il suivait encore 
au XIV* siècle les démarcations et déaontnations géographiques de 
l'époque romaine; il indique seulement quelques unes des provinces 
habitées par des chrétiens, n suivait tellement la géographie romaine, 
qu'il considère encore la Ti*§it*n* t province d'Afrique, comme une 
province de l'Espagne. Et en effet la Tt*$it*n* fut annexée à l'Espagne 
sous les Romains. Mannerl pense que cette annexion eut lieu sous 
Dioctétien, qui fit beaucoup de changements dans l'empire. Elle forma 
une des sept provinces du Vicariat d'Espagne. Jusqu'au VII* siècle, 
dans Isidore de Séville (Etymoi. LXIV), la Tingitmm figure parmi les 
provinces de l'Espagne, témoin le passage suivant de cet auteur : 

« Uispmi* habet pnmmcits tex : Turmctnenim, Cwrtaginemem, £mf- 
tatiium, GotoiVrai, Bctiam % ef trmu (rtta in ifftèm Africm Tingiumtm. * 



— 7 — 

Dans la France, nous lisons au delà des Pyré- 
nées, Pictania, ou Pictonia regio (pays des Pietés, 
le Poitou) (1); plus à l'orient : Picardia (la 
Picardie); ensuite Fasconia (la Gascogne) (2); 
au N., Britannia minor (la petite Bretagne); puis 
Midisboras? Ces contrées sont placées près du 
canal de la Manche ou de l'Angleterre, La Bre- 
tagne est séparée de la Normania (Normandie) 
par un grand fleuve peint en vert qui représente la 
Laite. 

Au midi de la Bretagne est Andegavia (l'Anjou) ; 
au midi de cette contrée, Narbonensis (la Narbo- 
naise) (3); à TE. de celle-ci, Provincia (la Provence). 
Ces deux dernières sont placées près du Sinus Gai- 
ticus. A TE. de la Provence, au bas d'un grand édi- 
fice, on lit : Canna (Cannes) ; au nord de ce pays, 



(1) Voyez t. II, p. 220. M. Walckenaer, Géographie ancienne des GauteSy 
t I", p. 363, montre que César, Strabon, Pline, Ptolémée et Lucain 
font mention de ce peuple. Umonum, aujourd'hui Poitiers, était la ca- 
pitale des Pktones. Voyez Thibaudeau, Histoire du Poitou, t. I* r , p. 6 et 
saW. — Voyez encore la discussion et le rapprochement des divers 
auteurs chez M. Walckenaer, ouvrage cité, U I", p. 363, note 1. 

(2) Sur la Vatconia et le pays auquel elle correspond aujourd'hui, 
voyez Walckenaer, Géog. ane. de» Garni., I, p. 244. 

(3) La Narbonnaise disait partie de la Gaule transalpine, désignée 
sons le nom de celtique. Voyez, pour les détails géographiques, Walck. , 
Géog. ane. du Gaul., 1. 1«, p. 53, et U II, p. 313 et 356. Dans la Narèen- 
naUe se trouvaient Narbemne et Touloute^ villes principales. Rapprochez 
des pag. 116-216 et 220499 du t. II. 



— 8 — 

Âquitania Gallia (les Aquitains de la Gaule) (1), et 
à TE* Colonia (Cologne). Au N. est Burgundia (la 
Bourgogne), et au dessus le mot Francia (la France), 
lequel se trouve répété près de la Seine. Paris est 
figuré par un grand édifice surmonté de trois tours 
pyramidales, à la base on lit Parisiis (Paris) 9 et à 
l'entour : 



Francia oonUnet omnes populos 
inter Angliam, Germaniam, Alpes 
et Mare Magnum, proprie vocatur 
Gallia. 



La France comprend tous les 
peuples entre l'Angleterre, la Ger- 
manie, les Alpes et la Grande Mer. 
Elle s'appelle proprement Gaule. 



Puis on lit à l'O. : Belgica (la Belgique). Braban- 
lia (le Brabant). Cette contrée se trouve renfermée 
dans un carré long» pour montrer sans doute qu'elle 
formait une province séparée. A l'O. est Flandria 
(la Flandre) (2), également séparée des autres, et 



(1) Les peuples de Y Aquitaine, ancienne province des Gaules, sont 
aujourd'hui les peuples de la Guyenne, et de la Gascogne. La Guyenne 
comprend plusieurs provinces, et au moyen-âge les cartographes la 
confondaient souvent avec la Gascogne; alors on rétendait jusqu'aux 
Pyrénées. Us indiquent les différents pays connu sous le nom (TAqui- 
tania dans les divisions territoriales des Romains, par ce seul nom 
inscrit dans leurs cartes. 

Nous renvoyons le lecteur, pour plus de détails au sujet des pays 
connus sous cette dénomination, à la Géographie ancienne des GmUs % 
par M. Walckenaer, 1. 1, p. 233, 346, 253, 234, et p. 283 oh ce savant 
décrit les divisions établies par Auguste, et p. 313, 337, 362. 

(2) D'après remplacement que le cartographe donne à la FUndria^ il 
nous semble qu'il voulait signaler le pays habité par les anciens peu- 
ples connus dans la géographie ancienne, sons le nom de FUmdrentes, 
et occupant le Pagus Fhmdrentis, ou les environs de Bruges y dont parle 
Dado, dans la vie de Saint-Êloi, liv. II, c. 3. 



— 9 — 

aux bords d'un grand fleuve (Y Escaut). Sur les bords 
du Rhin et au N. de la France, on lit : Hanaldia 
(le Hainaut), formant aussi une province séparée (1). 
Tous les pays que nous venons de nommer, sont 
entre le Rhône et le Rhin, et ce dernier fleuve porte 
son nom de Rhenus fluvius. 

Au N. de la Flandria est la Selandia (la Zé- 
lande) (2), séparée de Frisia (la Frise) par un des 
bras du Rhin (3). Au nord de cette dernière contrée 
on lit : 



Gerwumim continet omnes po- 
pulos inter Alaniam et Fraociam 
cnjus inferior pin ? ocatur Alama- 
nia toi populos germinat (sic) quot 
alere non sufficit. 



La Germanie contient tons les 
peuples entre le pays des Alains et 
la France. La partie inférieure se 
nomme Allemagne; elle produit 
tant de peuples qu'elle ne suffit 
pas à les nourrir. 



En avançant vers la mer du Nord, on lit : Prus- 
sia (la Prusse) ; à TE. de celle-ci, Mania (le pays 



(t) Le fleuve Bainm % ou Haçina (la Haine) dans 11 Basse-Allemagne, 
a donné son nom au Hainaui et va se Jeter dans YBs&tut à Condé. 

(S) ZeUmdtot l'une des provinces de la Hollande, an S«-0., dont la 
capitale est Mldddèourg. Elle est, pour la plus grande partie, formée 
d'Iles dont les plus considérables sont Walchertn^ Aut-Jmffaju!, Nord- 
BeveléMd'Schonwen, Dulvdand et ThoUn. Il nous semble que le cartogra- 
phe, l'ayant séparée de il Frisim, n'a en en vue que de signaler la pro- 
vince, ainsi dénommée, et non pis toute la Hollande. 

(5) Il nous semble que ce nom désigne le pays des FrUli qui, dans 
la géographie romaine, était placé h l'extrémité de la Gaule, sur les 
bords du Bhin oriental , et le pays des Frlsonet qui habitaient les bords 
de la mer jusqu'à i'Sseaut occidentiL La Friu est maintenant une pro- 
vince de la Hollande) in N. 



— io- 
des Àlains) (1). Enfin, à l'extrémité orientale de l'Eu- 
rope, et près de la mer boréale, est placée la légende 
suivante : 

SUhia inferior, cujus par» est 
Colonia.... pcr barbares gentes, 
et ex parte aquilonis habitant Tar- 
tari, quorum rex fuit presbiter 
Jobannes. » 



La Scythie inférieure, dans 
partie, est une colonie des 
lions barbares ; du côté de l'aqui- 
lon habitent les Tartares, dont le 
prêtre Jean fut roi (S) 



Revenons aux contrées limitrophes de la Germa- 
nie, entre le Rhin et le Danube. En allant de l'O. à 



(1) Alan(* t ou le pays des Al*ln$ y selon Orose, était dans lt S*r- 
m*t(* d'Europe. (Voy. Orose, liv. I, c.«.) Avant lui; Pline et Ptolémée 
l'avaient placé dans cette contrée. Voyez, sur ces peuples, l II, p. 806. 

(1) Cette légende présente, selon nous, quelque confusion géogra- 
phique. Nous croyons que le cartographe entendait par Scythie infé- 
rieure Y IndoScythl*, la région de l'Inde ainsi appelée par Arrien. Les 
auteurs du noyeavàge, dans leur division des trois Indes, plaçaient 
l'empire du prêtre Jean dans l'Inde Majeure [India Mmgmm, India tn- 
ffrior Jùkënnis prttbyttri). D'autres plaçaient l'empire de ce person- 
nage dans la Troisième Inde, c'est-à-dire au delà du Gange. Jourdain 
de Severac et Sanuto plaçaient le prêtre Jean au delà du Gange. 

Notre cartographe, en signalant les Tartares en— ip ayant appartenu 
à l'empire du prêtre Jean, nous ferait penser que cette partie de la lé- 
gende a été puisée dans des relations concernant les Nestoriens, chez 
l esq uel s le fameux prêtre Jean est une aorte de mythe que les auteurs 
du moyen-ego ont confondu probablement avec le Orné imwm du Ti- 
bet Du reste, le nom de Tartane, comme l'observe D'Anville, n'a paru 
m* *era la In du Xlh siècle. Simon de Saint-Quiatin, dans les infor- 
mntions orales qu'il avait recueillies» innence que le prêtre Jean était 
autr*toUroideNnfee(«tt2«NKfeite révol- 

tés contre David» son thv Ces notions se trouvent d'accord avec notre 



An sujet du prêtre Jean» voyea oTAvenac, 
tnret» dans les hlemeèvea de la So ci été eV gèogranoàe, u IV, et 
tirage à paru p* ISOet soi*. 



— il — 

'E., nous trouvons Alemania (l'Allemagne), séparée 
par un trait de Suonia (la Souabe) ; Franconia (la 
Franconie) (1) ; Westphalia (la Westphalie) ; Thn- 
ringia (la Thuringe) (2) ; au midi B avaria (la Ba- 
vière), et au S.-S.-O., Rhelica (la Rhétie) (3); à 
l'E. de la Thuringe, Saxonia (la Saxe), Boemia 
(la Bohême); au S.-E. de celle-ci Danubius fluvius 
(le Danube), au-delà duquel se trouvent en poursui- 
vant vers TE. Hungaria (la Hongrie), Gothia (la Go- 
thie), Dacia, puis JVadaly (peut-être les Vandales). 
Cette contrée est placée dans une péninsule sur la 
mer Noire? Au S. est Macedonia (la Macédoine), 



(1) Franconia. Ce nom, que nous rencontrons pour la première fois 
dans une carte du moyen-Age, demande quelques éclaircissements. 
Le cartographe du XIV' siècle Ta inscrit pour la première fois, de 
même que la Souabe, parce que dans le siècle précédent (1268), l'ex- 
tinction de la maison de Hohenstaufen ayant occasionné la vacance 
des duchés de So ua be et de Franconie, les différents États de ces pro- 
vinces trouvèrent moyen de se rendre pareillement immédiats. Quan- 
tité de villes qui avaient été du domaine des anciens ducs s'élevèrent 
alors au rang de villes libres et impériales, et les maisons de Bade, 
de Wurtemberg, de HohenioUern et de Furstenberg datent aussi leur 
illustration de cette époque (Voyez SchœpîtoùiHtêtorUZmringoBaden- 
«fe, 1. 1, p. 967. Cf. Hergott, Geneal. Auttriac., t. II, p. 136). Quanta la 
Westphalie, les comtes de ce pays s'étaient soustraits à l'autorité du 
duc de Saxe au XII* siècle, pour se rendre immédiats. 

(2) Nous avons déjà parlé du pays des Thuringes ou Thuringiens, si- 
gnalé dans d'autres cartes antérieures. Nous renvoyons le lecteur aux 
notes du t. II, et pour l'histoire des différents changements survenus 
dans le pays de ce nom depuis la chute de l'empire romain, il doit 
consulter Kocb, Tableau des révolutions de V Europe, t. I, p. 4, 11, 163. 

(3) Rhétie. Voyez t. II, p. 135 et 184. 



— 12 — 

occupée par une forteresse. Le cartographe a douué 
à cette contrée une figure à peu près péninsulaire : 
en effet, elle a la mer Adriatique et Ionienne d'un 
côté, et la mer Egée de l'autre. Mais ce pays, au lieu 
d'être placé du N. au S., se projette ici arbitraire- 
ment de l'O. à l'E. 

A TO. de la Macédoine sont les contrées illyriennes, 
Dalmatia (la Dalmatie) , et Istria (FIstrie). 

La Grèce est aussi une péninsule; le cartographe, 
exact en cela seulement, dénature d'ailleurs la con- 
figuration géographique de ce pays ; il Ta mal con- 
tourné et arbitrairement projeté, comme la Macé- 
doine, de KO. à TE. , au lieu de le tracer du N. au 
S. et S.-S.-E. Outre le mot Achaia (PAchaie), Ton 
y remarque un grand édifice terminé au sommet par 
trois pointes, et près de la base : Elladia (l'Hel- 
lade, la Grèce) (1), inscrit du côté du nord, puis 
Arcadia (PArcadie) (2) du côté 0. 



(1) Ce nom était donné quelquefois I tonte la Grèce, à cause des 
Hellènes, qui y dominèrent. D'autres ont appelé particulièrement Hel- 
toi* un canton de la Pnthiotide en Thessalie, dans lequel les Hellènes 
s'étaient établis sons Deucaliou. Jornandès, de Reb. Gttic, comprend 
sous le nom d'Hellas YAttique, Mégm-e y la Béotte % la Phocid* % la Doride, 
la Locride, etc. 

(2) Arcadie. Cette contrée est située dans la partie centrale dn Pé- 
lopottèse. Les habitants de ce pays furent primitivement des Péltsgt*. 
Ces peuples se répandirent dans différents pays. V Arcadie forme main- 
tenant les gouvernements de Mantinée et de Goriyne dans le nouveau 
royaume de Grèce. 



— 13 — 

La mer Adriatique (Mare Adriaticum) sépare la 
Grèce de l'Italie séparée elle-même par les Alpes, 
de la Burgundia. Près de cette chaîne de montagnes, 
on lit : Alpes Godard (Alpes du Sainl-Gothard) (1). 
Au N.-O. est la légende suivante : 



« italio habet provinclas tu, 
Calabriam, Campaniam, Beneven- 
laliani, Tusciam, Apuliam, Ligu- 
riam et Lomhardiam. In Tuscia est 
Roma. » 



L'Italie a sept provinces : la Ca- 
labre, la Campanie (î), Bénévent, 
la Toscane, PApulie (laPouille), la 
Lfgurie et la Lombardie. Dans la 
Toscane est Rome. 



Au centre de l'Italie un édifice très-grand d'une 
forme différente de ceux qui représentent Saint-Jac- 
ques de Composte! le en Espagne, et Paris, est dé- 
signé par les mots : Borna , Pet. (Rome, St-Pierre). 
A l'E. de Rome est Tuscia (la Toscane) limitrophe 
de Campania (la Campanie) sur laquelle on lit : 

< Campania, metropolis cnjos I La Campanie, dont la métropole 
est Neapolis. • I est Naples (5). 



(1) Il parait que le cartographe a voulu distinguer le Saint Gothard 
parmi les autres montagnes du système alpique, et que toutes les 
antres montagnes qui forment cette grande chaîne sont comprises sous 
le nom générique d'Alpes. 

(2) La Comporté était une ancienne contrée de l'Italie centrale, qui 
avait Copoue pour capitale. Elle forme aujourd'hui une province du 
royaume de Naples, dans la partie méridionale de la Terre de Labour, et 
la partie septentrionale de la Principauté-Citérieure. Sur l'ancienne 
contrée consultez Pline (liv. III, c 4), Mêla (liv. II, 4), Tacite (Annal., 
III, 47; IV, 67; XHl, «6). 

(3) Voyez la note précédente. 



— 14 — 

La ville de Naples (Neapolis) «st représentée par 
une sorte de forteresse. À TE. on lit : 

« Apulia, cnjus metropolis est f L'Apulie, dont la Métropole est 
Brondisfon. > I Brindes. 

Après cette légende on lit : 

« Istam navigatur inter et Si- i La navigation alleu entre elle et 
ciliam. » [ la Sicile. 

Au dessous est Brundision (Brindes) (1), près de 
Y Italiens Sinus (golfe Italique), qui correspond, se- 
lon nous, au golfe d'Otrante. A l'ouest est Capua 
(Capoue) figuré en forme de forteresse. A l'extré- 
mité orientale de la côte qui forme une grande cour- 
bure ou golfe, se lit dans un carré : Ligusticus 
Sinus (sic) ( golfe de Ligurie ) : c'est le golfe de 
Gènes. 

Telle est l'Europe de cette carte, jusqu'ici la plus 
riche en nomenclature géographique après celle 
d'Hereford. En réservant la description de la Grande 
Bretagne pour la partie qui concerne les îles, nous 
allons maintenant passer à l'Asie. 

ASIE. 

Nous commencerons la description de cette partie 

(1) Brindes est une Tille du royaume de Naples au N.-O. d'Otrante. 
Cette Tille fut célèbre dans l'antiquité par les guerres civiles du temps 
de César, et par la mort de Virgile. Le cartographe a inscrit ce nom 
d'après la géographie ancienne. Pline cite Brundisium. Florus et Pa- 
terculus en font mention aussi , et Ptolémée la nomme BpevSfotov. 
Les Grecs écrivaient Brentesion. 



— io- 
de la carte par le Palus Méoiide et le Tandis ( le 
Don), fleuve qui dans la géographie ancienne, ainsi 
que dans celle du moyen-âge, était la limite consa- 
crée de l'Europe et de l'Asie, comme nous avons 
eu souvent occasion de le faire remarquer. Puis 
nous suivrons les côtes de Y Asie Mineure, de la 
Syrie et de la Palestine. 

Le cartographe a pensé que le Palus Méoiide 
(aujourd'hui la mer d'Àzow) était située en deçà 
du Tandis ou du Don, mais il ne fait pas tomber ce 
fleuve dans le grand lac qu'il représente par deux 
cercles concentriques. Le cercle intérieur est peint 
en rouge. On lit auprès : Meolides Palus. A TE. le 
Fluvius Tanais est peint en vert. En entrant dans 
l'Asie Mineure, près de la mer, une ville figurée par 
un édifice surmonté de trois tours porte le nom de 
Partomedi (peut-être Nicomédie). Au sud est Sinopa 
(Sinope) (1) ; mais sans aucune indication de l'isthme 
très-étroit où cette ville est placée, et qui forme une 
presqu'île sur la côte de la mer Noire. Le cartogra- 
phe l'a signalée sous son nom ancien, probablement 



(i) Sinope en asjtwrdliai une Tille forte de la Turquie asiatique au 
ll.-E. de l'Anatolle. Rubruck fait mention de cette ville dans Vltiné- 
rmh* de son voyage en Tartarie (1253). Il dit : « Et sunt promontoria 
« quaedam eztendentia se in mare, etiam contra mcridiem venus sino- 
• féUm % etc. » {Uinerœrium Willelmi deRubnik, p. 314, édit. de la So- 
ciété de géographie, t, IV des Mémoires). 



— 16 — 

à cause de sa célébrité historique : elle fut la capi- 
tale du royaume de Pont, et la patrie de Diogène le 
cynique, et de Mithridate. 

Au midi de Sinope est Pamphylia (la Pamphylie) ; 
au N. de celle-ci, Phrygia Miner (la Petite Phry- 
gie), et CUicia (la Cilicie). Au N. de ces deux der- 
nières contrées sont Lycia ( la Lycie), Gallacia ( la 
Galatie) (1) et Bithynea (la Bithynie). A TE. de tous 
ces pays on remarque un navire, ou plutôt une 
barque montée par un bomme ayant uhe hache à la 
main, un cerf devant lui, et un bélier derrière. En 
haut de cette barque on lit : 



< In montihus Armeniae requie- 
rt àrchas Noë. • 



Dans les montagnes de Y Arménie 
s'arrêta l'arche de Noé (S). 



Au bas de cette légende est la suivante : 

« Capadocia ante oranes terras I La Cappadoce est par excellence 
est nutrix equorum. > I le pays des chevaux (3). 

Dans la Syrie nous rencontrons d'abord Damas- 



(1) La Galatie était une province de Y Asie Mineure entre la Paphlago- 
nie et la Bithynie. Voyez la carte de D'Ànville, publiée dans le t. H de 
sa Géographie ancienne abrégée (Paris, 1798). 

(2) C'est la représentation de l'arche de Noé, qu'on remarque non 
seulement dans plusieurs cartes du moyen-âge, mais aussi dans les ma- 
nuscrits de cette époque. Saint Jérôme dit que l'arche est le type de 
l'Église (typus Bcclesiœ). Nous donnons dans les additions un passage 
curieux de saint Jérôme tiré de son livre De situ et nominibus locorum 
hebraîcorum. 

(3) Pline donne une description de cette contrée dans le livre VI de 
son Histoire Naturelle. 



— 17 — 

eus (Damas), édifice aussi en forme de forteresse, 
surmonté de trois tours pyramidales. Au-dessus, près 
d'un fleuve qui devrait être YOronle, mais qui, dans 
cette carte, est certainement YEuphrale, on lit: 
Syria (la Syrie). 

La Terre-Saiate est remplie de villes. L'auteur 
marque d'abord le Mons Calvarius (le mont Cal- 
vaire) (1) auprès de Jérusalem. Au bas du Calvaire 
est une croix peinte en rouge, et à lest, Mons Sion 
(la montagne de Sion) (2) et Mons Oliveli (le mont 
des Oliviers) (3), puis à Test de Jérusalem un édifice 
en forme de tour, Jéricho (4). Au S. do cette 
ville sont les noms Galilea (la Galilée) et Palcstina. 
Cette dernière contrée est séparée de la Galilée et 
A'Jscalon par un trait rouge. Ascalon est figuré 
par une grande tour ronde. A TE. de Jéricho le Jour- 
dain (Jordanns) f peint en vert, coule au S. du Mons 
Libanus (mont Liban) (S), et se jette dans la Mer 



(1) Moût Calw'r* on Golfrika, sur lequel Jésus-Christ fut crucifié. 
On lit Cmstmrivs, sans doute par erreur du copiste. 

(i) La montagne de ce nom était renfermée dans la ville de Jérusalem. 

(3) Le mont des Olives est aussi à Jérusalem. Ce fut sur ce mont 
qu'eut Heu l'ascension de Jésus- Curist. 

(4) Jéricho, dans la Palestine, fut la première ville prise par Josué, 
après le passage du Jourdain. 

(5) Le cartographe signale le Mont Liban, parce que la Terre-Sainte 
était coupée au N. par la montagne de ce nom et par Y Anti-Liban: 
dans l'espace intermédiaire sont les vallées fertiles arrosées par le 

III 2 



— 18 — 



Morte sur laquelle le cartographe a rappelé le dé- 
sastre de Sodome par la légende suivaute : 

Mer Morte ou Ait Sodome. 



< Mare Mortoum ubi fait Sodo- 
mis. > 



Près de YEuphrate est Arnon ( Ammon, le pays des 
Ammonites) (1); au S. de ce pays, Madianus (le 
pays de Madian ou des Madianites), puis à l'O. 
Moab... apud quos est Sem... (peut-être Samarie?) 

Près de Jérusalem est BetlUem (2), ensuite Cesa- 
rea (Césarée) (3), grande tour ronde, et non loin 
de la mer de Syrie, Joppe (Joppé) (4). Près de la 
mer qui baigne cette côte sont Sidon (5) et Tyr ; on 
lit au-dessus : 



« Fenicea. Isti fuerunt li itéra - 
rum inveniores. » 



La Pbénicie. Ces peuples sont les 
inventeurs des lettres (de récri- 
ture). 



Umfe, qui se jette dans la UédUerramée au-dessus de 7yr. Ces monta- 
gnes sont maintenant habitées par les Druses et les Uaronites. 

(1) Consultez sur ce peuple le Dictionnaire de la Bible, par D. Cal- 
met, au mot Ammonites. 

(S) Beth-Lehem, ville de la tribu de Joda (Josué, XVII, 7), appelée 
encore ville de David, est célèbre pour avoir été le berceau du Messie. 
D. Calmet a ramassé dans l'article de son Dictionnaire dt la Bible, qu'il 
consacre à cette ville, des notions historiques très précieuses. Nous y 
renvoyons le lecteur. 

(3) Yoyeasur cette ville D. Calmet, Dictionnaire à$ 9m BM*. CL D'An- 
vllle, Géùgrapk. ancien., t. II, p. 171. 

(4) Joppe, aujourd'hui Jafa, ville de Syrie à l'O.-N.-O. de Jérusalem, 
ayant un port sur la Méditerranée, où se rendaient les pèlerins qui 
allaient à Jérusalem. (Yoyes D'An ville, Géograph. ancien., t. II, p. 164.) 

(5) Siden, aujourd'hui Sefde, ville de la Phénicie, qui, dans les temps 



— 19 — 

Dans l'Arabie est ldumea (l'Idumée), et vers TE. 
la légende suivante : 

« Ima Arabia est genscui nulla | Le fond de l'Arabie est une na- 
est cura. » I lion qui n'a a*«icun souci. 

Le Mons Syna (mont Sinaï) est près de l'Eu- 
phrate, ainsi que le mot Arabia (l'Arabie), à côté 
duquel ou lit : Regio Amalech (le pays d'Amaleeh, 
ou des Amaléeites). Presqu'à rextrémké de la pénin- 
sule arabique est cette légende : 



« Saba est pars Àrabiae a Saba 
fllio Chus sfc dicta.» (1). 



Saba est une partie de l'Arabie, 
laquelle a reçu le nom de Saba, 
fils de Gbus. 



Cette péninsule est mieux figurée que celles que 
nous ayons déjà mentionnées plus haut. 
Dans la Chaldée (Chaldea) (2) on lit : 

< Babilonim est para Cbaldese. > 



La Babvlonie est une partie de la 
Chaldée. 



Près de là le cartographe a figuré par un énorme 



anciens, s'était élevée a un baut degré de puissance. Nous avons fait 
remarquer que le dessinateur de la mappemonde de Dijon du XI« siè- 
cle l'avait déjà signalée dans sa carte. 

(1) Sabm. Selon quelques géographes, cette ville est aujourd'hui Zi- 
bii % dans \'Yémen t ou Arabie heureuse, dont les habitants étaient appelés 
Sabœt. Selon d'autres auteurs, c'est maintenant Mmreb au S. de Y Ara- 
bie. Selon d'antres enfin, c'était Sana à l'O. de Mareb. La ville de Saba 
a joué un grand rôle dans l'histoire ancienne. Cest la que résidait 
la reine qui vint visiter Salomon et lui apporter de riches présents; 
■Mis L'historien des Juifs, Josèphe, dit qu'elle était reine d'Egypte et 
d'Ethiopie. 

(S) Vojex t. II, p. 189. 



— 20 — 



édifice la lour de Babel (1). Entre cette tour et la 
Babylonie, on lit l'inscription qui suit : 



« Tigris et Euphrates exeunt a 
Paradiso, sed brev? de sub terra 
erumpunt saper nostrum habita- 
bile. • 



Le Tigre et I'Euphrate sortent 
du Paradis, mais ils ne tardent pas 
a s'élancer de dessous terre sur 
noire sol habitable. 



On voit, d'après cette légende, que l'auteur pla- 
çait le Paradis hors de notre continent habitable, et 
qu'il suivait la théorie du cours souterrain des fleu- 
ves (2). À côté de la légende est un autre édifice plus 
vaste encore que la tour de Babel, mais d'une forme 
différente, placé entre le Tigre et YEuphrate;nu 
dessus on lit Babilon (Babylone), et à côté : 



< Babilonia est nomen regiouis. 
Babilon civitaUs, sed Babel est no- 
men turris. > 



La Babykraie est le nom du pays, 
Babylone celui de la ville, mais Ba- 
bel est le nom de la tour. 



A l'O. de Babylone est Mesopolanea (la Méso- 
potamie), et à TE. du grand fleuve, (le Tigre?), Me- 
dia (la Médie), ainsi désignée : 



« Haec terra babet silvestres ho- 
mmes hirsnto cornore cum denti- 
bus caninls. Habet nomen à Modo 
primo rege. 



Celte terre est habitée par des 
hommes sauvages, velus, avec des 
dents canines ; elle a reçu ce nom 
de Meàus, son premier roi. 



(1) Nous avons déjà constaté ailleurs (t. I", p. 217) que les cartogra- 
phes du moyen -âge dessinaient dans leurs cartes la tour de Babel. 
Nous ajouterons ici que dans le magnifique manuscrit de Lambertus, 
de la Bibliothèque nationale de Paris, on rencontre une belle minia- 
ture représenlaat la tour de Babel , et il en existe une autre dans 
l'exemplaire du poème géographique de Dali, que nous possédons. 

(2) Voyez ce que nous avons déjà dit a c*»t égard, t. Il, p. L'O et 
passim. 



< Secunduni Ysidoruin a Persco 
rege Doaiinala in qna sub fffem- 
broht primo orta est idolatria cu- 
jos Nembrobt progenies dicebatur 
Helam et patria Elamitis, sed nunc 
focalur PcrsepeUs. » 



— 21 — 

Celte région est au S. de la Persida (la Perse), 
qui renferme la légende suivante : 

La Perse, selon Isidore, a reçu 
son nom du roi Persée. L'idolâ- 
trie naquit dans ce pays pour la 
première fois sous Nembrod. La 
postérité de ce Nembrod s'appelait 
Helam, et sa patrie Elamitide (E- 
lamite), mais maintenant eUe se 
nomme Pertépolis (1). 

Au bas de cette légende est un grand édifice eu 
forme de tour, au pied duquel on lit : Civitas Per- 
sepolis (la ville de Persépolis). Au S. de la Perse est 
Caramania (la Caramanie ou Carmanie) (2) ; au N. de 
laMédie, Assyria (P Assyrie) (3), avec cette légende : 

« Metropolis Assyria est civitas | La métropole de l'Assyrie est 



(!) Pcrsépolis a été la résidence des premiers rois do l'ancienne 
Perse, et cette ville fut considérée plus tard comme la capitale du 
vaste empire des Persans. Ou y voit encore aujourd'hui les débris d'un 
immense palais, et vers la a«rd*est les sépultures des rois; dans l'in- 
tervalle qui sépare Tchil-Wmmr de \*kchi-Rust*n, se retrouvent une 
foule de colonnades et de tombeaux brisés ou inachevés. Nous ren- 
voyons le lecteur, pour les détails sur cette ville célèbre, aux ouvra- 
ges de Chardin, Niebubr, Ker Porter, Horier, OuseJey et Alexander. 
Sar la situation déterminée de cette ville, voyes Bulletin de U Société 
de géographie, I" série, t. II, p. 223. La légende de cette carte prouve 
que l'auteur suivait encore la géographie historique des anciens, bien 
qn'Alexandre-le-Grand ait douait la ville et le palais de Persépolfs. 
Enfin, sur les ruines qui restent de oette cité fameuse, le lecteur doit 
consulter aussi l'ouvrage de notre Illustre confrère, M. Cb. Bitter, 
Géographie de l'Asie, t. VI, I™ P., p. 858 et suiv. 

(2) La Carammnie ou Kounfé est aujourd'hui une province de la Tur- 
quie d'Asie, à l'E. de VAnatolie, et au S.-O. àeSivas. 

(5) Assyrie. Cette contrée était limitée au N. par les monts CardincttCt 



— 22 — 



Niuive, in qua terra est gens qua; 
in cervicibus et in bumeris habet 
oculos et dicitur ab Assa fllio Sem 
Ninive dicitur a Nino filio Beli haec 
civitas continebat iter triom die- 
rum in qua pnedicavit Jonas pro- 
pueta.» 



Ninite. Dans ce pays est une nation 
qui a des yeux dans le crâne ei 
dans les épaules; il tire son nom 
d'àssa fils de Sem (1). Ninive porte 
le nom de Ninus, fils de Bélus (*). 
Cette ville avait trois journées di 
tour. C'est là que le propbète Jo- 
nas fit ses prédications (3). 



et par la Gordyènc, à TE. par le mont Zagros, à 10. par le Tigre et ai 

■ 

S. par la Babylonie. 

(1) L'auteur de la carte a écrit Assa pour Astur qui, selon l'Écritur 
Sainte, avait bâti la ville de Ninive. La Genèse dit (X, 1) : « Bgressu 
est Astur et œdi/lcavit N initem...* 

(2) Ninus, dont parle la légende, passe aussi pour le fondateur d 
Ninive, vers l'an 1968 avant J.-C, après avoir assujetti V Arménie et l 
Médie, et tournis à son sceptre les nations de Y Asie Supérieure jusqu' 
la Bactriane et au pays des Saces. 

(3) Ce passage de la légende de la carte est tiré de Jonas (III, 3] 
où le propbète dit que < Ninive était une très grande ville de trois joui 
de chemin, > temps que ce prophète mit à faire le tour de la cité. 

Diodore de Sicile nous a laissé une description magnifique de cett 
ville. Ses murs étaient de la hauteur de 100 pieds, et si épais, qu 
trois chariots pouvaient y passer de front ; ils étaient défendus pi 
1,500 tours. Quelques auteurs portent sa population à plus de 2 mi 
lions d'habitants. Les anciens sont partagés sur la situation de cett 
ville. Ctésias, Diodore de Sicile, l'ont placée sur VEupkrate; Hérodou 
Strabon, Arrien, Ptolémée et Pline sur le Tigre. 

Les Arabes la ruinèrent an VII1« siècle, selon Marsch. Plusiem 
voyageurs modernes soutiennent qu'on voit sur la rive droite du Tig\ 
les ruines de Ninive, et que Mououi est située sur une partie de l'en) 
placement de l'ancienne ville. 

Consultez, pour les deuils historiques, la Genèse («. X, v. Il et 12 
Josèpbe (Antiquit. Judaic, p. 14), Diodore de Sicile (p. 65, 80, 81 
Hérodote (I, c 106, 183, 193, et liv. Il, c. 150), Strabon (p. 84 et 737 
Pline (VI, c. 1), Pausanias (p. 509), Tacite (Ann., liv. XII, c 13), Ro 
lin (Hist. ancienne, 1. 1", p. 332, 333, 350), Mémoires de l'Académie d< 
inscriptions et belles-lettres, t. III, p. 346 et t. IV, p. 393, t. V, | 
331, et t. XXI, p. *et suiv. 



— 23 — 



Au N. de l'Assyrie est Parthia (Parlhie) , avec 
cette inscription : 



« Solebat cootinere Assyriain, 
Mediam, Perstdam el Hyrcaniam, 
second u m Isidomm. » 



Ce nom comprenait d'ordinaire 
l'Assyrie, la Médle, la Perse et 
l'Hyrcanic, selon Isidore. 



Nous ferons remarquer qu'à une époque déjà aussi 
avancée, au XIV e siècle, le cartographe n'avait pas 
d autre autorité à citer sur ces pays qu'Isidore de 
Se vil le, qui avait écrit sept siècles avant lui. Au bas 
de la légende est un grand édifice surmonté de trois 
tours portant à sa base Civitas Sidi(ss)um (1). A 
l'O. de cette ville, sur un autre édifice moins considé- 
rable, on lit : Mesopotamia (la Mésopotamie). A 1*E. 
court une longue chaîne de montagnes dirigée de 
TE. à l'O. jusqu'à la mer Boréale, et on lit : 

« Awfriajiâ(2).Inistismontibus| La Bactriane. Dana ces mon- 
sunt montes Caspeœ iocludentes | tagnes sont les monts Caspiens 



(I) Peut-être Si&xe;* Sldtees, peuple de la Médie, selon Ptoléniéc. 

(S) Il règne dans cette légende 'une confusion de diverses notions 
géographiques. Le cartographe parait d'abord suivre le système de 
Strabon, qui plaçait la Bactriane dans la Scythie, mais il semble en- 
suite que les montagnes dont il parle sont celles du Petit Tibet qui 
bornent à l'E. le pays de Balk et la grande Bukarie, jadis la Bactriane 
et la Seffdiane. D'un autre coté, il renferme le pays de Gaaei de Ma- 
gog dans les monts Caspiens, tandis que Ptolémée place la Bactriane et 
la Scçdiane à TE. de la Caspienne. En comparant ces dénuées, nous 
pensons que le cartographe ne connaissait absolument rien des pays 
situés au nord de la Bactriane et de la Soodtane, c'est-à-dire que les 
notions qu'il avait allaient jusqu'aux montagnes qui séparent la pre- 
mière de ces contrées des déserts de la Scythie. Il a inscrit dans 
la carte la Bactriane % selon nous, h cause de la renommée ancienne 



— 24 — 



r.oij cl liagoy t qui in Une uiuodi 
orienlur cum antechrislo ad des- 
truendum raundum hos iocludit 
Alexander precibus suis non viri- 

hus. » 



renfermant Gog cl Uagog. Ces p 
pies viendront avec l'Antecbris 
la fin du monde pour le détrul 
Alexandre les enferma par : 
prières, non par ses armes (1). 



Un grand fleuve coule du nord au sud et se jet 
dans la mer Orientale, qui est peinte en rouge. < 
fleuve sépare la Parthie, Y Assyrie, la Médie, 
Perse et la Caramanic des régions orientales • 
l'Asie ; il est peint en vert. C'est un des fleuves < 
Paradis, le Géan ou le Nil, dont quelques auteu 
faisaient aussi YTndus, et d'autres le Gange ; il coi 
munique avec les trois autres fleuves du Parad 
En étudiant cependant les inscriptions et les Jége 
des qu'on remarque à l'orient de ce fleuve, no 
croyons pouvoir avancer que c'est Y Indus qui < 
figuré ici, puisque la Perse est voisine de ce flem 
En effet, toutes les connaissances positives de l'a 



de ce pays. Strabon, Pline et Plutarque prétendaient même < 
cette seule province contenait mt'Ue villes. La Bactrianc a été, se 
plusieurs auteurs, le berceau de la civilisation des Uèdes; su 
mise par Cyrus et par Alexandre, elle appartint quelque temps : 
Séleucides. Sous Théodote, il s'y forma un royaume puissant qui 
mina sur une partie de la Scylhie et de Vlnde. Plusieurs auteurs anci 
ont aussi compris la Sojdiane dans la Bactriane. Elle était bornée 
N. par l'Onu, à 10. par les Parthes, au S. par V.uie et le Paiopam 
et au S.-E par Y Inde. Sur la position ancienne de la Dacniatie, tu 
la belle carte de l'Asie de D'Anville. Ce pays fait aujourd'hui partie 
la Ptrse % de YAfjhanist** et de la Tartmrie indépendante. 

(î) Le lecteur trouvera dans les additions une note surGûg ci 
(joff, que l'espace ne nous a pas permis do placer ici. 



— 25 — 

leur se bornent aux pays situés en deçà de ce fleuve 
célèbre ; au-delà il ne fait que débiter les fables des 
anciens auteurs, comme nous allons le démontrer. 
Au S. des montagnes Caspiennes (Montes Caspcœ) 
on remarque la légende qui suit : 



• Hermaphrodites ulriusqne 
seras dextram mamillam habent 
vîrilem slnlstram muliebrero. > 



Les hermaphrodites des deux 
sexes à la fois ont la mamelle droite 
d'an homme, et la mamelle gauche 
d'une femme (1). 



(l) Celte légende prouve que le cartographe a confondu ici les Her- 
maphrodites, ou Audrogynes, avec les Amazones, comme l'ont fait plu* 
sieurs auteurs anciens. Pline plaçait les Androgynes au-delà des Masa- 
mons t les peuples les plus reculés de la Cyrèndique, au boni de la Li- 
bye* intérieure, où commence le grand désert. H cite à ce sujet Calli- 
phane etAristote. Voici la traduction du passage de Pline : «Calliphane 
écrit qu'au-dessus des Nasamons et des Machyles (ce sont les Macbyles 
d'Ilérodote, IV), leurs voisins, habitent les Androgynes, qui réunissent 

les deux sexes Aristote dit de plus qu'ils ont le sein gauche comme 

tes hommes, et le droit comme les fimmrs. « Aristoteles adjecit dextram 
mammam ils virilem, bevam muliebrem esse.» (Pline, Ilist. tfat., liv.VU, 
c. il). Aulu-Gelle, saint Augustin, confirment cette fable. 

Notre cartographe a copié ce passage dans un auteur postérieur a Aris- 
tote, à Pline et à saint Augustin, car il y apporte un changement, que 
le lecteur apercevra en comparant la légende avec le texte de Pline. 
Nous devons faire remarquer aussi que les Hermaphrodites sont 
placés ici dans les pays scythiques, tandis que Pline les signale en 
Afrique. 

Pour plus de détails sur les Hermaphrodites et les Androgynes nous 
renvoyons le lecteur am notes de M. Berger de Xivrey, ajoutées au 
texte d'an manuscrit du X e siècle, intitulé : De Monstris et Be liais f 
dans lesquelles ce savant académicien a réuni un grand nombre de 
passages des auteurs anciens sur les monstres. ( Voyez Traditions 
térate4ogiqnes % ou Récits de l'antiquité et du moyen-âge, etc., d'après plu- 
sieurs manuscrits inédits. Paris, 1856, pag. 4 et suiv., et sur les An- 
drogynes, p. 94). 



— 26 — 



A Test de ces peuples fabuleux est une contrée, 
sur laquelle on lit : 



• Hic bomines quinqaenes pe- 
riuot et alium annum non ex ce- 
ci un t. • 



Ici les hommes meurent a cinq 
ans et ue dépassent pas une innée 
au-delà. 



A TE. 9 sur un autre pays, on lit : 



t Hic bomines canescsmt in ju- 
ventnte et nigrescunt te senec- 
tute. » 



Ici les hommes blanchissent dan: 
la jeunesse, et noircissent dans l 
vieillesse (1). 



Cette contrée est placée à l'extrémité orientale de 
l'Asie. Sur la partie méridionale du même continent 
toujours au-delà de Y Indus, et à TE. de la Perse son 
les Pigmœi (2), et près de l'embouchure du mêm< 
fleuve, les Cyclopes : 

« Cyclopes média fronte babent | Les Cyclopes ont les yeux a 



0) On rencontre cette fable dans Soiin (LUI); ce géographe di 
d'après Ctôsias : « Esse rursum genlem alteram qme in juvenia cai 
ait, nigrescat in senectuie, ultra «vl nostri terminos perennai 
tem. » 

(«) Pline (iii$t. Sat. t li? . Vil, c. 30) parle aussi des Pygmées, mi 
il dit que plusieurs auteurs les avaient placés en Ethiopie, parmi h 
marais où le Nil prend sa source. 

Selon saint Jérôme, sur le chap. 17 d'EséchicI, le mot pygmée sêgu 
Ile fcitafsr, prepugmator. En effet, Héla écrit que ces Pygmées étM 
piens périrent tous à la suite d'une longue guerre qu'ils eurent à so 
tenir contre les grues, leur occupation ordinaire étant, dtt4l, de d 
fendre leurs moissons (Héla, 111, c VDI). H y avait d'autres pygmées* 
Asie, qui passaient pour n'avoir qu'une coudée de haut. Le mot ba 
bare cukitmUs qu'on donnait quelquefois à leur contrée avait rapport 
cette mesure. Voyes sur les Pigméts la savante dissertation de l'ab 
Bauier, qui se trouve dans le* Mémmrt* 4$ C Académie <to (nscriptiê 



— 27 — 

oculos, vcscuntur crudibus carni- 1 milieu du front; ils se nourrissent 
bus. • . I de chairs crues (I). 

A l'orient du pays habité par ces monstres fabu- 
leux, on lit : 

• Gymnosopfefetae inreverberatis I Les Gymnosophistes navrent rc- 
ocalis soiem inspiciunt semper. • | garder fixement le soleil A). 



et bHU$-Uttret t t. V, p. 101, et dans laquelle il a comparé tous les 
téMlgNges des anciens sur celte race de petits hommes. 

Le cartographe, en plaçant les Pygmées dans l'Inde, prouve qu'il 
suivait l'idée de Philostrate ou de Solin et d'Isidore de Séville. Pour 
plus de détails sur ce sujet, nous renvoyons le lecteur à l'ouvrage déjà 
cité de M. Berger de Xivrey, p. 101 et suivantes, où sont consignées 
les savantes recherchés de M. Leopardi sur les Pygmées, d'après 
les auteurs anciens. 

(1) Cette légende n'est pas d'accord avec les traditions tératologiques, 
puisque les Cyclopes n'avaient qu'un œil au milieu du front. La posi- 
tion géographique de ces peuples sur la carte n'est pas d'accord non 
plus avec celle qui leur était assignée par plusieurs auteurs de l'an- 
tiquité. Aulu-Gelle, d'après les auteurs grées, place un peuple de 
Cyclopes, qu'ils appelaient Arimaspe, aux extrémités de la Scythie, 
tandis que notre cartographe les place à l'est de la Perte. 

(2) I »rn Oyosoptilntn étaient des philosophes indiens qui vivaient 
dans la retraite la plus absolue, contemplant les merveilles de la na- 
ture. Ils allaient nus la plupart du temps, c'est ce que signifie leur 
nom de rufivarofurral. Plusieurs auteurs anciens parlent de ces phi- 
losophes, entre autres Plutarque (1. I, p. 700, 701), Lucien (L II, 
p. 790), Pline, Strabon (XV, XVI), Ptolé'mée, Philostrate, etc. On en 
distinguait deux sectes principales, les Brachmanes ou Brahmines, 
et les Xylobiens ; ceux-ci fuyaient le commerce des hommes, les 
autres, au contraire, se couvraient d'écorces d'arbre, paraissaient 
dans la société et exerçaient la médecine. 

Le cartographe a placé géographiquement cette légende, puisque les 
Gymnosophistes de l'Inde habitaient la contrée de ce nom située en- 
tre V Indus et le Gange; mais une autre légende témoigne que le dessi- 
uateur distinguait les Brachmanes des Gymnosopbistes (voyez plus 
loin). 



— 2H — 



Au N. du pays des Gymuosophistes ou lit ce qui 
suit: 

« Hic Alexaader petebat respon- ! Ici Alexandre consultait les ar- 
sum ab arboribus. » bres sacrés (I). 

À l'orient de cette contrée où Alexandre consul- 
tait les arbres sacrés, est un pays sur lequel on lit : 

« Gens rudes et crudeles. » | Nations barbares et cruelles (2). 

Eufin, la dernière coutrée, h l'extrémité orientale 
de l'Asie, est YInde Barbare. 



India. Hic habitant 



Brachmani. 



L'Inde Barbare. Les Bracbmaues 
y habitent (3). 



(I) Les rédtft êtes merveilles tabeleuses des arbres de Vimde redou- 
tent à l'antiquité. Dans la lettre d'Alexandre à sa mère Olympias sur 
les prodiges de l'Inde, extraite du Pseado-Callistbène, donne par 
M. Berger de Xivrej, d'après un manuscrit grec de la Bibliothèque na- 
tionale de Paris (Trattit. térato!., p. 361)» on lit : 
« Il y avait dans ce fleuve des arbres qui s'élevaient avec le soleil 
et croissaient jusqu'à la sixième heure. A partir ée in septième heure 
ils allaient en décroissant jusqu'au point de disparaître. Ils avaient 
des larme*.*, rai donné ordre qu'on coupât les arbres et qu'on re- 
eueilttt les larmes avec des éponges. Ceux qui se mirent à cet env 
Trage furent à l'instant fouettés par des génies invisibles. Nous en- 
tendions le brait des fouets. Alors nne voix se mi^a dire : Ne cou- 
pes et ne recueilles riem, Si tous ne cesses» f*t tartre ** devenir 
amrr. Plein d'effroi, je défendis aussi!** de rien couper ni recueillir.» 

(3) Cette légende, placée-dans le pays des arbres merveilleux et à 
coté de ceux-ci, nous semble aussi puisée dans les lettres d'Alexan- 
dre, pui sq u e dans la même lettre il dit qu'il entra ensuite dans an 
endroit très «uMauMiur, eè il rencontra des monstres terribles dont 
il fait la description. Ensuite il arrive à un pays ou il y avait des 
hommes sans tête, velus» et qui se couvraient de peaux. 

(3) Voyes la note ci-dessus relative aux Gymnosophtstcs- Nous ajon- 



— 29 — 

Là s'arrêtent les connaissances très vagues et pour 
la plupart fabuleuses du cartographe sur les contrées 
situées en dehors de la limite qu'atteignirent les ar- 
mées d'Alexandre. Maintenant il nous reste à décrire 
la partie septentrionale de l'Asie, pour bien faire ap- 
précier l'imparfaite connaissance que le cartographe 
du XIV e siècle avait du nord de ce vaste continent. 

A Test du Tonals, ou du Don, est le grand pays 
habité par les Amazones, Amùzones, portant l'ins- 
cription suivante : 



« Amazones sunt feminae sine 
mamilla dextra per sagiltas viri- 
liler militantes. » 



Les Amazones sont des, femmes 
sans mamelle droite, combattant 
virilement avec des flèches (I). 



A TE. du pays des Amazones se lit lberia (l'Ibé- 
rie) 9 et au N. Mons Biphœi. Ensuite une montagne 
figurée d'une manière assez barbare est nommée 
Mons Taurus (le Tau ru s), et à TE. se voit Mons 



terons ici, que le lecteur doit consulter aussi la description de Phllos- 
trate dans le liv. III , c. 4, de la vie d'Apollonius de Thyane, concer- 
nant les Brachmanc8. 

(1) Rapprochez cette légende de ce que nous avons dit sur les Ama- 
zones dans le t. 1" de cet ouvrage, p. 41, 59, 65, 68, 109, 214, 2(5, 
216 et 5&I. Consultez à ce sujet l'ouvrage curieux de Pierre Petit, qui 
a réuni et discuté tous les témoignages de l'antiquité sur les Amazo- 
nes dans un traité spécial qui a pour titre : Pétri Petiti philosophi et 
doct. roedici De Amazonfbus dissertation qua an vers exsttterinl ne cite, va- 
riis vitro citroqme conjecluris et argumentis disputatvr, 1687, in-12. Cf. 
ttisioire des Amazones anciennes et modernes, enrichie de médailles, 1 vol. 
in-8, Amsterdam, 1748. L'auteur anonyme de cet ouvrage cite aussi 
plusieurs auteurs anciens. Mais ni lui ni Petit n'ont connu les légen- 
des des cartes du moyen-âge relatives aux Amaaanes. 



— 30 — 

Armeniœ (montagne de l'Arménie, YArarat?) for- 
mant la limite méridionale des régions Caspiennes, 

sur lesquelles on lit : 

L'HjrcanSe est habitée par des 
bommesqui se nourtlsaent de chair 
humaine, nie a des tigres et des 
panthère* (t). 

Ces contrées sont limitrophes de X Albanie. 

Albanie. Ici habitent des hom- 
mes qui voient le soleil de nuit. 
Les chiens de ce pajs tuent des 
lions (2). 



« Hvrcania habet homlues hu- 
mana carne descentes et habet U- 
grides et pantheras. • 



« AlbmmiéL Hic habitant Domi- 
nes solem nocte videntes. Hujus 
tenc canes leones occidont » 



m 

Au bas de cette légende on lit : 



« Soldanus Tartariae rex Arme- 
nt* omnes reges orientales fere 
sont subjecti Tartaris. • 



Le Soudan, roi de Tertmtié. Pres- 
que tous les rois orientaux de l'Ar- 
ménie sont sujets des Tartares (5). 



(t) Cette légende parait avoir été puisée dans les récits des voyages 
des Frères Prêcheurs en Tartarie. Nous remarquons dans Rubruck le 
passage suivant : • . . Et quando vénérant Tartan tanta mullitudo 
« Gomanorum intravit provinciam illam, qui Domines fugerunt usqne 
• ad ripam maris, qwed cemeéeè+mt se mut** nm merientes, secundnm 
t quod narravit mini quidam mercator, qui hoc vidit, quod wm deee- 
« rmoont et locermommt dcntièvs cmrmes endos mortuorum, sicut cosm 
« cadavera. » (Rubruck, Rel. dans le L IV des Mém. de U Société de 
feoormpkif, p. 219). 

fi) Solin parle des chiens Albanais (XVI). • Les chiens nés chex 
les Albanais (dit il) sont préfères aux chiens sauvages ; ils déchirent 
les taureaux, terrouemt les liens, écartent tout ce qui peut leur faire 
obstacle; aussi l'histoire soccupe-t-elle d'eux » 

(3) On voit, d'après cette légende, que le cartographe donnait à la 
Tartarie une étendue dé mesu rée. Il avait puisé cette notion géogra- 
phique probablement dam la relation de Rubruck ou d'un autre voya- 
geur de cette époque. Dana les récits de Rubruck on remarque qu'il 
range sous la domination des Tartares presque ions les peuples depuis 



— 3! — 

L'Albanie est placée près de la Caspienne. On lit 
auN. : 



t Sithia superior gens ista lacté 
et nielle pasta aurum non curât 
nec aliud quod anferri potest. » 



La Scythie supérieure. Cette na- 
tion, qui se nourrit de lait et de 
miel, n'a point souci de l'or, ni 
des antres choses qui peu? ent s'en- 
lever (1). 



Enfin, la Mer Caspienne, Mare Caspium, peinte 
en vert, est figurée comme un grand golfe de l'océan 
Boréal (2). 

Il nous reste à parler de remplacement donné 



le Pamt-Euxin jusqu'aux contrées du N. et de* l'E. de l'Asie. Il dit 
même en parlant des Tortures : « Inter se diviseront Citbiam (8cy- 
ihiam) quae durât a Danubio usque ad ortum soifs. » Voyez t. IV des 
Kém. é€ la Sêciété de géogrnph., p. 390). 

(1) Cette légende doit être rapprochée du récit de Rubruk, qui, en 
décrivant les mœurs desTartare* nomades, dit : « Juxta boslium, ad 
« parteoi mulierum, est iterum alia ymago cum obère vaccino pro mu- 
• lieribus que mungunt vaccas ; de officio enlm femioarum est mun- 
t gère vaccas. Ad aliud lattis bostii, versus viros, est alia statua cum 
t ubere eque, pro viris qui mungunt equas. » Il ajoute à ce récit un 
« usage curieux de ces peuples. Il dit : «El cum convenerunt ad potan- 
■ dam, primo asperganl de nota illi ymagini que est super caput 
« domini, postes aliis ymaginibus per ordinem. » Rubruk dit aussi 
qu'ils se nourrissent de miel. Du reste, on rencontre dans le récit de 
ce voyageur toutes les particularités résumées dans la légende de cette 
carte. 

Dans le» suppléments de Quinte-Curce par J. Freinshemius, liv. I« r , 
nous lisons, au sujet des Scythes, que les Macédoniens ne firent sur 
eux d'autre butin qu'une grande quantité de bétail, de chevaux et de 
prisonniers des deux sexes, car les Getes ne faisaient aucun cas de la 
richesse, et bornant leurs vœux à leur subsistance journalière, met- 
taient la pauvreté an nombre des avantages de la vie. 

(2) Voyex, à ce sujet, 1. 1", p. 10, 18, 19, 255. 306, et t. Il, p. XXIX, 
16, 32, 22%. 



— 32 — 

au Paradis Terrestre, qui occupe à l'extrémité de 
l'Asie le haut de la carte ; là se voit uti grand rec- 
tangle vide où d'ordinaire les dessinateurs de cartes 
figurent Adam et Eve, l'arbre delà vie et le serpent 
tentateur. Ici sont simplement représentés les fleu- 
ves sortant du Paradis, qui se joignent à un autre 
fleuve correspondant au Géon. Au bas on lit : 

• Hic homines cura odore pomi ! Ici les hommes se nourrissent 
cscunlur. • I de l'odeur des fruils (1). 

Telle est l'Asie de cette carte, après la carte 
d'Hereford, la plus curieuse de toutes celles que 
nous avons décrites jusqu'à présent. Maintenant 
nous allons entrer en Afrique. 

AFRIQUE. 

Ce continent est, dans cette carte, ainsi que dans 
presque toutes les mappemondes du moyen-Age, 
très resserré du N. au M., et prolongé trop loin vers 
l'Orient, de manière qu'on n'y remarque pas de 
trace de sa grande projection vers le Midi. 



(t) Celte légende est puisée certainement dans an récit des fables 
rapportées par Ntf**tkè*' t qui dit qu'à rextrénûté orientale de l'Inde, 
« vers la source du Gange, sont les Astomes, qui n'ont point de bon- 
« che ; tout leur corps est couvert de poils; et ils s'habillent du duvet 
• des tailles, ils m vHxnt qmtfmrU rapirmim «f Itotjmf. Ilsneman- 
« gent einc boivent jamais ; MmUmemt &$ rtsjmrmâ Vmdewr 4» pUrntn, 
. «te /Iran et des fruits sauvages. • (IMiu., Bi*. .?«#., liv. VII, c. 1.) 
Solin (LUI) parle dans le même sens. 



— 33 — 

Le cartographe a placé dans l'Afrique toutes 
sortes de monstres, comme il Ta fait pour l'Asie 
au-delà de l'Inclus, et pour les pays du nord de ce 
continent sur lesquels il n'avait d'autres notions que 
les traditions de l'antiquité compilées dans les 
chroniques et dans les encyclopédies du moyen-âge. 
Les légendes que nous allons transcrire prouvent au 
lecteur que le cartographe ne connaissait absolu- 
ment rien des pays découverts un siècle plus tard ; 
fait d'autant plus important pour l'histoire de la 
géographie, que Fauteur était sans nul doute plus 
érudit que tous ceux qui l'avaient précédé. 

En suivant la côte de la Méditerranée à partir de 
la mer Atlantique on remarque d'abord le mont 
Atlas, figuré par un groupe de montagnes dessiné 
d'une manière barbare, et formant une espèce de 
grande pomme de pin, colorée en rouge. En haut on 
lit : mons ; au bas : Atlas, renfermé dans un carré 
rouge, et non loin de là ; 



« Mons Atlas traditur circulis 
fconeris attingere propter quod 
cetem portare fiogitur in quo qui- 
dam Atlas nomioe sicutProinoikei 



Le mont Atlas, dit-on, atteint 
les cercles avec ses épaules. C'est 
pourquoi l'on feint qu'il porte le 
ciel (f ). Quelques-uns ont vu sous 



(1) Atlas atteint les cercles avec ses épaules, cela veut dire qu'il 
soutenait les deux. 

Ubi cœlifer Atlas 

Axem numéro torque t stellis ardentibus aptum. (firgil.) 

Wine (liv. V, c. 1) dit, en partant de l'élévation de ces montagnes 

III 3 



— 34 — 



doeeit astronomie» propter qeod 
etiam eelum portire iugeretar, 



ce mb d'Altos, Promet hcc qui en- 
seigna r astronomie (aui fcmunes); 
c'est pourquoi rea feignait aussi 
que Prométsée perUH le ciel. » 

À TE. de la légende sur r Atlas, la côte forme mie 
anse, dans laquelle se jette un fleuve qui parait 
correspondre au M al va. A TO. de ce fleure est un 
lac sans nom : Palus nova (nouveau marais); ce lac 

correspond peut-être au lac Triton. 
Ensuite vient la légeude : 

«lUariuriasapertor quasi Mm- I La Mauritanie supérieure, c'est- 
rorum patria. » | a-dire la patrie des Maures. 

A TEL de cette contrée est un grand golfe, à 
l'extrémité occidentale duquel est placée Cartago 
(Cartilage), représentée par une grande forteresse, 
surmontée, du côté du midi, d'une tour pyramidale, 
et accompagnée de l'inscription suivante : 



« Contra fstam cirftatem baboe- 



sjMndam prsdicebatur Sussa. » 



Contre cette fUle les Romains 



nutt Romani bella punica quav soutinrent les guerres puniques;. 



Jadis elle s'appelait Byrsa (2). » 



Au-dessus, près d'un autre édifice, est Byzalium, 
avec cette légende : 

« Byzantium hafcet Hypponem in- 1 Byzatium. Elle a Hippone, Tille 



qu'elles surpassent de beaucoup la hauteur des nuages, et 
qu'au cercle de Im lume. 

(1) Voyez à regard de ce mythe de l'Atlas le texte de JUfam-jtevr 
que nous a?ons transcrit dans le t. I** de cet ourrage, p. 41, note 4* 
— Ibid, p. 45, note 2, e4 nous rapportons l'opinion de feu Lettonne 
au sujet de ce mythe. — Ibid, p. 217. 

(2) Bpria était une partie de Cannage près de la mer, selon Orose. 



— 35 — 



er/tam dTiutem in qua sedit doc- 
tor angelicus cnjos metropolis est 
Carthago. » 



célèbre, dans laquelle le docteur 
angéUque (saint Augustin) eut 
son siège. La métropole est Car- 
tbage. 



Ensuite vient Numidia (la Numidie), placée près 
de la Méditerranée, et la légende : 



« Sirtes sicea loca vadosa et 
arenosa pnlvis populos aggreditnr 
circumstantes. • 



Les Syrtes, lieu arides, maré- 
cageux (1). Une poussière sablon- 
neuse assaillit les peuples environ- 
nants (1). 



A. TE. de cette légende sont Sirtes minores (les 
petites Syrtes); le golfe formé par les Syrtes est 
indiqué; sur la partie occidentale se lit encore le 
nom de Syrtes, et enfin à TE. , sont Syrtes majores 
(les grandes Syrtes). 

A TE. de la Bysacène est la Tripolitana, près 
de laquelle on lit : 

« Hsse terra centesimum frac- 1 La Tripelitaine. Cette terre prê- 
ta reddit. » I duit tes fruits au centuple (2). 

Après les Syrtes, Cyrène est figurée par un édifice 



(1) Voyex aux additions. 

(S) Tripolitaine, province composée de trois Tilles. Il parait que ce 
fat l'empereur Septime-Sévère qui fut le fondateur de cette province 
d'Afrique. Elle se trouve mentionnée dans Xitimèrahn fAntonin. 

En effet, comme le rapporte la légende, cette province était très 
fertile en certains endroits. Les campagnes habitées par les familles 
romaines étaient très belles. 

Il est curieux de voir le nom romain de cette province indiqué dans 
une carte du XIV« siècle, tandis qu'on n'en avait plus entendu parler 
dans les auteurs anciens, après Justinien. 



i 



— 36 — 

en forme de tour (1). Au S. de celle rifle, près du 
golfe, sont les Arm Plrilanorum (les Autels des 
Philèoes) (2). A TE. de celte contrée est indiquée 
LUna rirensis (la Libye cy rénaiqae) (3). Celle partie 
de l'Afrique s'étend dans la carte depuis les bords 
de la Méditerranée jusqu'à un grand fleuve, dont 
nous parlerons plus loin. A TE. de la Libye Sa- 
blonneuse est Alexandria (Alexandrie). Près de cette 



(1) YojUS l II, p. 387. 

(2) Quoique nous ayons déjà parié de ce fM les andont apaaiaieat 
AmtéU en Fufttnts, nous croyons, pour fttra vieux apatéenur rtapor- 
tauca que lescaitonripnet y aMadttnani» terni* trpnaiiu ici ce que 
Poaponias-Méla dit à ce sujet : 

« Les Miels des Philenes doiTeat leur nom à deux Mm carthagi- 
nois, canif it par k»rscoa^ntrio4espoërrs«csft^lisseMeatd*iiB«coe- 
Tention faite avec les Cyrénéens, afin de teramiaer ue guerre désas- 
treuse qui depuis longtemps divisait les deux peuples à roccasSon dé 
leurs limites respectives, te cauTint de fixer celles-ci dans readroit 
satané on se reacoatretalaml des coureurs envoyés de pari et d'autre 
à am stoateut déterminé, de sorte que tool le pays qai se trouverait 
de casque coté en deçà da point de reconnaissance démit appartenir 
à chaque peaple. Après l'exécution de ces cooTeutions, les Pyrénéens, 
qai STiieal moins de terrain qae les Carthaginois» élevèrent des doutes 
sur la loyauté des Philenes. Ceux-ci consesftirunt à être enterrés Tifs 
sur la place, plutôt que de céder la justice dé leurs droits. Dévoue- 
ment aéasisue et bien dt|rae dépasser à la postérité. » 

« Ane ipsm aomen ex Pliilnua fratribus traxere, qui contra Çyre- 
nateas nuasi Ca rtl nu l n i ad dhi uM iadu m coadirioae beUum, dut jaat de 

im; paslfuaui ni eo, 
r, ut, ubi legati coacuiieiuut, cette 
tempnre utriaque dimissi, ibî termiai stataureatur; pacti da integr», 
ut quidunid chia usant, popularibas cédant (uttrum et memoria dig- 
nâssimumfacinea), aies» ilvos obrui acHutain nt. » («As, lit. I, c tu*}. 

(3) Voyes t. II, p. 401. 




— 37 — 

ville célèbre, figurée aussi par un édifice fortifié, 
surmonté d'une tour pyramidale, on lit : 

« Alexandrla caput Egypti ca- 1 Alexandrie, capitale de l'Egypte, 
attnomen a magno Alexandro quod ■ prend son nom d'Alexandre le 
abfpsocondiu est in 3-» climata.» , Grand, parce qu'elle fut fondée par 

! lui dans le 3« climat. 

A une grande dislance, à TE. d'Alexandrie, est 
indiquée l'Egypte (Egyptus) : 



« Egyptus non habet plnviam, 
sed inrigitur Nik) flamme. » 

Plus à l'E. v on lit : 

« Gçns ajnfbea etbiops semper 
noda, TerUtea atque Chrietianis- 
tima, fret habet reges tôt episco- 
pot. » 



L'Egypte n'a pas de plaie, mais 
elle est inondée par le fleuve Nil. 



Nation arabe, éthiopienne, ton* 
jours nue, véridique et très-chré- 
tienne; elle a trois rois et autant 
d' évoques. 



Enfin, à l'extrémité orientale de l'Afrique, est rap- 
pelé le souvenir du Basilic (Basiliscus) de l'antiquité, 
reptile aux formes fantastiques $ qui avait, selon 
les auteurs anciens, le front surmonté d'une cou- 
ronne (1). Les cartographes du moyen-âge qui s'em- 



(i) Le nom de Basilic, donné a une espèce de lézard (Lacerta bosi- 
liscus), venait du nom grec featofe, toi. M. Berger de Xlvrey, dans 
ion savant ou?rage qui a pour titre : Traditions térateÀooiqimem récits 
iêV antiquité et dm moyen-âge sur quelques points de la /*Ke,etC. (Pajfe, 
1836) consacre, p. 540, au Basilic, un long article transcrit du IX» Uyre 
do Roman tfdleJtsmdre, qui a pour titre : Propriétés des Bettes. L'au- 
teur de ee roman du moyen-age* antérieur a la mappemonde que nous 
analysons, dit : « Le serpent est un nom grec, qui ?eut dire regubuesa 
« latin, parce qu'il est roi des serpents, etc. » Il cite alors le docteur 
Aficeone, le souverain Aristote et monseigneur Ysidore (Isidore de 



— 38 — 

paraient de toutes les fables de l'antiquité, à une 
époque où le merveilleux était toujours mêlé à la 
vérité, ne manquèrent pas de faire mention d'un ser- 
pent au sujet duquel les auteurs étaient si riches 
en récits surprenants et fantastiques. Quelques 
dessinateurs de cartes ne se sont pas contentés de 
signaler l'existence du Basilic, qui était cerné habi- 
ter ordinairement la Nubie f ils Vont figuré dans 
leur carte ayant la tête surmontée d'une couronne. 
Reprenant la description géographique, nous fe- 
rons remarquer que toutes les contrées de PAirique 
septentrionale, dont nous venons de parier plus haut, 
sont bornées au midi par le Nil, que le cartographe 
fiai couler de TE. à l'O»; en effet» il suivait la théo- 



SévHle), ajoutant qne le Mmulic « t une croate sor la teste, en 
niëre d*nne comme, etc. » 

Albert le Grand, antérieur «Tue siècle a la construction de cette 
mappemonde, donne anssi de grands oélaHs snr le MmsUic^ dans le li- 
vre XXIV de Ami*., c. t". Cet noteor commence ainsi sa description : 
« Habet enim addiumenlom soper canut, gnttatnm albo et hyacin - 
• thino colore, lelnt qnibesdain tnHrlmctntihms femmis $ed êimàmmie 
« n§mU cemnnrm. » Cvrier, dit M. de Xiwny, pensait qne la préten- 
dne conr o n nc dn Basilic n'est qo'ane tache Manche qni se tienne 
anr In tète de qnelqnes s erpe n ts » 

3ms renvoyons, ponr de pins osantes détafls sv ce sojet, à l'onimge 
de X. Saiigny, iatitnlé : Histiir* ntrarnife « wymisjffnnt é$ rfinit, 
p. fltt et sniTantes, eè se trouve l'indication complète des nnteors 
anciens qni ont parlé dn Basilic Cet antenr rapporte la tradition qni 
bit naître le basilic d'en «ni, fotnrt dans te corps de l'ibis par le venin 
de ions les serpents qne cet oneaa dêfore. Rapproches de pag. 309, 
note S dn U IL 



— 39 



rie qui faisait sortir ce fleuve du Paradis, c'est-à- 
dire des extrémités orientales du monde, ainsi que 
le prouve une légende placée près de la côte de 
Syrie : 



• N&us exil de paradiso, sed in 
fine Elhiopte juxta mare Rubmm 
enmfit taper nostrum habita- 
biJe.» 



Le Nil sort du Paradis, mais sur 
les limites de Y Ethiopie; en deçà 
de la mer Rouge i\ ressort de terre 
sur notre sol habitable (1). 



Au-dessus, dans un rectangle peint en vert» on 
lit : Transitas Hebrœorum (passage des Hébreux) (2). 

Nous allons maintenant décrire les légendes con- 
cernant les peuples et les pays situés au S. du Nil 
dans cette carte, en parcourant l'Afrique depuis la 
partie occidentale jusqu'à la Mer Rouge. La légende : 

« Ethiopia ocddentalis montuosa I L'Ethiopie occidentale est mon- 
est. » I tueuse (3). 



(1) Noos rappelons ici ce que nous avons déjà dit an sujet delà théo- 
rie du cours souterrain des fleuves, selon l'opinion des anciens ; nous 
ajouterons seulement que Sénèque, dans ses Quœsiiones Naturales, cha- 
pitre XXVI, en parlant du Lyon, qui s'engloutissait dans la terre, 
s'exprime ainsi au sujet du Tigre : « Il en est de même du Tigre, 
«.M Orient; la terre l'absorbe et il te fait chercher longtemps \ ce n'est 
« qu'à une distance considérable, et on ne doute pas alors que ce ne 
« soit le même fleuve qu'on toit sortir de l'abîme. • 

(«) Sur la question de savoir à quel point les Hébreux ont traversé 
la Mer Rouge, voyez les auteurs que nous avons cités dans notre Mé- 
moire, qui a pour titre : mémoire sur les connaissances scientifiques de 
D. Jean de Castro, auteur de riTiNBaAanw mabis Rubei. Paris, 1838, 
p. 2», note 1, dans le t. X, deuxième série du Bulletin de la Société 
de géographie. 

(3) On peut comparer celte indication avec ce que Polybe rapporte 
de l'aspect de cette partie de Y Afrique occidentale. 



— 40 — 

est inscrite sur une région séparée par un trait rouge 
de l'autre Ethiopie. 

. RMopU aUdfesima habel ad- 1 L'Ethiopie U plis ckaode m- 
minbiles beslias. » I ferme des bêles étonnâtes. 

Aux extrémités des deux Ethiopies, le carto- 
graphe a placé, comme Pline et Solin, plusieurs 
peuples monstrueux ; aussi ne sera-t-il pas sans in- 
térêt de transcrire ici le passage dans lequel Pline 
produit son opinion sur les causes de l'existence de 
ces races d'hommes ; ce passage, rapproché des lé- 
gendes de notre mappemonde, augmente encore le 
nombre déjà si considérable des faits qui prouvent 
qu'au XIV e siècle les cartographes de l'Europe ne 
connaissaient pas les pays découverts dans le siècle 
suivant par les Portugais. Voici les termes de Pline : 
Si les extrémités (de l'Ethiopie) nous offrent des 
figures étranges dliommes et d'animaux, il faut 
peu s'en étonner : c'est l'effet de l'excessive cha- 
leur qui y règne, l'action du feu étant merveil- 
leusement propre à faire prendre aux 
extérieures de tous les corps une infinité de 
figurations diverses (l). » 
Ensuite viennent les exemples de ces peuples 
■ ons lra eux» dont plusieurs se trouvent mentionnes 



I, Ko** ki. V| % v. at 



— 41 — 

sur notre carte ; nous allons passer en revue les 
légendes qui les concernent. 
À TE. sont les Androphages. 

• Androphagi humanas edunt | Les Androphages mangent la 
carnes. » ' chair humaine (1). 

Au delà de ces peuples est Getulia (la Gétulie), 
à TE. de laquelle sont les Garamantes : 

« Garamantes. Hk est tons de die 
calesccns, nocte frigescens. » 



Les Garamantes. Ici est une 
source qui devient chaude le jour 
et froide la nuit (S). 



A TE. de ceux-ci sont les Fariques. 

• Farici crudas carnes corne- 1 Les Fariques mangent des chairs 
dont • I crues (3). 

Après ceux-ci viennent les Monoculi. 

« ilonocollus caput cum pede te- 1 Les Monoculi couvrent leur tête 
git. • I avec leur pied (4). 



(1) Mêla place des Androphages chez les Scythes ; il ajoute même, 
à propos de ceux-ci : Scythœ sunt Androphagi H Sacœ... (111, c. vu). 
Mme cite ceux de Y Afrique (liv. VI, c. 30). 

(2) Selon Mêla, c'était tout le contraire. 

(3) Ces deux légendes différent à certains égards de ce qui est rap- 
porté par Solin % quoiqu'il y ait beaucoup de ressemblance entre elles et 
le passage de ce géographe que nous allons transcrire. Il dit, en parlant 
àwBtkiêptmê : • ... Occidentem versos Angriophagi tenent qui solas 
« paatherarum et leonum carnes edunt rege praediti, cujus in fronte 
• oculus unus est. > 

(4) Pline (liv. VII, c. 2) parle des Monoculi, d'après Ctésias. Il mit, 
en outre, mention d'une espèce d'hommes, nommés Monocoli, qui, n'ayant 
qu'une jambe chacun, ne laissent pas de courir avec une agilité mer- 
veilleuse, et qni portent aussi le nom de Sciapodes (du grec Ixt&, 
ombre, «oOç, iroM;, pied), parce que, se couehant à terre sur le dos, 
dans les grandes chaleurs, ils se défendent de l'ardeur du soleil par la 
seule ombre de leur pied. 



— 42 — 

Elu sortant du pays de ces monstres, nous entrons 
dans celui des Virgogiques (?) : 

« Virgogici speeus inhabitant et 1 Les Virgogiques habitent des ca- 
insectibos veseuntur. » | Ternes et se nourrissent d'insectes. 

Ils ont pour voisins les Troglodytes : 



• Trogtoditse certes corsa pne- 
terenntes quorum aqaa poUU ca- 
nons facit voces ni serpentes ce- 
medonL • 



Les irsfietfyt** devancent les 
cerfs a la course; leur eau, en la 
buvant, rend la voix harmonieuse ; 
ces hcemmes m i ngrat des scr- 
penU(l). 



Après les Troglodytes, nous rencontrons les An- 

• * 

tipodes, non pas les vrais Antipodes, mais bien 

« Antipodes extasi saltantes oc- 1 Les Antipodes qui (dansant en 
tenoshabent digitos. • ! extase?) ont hait doigts (S). 

A l'orient de ceux-ci, et séparée par des lignes 
rouges, comme le sont, sur cette carte, les différents 
peuples, est cette légende : 

• Gens îsta habet capot et os in I Cette nation a la tète et la bou- 
peetore. • I che dans la poitrine (3). 



(t) Mêla dit, au «jet des Troglodytes, ce qui soit : « Os ne possè- 
dent rien : leur voix rend moins des sons articules que des crie aigus; 
ils se tiennent dans des cavernes et se nourrissent de serpenta. » De 
situ crbis, I, c VIII. La dernière particularité rapportée par la légende 
de la carte est tirée certainement de ce géographe. Voici le texte : 
«... TrogiodiUt nuUmrum ojmm domini, strident m mgit quam toquant ur, 
nfêcnstubeunt^alunturqmeierpentibut. » (Méla,lib.I,c IY, édil de 1519.) 
Pline en parle aussi à peu près dans le même sens (yoj. Ut. V, cS). 

(?) Isidore de Sérille a ait une distinction entre les antipodes et les 
Amiipodét. Le cartographe parle donc ici des hommes monstrueux des- 
quels Isidore dit (Orig., Ut. XI, c ui) : • Antipodes in Ubja plantas 
« Tersas habent post crura et êcttnês digitos in pUmtis. ■ 

(3) Cette légende se rapporte sans doute aox Mststpr», dont Pline 



— 43 — 



Après ce peuple monstrueux, nous en rencontrons 
un autre non moins horrible : 



« Gens isU obumbrat faciem 
labro (pendente) contra solis 
ardorenu » 



Celte nation ombrage son visage 
avec (sa lèvre pendante?) pour se 
défendre de l'ardeur da soleil (1). 



Après eux sont des peuples sans oreilles : 

• Presombani sont sine aurions.» Les Presumbani o*ont pas d'o- 

reilles (2). 

Puis des peuples qui n'ont pas de langue : 

• Hic gestes carent linguis et Ici les gens n*ont pas de langue 



■attiras prosermonibusutuptur.* 



et ils font usage de gestes au lieu 
de discours (3). 



dit : « lis n*ont point de tête, d'autant qu'ils ont les yeux et la bouche 
aa milieu de l'estomac. » (Pline, liv. V, c. 8.) Solin décrit aussi ces 
peuples dans les mêmes termes. Vopiscus va plus loin, il assure que 
Probus vainquit cette nation. Le lecteur doit consul 1er sur les Blem- 
myes le savant mémoire de M. Quatremère, publié en 1811, dans le 
t. Il, p. 187 de ses Mémoires géographiques et historiques sur f Egypte 
recueillis et extraits des manuscrits coptes, arabes, etc. do la Bibliothèque 
Impériale. Ct Lelronne, Introduction du christianisme chez les Blemmyes 
{Journal des savants, avril 1825. p. 222). L'illustre savant a démontré 
que ces peuples se sont établis dans la vallée Inférieure de la Nubie. 
il pensait jue l'établissement des Blemmyes dans la vallée de la Nubie 
■'empêchait pas qu'ils ne fussent encore répandus dans le désert de 
l'ouest et à l'est de la frontière d'Egypte, d'où lis faisaient des incur- 
sions. Dans le Bas-Empire, le nom de Nommées semble avoir été appli- 
qué aux peuplades répandues dans le désert à l'est de l'Egypte. 

(1) La même indication se retrouve sur la mappemonde d'Hereford,. 
t. H, p. 404. 

(2) Pline dit (liv. VI, c. 30) que dans le pays des Sombres (Solin le» 
appelle Psambarei, c 30) « tous les animaux à quatre pieds sont sans 
« oreilles, même les éléphants. » 

(3) Ce passage parait être tiré de Pline, qui dit : « Il y a (dans 
X Ethiopie) d'autres peuples sans langues (alias sine linguis, liv. VI, cv 
30) qui parlent par gestes et par signes. » 



— 44 — 



Après ceux-ci, vient un peuple africain assez 
étrange. : 



« Hic geotet habenl ora conserta 
et cam avenaram calassis liquidum 
cibam potant. • 



Ici les gens ont le visage com- 
primé, et ils pressent avec des 
tuyaux d'avoine une nourriture 
liquide (1). 



Sur la contrée voisine, on lit : 

• Hic gentea sine naribus de- f Ici les habitants, sans nez, ont le 
formera habent vultum (2). » | vUftge difforme. 

Enfin à TE. de cette contrée, est l'Ethiopie orien- 
tale déserte, Elhiopia orientais déserta* C'est à 
cet endroit que le cartographe fait reparaître le Nil 
après son cours souterrain en dessous de la Mer 
Rouge (3). 

À la suite de cette description détaillée des trois 
parties du monde alors connues et figurées dans la 
carte, nous allons donner la description des lies. 



(1) Ce passage est tiré de Pline, lit. VI, c 30, qui dit qu'il y a dans 
cette partie de Y Ethiopie « des gens dont te visage est tout plat. » 

Le cartographe a remanié le texte de Pline. Cet auteur fait lit des- 
cription suivante : « Il y en a qui ont les narines ferméea etlilMeke 

• sans ouverture, à un seul orifice près, qui sert à la respiration 
« et à la nourriture, ces peuples étant obligés, pour boire, de humer la 
« boisson avec des tuyaux d'avoine, et pour manger, d'attirer à eux, par 
« le même moyen, les grains de cette même avoine qui croit d'elle- 
« même dans le pays pour leur subsistance. » 

(3) Pline, llv. VI, c. 30, parlant de Y Ethiopie orientale, dit : « On veut 
« que les peuples de l'extrémité orientale soient sans nés. » « Ferunt 

• certe ab orientis parte intima gentes esse sine naribus. » 

(3) Sur cette théorie du cours souterrain des fleuves du Paradis, 
voyez ce que nous avons dit plus haut en parlant de la mappemonde 
de Turin, § XXI, dans la note de la page 143» t. II. 



— 45 — 
ILES. 



Nous commencerons par les tles de la Mer Médi- 
terranée et des mers intérieures, et nous passerons 
ensuite à celles de la mer extérieure. Les tles, comme 
nous l'avons fait remarquer, sont pour la plupart 
de forme carrée. 

D'abord, près de l'Espagne, sont Insulœ Saliare 
et Major et Minor (tles Baléares grande et petite), 
c'est-à-dire Majorque et M inorque. Ensuite vient 
la Corse : 

« Corsica gignit letlssima pas- La Corse prodait de superbes 
«•»• * pâturages (1). 

A TE. est une autre lie, avec cette légende : 

• Major Corsica insala babun- 1 La grande Corse, tle très abon- 
daatissima. » |dante(3). 



(1) On lit dans Diodore de Sicile : Les Corses sont toujours certains 
de retrouver leurs brebis ; chacun met sa marque sur les siennes, et 
Us les laissent paître dans les campagnes, sans que personne les garde. 

(±) Selon Strabon, les Romains donnèrent à cette lie le nom de 
Cor$e % et les Grecs celui de cyrne. Pline et Diodore de Sicile répètent 
la même chose. Selon Fréret, qui s'appuie de l'autorité de Sénèque le 
Philosophe, les anciens habitants de cette lie étaient d'origine espa- 
gnole. Gomme le cartographe a souvent confondu les textes où il a 
puisé ses notions historiques, il se pourrait que ce qu'il dit des abeilles 
dans la légende de la Sardaigne appartienne à la Corse; en effet, les 
auteurs latins, parlant de la soumistioo de cette dernière aux Romains 
sous Marcus Plnarius, rapportent qne les Corses furent forcés de donner 
aux vainqueurs cent mille livra i$ cire, et que plus tard, vaincus de 
aooteau par les Romains, ils dorent fournir le double en cire. Leur 
tribut consistait donc en miel et en cire. 

Consultes, pour les deuils sur cette Ile, Ptolémée, liv. III, c. 2; 



— 46 — 



Après la Corse est la Sardaigne, plus grande que 
les lies précédentes. On y lit : 



« Sardinia insula caret serpen* 
tibus, habet herbam apium. . . . 



L'Ile de Sardaigne n*a pas de 
serpents, a l'herbe des abeilles. . 



et homines perdendo intérim! tur.» 

A TE. de la Sardaigne 
que toutes les lies de la 
légende : 

« Slcilia insula olim fuit pars 
Ilallae in qua est mons Ethna in- 
fernnm continens et purgatorinm 
habet Cillam et Caribdum duos 
fontes natnra contraries. » 



et en perdant les bornâmes elle est 
tnée (1). 

est la Sicile, plus grande 
Méditerranée, avec cette 



L'île de Sicile fot autrefois nne 
partie de l'Italie. Là est le mont 
Etna contenant l'Enfer (3) et le 
Purgatoire, et elle a Scylla et Ca- 
rybde, deux sources de nature con- 
traire. 



A TE. de cette île est la Crète ; 



« Creta insula terra lenis stu- 
dium musicum tradidit mundo 
cetera Satura us. » 



L'Ile de Crète, terre douce, trans- 
mit au monde l'art de la musique, 
Saturne lui donna le reste (3). 



Strabon, Pline, Mêla, Tite-Live, XXII, c 31 et XXX, c. 38; XL» c. 19, 
34; XL1I, c. 7, Si. Cf. Rollin, Hist. ancienne, t. H, p. 496 et soi?., el 
Mémoires de l'Académie de* inscriptions et belles-lettres , t. VI, p. 62; t. 
XVIÏÏ, p. 79. 

(1) Il nous semble que cette légende estropiée est tirée en partie 
d'un passage de Solin, que nous allons transcrire. Ce géographe, par- 
lant de nie de Sardaigne, dit : « Huic incommodo accedit et berba 
« Sardonia, qnae inde fluvius fontanis provenu largius justo. Ea si 
« edulio ruerit, vescentibus nerros coatrahit, rictu ora diducît, ut qui 
« mortem oppetunl, velut ridentium fade fntereant. • 

(%) Solin, en parlant de Y Etna, dit : « C'est près de ce lieu qu'est 
l'ouverture d'où l'on dit que Pluton, quittant les Enfers pour enlever 
Proserpine, sortit a la clarté du jour. » 

(3) La légende dit, quant à la climatologie de l'Ile, que I* terre est 



— 47 — 

Au S. est l'Ile de Chypre : 

• Cypras habet nomen Fort... 1 1 Chypre» le nom de Forum (1). 

douce, et en effet son climat est doux et salubre. Elle est située 
entre le 34* 52* et le 35* 40' de lat. N. 

La même légende ajoute : « . . . Transmit au mande tort de la mu» 
tique, et Saturne lui donna le reste. » La première partie de ce passage 
parait se rapporter aux lois de Mfnos, à celles qui concernaient les 
exercices de l'esprit, les études de la jeunesse, et qui étaient des mo- 
dèles du genre, ou bien à Crée, le premier roi de cette lie, auteur de 
plusieurs inventions très considérables et très utiles aux hommes eu 
général, d'après les récits de Diodore de Sicile. Il nous semble aussi 
que ce qui concerne Saturne est encore tiré de quelque récit puisé 
dans le même auteur, car celui-ci dit que Saturne, l'aîné des Titans, 
devint roi de Crète, et, après avoir donné des mœurs et de la politesse 
I ses sujets, il porta sa réputation et sa gloire aux différents lieux de 
la terre. 

Pour les détails historiques, consultez Macrobe (X, 67), Homère 
[Odyts., Y, d, 291), Denys le Périeg. (110), Philostrate, in Vita Apollon. 
(IX, 11), Diogen. Laërt., Florus (II, 6), Velleius Patercul. (II, 34, 38), 
Tacite (Annal. % III, 26, 38, 63; IV, 21; XV, 20), tléla (liv. I, c. 16). Cf. 
liv. II, c. 7; Pausanias (Attie., VI, 18), Polybe (IV, 8), Strabon (XIV), 
Jornandès (De régner. Sucette., p. 39). Cf. Meursii oper. posth. De An- 
tiquit. rep. quœ intula Bhodi, Crttat, Cypri. Amst., 1675. 

Parmi les modernes aussi, Sieber, Voyage, t. II, p. 61. Cf. Olivier, 
rouage, V I*, p. 338; Bélon, Obterv., liv. I", c. xvi. Mémoires de VA- 
uuUmie de» inscriptions et beiUs-Uttres, t. III, p. 45 ; VI, 103, 104; VII, 
p. 10 et suiv.; IX, p. 1 et 81; XII, 131, 161; XIV, 77, 203, 204 ; XV, 304; 
XXI, 38. 

L'Ile de Crète est connue aujourd'hui sous le nom de Candie. Elle .est 
dépendante de la Turquie. 

(1) Nous n'avons pas pu déchiffrer le reste de celte légende. Ainsi 
le nom incomplet de Fort... donné à cette lie, n'en rappelle pas un seul 
parmi le grand nombre que lui assignent les auteurs grecs et latins. 
Nous nous bornerons doue à les énumérer ici, d'après Pline et autres. 

Philonide assure qu'elle fut appelée d'abord Acamantide. Xénagoras 
dit qu'on la nomma aussi Cér astis, Atpélie, Amathusie et Macarie; Asty- 
nomus, qu'elle porta le nom de Cryptes et celui de Colinie. Txetzès dit 
qu'elle s'est appelée Sphécée. Lycopëron prétend qu'on la nommait 



— 48 — 

A KO. est une petite lie qui porte le nom de 
Insula Colay (île de Colay?) (1). C'est probablement 

une des lies Cldides de Ptolémée, qui dépendaient 
de Chypre. Cette lie est placée près d'Alexandrie 
et de la mer d'Egypte (Mare JBgypliacum). 

Presqu'en face de Sidon et de Tyr, une autre lie 
porte le nom d'Jnadia insula? (l'Ile d'Anadia), ou 
bien Quadia insula (2). 

Dans la Mer Egée (ou mer Grecque), on remarque 
d'abord IUespontus Insula (l'Hellespont Me) (3). 

Près les côtes de l'Asie Mineure, dans le renfon- 
cement de la côte du Midi, on remarque sur un 
carré : Jbidos(l). Ensuite viennent Sinus Tracias 



aussi Sarrochus. Festas Pompeiu s assure que les anciens l'avaient nom- 
mée &rosa y c'est-à-dire d'airain, parce qu'elle abonde en ce métal. 
Hermelaûs dit qu'elle fut aussi appelée Ciica y et Curoplata qu'elle fut 
aussi appelée Justiniana secunda. Or, aucun de ces noms ne se rapproche 
de celui de la légende de la mappemonde que nous analysons, à moins 
que le cartographe n'ait voulu appliquer à toute l'Ile le nom d'un de ses 
promontoires, celui que Ptolémée appelle Phrusium. 

(1) Peut-être Candos y appelée aussi Gaudos, maintenant Goizo, ou 
Gsfda-Msa, au S. de Cemdie, lie où aborda saint Paul en se rendant à 
Rome. 

(2) Nous pensons que cette lie peut être Astypalée, l'une des Cycladet 
méridionales. 

(3) Nous ne pouvons pas comprendre commeat le cartographe a pu 
convertir le détroit de VHellespont (les Dardanelles) en une lie. 

(4) Abydos. Solin (IX) dit : « L'Hellespont entier est resserré en sept 
stades, qui séparent l'Europe de l'Asie. La aussi se trouvent à l'oppo- 
site deux villes : Abydos en Asie, Sesios en Europe. » La ville d'Abydes 
est aujourd'hui Nagart-Bouro* dans Y Asie Mineure, sur l'endroit le plus 



— 49 — 

(le golfe Thermaïque); Sporades insulœ (les fies 
Sporades); puis au N., 111e d'Éolide (1); à l'O., Pa- 
thamos ubi Johannes (Pathmos où fut saint Jean) (2); 
et au N., Tynnos... (3). Sur la Mer Noire, on lit 
Mare Colcium (pour Euxinum) (4). 

En sortant de la Méditerranée, et en entrant dans 
l'Océan Atlantique, la première lie qu'on remarque, 
est l'Irlande, placée à l'O. de Saint-Jacques de Com- 
postelle en Galice, et portant la légende suivante : 



• Ybernia iroala longior et la 
Uof Anglia ventosa, monlnosa, 
bellicosa, libertatem quaerit et la- 
borem fugit, venenosa fugat, ha- 
bet porgatorium Patrfdi. Hanc in- 
salam qua nemo potest mori et 
aliain mona mulier non nominatur.» 



L'Ile d'Hibernie, plus longue et 
plus large que l'Angleterre, ven- 
teuse, montueuse, belliqueuse, 
cherche la liberté et fait le travail, 

vénéneuse, elle met en fuite. 

Elle a le Purgatoire de S. Patrice (S). 
Cette lie, dans laquelle personne 
peut mourir... 



Au N.-E. de l'Irlande, sur une espèce d'île extré- 



resserré de YHellespont. Le cartographe l'a sans doute signalée dans la 
carte à cause de sa célébrité dans l'antiquité. Elle était célèbre dans la 
feble par les amours de téandre et d'Héro, et dans l'histoire par plu- 
sieurs événements importants, entre autres par le pont de bateaux 
que Xerxes y Jeta pour traverser de Y Asie en Europe. 

ConflnfUfefpur les détails Hérodote (VU, 34, 43), Dlodore de Sicile 
(XIII, 3B) 9 jè*0»{XIU), Polybe (XVI, 14), Ovide (Tris t., lib. I, eleg. IX, 
t. 28), Luc** (MMÉaaJL, lib. II, v. 672), Mêla (de SU. orb., Il, 2), Orote 
(Hist. II, c. 10). 

(t) Sans doute la HéfliaJttde de Callimaque, en face de l'Eolie. 

(2) Sur cette lie, voyex t. II, p. 271. 

(3) Tpmoê, peut-être Tênédos. 

(4) Mer de la Colchide. 

(5) La légende du Purgatoire de saint Patrice remonte a une époque 
ancienne. Dans le Recueil de poésies populaire* latines au wwyen-âge, par 

II 4 



— 50 — 

memeiit étroite et longue, placée k peu près du 
N. au S., on lit : Wallia de religione (?) quiis (?) 

at DNiHtaUv p. 147, on rencontre un hymne à saint Patrice, composé 
au VHI« siècle. 

Il est probable que le cartographe, auteur de cette mappemonde, a 
puisé sa citation du purgatoire de saint Patrice dans le traité de Gi- 
raldus Cambrensis, auteur du XII* siècle. (Sur cet auteur voyez Fabri- 
cius, Blbl. Med. et Inf. bat., III, p. 179). De Fita 5. PamHcii ejusque 
Purgatorio (ibid, p. 189). Cette légende parait avoir été très répandue 
aux XII*. XIII* et XIV* siècles. 

La Société des Bibliophiles de Reims a publié une légende do XIII* 
siècle sur le Purgatoire de saint Patrice (voyes la collection des publi- 
cations de cette société en 3 vol. in-18). 

Dans la Bibliothèque du Louvre de Charles V, an XIV* siècle, il y 
avait un manuscrit qui traitait du Purgatoire de saint Patrice. (Catal. 
du Louvre, p. SI, n* 80 : La Vie de saint Brandan avec le Purgatoire de 
saint Patrice.) 

Ornons, auteur du poème géographique de Y Image du Monde, écrit 
en 1965, et dont nous avons donné une notice dans le L I«, p. 113 à 
115, paraissait confondre YHécla avec le Purgatoire de saint Patrice, 
car il place en Islande un lieu qu'il appelle Purgatoire et qui brûle 
sans interruption. • Aucun homme (dit-il), à moins qu'il ne soit re- 
« pentant de ses péchés, ne peut en approcher sans courir risque de 
« la vie, mais s'il est confis, il en sort net et pur, après avoir subi 
• quelques expiations. » 

Il est évident que le poète-géographe confond le volcan de l'Hécla, 
qui est en Islande, avec la fameuse caverne à 1 friande,- nommée Purga- 
toire de saint Patrice. Ce saint mourut en 493 (V* siècle). Son tombeau 
est en grande vénération. Le Purgatoire de saint Patrice^ dent Demis le 
Chartreux (célèbre écrivain du XV* siècle) et d'autres YfOyet les Bol- 
landistes, au mois de mars, t. II, p. 345) ont raconté Mat de fables, 
était une caverne d'une lie d'ultonie, où sans doute ce saint se retirait, 
et qui, visitée d'abord par la piété de la nraltltaie, et profanée ensuite 
par des excès, fut fermée vers la fin du XV« siècle, puis rouverte, et 
close définitivement par ordre d'Henri VIII. Comme mi tonte est une pro- 
vince du nord de l'Irlande, l'auteur du poêuie géographique a confondu 
cette partie de l'Ile avec les idées vagues qu'il avait de l'Hécla de l'Islande. 
Le cartographe autenr de cette mappemonde ne manqua pas, nous 



— 51 — 

romanorum (le pays de Galles, de la religion ou 
bien des débris des Romains) (1). 

Parmi toutes les lies dont le cartographe a rempli 
les mers, l'Angleterre est la seule qui, par privilège, 
a ses villes figurées comme des édifices en forme 
de tours. On voit que Fauteur de la mappemonde 
avait une préférence pour cette île, puisqu'il en fait 
une espèce de continent. Il parait même avoir 
donné à dessein au canal qui la sépare du continent 
la forme d'un simple fleuve. 

Sur cette contrée on remarque la Tamise, ayant 
au nord Londres (Londinum), Oxford (Oxon.)i et 
Bristol. Outre ces villes, l'auteur en figure plusieurs 
autres* savoir : Deram (Durham), Lincoln, Stanford, 
Northampt (Northampton), fPinton, Extest, dou- 
ces. (Glocestar), Bangorr, Serogsb ou Schrobsb 
(Schrewsbury), Ebor (York). Gough a lu sur la ville 

le voyons, de faire mention du Purgatoire de saint Patrice comme d'une 
des choses les plus importantes de l'Irlande. 

Sur le Paradis irlandais dans les croyances anciennes des peuples 
de ee puysy voyes le livre si intéressant de M. Ferdinand Denis, inti- 
tulé l* M9*êê tnchtméy p. 951. Voyes aussi sur l'idée d'an Paradis situé 
auxeaviroue des Iles Britanniques, et mentionné par les Bardes, le 
mémoire de M. Alfred Maury, intitulé le$ Féa dm Uogtnâgt, p. 40 (Pa- 
ris, 1845), Consultez surtout le savant ouvrage de M. T. Wright, in- 
titulé : St. Pmtrick'i Purfefory, mm Es$ay ** tht iegtnds of Purg*imr$ y 
BtU mmd Paradiêe atrrcnt durimg tke MiddU-Agu. Londres, 1844, in-8, 
p. 129, chap. VI. 

(1) Gough a lu : WmUia dicebûiur oUm Cumria ; mais nous ne pou 
vous lire pareille chose. 






-f 



— 52 — 

placée au bas d 1 Exe ester, Camelford. Nous lisons : 
Cornuli ( Cornouailles )• Le nom d'Angleterre se 
trouve placée du côté du nord : Anglia. 

V Ecosse est représentée dans la carte comme une 
petite fie de forme carrée, et séparée de l'Angle- 
terre. On y lit : 

« Scotia olim pars Britanniae. • L'Ecosse autrefois partie de la 

Bretagne. 

A l'O. de TÉcosse est l'île de Man (Insula M an). 
Au N. de celle-ci, on remarque la Norvège, figurée 
comme une lie de la forme <f un carré long, et la cu- 
rieuse légende suivante : 



« Nortwegia lata et frigida et 
pirata sunt. » 



La Norvège étendue, frotte, et 
peuplée par des pirates (ï). 



Le cartographe ayant séparé la Norvège de la 
Suède, il donne aussi celte dernière comme une lie, 
mais plus grande et plus étendue du N.-O. au S.-E. 
que la Norvège. Il y place cette inscription : 

< Suadie gens Vendica, eu jus est ! La Suède, nation Wende (ou Vé- 
rex Sacd. » ; nède) (2), dont le roi est Sacd (3). 

(1) La forme d'Ile que le cartographe donne à la Norvège et la lé- 
gende de la carte prouve qu'il suivait encore en partie la géographie 
des anciens» et le nom seul est du moyen-age. La partie historique de 
la légende se rapporte a l'époque des incursions et des pirateries des 
Normands depuis le 1X« siècle. 

(3) Jornandès donne le nom de Vinidarum natio à une branche de la 
femille des Slaves qui, dès le VI* siècle, était établie dans le nord de 
l'Allemagne le long des cotes de la Baltique, et le roi de Suède prend 
«•noor* dans ses titres celui de roi des Goths et de» Vénèdes. (Voyez au 
sujet de ces peuples Schmfkrik, sur la patrie des Slaves). 

(3) No«is ne savons comment restituer ce nom si étrangement es- 



— 53 — 

Après la Suède vient le Jutland, aujourd'hui le 
Danemarck. On lit sur cette île, figurée par un carré 
placé de l'O. k 1*E. : 

t Wittland gens ydolatra. • | Le Jutland, nation idolâtre (1). 

Au nord est la fameuse île de Thulé (2) , Tile 
Insula. A TE. : 

« Dacia, gens bellicosa. » 1 Danemarck , nation belliqueuse 



iropié. Parmi les rois de Suède antérieurs à l'époque ou vivait l'auteur 
de cette carte, on ne rencontre pas un seul nom qui puisse correspon- 
dre à c#ui du texte. 11 nous semble que ce serait une conjecture trop 
kaMr^éede voir dans le roi Sacd, $ ç#cher III, qui régnait en 1192. 
L'éclaircissement de cette question reste à faire. 

(1) Si en effet le Wittland correspond au Jutland actuel, la cherso- 
mnu Cimbrica des anciens, il est assez étrange que le cartographe si- 
gnale les peuples qui habitaient ce pays au XIV siècle, comme idolâ- 
tres. Notre opinion que le cartographe désigne le Jutland devient 
plus probable si l'on cousidère la légende qui stlit bientôt après. 

(S) Malte-Brun croyait que la Thulé de Pythéas était l'extrémité du 
Jutiemd, et II se fonde sur les anciens noms Scandinaves de Thyr ou 
Thfland (t. I, p. ISO), tandis que Rudbeck, dans son Atlantica, 1. 1, 
p. 514, dit qu'il n'avait trouvé dans les motfrTVWet TYufeqoela signl* 
fication générale délimite, ou d'extrémité d'une terre. 

Avant eux, Ortélius, en 1570, avait pris la Thyle de Pythéas pour la 
péninsule de la Scandinavie (Theatrum Orbis, p. 103). Dans son Thewu- 
rus gtcgrûphicu?, il dit: • Thule, TotfXij, Straboni, Plinie, Ptolemco 
et Syneslo, ep. 148, Arnobio b. Oceani septentrionalis insula supra 
Oruuits, tsplandi Gerardo Mercatori. Ego Tilémarek inlerpretor qui 
Nerwegise regni tractus. Vox enlm aitadit,«t Ptolemsei mUttdo, et 
longitudeThulen, huic Titemarchiœ plane convenK. fhuien aliam esse 
a% Istandia, docet ejus descriffcfo apndi>rocopio 2. Golhico » 

Voyez aussi sur Thulé l'ouvrage de M.Lelewell, intitulé : Pythéas de 
Marseille et la géographie de son temps, p. 32. et suiv. 



— 54 — 

À TE. et dans la mer Boréale, sur une autre île, 
ou lit: 

• Gelonjsuntfelicesquidehos- Les Gelons «ml hevreix ; ils se 

vêtent des peaux de leurs enne- 
mis <i>. 



Uta cutibus vestiuntur. • 



On Ut ensuite sur uo grand carré, dans l'océan 
Boréal: 



La nation hyperboréeane placée 
par de la le mord, se nourrit d'ar- 
itur sgritudines non sentiunt j bres, ne connaît pas le chagrin, 
in mari de (S). 



« Gens ujperborea altra ven- 
laai Aqoilonem siu arboribas pas- 



Ci) Soi», parlant de diverses choses carieases de la rinmft (XVI) 
dit : « Les cUmu qai se rêvaient des peaax de lears émanais, Ut en 
couvrent lears chevaux. » IH wn pon ias Héla dit à peu près la même 
chose (fojex Ut. H, c. I). Le cartographe a sentent confondu les tra- 
dition! snr ces peuples. Les mots Osmmthemrrmx sent applicables aax 

#*lr, les £mMmi, etc. • 

(3) Mêla (ÎÎI, c. ▼) dit qne les premiers penples qa'oa r encont re 
(dans la Scftkie) snr les rivages de r Asie, sont les Hvperboréens, dt- 
ncttment $**$ à? n#ir v an delà da vent Aquilon et des mmut Mipktet. 

Le passage qai sait a ane certaine analogie aTec qnelqnes mots de 
la légende estropiée de notre carte. Héla ajoute : « Ils ne voient pas, 
« comme nous, le soleil se lever et se coucher tons les jours; mais ils 

• jouissent de sa présence à rhorison depuis réquinoxe da printemps 
« jusqu'à réquinoxe d'automne, et ils ont, par cette raison, un jour 
« qui dure six mois et une nuit d'une égale durée. Terre sacrée, leur 
« contrée est exposée au soleil et douée d'une grande fertilité. » 

Ce qne dit b légende, aw7Is zt mmarismUmt d*ar»ro, peut bien être 
le passage suivant de Héla, mal compris par le cartographe : • Ils pas- 
« sent leur vie dans des bois sacrés et des forêts, et dès qu'ils se sen- 

• lent, non pas dégoûtés, mais rassasiés de vivre, le Iront ceint d'une 

• guirlande de fleurs. Us mmt§mitmeml m précipiter dm neuf d'an certmin 
« rocker dans VOcémm. » Si toutefois nous rapprochons cette légende da 



— 56 — 

A l'E. des Hyperboréens, dans un autre carré, 
on lit : 

« Arimphei similes sont Hyper- 1 Les Arimphéens sont semblables 
boreis. » aux Hyperboréens. (i). 



récit de Solin (XVII) relatif aux Hyperboréens, nous trouverons plus 
d'analogie avec cet auteur. 

Solin dit : « Leurs demeures sont des forêts, des bois sacré* Lu ar- 
< ires leur fournissent leur nourriture journalière... Ceux qui sont las de 
« la vie font un festin, se parfument, et, d'un certain rocher, se préci* 
« pitent dans la mer. » Domus sunt nemora, vel lucU In diem victum 

arbore* sstbministrmnt 91101 satietas tenet vit*, epulati delibalique, de 

ntne suna praxipttetn catum in mari* destinant. Il nous semble donc que 
le passage de Solin explique et restitue la légende de celte mappe- 
monde. Rapprochez la légende de cette carte de celle de la mappe- 
monde d*Hereford t t. II, p. 331. 

Lût Hyperboréens, dit De Brosses, dont l'antiquité fait tant d'éloges, 
sans les avoir connus que par quelques bruits incertains, sont les 
peuples de la Sibérie; mais ce savant convient que leur nom fut appli- 
qué successivement à tous les peuples placés au nord de l'endroit où 
on se trouvait arrêté, et enfin qu'on a appliqué cette dénomination 
aux peuples placés fort avant vers le nord. 

Il lait remarquer qu'en effet le soleil s'y lève pour six mois et s'y 
couche peur un pareil temps, et que les traditions anciennes n'étaient 
pas menteuses lorsqu'elles disaient que les fruits de la terre y mûris- 
saient en trois mois ; car c'est on effet de l'action du soleil. (ïest de là, 
dit-il, qu'est née la croyance qu'on y faisait les moissons plusieurs foisen 
une année, parce qu'on se figurait que ces pays, selon leur dénomina- 
tion, frasent au delà du point d'oh part la bise, et que par conséquent 
eMe n'y soufflait jamais. On en a donc conclu que le climat égal et 
tempéré était un long printemps ; lequel, joint à une vie simple et 
frugale, donnait aux habitants une santé inaltérable, et une vie si 
longue, qu'ils ne mouraient que lorsqu'ils étaient las de vivre. 

Ce que nous venons de rapporter éclaircit la légende, qui, du reste, 
est encore complétée par la légende de la mappemonde d'Hereford 
relative aux Hyperboréens. 

(1) Pline et Solin disent que les Arimphéens sont un peuple sem- 
blable en tout a la nation Byptrborée. 



— M — 



À l'orient de ces peuples, dans une Ue placée 
sous le même méridien que les Monts Riphées, on lit : 

« Gens istte insnfae ovibns tes- Les habitants de cette Ue se 
dtnr et avenis sponte nascenti- DoniTissentd'Œsfs et de graminées 
bas. » • ; sans cnllnre ;i). 

En approchant des côtes de la Scylhie supérieure, 

on remarque une autre Ile, sur laquelle on lit : 

% 

• Hic habitant hommes patro- Ici habitent des hommes . . (2). 
Ocanei? . . . . • 



(1) Noos avons bit rfiiqwt sonvent combien les carloa^aomesdu 
moyen-àge déplaçaient arbitrairement les liens terrestres- 0»; noms 
pensons qne rantenr de cette carte a converti le pays des Àrimpkétmi 
de Pline, de Solin et de Mêla, en «ne Ile placée hors des contrent 
continentales conaneschca les anciens sons U dénomination te Scataie. 

Solin rapporte qne • Qnkonqne se réfngîe cbes les Arisaphéens 

• ponr se soustraire h nn danger qn'il conrt dans sa patrie, y tronve 

• nn lien de sûreté anssi inviolable qn'u asile. » Il est donc très 
pfobable^d'apifecesparUealariiés^qoelecar 

dans si représentation, leséjonr pins inviolable en le plaçant dans nne 
Ile séparée des nations scjthiqnes barbares et nomades. Cette conjec- 
tnre acqniert pins de probabilité lorsqne nons voyons qne le cartogra- 
phe place cette lie à l'orient des smmuMimmés^ mrsqneninildit qne ces 
penples se nenrrissent de graminées; car Solin les place anssi « anx 

• lieu où conHnence l'orient d>té(^avia^ 

« étstfof), » et il dit anssi en pariant des nvenrs et «sages des Ariwt- 
nVmi... «îlf miment Us feuilles à m erères; Os se ■■■iiinnr deêsmes. • 

Héla dit des Jrimmkéemt : « Les bois lenr servent de iilnnM,m les 
« fnrits sauvages de noorritnrc ; on les regarde comme sacrés, et ils 
« sont tellement respectés des nations barbares qni les emwirsmment, 
« qne ceox qni vont se réfngier cbea enx y tronvent nn asile invio- 
« labte. • Vêla anssi les place près des amer fifjnfo. 

Poinsinct de Sivry, dans ses annotations snr Pline, croit qne le pays 
des Arimfkéems est la contrée dn Jmerm, jointe à celle de Dteimsu et 
Dopinet comprend dans le territoire des Anm m m érms le royannte de 



J»î lions pensons qve les hommesdonl parle la légende sont des Ht- 



— bl — 

Sur une autre fie placée en face du prétendu golfe 
delà mer Caspienne, on lit : 

« Hac insula habitant Domines | Dans cette lie habitent des hora- 
eqninos pedes habentes. » ; nies qui ont des pieds de chevaux (l). 

A l'orient de l'Asie sont : 

i Cessias insula. • | L'Ile de Cessias (2). 

• Crisa Insula auro habundat. • | L'Ile de Crise abonde en or (3). 

•TWlos insula, cujus arboresan- I ne de Thitoa dont les arbres 
■•■ *..'.•!(*) 

« £ajnpo6insuia,abundat auro. > | Canpos Ile abonde en oi (5). 

JDÉos une partie de la mer Indienne, peinte ai 
rouge, sont Serra insula (peut-être Serica) (6); 
Aurea Insula , l'Ile d'Or (7); puis : « Hisdry. 
Est hereticorum patria (&)• » Dans iu> carré placé 



perboréens, peut-être les Scythes barbares des anciens. Nous n'avons 
pas pu lire en entier cette légende. Il se pourrait que les peuples dont 
le cartographe parle fussent les Heures de Mêla, qui rapporte la fable 
que chez eux tout individu pouvait se métamorphoser en loup, et re- 
prendre ensuite sa première forme (Mêla, liv. II, c. 1). 

(i) Voyez l'indication de la mappemonde d'Hereford, t. Il, p. 404. 

(2) Voyez aux additions. 

(5) Voyez, au sujet de cette lie, t. Il, p. 106. $XX. Solin (LUI) dit : 
«A%4ffc d* l'embouchure de rindus,sonl deux lies, Chryteel Argyre, 
où abondent les mines, a tel point que quelques écrivains prétendent 
que le sol même est de l'or et de l'argent. • 

(4) Cette lie parait être Ormuz. Voyez ce que nous écrivons an su- 
jet de l'Ile de ce nom au § LIX , p. 79, en traitant de l'autre mappe- 
aonde du Polychronicon. 

(5) Voyez aux additions. 

(6) Ibid. 

(7) Répétition de l'Ile de Chryse. 

(8) Voyez aux additions. 



— 58 — 



entre la mer Rouge et le golfe Persique, on lit : 

« Mare Rubrum a colore terra I La mer Ronge, appelée ainsi de 
sic vocatum. » ; la couleur de la terre (1). 

Et à l'extrémité de cette mer sur une lie : 



« Ophls abondât auro. » 



| Ophir abonde en or (S). 



En revenant à l'océan environnant, on voit une 
petite lie, Estalatius, Estalatinos (?) ou Estala insida ; 
en continuant à l'O., on trouve Maliens insula (l'Ile 
de Malichu?) (3), Onife insuie (?) (les lies d'Onifé), 
au S. de l'Afrique, ainsi que les suivantes : Aétmus 
insula (4), Ethiopia insula (File d'Ethiopie), Soli- 
citera ou Samchra insula (l'Ile de Samchra?) (5), 
Subania insula (6) (l'Ile de Subania); Bononica insula 
(YÛe Bononica (7). Après cette lie est placée l'in- 
scription suivante : 



« Hic Ciopnagi bellue marine 
mari magno viventes. » 



Icbtyophages, betes marines vi- 
vant dans la grande but. 



(1) Voyez sur ce sujet notre Mémoire intitulé : « Sur les connaissan- 
ces scientifiques de D. Jean de Castro, auteur de YltinÊrmràm wutris 
Rutori. » 

(2) Sur Ophir voyez la savante dissertation de M. Karl Ritter. 

(3) D'après la position indiquée dans la carte, quoique arbitraire, il 
nous semble que c'est l'Ile de Malichu de Solin (LVII). 

(4) 11 nous semble que c'est l'Ile tfAdanu de Solin, toc. cit. 

(5) Voyez les additions. 

(6) Voyez aux additions. 

(7) Voyez les additions. 



— 59 



Plus à l'O., sont les Gorgones. On lit dans un 



* 



carre: 



« Gorgades (Gorgones) insnU a i L'Ile des Gorgades n'est habitée 
feminis solis incolitur. » I qae par des femmes (i). 

Cette lie est non pas sur la côte occidentale d'A- 
frique, où la plaçaient les commentateurs du Périple 
(THannon, mais un peu plus vers le sud de ce conti- 
nent. Au N. des Gorgones est : Membricena insula 
(lie de Membricena?) (2). Au N. de celle-ci, une 
autre petite lie, Braca insula (tte de Braca) (3); puis, 
en face de l'Atlas, dans un carré, sur l'océan, le 
mot Libia. Entre l'Atlas et le détroit de Gibraltar, 
près de la côte occidentale d'Afrique, sont les Iles • * 

Fortunées, avec la légende suivante : 



« Insube fortunats fecundae ut 
Paradisus habenl arbores DXL pe- 
dom longas. > 



Les lies Fortunées, fécondes 
comme le Paradis, ont des arbres 
longs de cinq cent quarante pieds. 



Au nord sont enfin d'autres lies , nommées lies des 
Chèvres: : ^ , 

« Insnle Cincfnesic dicte a mul- 1 Les lies Caprines ainsi nommées 
titudine capraiim. » I de la multitude des chèvres (4). 



(1) Voyez sur les Gorgones ce que nous ayons dit dans le 1. 1«% p. 42, 
43, 45. iEthicus les place en face du cap Hispéroucéras, et en parle d'a- 
près Xenophon de Lampsaque (Voy. jEthicus, LV1I). 

(2) Voyez aux additions. 

(3) Voyez aux additions. 

(4) C'est la Capraria qu*i£thicus cite comme la quatrième des For- 
tunées (iEthicus, LVII). 



— 60 — 

Eu terminant la description complète de cette 
carte curieuse, il nous reste à dire que nous ne nous 
sommes pas occupé de la rose des vents mêlée aux 
autres indications ; nous avons déjà traité cette ma- 
tière dans une autre partie de notre ouvrage (I ), et, 
de plus, nous aurons l'occasion d'y revenir dan ce 
volume. 

XVI» SBÈGLE. 




Cette mappemonde se trouve aussi dans le ma- 
nuscrit du Pnljilwiinin de Ranulpbus Hydgen, 
dont nous venons de parler. Gough en a fait une 
très courte mention, p. 17 de son Essay on rise ami 
progrès* of ike geograpkg in Grcat-Brilain. Le 
manuscrit porte le n* 14, e. ut, au Musée Britan- 
nique; b carte est de forme ovale, faraaaqui, après 
tant de siècles» représentait encore fopïniou des 
contemporains d'Àristote. 

C est également fOrient qui occupe le haut de la 
carte. Les mers al quelques-uns des fleuves soûl 
peints en vert; mats la tmer lUmgc et le goife Per- 
siqmt sout eu nmge. L'océan environne toute la 

: i v»5«* 1 1-. r- **** 9» 



— 61 — 

terre ; des lies sont placées sur tout son circuit (1). 
Les exemplaires de cette mappemonde appartenant 
aux manuscrits de la Bibliothèque nationale de Paris 
et de la Bibliothèque des. avocats à Edimbourg, ne 
portent point certaines lies qui figurent dans la carte 
dont nous nous occupons ici. Cet exemplaire est 
donc sous ce rapport plus complet. Les différentes 
contrées sont séparées par des traits peints en rouge. 
Le Fluvius Indus (l'Indus), placé vers les limites de 
la carte, indique que le cartographe ne connaissait 
rien au-delà ; et même le vague du mot Jndie (Inde) 
prouve que ce qu'il savait ne dépassait pas la Perse. 
A. l'orient du mot Inde est le Paradis terrestre avec 
les deux figures d'Adam et Eve (2). La Méditerra- 
née, les mers du Levant, Y Adriatique et le Pont- 
Euxin (ou la mer Noire) sont mieux figurés que dans 
d'autres cartes du moyen-âge, dont nous avons parlé 
plus haut. + ..... 

i- 

Ainsi que^Kps presque toutes les cartes du moyen? 
âge, l'^ttVoccupe à peu près la moitié de la surface 
de la carte. V Afrique est figurée non seulement 



(1) Vojez ce que bous avons dit. à ce sujet dans le 1. 1", p. 146. 

(2) L'arbre de la rie est figuré tel que le Qante le décrit : « Dépouillé 
de fleurs et de verdure dans tous ses rameaux, sa hauteur, qui va tou- 
jours eoa'éteyant, aurait été même admirée dans les boia <bJb habitants 
de l'Inde. • (Purgatorio, chant XXII). Voyez a ce sujet ce que nous 
avons dit pv 100 du t. I" de cet ouvrage, et ibid., note 3. 



— 62 — 

comme la plus petite des trois parties de la terre ; 
mais elle est très resserrée du N. au S., comme nous 
le verrons plus bas. 

Après cet exposé général, passons à b description 
spéciale de chaque partie de la terre. 

EUROPE. 

À Tentrée de la Méditerranée, sur une lie de forme 
pyramidale, placée entre Y Europe et Y Afrique, on 
fit : Godes; c'est Cadix. La forme donnée à cette 
lie fait supposer que le dessinateur a voulu conser- 
ver un souvenir des Colonnes cT Hercule. L'Espagne, 
indiquée par le mot BSspania y est séparée à VE. par 
un trait ronge de ses provinces : Âragonia (Aragon), 
Navarria (Navarre), Caialonia (Catalogne). A côté 
de la Gascogne, Vastoma, estÂquitania (l'aquitaine). 
An nord de celle-ci se trouvent Piciavia, le Poitou; 
puis Normania (la Normandie), tracée comme on 
état indépendant, ainsi que Britama (la Bretagne). 

La France est figurée par une grande ligne cir- 
culaire ; au centre de l'espace est un carré surmonté 
d'une espèce de tour crénelée. Au centre du carré 
on lit : Parmi» (Paris). En dehors de la France sont 
indiquées comme états indépendants, ou bien com- 
me provinces séparées, Picardia (la Picardie) à l'O. , 
Burgundia (h Bourgogne) à TE.; auN\, Betgica (la 



— 63 — 

Belgique ) ; Brabancia ( le Brabant ) ; Hollamlia ( la 
Hollande); Uanaldia (le Hainault). Au N. de la Bour- 
gogne, sur les bords du Rhin, le mot Sal (?) désigne 
un pays indépendant. Au milieu de la France est 
Narbona (Narbonne), formant également un pays 
distinct* 

Toutes les contrées que nous venons de nommer 
ont le Rhin au N., le Rhône à l'E., la Méditerranée 
au S. , et l'Océan à l'O. Le Rhin, Rhenus fluvius, est 
joint au Rhône , Rodùnus : ces deux fleuves sont peints 
en vert. Au N. du Rhin, nous trouvons : Frisia (la 
Frise), formant un état séparé de YAlemama (l'Al- 
lemagne); à l'E., Recica (la Rhétie) (1); à l'O., Ste- 
nenia (me) (peut-être Stonia); Bananea (peut-être 
la Bavière); Franconia (la F rançon ie); au N. de celle- 
ci, fFeHfalea (la Westphalie); Saxonia (la Saxe); 
au N. de celle-ci, Jlania (pays des Alains), formant 
un état indépendant. Au N. de cette contrée et près 
du Meolis , on lit un nom estropié qui correspond 
à Scythia inferior de l'exemplaire appartenant à la 
Bibliothèque des avocats d'Edimbourg. Enfin, à l'E. 
tfjlania est Bohemia (la Bohême); et au S. de 
celle-ci, Turinga (la Thuringe). A TE. et du S. des 
contrées que nous venons de nommer, le Danube 



(1) Voyez i. II, p. 1S5 et 184. 



— 64 — 

(Danubins), par une étrange erreur hydrographique» 
sortant de la Rhélie, va tomber dans le Palus 
Meolides. 

Avant de parcourir le pays à TE. du Danube, nous 
trouvons encore au-delà du Rhône, Provincia (la Pro- 
vence) ; les Alpes, représentées par une espèce de 
figure conique, avec le mot estropié Aloei pour Al- 
pes; puis la Péninsule Italienne, figurée de forme 
ronde, entre le golfe de Gênes d'un côté et Y Adria- 
tique de l'autre, et portant deux noms seulement : 
Italia et Campania (1). Rome est représentée par 
un simulacre d'édifee assez semblable à celui de Pa- 
rti, et désignée par le mot Roma. Aucun trait n'in- 
dique les divisions territoriales de la Péninsule. En 
remontant vers la partie supérieure de la Mer Adria- 
tique, on rencontre les noms suivants : Canena ; au 
N.-E. de celui-ci, Bulgaris(h Bulgarie) (2); Hunga- 
lia (sic) (la Hongrie) ; et au S. -E. de cette contrée, 
on arrive à une péninsule de forme irrégulière , la 
Grèce. 

La Grèce, placée entre Y Adriatique et un autre 
golfe ou bras de mer destiné sans doute à repré- 
senter le Sinus Thçrmaïcus (3), ne porte qu'un 



(1) Voyez ia note p. 13. 

(2) Voyez t. II, p. 221 et 522. 

(3) Le Thernutcus sinus correspond actuellement au golfe de Salonique. 






*- 66 — 

seul nom, celui de Greciam. Au nord du Sinus 
Thermaicus est une autre péninsule, sur laquelle 
on lit : Trada (la Thrace) (1). Cette ancienne con- 
trée de l'Europe est bien entre la Mer Egiè et À 
Propontide au S., et le Pont-Euxin à TE. ; mais K 
mont Hemtts, qui lui servait de limite auN. f le mofit 
Rhodope, qui la bornait à l'O.» ne sont point indi- 
qués. Au N. de la Thrace est encore une autre pé- 
ninsule, sur laquelle on lit : Mandas (probablement 
Macedonia). Les contours hydrographiques de cette 
partie de la carte sont fort arbitrairement tracés, et 
3 est difficile de dire si le cartographe a effective- 
ment voulu dessiner ici un golfe ou une presqu'île, 
c'est-à-dire le Melanes Sinus ou h Chersonèse. 
Sur la Grèce, un cercle et le mot estropié Olipo in* 
diqoetit le mont Olympe. Enfin à l'O. de ce 
mont figure une contrée portant le nom d'Jlania (2), 
et placée entre la Hongrie et la Mésïe (Misia) (3) 
Le Pent-Euxin (la mer Noire) prend ici une forme 
plus régulière que dans d'autres cartes du moyen-âge 
que nous venons d'analyser. 

TeUe'est VJurope de cette carte. Nous allons 
maintenant nous occuper de Y Asie. 



(f) Voyex I. Il, p. 184. 

(S) Voyex t. II, p. 906, noie T. 

(3) Voyait. Il, p. 184. 

III 






— M — 



ASIE. 



Nous commencerons la description de cette parti 
de h carte par le Tandis (le Don), fleuve célèbre qui 
ftOBune nous avons eu l'occasion plusieurs fois de 1 
faire remarquer» séparait dans la géographie systi 
matique du moyen-âge, comme chez un grand nom 
bre de géographes anciens, Y Europe de Y Asie. E 
général, les cartographes du moyen-âge 6guraiei 
ce fleuve coulant du N. vers le M. ; ici il sort des Mom 
Riphei (1), placés à TE. du Palus Méolide, mais bie 
dans Y Asie septentrionale ; son cours est parallèl 
à celui d'un autre fleuve qui prend sa source dans 1 
même chaîne de montagnes, et tombe dans le Mé\ 
tide. C'est probablement le Borysthène (aujourd'hi 
le Dnieper). Au sud des momis Riphei est une coi 
trée nommée Massogete (Massagàtes) (2), à TE. è 



(i) Le cartographe du XIV« siècle suivait encore en cela la géograph 
de Pline. Cet auteur dit : « Le TmnmU, fleuve sorti des Mmu Jti'jmfet, 

• LicusipseMoroUsTaMlmamnemexjtfptofr 

• cipiens, novissimum inter Kuropam Asiamqne finem, etc. » ( PUi 
Ht*. 5Tm\, lib. IV, c. tt). 

(i) Voy . u II, p. 333. Cette Dation scvthe est aujoarfani les Kalmoul 
De Brosses donne Fétvmologie, qu'il croit signifler jwnpfct jmmm 
{mm, Méety hmèitmti* ; fttk, jNuanm). Ce même savant en propose ai 
autre, savoir : que les Massagetes étant connus pour avoir été si a 
biles à tirer de l'arc, leur nom de jfcKMjvfft pourra signifier m 
smfittmrim-mm (demeure des archers), de m$ittm (flèche). Lear nom m 
derne de Kalaaouks (c'est-à-dire mtktrt). vient fort à l'appui de cet 



— 67 — 

laquelle se voit le pays des Amazones (Amazonum), 
borné au midi par la Standinania (peut-être Sog- 
diana), et au nord» près de Y Océan boréal, par la 
Gothia (le pays des Goths). A TE. de ces deux pays 
est Albania (l'Albanie), dont le nom, voisin fa>VO~ 
ciqn septentrional, nous prouve que le cartographe 
n'avait aucune idée des pays, au nord de l'Albanie 
et de h mer Caspienne. Ainsi cette contrée, j qui 
était située entre le Caucase, Yliérie, X Arménie, 
la Médie et la Caspienne (1), se trouve Aire la limite 
des connaissances 4$ tfeuteur de la carte en ce qui 
concerne YAsi*aeiptemri<mfile. IJ parait même avoir 
confondu la ville mou^twe à' Albam* Muée plus au 
nord, avec la contrée nommée 1? Albanie, 

A TE. du pays des Amazones, dans un rectangle, 
on lit : Montes p/ure* (plusieurs montagnes). C'est 
peut-être la chaîne du Caucase, qui est désignée par 
cette indication générale (2); et comme le Mans 

* 

conjecture, n'étant qu'on pléonasme composé de l'arabe kalm, et du 
tare (dialecte scyttriquè) ok % tous deux synonymes du latin sagitta 
(fiecbeMDe Brosse», Blém. cit. dans le t. Il des Mémoires de l'Août. de 
Dijon, p*4N[). 

Réttusat (Nouvem* Mélanges asiatiques, 1. 1, p. iSO) parle des Massa- 
#tor, sous le nom de Grands-Youe-chi. 

(\) Dtrbend ou Porte de fer était une des principales villes de l'an- 
cienne Albanie. Aujourd'hui Derbent est une ville forte de la Russie, 
capitale du Daghestan sur la mer Caspienne, «u pied d'une montagne à 
rentrée du défilé du Caucase. 

(8) Voyez U 1", p. 248, où nous avons parlé du système caucasique. 



— 68 — 

Caucasus se retrouve à un autre endroit, il se 
pourrait que ce fussent les monts Hyperboréens. A 
TE. de ces montagnes sont les contrées Hyrca- 
niennes, Hircania, séparées de X Albanie, et se 
prolongeant jusqu'à la Caspienne. Au S» est Hiberia 
(llbérie) (1), qui s'étend jusqu'à la mer Caspienne, 

m 

désignée par les mots Mare Caspium. Le carto- 
graphe adopte, au sujet de cette mer, la théorie qui 
la met en communication avec Y Océan boréal. A 
TO. on lit : Stica superior (Scythia superior), la Scy- 
thie supérieure ; enfin, au N. des monts Hyperbo- 
réens est V Océan y particularité qui confirme ce 
que nous annoncions plus haut, savoir que le car- 
tographe du XIV 9 siècle ne connaissait absolument 
rien des immenses pays situés au N., à TO. et à TE. 
de la mer Caspienne. Un passage de Pline nous dé- 
montre mieux que tous les rapprochements l'igno- 
rance des auteurs des cartes du moyen- âge, et no- 
tamment de celui qui nous occupe. Pline, parlant 
de la Scythie et des nations comprises sous la 
dénomination de Scythes chez les anciens, si- 
gnale l'état des connaissances géographiques de 
son temps à ce sujet. « Cette dénomination, dit-il, 
« a vieilli et ne subsiste plus guère qu'à l'égard de 
« celles de ces nations qui sont les plus reculées 

(1) Voyez 1. 11, p. 115. 



— 69 — 

« et en même temps comme inconnues à toutes les 
« autres (1). » 

À TE. de la Caspienne, une grande contrée qui 
s'étend depuis le mons Caucasus jusqu'à VOcéan 
septentrional, porte le nom de Batria (la Bactria- 
ne) (2). Lesrégions que nous venons de nommer sont 
bornées au S. par le Mons Caucasus et par le Mons 
Taurus, que le cartographe a figuré de la manière la 
plus étrange. 

A TE. du Caucase est la Partia, formant un trian- 
gle, dont la base s'ippuie sur le fleuve Indus 9 
et dont le sommet atteint presque lp Caucase. 
Cette contrée est ainsi arbitrairement' resserrée 
dans des limites beaucoup plus étroites que celles de 
la Parthie (3) des anciens. 

Au S. et à TO. de la Parthie est Assiria 
(l'Assyrie); au S. de cette dernière, Tigris fluvius 
(le Tigre) (4), prenant sa source dans le Caucase et 

(1) Voyex Pline, Hisi. Nat., H?. IV, c. 12. 

(2) Voyez, sur la position de la B*ctrisne y la note p. 23. 

(3) La Ptrthtêy bornée, comme nous l'avons dit, à TE. par la Médie, 
est ici bornée à TE. par Y Indus. Ce pays est aujourd'hui le Khortzw*. 
Il fat la patrie des Parthes, qui, vers l'an 255 avant J.-C. fondèrent un 
puissant empire entre la m*r Caspienne, le golfe Per tique, Y Indus et 
ÏBvpkrate. Cet empire fut remplacé dans l'année 226 après J.-C par 
celui des Perses. Des résidences priÉBlpales des rois parthes nous ne 
rencontrons dans cette carte que Babylone; il n'est mention ni tiBcba- 
{«**, ni de Ctésiphon. 

(4) Voyez t. II, p. 359 360. 



— 70 — 

tombant dans le golfe Persique;k l'£«, Axdia pour 
Media, la Médie, qui forme une contrée séparée 
de la Perse (Persida); au midi, Caramania (la Ca- 
ramanie), sur le bord oriental du golfe Persique; 
en face, là péninsule Arabique, désignée par le mol 
Aralria, et enfin, ; sur 4a pointe roéridiofcale de l'A- 
rabie, on lit : Saba (1). .' 

A rO. du Tigre sont Babihma (la BabyJonie) et 
Caldea (la Chaldée). Dans la Palestine se lisent les 
noms de Madian (le pays des Madtanites); Galoso; 
Effrayrn; Mon* Stnaa (le ment Sinaï), figuré au S. 



d'EphraïoK et «voisinant un rectangle qui traverse 
la Mer Rouge, et porte cette légende : Transitus 
Hebrœorum (le passage des Hébreux). Près du mont 
Sinaï sont : Tedar? Cédar (peut-être Thor); Idurnea 
(Tldumée), formant une contrée indépendante, près 
de la mer Morte (mare Mortuum), dans laquelle 
tombe le Jourdain (Jordanus\ figuré d'une manière 
bizarre (2) et prenant sa source dans le mont Liban 
(Mons Liban). A l'O. de la mer Morte y on lit le mot 
Palestina (la Palestine), et au midi de celle-ci, près de 
la mer Rouge, Fenicoa? puis Phenicia (la Phénicie). 
Jérusalem, à l'O. du Jourdain, est représentée par 
un rectangle un peu plus grand que ceux de Rome 

(1) Voyez la note p. 19. 

{ZJ Voyez sur la mer Morte le savant mémoire de H. Letronne. 



— 71 — 

et de Paris* La ville sainte est placée au centre de 
la terre, selon la théorie des Pères de l'Église et des 
cosnaographes du moyen-âge (1). A TE. du Jourdain 
se voit -encore une contrée sur laquelle o n lit Sa- 
Mea> nom entièrement estropié (peut-être Sabaa ou 

La Syrie* et :1a Phénicie portent les noms sui- 
vants : Ttnw (Tyr); au N., £àfôfi; au N., ^co (2); 
à TE. de Jérusalem, Aria (la Syrie); enfin à.l'O. de 
YEuphrate, et près de l'^tte Mineure, Mesopotamia 
(la Mésopotamie), et ^rmefftfc (F Arménie). De là 
nous entrons dans la Cappadoce (Capadocia) (3). 
A la suite Tiennent Zitt/îa (la Lydie), Àsia Minor 
(Asie Mineure); à TO., sur les bords de la mer, Silicia 
(WCaiçie); Pap/u/ta (Pamphylie); FW^ia (la Phrygie); 
Galaàa ,« «afin Bithinia (la Bithynie) sur les bords 
du Foot&uxin. 

De la description de l'Asie passons à celle de l'A- 
frique. 

AFRIQUE. 

Cette vaste partie du globe est ici non seulement 



(1) Voyez 1. 1, pauim, et dans toutes les représentations précédentes, 
où cette position est invariable. 

(2) Dans l'exemplaire de la Bibliothèque des avocats d'Edimbourg, 
reproduit par Playfair, on lit : Acon. 

(3) Voyez t. II, p. 187. 



'.r 



— 72 — 



beaucoup plus petite que Y Europe, mais extrême- 
ment resserrée du N. au S. Un simple coup d'œ3 
jeté sur cette partie de la carte suffit pour prouver 
au lecteur que le cartographe du XIV* siècle n'avait 
aucune idée de la configuration de ce continent, et 
ne connaissait absolument rien des régions décou- 
vertes dans le siècle suivant par les Portugais, pas 
plus que Ranulpfans flydgen, auteur du texte qui 
accompagne qet te mappemonde, comme nous l'avons 
déjà démontré (i). 

En effet, ici Y Afrique se termine en pointe à l'oc- 
cident, et immédiatement après la Mauritanie, an 
pied de X Atlas, la côteprend la direction de 1T5. pour 
rejoindre la mer Bouge. Au sud de cette côte fictive 
est placé, connue cbex la plupart des cartographes 
du moyen-Age, l'océan qui sert de communication 
entre la mer Indienne et Y océan Atlantique. 
Cette configuration systématique montre aussi que 
Fauteur n'a représenté dans sa carte que la partie de 
l'Afrique qu'il croyait habitable et habitée jusqu'au 
parallèle de Meroé. Les dénominations géographi- 
ques et les divisions territoriales de cette partie sont 
celles-de la géographie ancienne, et notamment de 
la géographie romaine. 



(r Vojei t. !«■*, |». 145 el sût. 



•— 73 — 

Voici les noms qu'on remarque de l'occident à l'o- 
rient, d'abord sur la côte septentrionale, puis à l'oc- 
cident, et enfin sur la côte orientale. 

La première contrée que le cartographe signale 
à l'occident et au nord, c'est Tingitania regio (la 
Mauritanie Tingitane) (1), ensuite vient Mauritama 
(la Mauritanie) (2); puis à l'E. et sur les bords de la 
Méditerranée, Getulia (la Géttfe) (3); Numida (la 
Numidie) (4) ; Syrces Mempttfifrtes Minores) ; à 
PE. Cardago (Carthage), Au wdi de cette région 
est lq Tripolitana regio (la Tripolitaine) (5) ; ensuite 
viennent les grandes Syrtes (Sirtes Majores), ayant 
au S, le pays des Cyelopes, et à l'E. Cyrène, nommée 
ici Libia Cervnet (c'est-à-dire Libye Cyrénaique (6). 
hn delà est Alexandria (Alexandrie), La configura- 
tion hydrographique de toute la oôte septentrionale de 
cette carte, ainsi que celle de la précédente, dénote 
un grand progrès si l'on compare ces deux mappe- 
mondes à celles que nous avons décrites plus haut; 
mais nous reviendrons sur ce point. 

La côte occidentale ne porte pas un seul nom, et, 
de plus, elle s'arrête en deçà môme du parallèle de 

fi) Voyez 1. 11, p. 121. 
flOIbM. 

(3) Ibid., p. 123 et 1. 1, p. 16 et 41. 

(4) Voyez t. Il, p. 191 et 1. 1, p. 65 et 144. 

(5) Voyez p. 35. 

(6J Voyez t. II, p. 401. 



— 74 — 

Y Atlas; à partir de ce point elle est dirigée de l'O. à 
i*B. en ligne érôite, au Ken de se prolonger au S. 
Sur la côte méridionale, pas un nom ; au centre : 
Garamaceo(^ic)(Garamantia^ pays des Garamantes), 
Eihiopia Orientales, et plus loin, OcâdentaUs, ÎTS- 
tlttopie^orientale et occidentale. La côte orientale est 
également dépourvue de noms, ainsi que les côtes 
de la mer Rauge^ÈÊlàSâm de laquelle ne se voit 
qu'on carré hkne<$oipft : mare Rubrum. U nous 
reste à parler du titiftrs du NU. 

Ranulpbus ayant adopté la fameuse théorie des 
quatre fleuves du Paradis (1), le dessinateur de cette 
carte a suivi son auteur; il dirige le NU de 1*E. à 
FO., et trtt* une ligne en «g-zag depuis la mer 
jRouffrjusqu'aupointoùil fait surgir ce grand fleuve, 
dooHe cours est indiqué par une bande verte ; U 
ligne brisée est destinée probablement à rappeler b 
théorie du cours souterrain du fleuve à travers là mer 
Rouge (S). Au milieu de ce tracé on lit : Egyptus 
(l'Egypte), puis, à peu près sur le même parallèle : 
FhmmsNitms (le fleuve NO), et enfin, presqu'an mi- 
lieu du Nil» Mené. Le Nil va tomber dans la Mwfr- 
terranee 9 non pas du côté d'Ale x a nd rie, comme dans 
nos cartes, mais bien entre les grandes Syrie* et la 



lP YojttUlI, p^ 14SCCU 1, 

^ V«f«t f 58 H li ufete ées àmx 



— T5 — 

Cyrénaïgue, par trois embouchures, au lieu deé sept 
indiquées {ttr les Grecs. On lit sur ce point de la 

A ■ 

carte : mare Arenosum (mer de sable). * 

■ r * * 

L'analyse que nous venons dé faire des trois par- 
ties do inonde figurées dans «ette carte toôus prouve 
que ïe cartographe du XTV e siècle, à une époque si 
rapprochée des grandes découvertes, n'àttittiùëune 
connaissance du nord, àe YOïftb&àftutmAièèVtLtàe, 
et qu'il ne fait que reproduite les notions fournies 
par les anciens. À l'orient, ses corinfcf ssantes positives 
s'arrêtent à Y Indus : le mot îndeaupfrèa du Paradis 
terrestre n'est qu'un noria vague. Quant à l'Afrique, 
ses connaissances étaient encore plus bornées. 

Examinons maintenant leti'tles de ce cartographe. 

ILES DE L'OCÉAN ET DEC MEI^S IN^ÉIVIÇURES, 

■ i 

. Dans Ja mer extérieure, ^en sortant du détroit de 

Gibraltar, vers le nord, nous trouvons d'abord, en 

m \ * • » 

face des c6tea.de la Picardie n une grande lie carrée, 
contenant Anglia (1* Angleterre); ffîallia (le pays de 
Galles) ; eiHibernia (l'Irlande), séparées simplement 
par des traits rouges. Au nord de X Angleterre, une 
autre lie de la même forme porte le mot estropié 
Stecia ? (probablement Scotia) (1 ), et à l'O. celui de 

(!) Dans la mappemonde du Polychronicon d'Edimbourg, Y Ecosse fait 
partie de la même lie que ['Angleterre. 



— 76 — 

Mon (l'Ile de Mon) (1). Ces deux tles unies plutôt 
que séparées par un trait rouge» sont en face de la 
Flandre. 

En avançant toujours vers le N., on rencontre 
un autre grand rectangle figurant une lie et portant 
deux noms : Noravega (la Norvège) (2), et à l'O., 
séparée par un trait rouge : Islandia (l'Islande). Le 
cartographe a eu l'étrange idée de place* la Norvège 
et l' Islande en face du Rhin! Au N.-E. est Wure- 
land (sic), peut-être le Vinland (3); auN.-O., de cette 
dernière, la fameuse Thile (A). Dans la mer Boréale, 
vient ensuite une lie de forme carrée, sur laquelle 
on lit : Dada (le Danemarck?) (5). A TE. de celle- 
ci, et en face de la Scythie, est une autre lie plus 



(4) Cette lie n'est point Indiquée dans la mappemonde du Polychro- 
nlcon. Llle de Mon, située dans la mer d'Irlande, est l'ancienne Mo- 
napia ou Uenavia ; elle forma longtemps une souveraineté qui appar- 
tenait au comte de Derby. Dans les auteurs anciens elle est nommée 
aussi Mombia, Monœda et Mon*. (Ces., de Batte CalL, V, 13; Ptotémée). 

(3) Dans la copie delà mappemonde d'Edimbourg, donnée par Piay- 
fair, la Norvège est une lie séparée de Y Islande. 

(3) Dans la mappemonde d'Edimbourg, l'Ile qui représente le Vin- 
land se nomme Wyhlandia; elle est a I'E. de la Norvège et à l'O. de la 
Dada. Nous rappellerons au lecteur que le vinland fût découvert au 
moyen-age par des voyageurs Scandinaves, au N.-E. de Y Atlantique. 
Plusieurs géographes ont longuement discuté pour savoir si la contrée 
fc laquelle on donnait ce nom était le Groenland, le Canada ou Terre' 
Neuve. 

(4) Voyez, sur cette lie, t. 1er, p. 18, 30, 50, 50, 311, 354, et t. Il, 
p. 84-S6, 149, »49 et $50. 

(5) Voyez t. Il, p. 135. 



— 11 — 

grande que toutes celles que nous venons de nommer, 
et sur laquelle on lit : Apolnara insula ? (Apoltina- 
ria (1). Comme nous venons de le voir pour la Nor- 
vège, le cartographe transforme quelquefois en lies 
certaines portions du continent ; il déplace même ces 
contrées, de manière à les rendre tout à fait mécon- 
naissables, de sorte qu'il est impossible de préciser 
quelle est cette Apolnara insula. Il faut donc s'en 
tenir aux conjectures. En comparant cette mappe- 
monde avec la carte de Ptolémée, la position de l'Ile 
en question correspondrait à la Gothia insutù, que la 
géographe grec place dans YOceanus Sarmaticus. 
L'une et l'autre lie est à TE. de la Dacia et en face 
de la Sarmatie* Peut-être aussi le cartographe a-t-il 
voulu signaler YUpland, qu'il a converti en lie. L'fle 
qui vient éftsuite dans V Océan boréal, Citrana m-' 
sula? de forme carrée, est en face de Y Albanie ! En- 
fin, dans la mêmç mer, un cercle placé au N.-E. de 
la Caspienne renferme les mots mal écrits : Scythi- 
cus Oceanus (l'Océan scythique). 

Si de là nous passons à la mer Indienne, nous ne 
trouvons qu'une seule lie placée en face des côtes de 
la Caramanie et du golfe Persique, et portant le nom 
évidemment altéré de Talic insula ? Ce nom informe 



(4) Celle lie ne se trouve pas indiquée dans la mappemonde d'Edim- 
bourg, reproduite par Piayfair. 



— 78 — 

joint à une position géographique tout à fait inexacte, 
rend fort difficile la tâche de signaler l'Ile que le car- 
tographe a voulu représenter. 

Cependant, en cherchant dans cas parages une lie 
cél^hrp qui puisse correspondre à celle-ci, nous trou- 
yçns la Tylus insula de Ptolémée, m$u&4ans l'inté- 
rieur du golfe Persique. Cette lie fqt découverte dans 
l'antiquité par Archias; elle était éloignée de l'Eu- 
phrate d'un jour et d'une nuit de navigation par un 
vent favorable* Pline, en décrivant la côte occiden- 

r ■ 

lpl$ du golfe Persique, parle des lies de Tylos, la 
grande et la petite, célèbres par les perles qu'on y 
pêche (i). De ces indications quelques géographes 
ont conclu que ces lies étaient celles de Bakarem, 
où se fait encore la pêche des perles la plus renom- 
mée de l'orient. D'Anville pense que Tylos, célèbre 
chez les anciens par la pêche des perles, est l'Ile de 
Bahraïn, nom qui signifie, en arabe, deux mers, 
tandis que Tyrus est la fameuse île d'Ormuz (2). En 

(1) Dans les manuscrits de Pline on lit : Tyndis. Voici la descrip- 
tion qu'il donne de cette lie dans le liv. VI, c. 95 :,« En face (de Vile 
de Ccucandre, située dans l'Océan), en franchissant une sorte de détroit, 
on trouve l'île ■de Tandis, où se fait un riche commerce de perles. > La 
position de l'Ile dans la mappemonde que nous analysons s'accorde 
avec cette description de Pline. Du reste la distance signalée par cet 
auteur indiquerait plutôt nie d'Ormut, près du pays des Armozéts, lie 
connue sous les noms ÛArmiuia, Armosus, Hermosa ou Marmot* (voyez 
Baudrand). 

(*) Voyexd'Anville, Recherches sur le golfe Persique, p. 147 et 148. Cf. 
Géograph. mncien., L II, p. 238. 



— 79 — 

effet, l'Ile de notre carte étant au S.-O. de la pointe 
qui correspond à Ormuz, occuperait plutôt rempla- 
cement de cette dernière (1), et Ton peut, admettre 
aussi que le cartographe, en adoptait les éléments 
de la géographie classique, a fort bien pu faire com- 
me les anciens ewHDéqies, qui n'avaient pas tou- 
jours distingué dans le golfe Persiquççes deux lies 
très différentes, et se laissèrent tromper par une si- 
militude de noms, qui a égaré aussi la plupart des 
auteurs modernes (2). 

Si des hommes émineots comme Saumaise, JJo- 
chart et Ifercator ont commis de telles erreurs, nous 
ne devons pas nous étonner qu'au XIV e siècle, c'est- 
à-dire dans un siècle où les lieux terrestres étaient 
encore indiqués presqu'au hasard, un cartographe 

4 

marque avec inexactitude l'île en question- et écrive 
mal le nom grec de cette interne lie. 
Au S. de l'Afrique, mais du côté de l'orient, est 



(1) Voyez Strabon, Ut. XVI, p. 766. 

(S) Voyez Saumaise, Bxerctt. Plinian., p. 720. Cf. Bochart,6fara4*ii, 
lib. I, c 45. Ces deux savants confondent l'Ile de Tyros avec celle de 
Tylos, comme Gosselin l'a fait remarquer. Sur l'origine de ce nom de 
Tylos et Tyrm il faut lire les rapprochements historiques et géographi- 
ques de Gosselin, t. IU, p. 105 et suif. Le docteur Vincent, dans son 
oumge sur le voyage de Néarque, parlant de cette lie, dit p. 36S, que 
la carte de Mercator (tab. VI de l'Asie) offre une lie de Tylos vers l'en- 
trée du golfe* mais transposée à la cèle de Y Arabie. « Cette erreur 
(ajonie-t-il) ne doit pas être imputée à Mercator. Il a assigné la posi- 
tion de ces lies conforme à la longitude et à la latitude dePtolémée. » 



— 80 — 

une autre lie de forme carrée, nommée Malice ou 
Malicum inmUa (?) Il n'est guère possible de trouver 
l'Ile indiquée par un nom si incorrectement écrit ; 
cependant la proximité relative de la mer Rouge 
nous (ait supposer que le cartographe a voulu peut- 
être signaler ici l'Ile Malikos (1) du Périple de la 
mer Rouge, tie que Pline nomme Malchus. A l'ouest 
de celle-ci, et au sud de Y Afrique, sur l'océan, on lit 
dans un cartouche : Oceanus Egypti. En suivant les 
côtes de cet océan méridional, vers l'ouest, on re- 
marque une lie placée en fece de Y Ethiopie occiden- 
tale, et portant le nom de Canigna (sic) msmla ( lie 
des Chiens) (2). 

Enfin, en face de la Mauritanie sont Fortunatœ 
insuke (les lies Fortunées), c'est-à-dire les Cana- 
ries. Toutes les lies que nom tenons de parcourir 
sont placées autour de la mappemonde, sur l'océan 
environnant; nous n'avons point encore parlé de 
celles que le cartographe indique dans la Méditerra- 
née et dans les mers intérieures. 



(1) Voyez PtcJémée, MoXixou vf^. 

(S) Mebuhr croit que cette lie est celle de Sûkm-. Cette dénamiiuh 
Uon peut se rapporter, en raison de la position géographique, au pays, 
des Cmmriêm de Pline, au sud de HUIas (1W. V, c. S). « Ce nom Tient, 
dit-il, du mot Cmnis, chien, parce que les habitants se nourrissent de 
cet animal et des entrailles des bêtes sauvages. > Le même auteur, en 
parlant de 111e Cmuorie (IW. VI, c 35), dit encore : • Elle se nomme 
Cmmrim, à cause de ses grands chiens. • 



— 81 — 

En eutrant, près de l'île de Cadix, dont dous avons 
déjà parlé, nous rencontrons au S. de V Aragon, une 
tle de forme carrée, portant le nom estropié de Ba- 
leators (Baléares) ; puis Sordmia (la Sardaigne) en 
face de la Campante; à TE. de celle-ci, Sicilia ( la 
Sicile) et la Corse (Corsica) ; à TE. de la première, 
Ciprim (Chypre), et à TE. de- la seconde, Rodes 
(Rhodes). Presqu'en face de l'Adriatique est Creta 
(Crète); puis, sur la mer Noire, Coicos, figuré corn* 
me une grande lie (1); et enfin, dans l'intérieur de 
cette mer, Pathamos (Pathmos) (2). 

Terminant ici la description de cette mappemonde, 
nous ajouterons que les contours de la Méditerranée, 
les golfes et les côtes du Levant, de l'Asie Mineure 
et du Pont-Euxin iMfitrent déjà, comme nous Ta- 
vons fait observer, tMr certain progrès : l'hydrogra- 
phie de cette carte commence à être conçue avec plus 
d'intelligence. L'auteur parait avoir eu une connais- 
sance plus exacte des côtes de l'Afrique septentrio- 
nale, de la Syrie, de l'Asie Mineure et de 1&. mer 
Noire que de celles de l'Espagne méridionale et orien- 
tale. Le tracé des contours de ces premières con- 
trées, quoique fort défectueux, est cependant meil- 
leur. 

(«) Voyez l. Il, p. 908. Rapproches de p. 113, t. II. 
(2) Rapprochez de p. 419 du l. II. 

111 * 6 



,• 



— SI — 

SLX 

XIV SIÈCLE. 

Ma ppemo nd e n nf * née ému tdf *m*rr it du Po^chronicon de mmnuipkut 

Hydgen dm Musée Britannique. 

Dans le manuscrit 1 4, c. XII de l'ancienne Biblio- 
thèque royale, faisant maintenant partie de la col- 
lection du Mutée Britannique, se trouve une troi- 
sième mapt>emonde que nous avons également pu- 
bliée dans notre Atlas, et dont nous allons donner 
ici la description et l'analyse. 

Le manuscrit qui renferme ce monument a été 
écrit, dit l'auteur du Catalogue du Muêée Britanni- 
que, vers k seconde moitié du XIV e siècle. Il est sur 
peau de vélin, et a précédemment appartenu aa mo- 
nastère de Saint-Thomas d'Àwn. La mappemonde 
est placée au fol. 9-B ; cette carte du monde habita- 
ble est renfermée dans une figure de la forme qu'on 
appelle Vesica piscis (1). 

Nous ajouterons à ce qui précède quelques détails. 
Cette mappemonde est de forme ovoïde. Elle tient 
du système d'Hérodote qui représente la terre plate 

(1) Vojex Casley's Catalogue of the rouai Libraru, p. 233. Cf. Catalogue 
of the manuêcript maps y carts and plant in the British Muséum, t. I*, p. 
45. Le titre du manuscrit est celui-ci : Ranulphi Hgdgen Cestr. Polg- 
chronicotty 7 librit ; cum indice alphabetico et chaeta •■<>•* apbica 

OMIS TIREAEUM. 



— 83 — 

et ovale, et de celui de Thaïes, qui, d'après le té- 
moignage d'Aristote, dans le Traité du ciel et dans 
les Métaphysiques , se représentait la terre comme 
une île de forme ovoïde, nageant sur le fluide aqueux, 
ainsi qu'un immense vaisseau (1). Elle se rapproche, 
jusqu'à un certain point, du système de Possidonius; 
ce cosmographe, d'après les observations qu'il avait 
faites, crut pouvoir rectifier le système d'Eratosthè* 
nes. Il renferma la monde habitable dans une ellipse 
très étroite et terminée en pointe aux deux extrémi- 
tés, comme nous le voyons dans cette mappemonde. 
Possidonius comparait du reste le monde, pour la 
forme, à une fronde. 

Les quatre points cardinaux sont disposés ainsi : 
l'orient (Otiens) en haut de la carte, le nord (Bo- 
reas) à gauche, le jmd (Auster) à droite, et l'ouest ou 
l'occident (Occideiis)zu bas. L'Océan entoure la terre. 
Dressée d'une manière plus barbare que celle des 
autres manuscrits du Polychronicon, cette carte ne 
sépare point les trois parties du monde ; les mers 
intérieures n'y sont pas figurées, ou du moins la mer 
Bouge et le golfe Persique sont seuls grossièrement 
iudiqués. De même les fleuves sont à peine désignés 
par leurs noms. Enfin, on ne remarque qu'une seule 

(1) VoyeiAriftt.,4#C«fe,lt,13,p.4ff7, B. G. Jfcfdpftf*, 1,3, p. 841 
D, E. 



— 84 — 

montagne : c'est l'Atlas ; et la carte contient en tout 
145 noms. Nous allons examiner ceux qu'on remar- 
que sur chacune des trois parties du monde alors 
connues. 

EUROPE. 

A l'entrée du détroit de Gibraltar 9 le cartographe 
signale les Colonnes d'Herculœ par les mots Columne 
Herculis (1), et à TE. il place Godes (Cadix). Sur 
l'Espagne on lit simplement : Hispania. Sur la 
France : Francia (la France), Navarria (la Navar- 
re) , Britannia (la Bretagne), Normania (la Norman- 
die), Angavia (l'Anjou); à l'E., Narbonia (la Nar- 
bonaise). Burgundia (la Bourgogne); au delà de cette 
contrée, Rodanus (le Rhône), fleuve qui n'est pas 
figuré; à l'E/lle celui-ci, Provincia (la Provence): 
à TE., Campania (laCampanie) (2), près des Alpes; 
au delà de cette chaîne de montagnes : Histria (l'Is- 



(1) Quoique nous ayons souvent ptrlé de ce mythe géographique, 
p. 16, 17, 100, 216, 217, 215, 327, 425 du 1. 1", et dans le t. II, p. XLI, 
32, 51, 73, 78, 158, 178, 191, 272, 296, 380 et 392, nous croyons utile 
de signaler au lecteur les études qui ont été faites à ce sujet. 

Selon Diodore de Sicile, l'Hercule égyptien dressa une colonne dans 
1* Afrique; l'Hercule de Crète éleva une autre colonne en Europe, après 
avoir parcouru toute la terre et réussi dans toutes ses entreprises. 
Mais l'abbé Banier pense que l'Hercule fondateur des colonnes est l'Her- 
cule phénicien ou égyptien, qui vécut longtemps avant le héros grec 

Avienus, Orœ Maritiwur, liv. !*, v* 418 et suiv., dit qu'en face de la 
colonne africaine s'élève une autre colonne sur la terre d'Jtartpe. 

(2) Voyes t. Il, p. 308. 



— 85 — 

Me) (1), Itatia (l'Italie) et Rama, mot qui se trouve 
renfermé dans un cartouche, de même que Jérusa- 
lem ; ce sont les deux seules villes de la carte qui 
aient ce privilège, bien certainement à cause de l'i- 
dée religieuse qui s'y rattache. En suivant les parages 
de la Méditerranée, nous arrivons à la Grèce, dans 
laquelle on lit trois noms : Grecia ; au midi Acon (2), 
et à l'0. f Olympus (le mont Olympe). Au N. est 
Trada (là Thrace) (3), et au N. de cette contrée 
sont les Wandali) pays des Wendes ou Wandales (4), 
près de la Mer Noire. Revenons à l'occident, pour 
suivre les bords de l'Océan et de la mer du Nord/et 
passer à l'Europe centrale. 

Au N.-E. de la Normandie ou lit : Belgica (la Bel- 
gique), Flandria (la Flandre), Picardia y Brabancia 
(le Brabant), Hollandia (la Hollande) ; au N. de cette 
contrée : Renus fluvius (le Rhin); à l'E.-S.-E. de 
la Hollande : Hunaldia (le Hainaut) (5) et Salvia ; 
au N.-E. du Rhin , et près de la mer du Nord : 
Frisia (la Frise), Suevia, Bavaria (la Bavière); 
fVestfalia (la Westphalie); à*l'E. de celle-ci : 
Saxonia (la Saxe) ; puis au N., sous le vent Boreas y 



(1) Voyei t. Il, p. 221 et 311. 

(2) Voyez t. II, p. 373. 

(3) Voyez t 11, p. 184. 

(4) Voyez t. Il, p. 185. 

(5) Voyez p. 9, noie 1. 



— M — 

Alania (1) (pays des Alaias), et à l'E. de cette con- 
tqâe, Schilia inferior (la Scytbie inférieure). 

Au centre de l'Europe sont : Lotharingie, (ht Lor- 
raine)» Franconia (la Franconie) (2) 9 Danubius 
fluvius (le Danube). Quoique le cartographe ne figure 
pas le fleuve, le nom dirigé de l'O. à TE. indique 
probablement que telle est la direction de son cours ; 
de même que le mot Rodanus indiquerait la direc- 
tion du Rhône du N.-E. au S., et le mot Remis, 
celle du Rhin de 1U-N.-0, au S.-E. On Kt ensuite 
au N. : Turingia (la Thuriage) (3), et au 8. du Da- 
nube : Panonia (la Pannooie (i) ; à l'E. : Bulgare* 
(la Bulgarie) (5), Hungarià (la Hongrie); à TE. de 
cette contrée : Sclavia (le payé des Escltnrons, 
Slaves) (•); au N. de cette contrée : Boetnia (la 
Bohême), Misia (pour Mœsia). Entre la Lorraine 
et la* Campanie est encore le mot Recssica (la 
Rhétie) (7). 

Pour compléter la description de l'Europe, nous 
signalerons les lies indiquées dans les mers de 
cette partie du globe. Dans la Méditerranée, non 

(1) Voyez ci-dessus, p. 10. 

(2) Voyez p. 11, note 1. 

(3) Ibid. 

(4) Voyez t. II, p. 184. 

(5) Voyez t. II, p. 221. 

(6) Voyez t. Il, p. 185. 

(7) Voyez t. Il, p. 135 el 184. 



— 87 — 

loin de l'Ile de Cadix, dont nous avons parlé plus 
haut, sont le* Baléares, que le cartographe place au 
S. de la Campante 9 , à l'E., Cornea, Sardinia (la 
Sardaigne), Sarina, met évidemment altéré, puis à 
l'E. de celle-ci : Sicilia (la Sicile), puis Creta (la 
Crète), Rodus (Rhodes), Ciprus (Chypre) (1). Dans 
YJtiatUique, en face de la Navarre, sont trois lies 
rectangulaire», dirigées du N.-E. au S.-O. : Ânglia 
(l'Angleterre), W allia (le pays de Galles) et M- 
bernia (l'Irlande) ; au N. est Scocia (l'Ecosse), for- 
mant une lie séparée de V Angleterre ; à l'O. de YÉ- 
co$$e : Mon (l'Ile de Man) ; au N. de l'Ecosse , en 
faee de la Fletodre : Nortwegia (la Norvège). À l'O. 
de ht Norvège se voit un carré, au dedans duquel on 
Ut : Oreades (les îles Orcàdes). Au N. est hlandia 
(l'Islande), et à l'E.-N.E. de celle-ci, Wmilandià 
(le Jutland) (2), placé presqu'en face du Rhin. Au N. 
est la fameuse Tile (Thulé des anciens) (3), et à TE. 
de celle-ci, une lie qui porte le nom de Dacia (le Da- 
uemarck?). 

ASIE. 

Nous commencerons la description de l'Asie par 
le N.-O. de cette partie delà terre, c'est-à-dire par le 



> 



(1) Voyez p. 47. 

(2) Voyez ci-dessus, p. 88. 

(3) Voyez ci-dessus, p. 53. 



— 88 — 

pays situé entre le Pont-Euxin (mer Noire) et le Ta- 
naïs (le Don), limite commune de YEurope et de 
YAsie y dans la géographie systématique. Au N. on 
lit : Meotides Paludes (les Palus Méotides); sur la 
Mer Noire : Colcos (1), et à l'E., Pathamos (Path- 
mos), Ue célèbre dans l'histoire de l'Eglise (2). Au 
N. de cette mer, le nom de Fluvms Thanays (le Don), 
écrit dans la direction du N.-E. au S.-O. indique que 
tel est le cours de ce fleure. 

Dans Y Asie Mineure on lit : Asia Minor, Troja 
(Troie), Bithinia (la Bithynie) (3) , sur les bords de 
la Mer Noire ; au midi de celle-ci : Galisia (la Ga- 
la tie) (4), Frigia (la Phrygie) (5). Ces trois der- 
niers noms sont dirigés de TE. à IX). ; dans la même 
direction, en partant de Troie, on lit : Pamphiiia (la 
Pamphylie) (6), Cilicia (la Glicie) (7), Capadocia (la 
Cappadoce) (8), Armenia (l'Arménie), et au N., 
Lidia (la Lydie). 

Dans la Terre-Sainte nous remarquons d'abord 
Jherusalem (Jérusalem), ayant au midi Jndea (9), à 

(t) Voyez L H, p. flfl3 et «9. 

0| Voyez u II, p. 971. 

(5) Voyez t. Il, p. 113 et «70. 

(4) Voyez t. II, p. 18*. 

(5) Voyez t. II, p. t». 

(6) Voyez t. n, p. 186. 

(7) Voyez t. II. p. 187. 

(8) Voyei t. Il, p. 187. * * 

(9) Voyez t. H, p. ISS. 



— 89 — 

l'E., Galilea (ia Galilée) (1). A l'E. de celle-ci le car- 
tographe place le Fluvius Jordanus (le Jourdain) et 
Mare Mortuum (la mer Morte) . Ces noms sont écrits 
du N. au S. dans la direction hydrographique de ce 
fleuve et de cette mer. A TE. du Jourdain est Mons 
Libani (le mont Liban) (2), au S.-E. duquel on lit le 
mot Fenicea (la Phénicie) (3). Au N. sont : Idumea 
(lldumée) (4), Amon(5), Galamd (6), Sedar, 
Madian (le pays des Madianiter). Au S. : Ara- 
bia (l'Arabie), puis, près de la mer Rouge : Mens 
Sma (le mont Sinaï), et à l'extrémité de l'Arabie, 
la région de Saba (7). La péninsule de l'Arabie est 
la seule que IMflssinateur ait contournée. 

Sur le golfe Persique on ne lit pas un seul nom, 
mais sur la mer Bouge sont les mots Mare Rubrum. 
La côte de la Phénicie porte deux noms : Tyrus (Tyr) 
et Sydon (8). Dans la partie méridionale de l'Asie, 
le nom Carmenia (Caramanie) (9) est placé trop 
à PE. du golfe Persique. Au N. de Y Arménie est la 



(1) Voyez t. II, p, 187. 
(S) Voyex t. II, p. 365. 
(*) Voyei t. II, p. 186. 

(4) Voyez t. II, p. 190. 

(5) Voyez p. 18, et t. Il, p. 366. 

(6) Voyez t. II. p. 365. 

(7) Voyez ci-dessus, p. 19. 

(8) Voyez p. 18, et t. I|fj^90. 

(9) Voyez p. SI. 






— 90 — 

Mesopotamia (la Mésopotamie); à TE. de celle-ci : 
Siria (la Syrie) et Eufrates, ayant à TE. Babilo- 
nia (la Babylonie) et C aide a (1). Ensuite vient Tigris 
fluvius. Les deux fleuves sont inscrits du N. au S., 
ce qui est conforme à la direction de leur cours. Au 
delà sont placées, en allant vers TE. , Persida (2) , 
Jssyria, Parthia (le pays des Parthes), et Media (le 
pays des Mèdet). Au delà de ces deux pays est Indus 
fluvius (l'Indba)* , à TE. duquel se trouve Y Inde y 
désignée par le mot générique India. Là se ter- 
minent les connaissances de l'auteur de la carte sur 
l'Asie orientale. Au delà de l'Inde, et séparé par 
une ligne demi-circulaire, se lit le JBtotParadisus (le 
Paradis) (3). 
En remontant au N. de Y Indus et de VJssyrie, 

nous trouvons Mans Caucasus fie mont Caucase) ; 

* 

d'après la manière dont le nom est écrit, le carto- 
graphe donne à cette chaîne de montagnes la direc- 
tion de l'O» Al'O. aussi, et dirigé dans le même sens, 
est le Mons Taurus (4). Le nord du Caucase est oc- 
cupé par la Bactriane (Bactria), au delà de laquelle 
on ne voit que Y océan Scythique. Au N. du Taurus 



(1) Voyez sur cette contrée la note 2 de la pag. 189, t. II. 

(2) Voyez t. I", p. 182 etpassim; i. Il, p. 189. 

(3) Voyez t. II, dans l'introduction, et p. |4& 

(4) Rapprochez du 1. 1" de cet ouvrage, p. 249, 251. 



— 91 — 

est Hiberia (l'Ifcérie), et tu N. de celle-ci, Hircania 
(les région* hyrcartienues ou caspiennes). 

La mer Caspienne est simplement indiquée par 
les mots Mare Caspium; ces roots, placés près 
de l'Océan, nous donnent à supposer que le carto- 
graphe suivait la doctrine systématique qui faisait de 
cette mer un golfe de la mer Boréale ou de l'Océan 
Scythique(l). A l'O.-N.-O. de la Caspienne est Schi- 
tia superior (la Scytbte supérieur)* là aussi sont 
àtatUes Uyperborei (les monts Hyperboréens, aux- 
quels le cartographe paraît donner la direction' du 
N. au S. (%). A l'E.-N.-O., et près de l'Océan, 
est Albania (l'Albanie) (3); au S.*0. sont. Gothia 
(pays dœ Goths) (4), Montes Riphei (les monts Ri» 



(1) Ao delà de la Caspienne» Banulphns planètes an&ropopfcefes et 
les bêtes féroces. Là aussi on rencontre ene» immanes pennas lucentes 
4* nette. A l'orient de la Caspienne le pays est habité, selon lui, par des 
lia**. Rapproches cette particularité de la légende qu'on Ht dans II 
mappemonde de la Cottonienne, dn X« siècle, décrite an $ XII, t. II, 
p. SSettÉ. 

(3) Banalpbus, dans son Polyehronicoa, place les Cynocéphale* dans 
les régions byperboréennes. Il y place aussi les Griffons, qui habitent 
près de ces monts. (Griphos immtmêt) et gardent l'or et les pierres pré- 
cieuses. 

(5) Voyez t. II, p. 114. 

(4) Gothia. Il nous semble que le carUf rapbû a voulu reproduire ici 
l'opinion de Ranttlphwt, auteur du Polycbronicon, et qn'au Ken d'em- 
ployer le mot Gog, il a écrit Gothia, pour représenter les idées produi- 
tes par Ranulphtu. Cet auteur dit en effet que 1e pays defio? est sé- 
paré des autres par un rempart; il le nomme Gogivntb, et il ajoute 
que cette contrée est très peuplée {gens copiom), que ces peuples des- 



— 92 — 

pbées) (I); le pays habité par les Amazones (Ama- 
zonia) (2) ; à l'O., près da Pont-Euxm, Massage tum 
(le pays des Massagètes) (3) et Scandinia y pays dans 
lequel nous avons cru ailleurs reconnaître la Sog- 
diane. 

Telle est l'Asie de cette carte. Nous allons passer 
à l'Afrique. 

AFRIQUE. 

En commençant par les bords de l'Océan Atlanti- 
que, nous remarquons Y Atlas, grande montagne, 
au dessus de laquelle on Kt : Mons Athlas (4); puis 
nous entrons dans Tingitana regio (le pays de 
Tingis) (5), et, en allant vers TE., nous trouvons 
Mauritania (la Mauritanie), Getulia (la Gétulie), 
Numidia (la Numidie), Sirtes Minores (les petites 
Syrtes), Cariago (Carthage), Sirtes Majores 
(les grandes Syrtes), Libia Cirenensis (la Libye 
Grénaïque) (6), Alexandria (Alexandrie), et enfin, 
au S.-E. de cette ville, Egiptus (l'Egypte). Au 
S. de ce nom est placée Meroe ; près de Y Océan 

ceodent de Go$ f fils de Jipbet, et que, dans so» opnkm, ce sont les 
GHhm (les Gotha). 

(I) Voyex u II, p. XUX et 114. 
(*) Voyex p. 29. 

(3) Voyex 1. Il, p. 531, 333. 

(4) Voyex t. Il, p. 307 et pmmm. 

(5) Voyez t. Il, p. Itt , ftt. 
(€) Voyex t. Il, p. 4M • 



— 93 — 

méridional, le N\\(I\ilus Fluvius). Ces derniers mots 
étant écrits de TE. à l'O., et près de la mer Rouge, 
nous donnent à penser que le cartographe a suivi la 
théorie systématique du cours souterrain de ce fleu- 
ve, en le faisant venir de l'E., traverser la mer 
Rouge et reparaître en Egypte à la surface du sol , 
pour couler ensuite vers l'O. (1). 

Au S, des petites Syrtes est la TripoHtana re- 
gio (2). et à TE. de cette contrée Ton remarque Tro- 
goditœ (le pays des Troglodytes) (3), et Ciclopes (4j. 
Au S de la Gétulie et de la Mauritanie sont les 
Garamantes (5). Au delà de ces peuples, c'est- 
à-dire au midi de la région qu'ils habitent, le car- 
tographe ne connaît absolument rien. Les mots 
Ethiopia occidentalis (Ethiopie occidentale) se 
trouvent placés à l'extrémité méridionale de la 
carte. Ainsi l'Afrique de cette mappemonde du XIV e 
siècle est l'Afrique des anciens. On n'y remarque 
pas le moindre progrès. Ce vaste continent est 
tout entier placé bien en deçà de la ligne équinoxiale ; 
à l'occident il est terminé par V Atlas, au S. duquel 
la côte prend imtaédiatement la direction de l'E. jus- 
Ci) Voyez p. 90 et 59. 

(2) Voyez p. 35, note 2. 

(3) Voyez p. 42. 

(4) Voyez p. 27. 

(5) Voyez t. II, p. 32,401. 



— 94 — 

qu'à la mer Bauge ; de aorte que la côte occidentale 
de l'Afrique D'atteint même pas le Tropique du Can- 
cer. Près des côtes de l'Afrique ou ne remarque que 
les Iles Fortunées. Ces lies sont placées en face de 
Y Atlas; et représentées par un rectangle dirigé dans 
sa longueur du N. au S.*0., avec la légende : /n- 
suie Fortunate (lies Fortunées). 

$LXI. 

XIV SIÈCLE. 

Mappemonde renfermée dans un manuscrit de la Bibliothèque royale 

de Stuttgard. 

Nous allons décrire maintenant un autre mouu- 
ment de la géographie de cette époque, différent de 
ceux dont nous venons de donner la description. 
C'est une mappemonde annexée à Y Imago Mundi 
d'Honoré d'Autun(l), que renferme un manuscrit 

(1) Voyez sur ce cosmographe et sur les mappemondes qu'on ren- 
contre dans les manuscrits de Y imago Mundi le t. I» de cet ouvrage, 
p. 57, 68, 71, 77, 100, 116 et 220. 

Gough dit que le docteur Stanley appelle un exemplaire de Y Image 
du Monde, composé par Henri de Mayenee, qui se trouve au Benêt Col- 
lège : « Geographia antiqua, » et il ajoute que le manuscrit a été dédié à 
l'impératrice Mahaud, fille de Henri I". Cet ouvrage est divisé en deux 
volumes ; le premier traitant de la géographie et de l'histoire naturelle, 
l'autre de la chronologie. Tous les deux furent publiés avec des addi- 
tions à Spire, en 1585, sous ce titre : Synopsis Mundi site de Imagine 
(voyez Cave, Hist. litt. % article Anselme et Honorius). 

Rapprochez des descriptions que nous avons données dans le t.. Il, 
p. 237, 239, 241 et 242. 



. _ 95 — 

de la Bibliothèque de Stuttgard, théol. fol. n° 100. 

Suivant l'opinion de M. le docteur PfeifFer, biblio- 
thécaire de Stuttgard» à qui nous devons les calques 
de cette mappemonde et d'un autre monument ren- 
fermé dans le même volume, ce manuscrit a été co- 
pié sur un exemplaire plus ancien. Cette opinion est 
fondée sur une observation de détail : c'est que la 
série des empereurs d'Allemagne se termine à Con- 
rad III, tandis que dans d'autres manuscrits du XIII e 
et du XIV e siècle, conservés dans la même biblio- 
thèque, elle se prolonge beaucoup au delà (1). D'a- 
près cela, nous avons cru devoir le classer parmi les 
monuments géographiques du XIV 9 siècle. 

L'orientation de cette mappemonde est entière- 
ment différente de l'orientation des cartes que nous 
venons de décrire. Le midi est en haut, le nord au 
bas, l'orient à gauche et l'occident à droite. Dans le 
coin de gauche, en haut, on lit : Globus terre (globe 
de la terre). Les quatre points cardinaux sont signa- 
lés par leurs notns. Deux lignes circulaires figurent 
Tune le disque de la terre, l'autre l'horizon ; dans 
l'intervalle est l'Océan environnant. Une ligne traeée 



(1) Lettre de M. le docteur Pfeiffer du 2 juillet 1849. Nous nous em- 
pressons de témoigner ici à ce savant toute notre gratitude de l'envoi 
qu'il nous a fait, ainsi que des calques et des renseignements sur ce 
sujet par lesquels il est venu en aide à nos travaux . 






r" . 






— 96 — 

' du N. au S. passe par le centre du cercle et sépare 
l'Asie de l'Europe et de l'Afrique ; une autre, dirigée 
de l'occident à l'orient jusqu'au centre, où elle coupe 
la première, figure la Méditerranée et sépare V Eu- 
rope de Y Afrique. L'Asie occupe à elle seule la moi* 
tié de la carte comme dans toutes les mappemondes 
de cette catégorie. Sûr les trois parties de la terre 
alors connues on lit les noms d'Europa, Asia, 
Africa. Jérusalem, au centre du monde, est inscrit 
en grosses lettres. 

Nous avons exposé déjà qu'Honoré d'Autun avait 
adopté la théorie des quatre fleuves du Paradis ter- 
restre (1). C'est d'après cette théorie que le dessina- 
teur a exécuté son travail. Ainsi il place à l'extré- 
mité orientale de la carte les mots : Niln$(\e Nil), 
Tïgris (le Tigre), Phison (le Phison) et Euphrales 
(l*Euphrate). Le cours de ces fleuves est indiqué 
par des lignes. Le Nil est dirigé de l'E. à l'O.-S.O. 
et s'arrête en Egypte (Egyptus). Le Tigre, dirigé 
de TE. à l'O., se termine au M on s Libani (mont Li- 
ban). Le Phison est une ligne entièrement droite di- 
rigée de l'E. à l'O., et accompagnée de la légende 
suivante : 



« Phison bic mit in Indiam el 
trahit arcnas aureas. » 



Le Phison coule ici dans l'Inde, 
et charrie des sables d'or. 



(1) Rapprochez de ce que nous avons dil a ce sujet, t. Il, p. 144. 



y. 



— 97 — 

L'Euphrate est une ligne courbe partant égale- 
ment del'E., et ouvrant vers le N. Auprès de ce 
fleuve on lit : 

« Euphntes hic vidit per Cal- I L'Euphrate coule ici a travers 
deam. > I la Chaldée. 

Nous commencerons la description de cette carte 
par l'Europe» d'après le plan que nous suivons dans 
cet ouvrage. Sur cette partie de la terre on lit seu- 
lement les mots suivants : Alemania (l'Allemagne), 
Atheiris (Athènes), et, par une bizarrerie singulière, 
à HE. d'Athènes : Roma (Rome), ensuite Macedonia, 
Ephesus (Ephèse), Chorinthus (Corinthe), Licia (la 
Lycie). La mer Adriatique est jointe à la Méditer- 
ranée et représentée par un tracé rectangulaire en 
dedans duquel on lit : 

• Mare Mediterraneum in quo I La mer Méditerranée, dans la- 
kabitant Pbilistei. > | quelle habitent les Philistins. 

A l'extrémité N. de cette mer est le mot Venecie 
(la Vénétie). 

ASIE. 

Sur l'Asie on lit : Siria (la Syrie), Galilea, Mor- 
tuum (la mer Morte), Galilea, S tmaria, Chara, Me- 
sopotamia. Le golfe Arabique est figuré par un cer- 
cle renfermant les mots : Mare Rubrum, et non loin 
de là se voit : Mans Syna (le mont Sinaï). Les con- 
trées les plus orientales de la carte sont : Assiria 
m J 



: '■ /*• 



>--# 



m 



— 98 — 

(l'Assyrie), Parihica (la Parthie), Helambusa ou 
vusa? Persida (la Perse). Vers le N. on lit : Asia 
minor (Asie Mineure), Bithynia, Galacia, Ponlus, 
Armenia, puis au midi de YEuphrate, Babel Turris 
(la Tour de Babel), Babilon (Babylone), Caldea. Au 
N. de ces régions est Hyrcania (l'Hyrcanie;, et à TE. 
de cette dernière cette légende : 

■ Hic rectasi est (suât) Gogl Ici est renfermé Gog. Monts Ri- 
moates Riflëii. » | 



AFRIQUE. 

Sur cette régiou on ne lit que les mots A fric a y 
Cartago (Carthage) et Alexandrin. Mais, par une 
bizarrerie inconcevable, Patras et Achaia. qui de- 
vaient être placés dans la Grèce, se trouvent inscrits 
entre Carthage et la mer Rouge. 

Nous terminerons en mentionnant les légendes 
placées aux deux pôles. Au pôle N. on lit : 



« Hic sab polo artico terra est 
iababitabilis propter aiarfaai fri- 
foribos. • 

Sur le pôle austral : 

• Hic sab polo aaurtioo terra 
est îakaaltabttis propter aiatfaai 



Ici, soas le pôle aretfcfae, est aae 
terre iaaabiuble à caase du froid 



Ici, 9oas le pôle aatarctiqae, est 
terre iafeabitable à eaase de la 



Telle est cette carte qui nous révèle létal d'igno- 
rance de fauteur qui Ta dressée. 



-«fc 



— 99 — 

S LXH 

XIV* SIÈCLE. 

Sfitim cmemùgrephique renfermé dems le manuscrit de Hinago Mundf 
eYAutun, conservé à lu Bibliothèque royale de SMtgard. 



Cette figure, renfermée dans le même manuscrit 
que la précédente, représente l'univers, et porte le 
titre de Globus Mundi; l'orientation est la même. 
Au centre du cercle, la terre n'est figurée que par un 
cercle représentant son disque. Les trois continents 
connus alors sont divisés de la même manière que 
dans les mappemondes réduites dont la description 
a été faite plus haut (1), et ils ne portent que les 
dénominations générales : Asia, Africa et Europa. 

AuN., sur le disque même de la terre, est inscrit 
le mot terra, et au dessus on lit dans Tordre suivant : 
aqua (l'eau), aer (l'air), ignis(\e feu), Luna (la lune), 
Mercurius, Venus, Sol, Mars, Jupiter, Saturnus, 
Firmamentum, Celum stetlatum, Celum cristalli- 
num primum mobile, et enfin Celum Empireum. 

Cette figure, bien que représentant la pluralité des 
cieux, diffère cependant des autres monuments de 
ce genre (2). 

(1) Comparez avec celles que nous avons décrites aux J| XXVI 
et XXXII. 

(«) Compares avec ceux du $ V, p. 40, et du § XXIII, p. 163, t. II. 



— 100 — 

S LXIII 

XIV* SIÈCLE. 

Pimmitfkirt remfmmé ému m» wmmueril de /Image dn Monde, 

U BibtUthèqmê rq/mle de Ênxttks- 

Dans le manuscrit n« 1 1 ,084 de la Bibliothèque 
royale de Bruxelles, renfermant l'ouvrage géogra- 
phique intitulé le Roman de l'Image du monde, se 
trouvent six petites représentations dont nous allons 
donner la description. Cette composition géographi- 
que est attribuée à Gosson ou Gossouin. Le manu- 
scrit porte la date de 1333 (1). 

Ces figures sont encadrées dans un carré. Nous 
avons déjà indiqué ailleurs la signification de la forme 
carrée donnée aux cartes par les dessinateurs du 
moyen-âge (21 Nous avons également parlé du sys- 
tème figuré dans trois de ces représentations ; c'est la 
théorie que nous avons trouvée dans la compilation 
faite par Jean de Beauvau (3). « Selon les philoso- 
phes, dit-il, il n'y a d'habitable que la quatrième 



(i) Voyex au sujet d'un exemplaire de cet ouvrage conservé an dé- 
partement des manuscrits de la Bibliothèque nationale de Paris, l'ou- 
vrage de M. Paulin Paris, intitulé : « Les Manuscrits français de U Bi- 
bliothèque du roi, > t. V, p. 31 et suiv., où notre savant confrère donne 
des détails pleins d'intérêt sur les manuscrits renfermant l'ouvrage 
géographique de Ylwmgo Mmmdi. 

(S) Voyez t. I tr de cet ouvrage, p. 181 et 410. 

(3) Voyex ibid., p. 376. 



— 101 — 

(quarte) partie des sphères. Et cette quatrième partie 
de la terre est divisée en quatre parts et produit 
l'effet tfune pomme divisée par le milieu en quatre 
parties de long et de travers; soit prinse la quatrième 
partie de cette pomme, et soit pelles ou et la pellure 
soit estendue sur aucune chose planne ou au milieu 
de la main, au semblable se peut dire de toute la 
terre habitable ; de laquelle la moitié est appellée 
orient et l'autre occident. » 

La première figure du manuscrit de Bruxelles 
offre la division expliquée par Jean de Beauvau. Deux 
cercles représentent le disque delà terre et l'horizon; 
la terre est partagée en quatre parties égales, et on 
lit ce qui suit : La pomme fendue en quatre. Sur la 
seconde figure on lit : La peleure d'un quartier es- 
tendue. Sur la troisième : La droite ligne de midi, 
et du côté de l'occident : Occidens (1). 

S LXIV 

XIV- SIÈCLE. 

Plmnitphère renfermé dans le même manuscrit de Bruxelles. 

La seconde figure représente la terre habitable, 
divisée d'après la théorie expliquée par Jean de Beau- 
vau, dont nous avons parlé dans le paragraphe pré- 

(I) Nous donnons ces représentations dans notre Atlas. 



— 101 — 

cèdent. La terre est également encadrée dans un 
carré ; sur les deux divisions orientales on lit : Chiens, 
et sur les divisions occidentales, Occident. 

SLXV 

XIV SIÈCLE. 

Planisphère renfermé dans le même manuscrit. 

La troisième figure, conforme aux théories expo- 
sées dans l'ouvrage cosmographique de Jean de 
Beauvau, est un peu moins pauvre d'indications. Le 
monde est également encadré dans un carré; la 
terre, de forme ronde, placée au centre du carré. 
h 9 Asie occupe la partie orientale, et on y lit : Oriens 
Aise le grand. Puis à l'occident on lit : Septentrion, 
Europe, Occidens. A droite de l'Europe, Auffrique 
(l'Afrique). Cette partie de la terre est infiniment 
plus petite que l'Europe ; une zone de mer la sépare 
d'une autre terre, sur laquelle on lit : Apodis (sic), 
peut-être Antipodes. 

S LXVI 

XfV« SIÈCLE. 

Figure renfermée dans le même manuscrit. 

Le manuscrit de Bruxelles offre encore une figure 
de la terre différente pour les détails de celles qui 
précèdent. La terre est également ronde et enca- 
drée dans un carré; on remarque les quatre 



— 103 — 

points cardinaux avec leurs noms ; mais le centre 
est exclusivement occupé par Y Asie, Aise le Grand 
(Asie la Grande), et les autres parties de la terre ne 
sont point indiquées (1). Il sera bon que le lecteur 
compare ces représentations avec celles des autres 
manuscrits de V Image du Monde ^ attribuée à Gau- 
thier de Metz, que nous donnons également dans 
notre Atlas, et qu'il rapproche aussi ces analyses de 
celles que nous avons faites dans les §§ XLIII et 
XLIV du deuxième volume. 

S LXVII 

XIV* SIÈCLE. 

Mappemonde renfermée dans un manuscrit fronçait de la Bibliothèque 

Nationale de Parié. 

Le manuscrit n* 540 du supplément français de la 
Bibliothèque nationale de Paris renferme une map- 
pemonde coloriée, dans laquelle l'orient est placé en 
haut de la carte. Elle appartient à la famille de mo- 
numents dont nous avons parlé aux §§ III et XIX du 
t. IL Nous n'en donnerons donc point ici de notice 
détaillée (2). 

(4) Un 6 figures cosmograpbiques que nous tenons d'analyser nous 
ont fljfcffinnjfrn, le 94 Juillet 1849, par M. le docteur Moura, qui a eu 
l'obligeance de les calquer sur les dessins originaux. 

(9) Voyez ce monument dans notre Atlas ; du reste, dans le 1. 1*"\ 
de cet ouvrage, nous avons parlé de cette mappemonde, p. 191 . 



— t04 — 

§ LXVHf 

XIV* SIÈCLE. 

Mappemonde renfermée dans un wumuscrit de ta Bibliothèque Nationale 
de Parti, contenant V ouvrage de Guillaume de Tripoli. 

Dans une autre partie de cet ouvrage nous avons 
mentionné ce monument de la géographie du moyen- 
âge (1); maintenant nous en donnerons la descrip- 
tion. 

Guillaume de Tripoli, dominicain du couvent d'A- 
cre, fut envoyé en Tartane par le pape Grégoire X, 
dans Tannée 1271, avec Marco Polo. C'est à la suite 
de l'ouvrage de ce moine» dans un manuscrit du 
XIV e siècle, portant le n° 5610, sur le recto du feuil- 
let 109, que se trouve la mappemonde dont nous 
nous occupons. Nous sommes redevables à M. d'A- 
vezac de la copie que nous avons reproduite dans 
notre Atlas. Cette copie a été collationnée avec l'o- 
riginal, et elle est parfaitement exacte. 

La mappemonde est tracée dans quatre cercles 
concentriques ; le premier représentant le disque de 
la terre, le second renfermant l'Océan environnant 
signalé par le mot Oceanus ; les deux autres formant 
une marge, sur laquelle se lisent les noms des éttize 
vents de la rose grecque d'Alexandrie, du tenSpfe de 

(1) Voyez t. I", p. 192, 218, 224, 252, 287. 



— 105 — 



Timosthène, particularité dont nous avons déjà parlé 
ailleurs (1). L'orient est en haut de la carte, et tous 
lesnoms géographiques sont inscrits de TE. à 10. 
Jérusalem est au centre de la terre ; le Paradis ter- 
restre à l'extrémité orientale du monde. Enfin Y Asie 
occupe une moitié de l'espace, V Europe et V Afrique 

« 

l'autre moitié. Sur chacun des trois continents les 
noms des lieux sont rangés en colonnes, et dans ces 
listes, empruntées aux ouvrages de Julius Honorius 
et d'jEthicus, le dessinateur n'a eu aucun égard aux 
véritables positions géographiques. Examinons ces 
listes dans chacune des parties de la terre. 

EUROPE. 

A l'entrée de la Méditerranée , le nom de Godes 
(Cadix) est séparé du continent par un trait, afin d'in- 
diquer que c'est une lie. La première colonne à l'O., 
près de la Méditerranée, contient les noms suivants : 



Yspanla. 


Espagne. 


Gallia. 


Gaule. 


Tuscia. 


Toscane. 


Roma. 


Rome. 


Boetla (Beotia). 


Béotie. 


Achaya. 


Achafe. 


Macedonia. 


Macédoine 


Thesalia. 


Thessalie. 


Ellada. 


Hellade. 


Epyrus. ^ 
Balmacia. ™ 


Epire. 


Dalmalie. 


Grecia&V 


Grèce. 


1) Voyez 1. 1", p. 967. 





# 



— 106 — 

Les noms qui suivent s'étendent depuis l'occ* 
de l'Europe et vers le r\ord jusqu'à la mer Noir 

Gampanie. 

Pouille. 

Pannonie. 

Mœsie. 

Thrace. 



Gampania. 
Apnlia. 
Panonia. 
Messia. 
Tracia. 
Lotoringia. 
Alamania. 
BaoTeria. 
Salsona (sic). 
Germania snperior. 
Golia. 

Dathia (aie). 
Sythia inferior cnjns pars est 
JUmia. 



Lorraine. 
Allemagne. 
Bavière. 
Saxe. 

Germanie supérieur 
Gothie. 
Danemarck. 
Scythie inférieure dont «m 
i tie est le pays des Alains. 



Le mot Europa est placé tout à fait au nord. 



ASIE. 



Sur cette partie de la terre on lit en partan 
l'E. et en avançant vers 1*0. jusqu'à l'Océan se] 
que et boréal: 



« HocestgennsosnneinAsia. » ' Voici tontes les nations de 1 


India. 


Inde. 


Sitkia. 


Scythie. 


Amgosia. 


Arachosie. 


Partkia. 


Partage. 


Assyria. 


Assyrie. 


Media. 


Kédie. 


Persia. 


Perse. 


Mesopotamia. 


Mésopotamie. 


Babilonia. 


Bnnylouie. 


Arahia. 


Afntt. 


Trora. 


Troie. 



Dans une autre colonne, placée trop à TE. d 



— t07 — 



bande de mer qui figure le Pont-Euxin et les côtes 
de l'Asie Mineure, on lit : 



Siria. 

Comage. 

Ptaenicia. 

Gapadocia. 

Yberia. 



Syrie. 

Gomagène. 

Phénicie. 

Gappadoce. 

Ibérie. 



Les noms de ces contrées sont renfermés dans 
un espace de forme presque triangulaire, ayant 
pour limites YEuphrate au midi et le Mont Taurus. 

Au centre de l'Asie on lit de TE. à l'O. les noms 
suivants : 



Armenia. 

Ceraunei montes. 

Palestina. 

Galiea (de). 

Samaria. 

Judea. 

hyihosolima. 



Arménie. 

Monts Cérauniens. 

Palestine. 

Galilée. 

Samarie. 

Judée. 

JÉEUSALBH. 



Au N. de ces pays ; 

Pentapolis (1). • Pentapole. 

Kabathea (2). I Pays des Nabathéens. 

Ces noms sont aussi placés de l'O. à TE. 
L'Asie méridionale contient les noms suivants : 

Egiptus. 



seres. 



Egypte, on le fleuve iEgyptus 
d'Homère. Ce nom est près du 
Nibts, qui sort du Paradis. 
Sères. 



(1) Sur ce pays, voyez ce que nous disons, t. II, p. 38 et 68, dans la 
description des mappemondes de Strasbourg du IX* siècle» et de la 
Cottonienne du Musée Britannique, du X* siècle. 

(2) Voyez t. Il, p. tu. 



— 108 — 



Bactria. 


Baclriaae. 


Serica. 


! Sérique. 


Ynnla (Yrcania). 


Hyrcanie. 


▲lbaoia. 


Albanie. 


Bithinia. 


Bilhynfe. 


Galalla. 


Galatie. 


Frigit. 


Phrygie. 


Lidia. 


Lydie. 


Pampbilia. 


Pampbylie. 



De toutes les cartes du moyen-âge celle-ci est 
peut-être le plus frappant témoignage de l'ignorance 
des dessinateurs de cette époque à l'égard des posi- 
tions géographiques des villes et des contrées. Daus 
cette mappemonde toutes les positions sont boule- 
versées à ce point que des villes et des contrées , 
dont la vraie position est à l'O. ou au N. , se trou- 
vent transportées au midi de l'Asie. 

AFRIQUE. 

La forme dounée à la troisième partie du monde 
et les noms qui s'y trouvent inscrits, prouvent qu'à 
l'époque où cette carte fut dressée on ne connaissait 
absolument rien de la vraie forme ni des contours 
de ce vaste continent. La première liste de noms que 
nous allons transcrire se trouve placée sur la limite 
septentrionale» près de la Méditerranée. Ces noms 
sont également dirigés de l'E. à 1*0. 

tibia. i Libye. 

PeatapolK Peatapofte. 

Tripotis. i Tripoli (fAfriqoe). 



- 109 — 



on Ht : 



Bysancia. 


i 


Byzacium. 


Zeusis. { 


Zeugis. 


Numidia. 




Numidie. 


Mauritania. 




Mauritanie. 


Item Mauritania Cesa- 




Et Mauritanie Césarienne. 


riensis. 






AFFMICA. 




AFRIQUE (1). 


is une seconde colonne 

• 


parallèle à la premier 


• 

Ethyopia. 




Ethiopie. 


Ga remania (sic). 




Pays des Garamantes. 


Cyrenea. 




Cyrénalque. 


Athlas mous. 




Mont Atlas. 


Getulia. 




Gétulie. 


Kartago. 




Carthage. 



Il nous reste à parler de l'emplacement du Paradis 
Terrestre à, l'extrémité orientale du monde. A cet 
endroit, sur la limite de Y Asie, on remarque un demi- 
cercle, dans l'intérieur duquel le dessinateur a figuré 
d'une manière assez étrange la fameuse muraille ou 
enceinte séparant le Paradis Terrestre de notre con- 
tinent habitable. En dedans de la muraille est le mot 
paradisus. De ce lieu sortent les quatre fleuves : 
YEuphrale, au midi duquel on lit : Mons Taurus; 
le Tigre, ayant au S. Mons Caucason (le Cau- 
case); le Gyon, puis Phi son sive Ganges (le Phison 
ou le Gange), et enfin Nilus (le Nil), auprès duquel 
on lit le mot Kgiptus, comme nous l'avons fait re- 
marquer plus haut. 

(1) Ce nom désigne la province d'Afrique de la géographie romaine. 



— 110 — 

Telle est cette carte, œuvre du siècle qui précéda 
celui des grandes découvertes, et ce tracé barbare 
est donné à la suite de l'ouvrage d'un voyageur eu 
Asie comme une représentation du globe que nous 
habitons. 

S LXIX 

XIV* SIÈCLE. 

Mappemonde renfermée dam un manuscrit de la Bibliothèq ue éCârra». 

A la fin d'un manuscrit de la bibliothèque d'Arras, 
portant le n° 820, se trouve une mappemonde fran- 
çaise que M. Mone a reproduite en noir dans son 
recueil, en se bornant à dire que ce monument était 
remarquable par l'indication des régions du ciel et 
des vents dans le contour, que le Don y était aussi 
la limite de Y Europe et de Y Asie, et enfin que la 
géographie de l'Europe s'y offrait aussi pauvre que 
sur la carte du IX e siècle, de la bibliothèque de Stras- 
bourg (1). Cette reproduction de M. Mone n'est pas 
en fac-similé : les noms y ont été transcrits avec des 
caractères modernes ; en un mot , l'objet principal 
que le savant allemand avait en vue était seulement 
de donner une idée de la géographie de l'Europe à 
l'époque du moyen-âge, notamment en ce qui con- 
cerne les pays germaniques et ceux du nord de no- 

(1) Voyez t. Il, p. 35. 



— lit — 

tre continent (1). Nous croyons donc non seulement 

utile, mais conforme aussi au plan que nous nous 
sommes tracé, de donner ici la description complète 
de ce monument, qui appartient à l'histoire de la 
cartographie, pour servir en même temps d'expli- 
cation à la reproductiou que nous avons fait entrer 
dans notre Atlas. 

Le tracé de cette mappemonde est de la même fa- 
mille que ceux des représentations mentionnées déjà 
dans d'autres parties de cet ouvrage (2) : cependant 
il en diffère, et offre certaines particularités qui mé- 
ritent d'être analysées. 

Un cercle représente le disque de la terre ; un au- 
tre l'horizon ; entre les deux cercles est l'Océan envi- 
ronnant. Une ligne coupe le disque du N. au S., et 
sépare l'Asie de l'Europe et de l'Afrique. La mer Mé- 
diterranée et la mer iï Egypte sont figurées d'une 
manière plus exacte que dans les autres mappemon- 
des de cette famille. La première de ces deux mers 
est représentée par deux lignes , comme dans les 
autres monuments de cette catégorie. On y lit : la 
mer Médit errane. La mer du Levant a aussi une plus 
grande étendue, et sur la partie méridionale on lit : 



(i) M. Moue a réuni pour cet objet plusieurs fragments graphiques 
dont les originaux ont passé sous nos jeux dans les §§ IV, XIV et XXII. 
(*) Voyei t. Il, p. 35, 41, 43, 43, 234, 284. 



— 112 — 

la mer d'Egypte ; on remarque ensuite les noms de 
Crète (l'île de Crète), et Sessile (la Sicile); mais la 
mer Egée est figurée d'une manière tout à fait mé- 
connaissable. Au N. de la Grèce est un grand golfe 
sans nom : il n'est pas aisé de décider, si le dessina- 
teur a voulu par là indiquer le Thermatcus Sinus, ou 
bien un autre golfe plus au N. UHellespont et la 
mer Noire sont grossièrement tracés. Au S. de cette 
dernière mer, et près de ses rivages, est une chaîne 
de montagnes représentant le Caucase. Non loin du 
golfe formé par la mer de Syrie est le nom de l'Ile de 
Chypre ; entre ce golfe et la mer Noire on lit : Asye 
Troyene (Asie Troyenne). Jérusalem occupe le cen- 
tre de la carte (1). En dedans des deux cercles sont 
les noms des vents, non pas ceux de la rose grec- 
que, comme dans presque toutes les cartes du moyen- 
âge, mais bien des noms modernes. Toutefois l'orient 
est placé aussi en haut de la carte, et les autres points 
cardinaux rangés en conséquence. En dehors du 
continent habitable, d'après le système des Pères de 
l'Eglise, est placé le Paradis Terrestre, désigné par 
son nom Paradis. Voici enfin comment les noms 
géographiques sont distribués sur chaque partie de la 
terre. 



(1) Vojea sur cette position les endroits indiqués au mot Jérusa- 
lem , dans les Tables des tomes I et II. 



— 113 — 



EUROPE. 



En partant de l'occident, le premier nom est 
Hispanie, placé près de la Méditerranée. On lit 
ensuite : Toscane et Grèce. En avançant vers l'oc- 
cident, le long de la côte depuis le Portugal, et re- 
montant jusqu'aux extrémités orientales de Y Europe, 
on rencontre les noms suivants : Gai lice, Gascogne, 
Normandie : la mention spéciale de la Normandie 
nous porterait à croire que le cartographe considé- 
rait encore ce pays comme un Etat indépendant de 
la France, et nous pourrions en conclure que cette 
mappemonde est la copie d'une carte plus ancienne, 
dressée sous le gouvernement des ducs de Norman- 
die; Franche (France), A le magne, puis Germanie ; 
probablement pour désigner les deux contrées en 
deçà et au delà du Rhin et du Danube. 

Après ces deux noms est le mot Europa. Enfin à 
l'extrémité N. de VEurope on lit : Fluvius Thanays 
(le Don), fleuve qui, comme nous l'avons fait remar- 
quer, servait, dans la géographie systématique du 
moyen-âge, de limite à l'Europe du côté de Y Asie. 

ASIE. 

Sur le N. de Y Asie on ne lit rien qu'Albanie, et 

un peu à TE., la mer d'Hircante (mer Caspienne). 

D'après ces indications, il est permis de conjecturer 
m 8 



— 114 — 

que le cartographe n'avait aucune notion des pays 
situés à TE. de cette mer, c'est-à-dire que les voya- 
ges de Marco Polo, effectués dans le siècle précédent, 
lui étaient inconnus, ou du moins qu'ils n'exercèrent 
aucune influence sur ses idées. 

Au midi de la mer Caspienne on lit : Pane des- 
sosse Caspe? (peut-être pays Caspiens); en haut de 
la carte, au dessous de Orient, Ayse (Asie), puis 
Glie (?), mot illisiblement écrit, dans lequel nous 
pensons qu'il faut voir une indication du nom de 
VInde. Sur la partie méridionale de Y Asie on lit : 
Arabie 9 Mésopotamie; à l'O. de ce nom, Mare Tibe- 
riadis (1); à l'O. de cette mer, Jérusalem, puis la 
Rouge Mer. Ces mots sont écrits de l'O. à l'E., ce 
qui fait supposer que le cartographe donnait à cette 
mer une direction erronée, comme plusieurs autres 
l'avaient fait avant lui. Le dernier mot géographique 
au midi est Egypte, pays encore compris dans l'Asie, 
selon les idées de cette époque, comme nous l'avons 
déjà fait remarquer. 

AFRIQUE. 

L'Afrique est encore plus pauvre de noms géogra- 
phiques que l'Europe et l'Asie. On en compte à peine 
cinq, savoir : Aufrique (Afrique), Mortagne (peut- 

(1) La mer de Tibériade, ou le lac de Génézareth, est traversé par le 
Jourdain. 



— 115 — 

être Mauritanie) Césarienne, Libie, et plus loin vers 
TE. , Ethiopie. L'étude de cette carte ne laisse pas 
le moindre doute, du moins dans notre esprit, sur le 
peu d'étendue des connaissances du cartographe qui 
se bornaient quant à Y Asie jusqu'à Y Inde et s'arrê- 
taient en Afrique aux mêmes limites que celles des 
anciens et des géographes du moyen-âge. 

§ LXX 

XIV' SIÈCLE. 

Mappemonde renfermée dan» un manuscrit de la Bibliothèque impériale 

de Vienne. 

Nous ayons déjà mentionné cette mappemonde, 
c'est-à-dire apprécié le caractère du tracé et les théo- 
ries systématiques qu'il représente (1). Ici nous en 
donnons la description complète. 

Cette figure de la terre est renfermée dans le ma- 
nuscrit n° 160 de la Bibliothèque impériale de Vienne, 
qui est indiqué sous le n° LXX VII, p. 41, dans le ca- 
talogue d'Endlicher, publié en 1836. L'ensemble du 
dessin, très effacé, n'a pas permis de décalquer tous 
les détails, de sorte qu'il a été nécessaire de rétablir 
bien des choses en les copiant aussi exactement que 
possible d'après l'original ; c'est ainsi que nous avons 
obtenu l'exemplaire reproduit dans notre Atlas. 

(1) Tome K p. 318, «10, 424. 



— 116 — 

Cette mappemonde est dressée à peu près selon 
le même système que celle de Guillaume de Tripoli. 
On y retrouve l'océan homérique autour de la terre; 
l'Asie plus étendue à elle seule que les deux autres 
continents ; même arbitraire dans le tracé ; même 
absence de rapports précis avec la figure réelle de la 
terre et avec les cercles de latitude et de longitude; 
en un mot, la terre a ici, comme dans presque toutes 
les représentations de ce genre, l'aspect d'une fie 
immense, environnée par le grand Océan. On y re- 
trouve également les deux lignes parallèles tracées 
du N. au S., et représentant YHellesponl, la mer 
Egée et la mer de Syrie, avec une inscription à 
demi effacée : Helles..ntium m... (Hellespontium 
mare) ; les deux autres parallèles , partant de l'O. 
pour rejoindre les premières, et représentant le reste 
de la Méditerranée, avec la légende : Mediterra- 
neum m.; enfin le double cercle qui entoure la carte 
figure le grand Océan, comme dans les autres map- 
pemondes. La section orientale du cercle forme 
Y Asie, la section du N.-O. YEurope, la section du 
S.-O. V Afrique. Les noms géographiques sont ins- 
crits sur les différents continents par listes, comme 
dans le manuscrit de Guillaume de Tripoli ; mais en 
plaçant le Paradis terrestre aux extrémités orientales 
de la terre, le cartographe n'a pas indiqué le» 













— 117 — -:.-V> 

quatre fleuves, et il ne signale que le Nil. Les noms 
des principaux Etats et empires sont inscrits sans 
aucun égard à la chronologie et à leur situation res- 
pective. Chacune des trois parties de la terre est si- 
gnalée par son nom : Europa, Asia et Africa. 
Nous allons examiner chaque partie. 

EUROPE. 

En partant de l'occident, nous trouvons Hispania 
(Espagne), Itali (Italie), Roma (Rome), figurée par 
un grand édifice représentant une église avec une 
tour surmontée de la croix ; à TE. : Macedonia (Ma- 
cédoine), Grecia (Grèce), et, près de YHellespont, 
Constantinopolis (Constantinople). Cette ville a aussi 
le privilège d'être représentée par une église surmon- 
tée d'une croix, flanquée de deux tours, et destinée 
probablement à rappeler Sainte-Sophie. Quoi qu'il en 
soit, toujours est-il que la croix placée sur cet édi- 
fice prouve que la carte fut dressée avant la prise de 
Constantinople par les Turcs. 

Au N. de l'Europe, un seul nom incomplet , Hia , 
doit, selon toute probabilité, se lire Scylhia (Scythie). 

ASIE. 

L'Asie est plus riche de noms que l'Europe. Trois 
grandes villes ont eu le privilège d'être représentées 
par des édifices. Troia (Troie), espèce d'enceinte 




— 118 — 

érfeelée avec une grande porte et une tour au cen- 
tre; Antiochia (Àntioche), édifice de moindres di- 
mensions, mais offrant à peu de chose près la même 
ordonnance ; enfin Herusalem (Jérusalem), la ville 
sainte, que le cartographe représente comme la plus 
importante, en la signalant par un édifice plus con- 
sidérable que tous ceux dont il a orné sa carte (1). 
Dans le nord de l'Asie, nous ne voyons pas un seul 
nom géographique. Les noms qui s'en rapprochent 
le plus sont les suivants, placés de l'O. à TE. eu co- 
lonne : 



Cilicia. 


. Cilicie (2). 


Tamaria. 




jEgina. 




Galacia. 


Galatie (3) . 


Bithinia. 


Bitbynie (4). 


Capadocia. 


Cappadoce. 


Partbia. 


Par ihie (pays des Parlbes)(5). 


. . ndia (India) 


Inde. 



Au S. de ces noms on lit : Arabi (pays des Ara- 
bes), et éti suivant vers le midi : 



Ascalona. 
Cesarea. 



Àscalon (6). 
Césarée (7). 



(1) Dans toutes les cartes du moyen-âge cette ville est signalée com- 
me la principale de la terre. 

(2) Sur cette contrée, voyez t. Il, p. 187, note 3. 

(3) Sur ce pays, voyez t. 11, p. 188, note 1. 

(4) Sur cette contrée , voyez t. II, note 1, p. 114. 

(3) Partbia. Sur cette contrée, voyez t. Il, p. 188, note V 

(6) Sur cette ville, voyez t. II, note 1, p. 139. 

(7) Voyez t. Il, p. «6. 



— 119 — 



Assvr. 
Tripolis. 
Damascns. 
Palestina. 



Assur (Assyrie). 
Tripoli du Levant. 
Damas. 
Palestine. 



Les noms placés dans la partie la plus méridionale 
de l'Asie sont alexandria (Alexandrie), Babilonnov. 
(la nouvelle Babylone) (1); le Nil, dont le cours est 
dirigé de l'E.-S.-E. à l'E.-S.-O. ; enfin au S. de ce 
fleuve, JEgyptus. Nous constatons donc ici ehcore la 
reproduction de la géographie systématique des an- 
ciens, étendant les limites de l'Asie jusqu'au Nil. 

Lies dernières régions connues du cartographe à 
l'orient de l'Asie sont, au midi, Pet sida (la Perse) et 
Laodicia (Laodicée) (2); au nord de la Perse, des 
contrées désignées par le mot vague tilndias (les 
Indes) (3); enfin, au delà des Indes et de là Perse, 
paradisus (le Paradis terrestre). 

AFRIQUE. 

Ce continent offre moins de noms encore que les 
deux autres parties du monde alors connues, et un 
seul édifice, celui qui représente Cartago (Carthage). 
Cet édifice, qui a la forme d'un temple surmonté 
d'une croix et flanqué de deux tours, est destiné 
sans doute à rappeler la célébrité historique de l'é- 

(i) Le Caire. 

(*) Voyez t. Il, p. 374. 

(3) Voyez t. Il, p. XXXVIU. 



— 120 — 

glise de Carthage , notamment du temps de saint 
Augustin, car on lit à côté : Hippone. 

Sur le littoral de la Méditerranée sont inscrits de 
l'O. à TE. les noms suivants : Mauri (les Maures), 
Arrneni (1); Syrles, et un triangle indique que ce 
nom désigne un golfe; Leptin (2), accompagné d'un 
triangle représentant sans doute Tune des Syrtes; 
Catabalmon (la Marmarique) (3). Du côté du midi 
sont placées Libia (la Libye), Numidia (la Numidie), 
Phenices Philennœ (les Autels des Philènes) (4), et 
au midi des Autels, Ethiopia. Après l'Ethiopie, se 
trouvent un certain nombre de caractères effacés, 
parmi lesquels le mot ardore seul est lisible ; mais 
ce mot significatif indique clairement que le carto- 
graphe avait placé là une légende signalant la zone 
torride inhabitée à cause de l'ardeur du soleil. 

Les détails que nous venons de donner suffisent 
pour fonder un jugement sur cette carte : elle ne 



(1) Voyez, sur ces deux noms, Mauri et Arrneni, la note 2, p. 96, t. H. 

(2) Voyez aussi t. II, la note 3, p. 96. 

(3) Le Catabathmon , signalé dans quelques cartes du moyen-âge, et 
notamment dans une des mappemondes du manuscrit de Salluste, de 
la bibliothèque Laurenciana (voir § XXXIII), s'y trouve figuré comme 
une échelle dont les marches sont renversées. Le cartographe a voulu 
indiquer que c'était une montée et une descente à la fois. Chez les 
Arabes, le mot araba signifie à la fois montée et descente, et te dit de 
toute montagne qui est en dos d'âne (voyez Traduct. d'AboulfM*, par 
M. Reinaud, t. Il, p. 34, note 2). 

(4) Voy. p. 36, et t. II, p. 97. 



— 121 — 

présente pas le moindre progrès eu fait de science 
géographique. 

§ LXXI 

XIV e SIÈCLE. 

Système cosmographique renfermé dans un manuscrit de la Bibliothèque 

nationale de Parie. 

Le monument cosmographique que nous allons 
décrire est renfermé dans le manuscrit n° 640, sup- 
plément français de la Bibliothèque nationale de Pa- 
ris. Il diffère à plusieurs égards de celui du manu- 
scrit de Floridus Lambertus (1). On y trouve aussi 
le système des cercles. Ce système, ainsi que Ta 
fait remarquer un des plus illustres géomètres de 
nos jours, eut cours parmi les astronomes jusqu'à 
Copernic (1 530) ; ils supposaient arbitrairement des 
cercles dans le ciel, pour expliquer les révolutions 
des corps célestes ; mais ce fut Copernic qui imagina 
une théorie plus simple et plus en harmonie avec 
les mouvements réels des astres ; en prenant ce 
qu'il y avait de vrai dans les idées de chacun, il 
composa l'admirable système auquel on a donné son 
nom (2). 

Le monument que nous avons sous les yeux est 
la représentation d'un système antérieur de deux 

(1) Voyez la description au § XXIII, p. 163 - 172. 

(S) Voyez l'article Copernic, par M. Biot, dans la Biographie univ. 



— 122 — 

siècles à Copernic ; il sert d'explication aux idées 
cosmologiques du Dante, de sorte que le beau 
poëme du savant Florentin doit être en quelque 
sorte la clef de ce système. Nous avions déjà indi- 
qué cette curieuse particularité en parlant des con- 
naissances cosmographiques du Dante (1) : ici nous 
donnerons place à quelques rapprochements entre 
les doctrines du poète et la représentation cosmolo- 
gique de notre manuscrit. Cette figure se compose 
de 1 6 cercles concentriques. Le petit cercle du cen- 
tre représente l'Enfer; on y lit : Enfer (2), et il est 
placé au centre de celui de la terre. 

Le Dante, qui avait très probablement emprunté 
ses propres notions à une représentation semblable, 
commence son poème par V Enfer, et il place aussi 
ce lieu, comme ici, au centre de l'univers (3), en lui 
donnant le nom d'hémisphère des ténèbres (4). Au- 
tour du second cercle, figurant le disque de la terre, 
comme l'indique le mot Terre, est le troisième, qui 
représente l'Océan environnant, caractérisé par le 
mot Eau. Selon le Dante, les condamnés qui, de 
tous les pays de la terre, arrivaient à l'Enfer, s'y 
rendaient en traversant le fleuve terrible. Ce fleuve 

(1) Voyez le Tome I c «" de cet ouvrage, p. 97 et suivantes. 

(2) Voyez t. I", p. 62— 116. et t. Il, p. XXIV et 423. 
(.->) Voyez le chant XXXIII du Dante 

(4) lbid. t chant IV. 



— 123 — 

né serait autre que l'Océan, cette mer des ténèbres 
tant redoutée que personne ne pouvait traverser. 

Autour de l'Enfer est tracé aussi un cercle qui pa- 
rait représenter les Limbes (1). Le cercle dé l'eau 
ou l'Océan environnant est entouré par le cercle de 
Y Air. Ensuite vient celui du Feu (2), puis se succè- 
dent le cercle ou le ciel de la Lune (3), de Mer- 
cure y de Vénus (4), du Soleil , de Mars (5), de Jupi- 
ter (6) et enfin de Saturne (7). Au delà des cercles 
ou ciels planétaires sont tracés les orbes des autres 
deux : le Firmament (8), le neuvième Ciel (9), le 



(1) Au IV chant du Dante, Jésus-Christ fait sortir des Limbes, Abel, 
Noê, Moïse, etc., et il les emmène dans le séjour de la béatitude. 

An V« chant, le poète descend du premier cercle dans le second, qui 
eti d'une étendue moins spacieuse, c'est-à-dire dans la région de 
VBmfer. 

(S) Le Dante parle de ceux qui vivent satisfaits au milieu des flam- 
mes, parce qu'ils espèrent jouir, quand leCiel le permettra, d'une divine 
béatitude. Dans le chant IX, il dit qu'on l'enleva Jusqu'à la sphère de feu. 

(3) Selon le Dante, c'est le ciel lunaire qui a la circonférence la 
moins étendue (chant II). 

(4) Dante, dans le Purgatoire, parle de Vénus, la belle planète qui 
efface par sa vive lumière l'éclat du signe des Poissons, dont elle est 
escortée. Cette planète figure encore dans le chant VIII du Paradis. 

(5) Dans le chant XIV du Paradis, le Dante parle du ciel ou cercle de 
Mars. 

(6) Au chant XVIII du Paradis, Dante parle de la planète Jupiter. 
Cette sphère, dit-il, dédiée a Jupiter, est le 6 e ciel. 

(7) Le Dante dit, dans le Paradis, chant XXI : « Nous arrivâmes à la 
7* sphère, qui maintenant lance ses rayons sous le signe brûlant du Lion . * 

(8) Voy. t. II, p. XXV et XXVI. 

(9) Le 9» ciel, le premier mobile, placé entre l'empirée et la H c 
sphère, celle Iles étoiles* ixes, est, suivant le Dante, le séjour des se- 



— 124 — 

dixième ou Ciel cristallin (1), et enfin le ciel Empi- 
rée (2). Sur ce dernier sont inscrits : Cherubim (3), 
Potes ta tes, Dominationes, Archangeli, Àngeli, Ho- 
mo, Virtutes, Principatus, Troni et Seraphim(i) y 

raphins (Paradis, chant XXIII). C'est du haut de la 8 e sphère que le 
poète promène ses regards sur les 7 autres sphères, qu'il aperçoit 
dans Tordre suivant : 1° Saturne, 2° Jupiter, 3° Mars, 4" le Soleil, 
5° Vénus, 6o Mercure, 7<> la Lune. Au delà il voit la terre. C'est absolu- 
ment le même ordre que sur le monument reproduit dans notre Atlas. 
Dante énumère les 7 cercles, en allant de la circonférence au centre; 

nous les avons comptés du centre à la circonférence. 

(1) Voyez Purgat. XXVI, 20. Cf. Saint-Thomas, !•, 9, 62, 2. 

(2) Le Dante dit que le ciel des séraphins est celui qui participe le 
plus de la lumière de Dieu, et il cite l'Écriture sainte. La représenta- 
tion graphique que nous analysons reproduit parfaitement cette idée. 

(3) Sur la place qu'occupaient les chérubins, voyez D. Calmet, Com- 
mentaires sur lsa\e y p. 70, et rapprochez de cette figure. 

(4) Séraphins. Isaîe, liv. VI, dit : Les séraphins étaient autour du 
trône. Calmet, dans ses Commentaires sur isaïe, 69, dit qu'ils signifient 
brûlants, enflammés. On les place dans le premier chœur des anges, au 
dessus des chérubins (Ibid., p. 70). Isaïe vit les séraphins en esprit au- 
tour du trône du Seigneur (Ibid., 69 - 70). Us avaient la figure humaine 
comme les chérubins d'Ézécbiel (D. Calmet, Comm., p. 70). 

Voyez sur cette disposition hiérarchique Denys l'Aréopagite, De 
Calesti hierarchia. 



Première hiérarchie : 



Deuxième hiérarchie 



Séraphins , 
Chérubins , 
Trônes. 

Dominations , 
Vertus , 
Puissances. 



Troisième hiérarchie 



Principautés, 
Archanges , 
Anges. 

Voyez sur ce sujet le savant commentaire du Dante par S. A. R. le 
prince Jean de Saxe. Paradis , p. 372 de sa trad. de la Divina Commedia. 



— 125 — 

et au dessus de tous les cercles le mot Deus est ren- 
fermé dans un cartouche. 

L'idée de représenter, dans les systèmes cosmo- 
logiques, Dieu présidant à l'œuvre merveilleuse de 
la création, cette idée, disons-nous, figurée par les 
cartographes, révèle toute la philosophie religieuse 
du moyen-âge. 

Le Dante, qui, selon nous, a sans doute connu ces 
représentations cosmologiques, dit : « C'est le sou- 
verain qui règne sur les mondes, et dont la puissance 
s'étend sur toutes les parties de l'univers, c'est dans 
le ciel qu'il fixe son séjour (1). * 

§ LXXII 

XIV* SIÈCLE. 

Système cosmographique renfermé dans le mime manuserit de la 

Bibliothèque nationale de Paris. 

Dans le même manuscrit de la Bibliothèque na- 
tionale de Paris, n° 540, supplément français, on 
rencontre un autre système cosmographique diffé- 
rent du précédent, et par la forme, caria figure est 
enluminée et dorée ; et par le fond, car le système 
des sphères ou des cercles est plus simple. L'auteur 
paraît avoir voulu reproduire les idées de certains 

(1) Dante, Enfer, chant I e '. 



— 126 — 

cosmographes qui, confondant le ciel etl'éther, n'ad- 
mettaient que quatre parties : Céther, Voit, l'eau 

et ta terre. La terre occupe également le centre de 
cet univers, et le nom de notre planète est écrit en 
lettres rouges sur fond d'or. Un cercle peint en bien 
représente l'Océan environnant, qui est désigné par 
le mot Eau écrit en lettres rouges. Sur le cercle 
suivant, de couleur grenat, est inscrit le nom de 
Vénus. Puis viennent un cercle d or, un cercle vert 
portant les noms des planètes Mars, Jupiter, Satur- 
nus et le ciel du Soleil, désigné par des lettres mu- 
ges ; enfin, sur le dernier cercle, celui du firmament, 
peint eu vert, se lit aussi en lettres rouges : Fir- 
mamentum (1). 

S LXXIII 

XIV* SIÈCLE. 

Uappemonde renfermer dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale 

de Paris. 

Nous ajouterons encore ici la description d'un 
autre monument qui se trouve dans le même ma- 
nuscrit. C'est une petite mappemonde dressée au 
XIV* siècle et enluminée. Le disque de la terre est 
tracé par un cercle d'or, des bandes également dorées 
représentent la Mer Méditerranée, le Pont-Euxin } la 

(I) Yoyei ce monument dans noire Atlas. 



— 127 — 

qui baigne les côtes de Y Asie-Mineure et de la 
Syrie. Des trois parties du monde alors connues, 
deux sont peintes en bleu-clair, Y Asie et Y Afrique ; 
la troisième, Y Europe y en bleu-foncé. L'Asie occupe 
à l'orient la moitié de l'espace ; l'occident est partagé 
entre l'Europe, qui en remplit la majeure partie, et 
l'Afrique, qui est figurée comme le continent le moins 
étendu. L orient est en haut de la carte, comme dans 
presque tous les monuments géographiques du 
mpyea-âge. Du reste, les indications sont presque 
nulles. Sur Y A sic on lit : Oriens Aise (pour Asie), 
Ui. rq (probablement Hierusalem, Jérusalem), et 
au midi l'on remarque la répétition du mot Asie. Sur 
Y Europe le mot Europa, et près de la mer qui cor- 
respond au Pont-Euxin, deux roots réunis en un seul, 
dans lequel nous pensons qu'il faut reconnaître 
Meoiis, Constantinople. V Afrique ne porte que le 
mot Afrique, qui désigne la province romaine de ce 
Qom(l). 

§LXXIV 

XIV* SIÈCLE. 

Mappemonde renfermée dans le manuscrit du poème éCErmengaud de 

Béziers. 

Nous avons déjà parlé de la mappemonde qui se 
trouve dans le beau manuscrit n° 7726 de la Biblio- 

(1) Voyez cette mappemonde dans notre Atlas. 



— 128 — 

thèque nationale de Paris, renfermant le poëme 
d'Ermengaud de Béziers (1) : voici un aperçu des 
détails dont se compose cette représentation du globe, 
qui du reste est richement enluminée, mais n'offre 
pas un seul nom géographique. Ici nous retrouvons 
le disque de la terre encadré dans un carré. Nous 
avons déjà signalé le caractère de ce tracé imaginé 
sans doute afin de concilier les systèmes peu con- 
cordants des cosmographes grecs et latins 9 qui 
voyaient la terre de forme ronde, et des Pères de l'É- 
glise, qui se la figuraient carrée (2). Cette mappe- 
monde est k peu près de la même dimension que 
celles des Images du Monde de Gossuin ou de Gau- 
thier de Metz, que nous avons déjà examinées. Nous 
y retrouvons les deux cercles représentant le disque 
de la terre et Y Océan environnant; les deux lignes 
menées du N. auS. f et séparant Y Europe et Y Afri- 
que de Y Asie, et les deux autres parallèles figurant 
la Méditerranée, h 'Europe et Y Afrique sont peintes 
en bleu, et Y Asie est peinte en rouge. Des quatre 
angles du carré, deux sont peints en bleu , les deux 
autres en rouge. 



(1) Voyez tome I er de cet ouvrage, p. 400, 411. 

(2) Au fol. 48 y° du manuscrit on remarque une curieuse représen- 
tation des Antipodes. 



— 129 — 

Le seul mérite de cette représentation en ce qui 

concerne l'histoire de la géographie, c'est de four- 
nir un exemple de la division simple des trois par- 
ties de la terre sans aucun nom géographique. 

§ LXXV 

XIV SIÈCLE. 

Mappemonde renfermée dan» un manuscrit de Salluste, de la bibliothèque 

Lauringiana de Florence. 

Un manuscrit du XIV e siècle, conservé à la bi- 
bliothèque Laurenciana de Florence, et contenant 
l'ouvrage de Salluste, nous a fourni une mappemonde 
dressée d'après le même système que celle de la bi- 
bliothèque de Roda y dont nous avons parlé plus 
haut (1). Spohn, dans ses commentaires sur Nice- 
phore Blemmyde , p. 44, donne une courte notice 
des noms géographiques de ce monument, qu'il a 
fait graver à la suite de sa dissertation. Bandini l'a- 
vait déjà signalé dans son catalogue des manuscrits 
de la bibliothèque Laurenciana (2). 

(1) Voyez t. II, p. 52. 

(2) Voyez Bandini, t. 1,1, pag. 356, plat, XLV, cod. 2, p. 4, ?o. 
• Qtredam ad geographiam pertinentia cum figura chorographica valde 
rudi, e regione delineata, qua in divisione orbis terre paene Asia tan- 
tum tenet quantum Africa et Europa. » Bandini , n'ayant pas bien in- 
diqué rendrait où se trouvait cette figure, Spohn a obtenu de M. Furia 
des renseignements plus précis. La figure représentant la terre est 
placée au milieu d'une page renfermant d'anciens commentaires d'un 
anonyme sur Salluste, etc. 

1U 9 



— 130 — 

Quant à l'orientation , nous devons signaler que 
Y Asie est placée en haut de la carte, V Afrique à 
droite et V Europe à gauche. 

Voici les particularités que présentent ces trois 
parties du monde. 

EUROPE. 

Le premier pays à l'occident est X Espagne, re- 
présentée par un cercle renfermant le mot Bispania. 
Deux lignes qui se projettent jusqu'en Afrique pa- 
raissent indiquer chez le cartographe l'intention de 
signaler l'ancienne division romaine qui rangeait la 
Tingilane parmi les provinces d'Espagne (1). À TE. 
du mot Hispania est le mot Hercules , pour désigner 
le Détroit Gaditain. A TE- de celui-ci, Roma, puis 
Grecia, pour désigner cette contrée célèbre ; mais, 
par une bizarrerie incroyable, à TE. de la Grèce, le 
cartographe indique Tor (sic), c'est-à-dire Tyr et 
Sidon, voisines de la ligne qui figure la zone de mer 
représentant le Pont Euxin et les côtes de Y Asie Mi- 
neure. Ainsi ces deux villes de Y Asie paraissent être 
dans cette carte placées en Europe. Leurs noms sont 
accolés à deux cercles, dont nous ne saurions bien 
deviner la signification. Peut-être indiquent-ils que 
ces deux villes étaient situées dans des presqu'îles 

(!) Voyei U 11 p. lit, § XX, U note 4. 



— 13! — 

ou péninsules, du moins sur des points avancés des 
côtes de la terre ferme. Ce qui nous porterait à le 
croire» c'est la forme circulaire donnée h la pénin- 
sule espagnole. Ce rapprochement donnerait quel- 
que poids à notre explication. Quoi qu'il en soit, 
nous constaterons que le cartographe, au lieu de pla- 
cer Sidon (Séide) au nord de Tyr, a mis au con- 
traire Tyr au nord de Sidon. 

ASIE. 

Sur cette partie de la terre on remarque, près de 
la ligne qui figure les côtes de Y Asie Mineure et de 
la Syrie les mots Troia (Troie) et Hierem (sic) Jéru- 
salem. A TE. de ces deux villes les seuls noms 
inscrits sont : Arment (l'Arménie), Media (la Mé- 
die), placée au S., et Persida (la Perse). Plus loin 
est le mot Tibra (sic), qui désigne le Tigre. Au delà 
de ce fleuve le cartographe n'a pas indiqué un seul 
pays, mais cette figure de la terre ayant été dressée 
pour un manuscrit de Salluste, de Bello Jugurthino, 
nous trouverons les indications plus nombreuses sur 
le théâtre de la guerre. 

AFRIQUE. 

En partant de l'occident, le long de la Méditerra- 
née, les noms se succèdent dans Tordre suivant : 
Mauri (le pays habité par les Maures) ; un mot com- 



— 132 — 

plétement estropié, Psertoie, peut-être Persœ (1) ; un 
autre mot estropié Minlide Palria (Numidae Patria); 
Cartago (Carthage); deux mots horriblement es- 
tropiés, Mear Arment (Medi Armeni, Mèdes et Ar- 
méniens) (2), Adrimetum [$), Yppone (4), Fenices 
(sic), c'est-à-dire Phenices (5), Leptis in extrema 
parte Africœ (Leptis à l'extrémité de l'Afrique), Sir- 
tes Minores ( les petites Syrtes) ; Calabatin (sic) (la 
Marmarique), Mare Egyptum (la mer d'Egypte); 
VII Ostia Nili (les sept bouches du Nil). Le 
cours de ce fleuve, figuré par un trait, est dirigé de 
TE. à l'O.; ainsi le cartographe le fait venir de VA- 
sie 9 puis couler vers le N. et tomber dans la Médi- 
terranée. A TE. de ce fleuve il place ensuite Cirene- 
teron (c f est Therœorum Colonia), puis Cirene, et le 
dernier nom est celui de Catabatmon (la Marmarique). 
Sur le midi de l'Afrique on ne lit que deux noms, 
Filemonare (sic) au lieu de Philenorum arœ (les 
autels des Philènes) (6), et Libies (la Libye). 



(1) Spohn dit au sujet de ce nom : « Artacene^sive Àrticene. Sic enim 
litteras Rtoce explicare posse puto. De Perorsis non est cogitandum ; 
Persas ibi collocari doceL » 

(2) Voy. t. II p. 96. 

(3) lbid. 

(4) Voy. t. II p. 383. 

(5) Voy. t. II p. 191. 

(6) Voy. plus haut, p. 36. 



— 133 — 

§ LXXVI. 

XIV SIÈCLE. 

Mappemonde renfermée dans un manuscrit de Salluste, de la bibliothèque 

des Médius de Florence. 

Dans un autre manuscrit de Salluste, de la biblio- 
thèque des Médicis de Florence, on rencontre une 
autre mappemonde de la même famille que celles des 
XII e et XIII e siècles. Spohn Ta reproduite aussi dans 
son édition de Nicéphore Blemmyde (1). 

Deux cercles représentant le disque de la terre et 
l'horizon enferment l'océan environnant. Deux pa- 
rallèles coupent le centre du cercle du N. au S., et 
séparant l'Europe et l'Afrique de l'Asie, représen- 
tent la mer de Syrie, celle de Y Asie Mineure, VHel- 
tespont et la Mer Noire. Deux autres lignes paral- 
lèles, placées de l'O. à TE., et représentant la Médi- 
terranée, séparent Y Europe de Y Afrique. L'Asie y 
est, comme dans la plupart des mappemondes du 
moyen-âge, plus grande que les deux autres parties 
du monde réunies. L'orient est en haut de la carte. 
Les quatre points cardinaux sont simplement ind i- 
qués par quatre cercles, et la rose des vents, par la 
division de l'horizon en douze parties correspondant 

(1) Bandini, Cat. des Mis. de la Laurent., tome II; p. 715 et suiv. Cf. 
Spohn dans l'ouvrage cité, publié à Leipsig, en 1818. 



— 134 — 

aux douze vents de la rose grecque d'Alexandrie, du 
temps de Timosthène. 

Sur le plan on ne remarque que les noms Asia, 
Europa et Africa. 

§ LXXVII. 

XIV* SIÈCLE. 

Système cosmographique renfermé dans le manuscrit n° 4496 rfe la 

Bibliothèque nationale de Paris. 

Nous allons décrire un système cosmographique 
qu'on remarque dans le manuscrit n° 4126 de la Bi- 
bliothèque nationale de Paris, et qui diffère de la 
plupart des monuments de ce genre déjà cités. La 
terre, qui occupe la majeure partie de l'espace, est 
figurée par un grand cercle entouré d'autres cercles 
concentriques représentant les orbes des planètes ; 
les noms de celles-ci sont tous inscrits dans de petits 
cercles représentant les planètes elles-mêmes et pla- 
cés en haut de la carte, à Porient. L'orientation est 
donc la même que dans presque tous les monuments 
de cette époque : on retrouve Y est en haut, le sud à 
droite, le nord & gauche et Y ouest dans la partie in- 
férieure. Tous ces noms sont peints en rouge ; mais 
trois seulement des points cardinaux sont désignés : 
West y Norch (nord) et Est. Cette orthographe et la 
préférence* donnée au Rhin sur tous les autres fleu- 



* 



— 135 — 

?es, dont pas un seul n'est nommé, sont des indices 
qui donneraient à penser que le cartographe était 
Allemand. 

Les indications géographiques ont aussi un carac- 
tère tout particulier. Ainsi les trois parties du monde 
ne sont pas signalées au moyen de ces divisions sys- 
tématiques que nous voyons reproduites en général 
dans les autres monuments graphiques du moyen- 
4ge. Au centre du vaste cercle qui représente la 
terre est un petit cercle, en dedans duquel on lit : 
Regnum Judeorum (royaume des Juifs) et jherusa- 
leb (Jérusalem). Le dessinateur, pouf marquer rem- 
placement occupé par les trots continents, s'est con- 
tébté d'inscrire le nom de chacun d'eux en espaçant 
les lettres de manière à mesurer ainsi l'étendue res- 
pective des trois parties du monde. Sur aucune des 
antres mappemondes nous n'avions eu à constater 
ce genre de procédé graphique. Les lettres, séparées 
les unes des autres, sont liées entre elles par des 
traits. L'Europe est tracée de la sorte : e — v — a — 
o— p — a. Ce nom est placé dans la partie N.-O. de 
la carte. L'Asie, à en juger par la disposition des 
lettres qui forment le nom de cette partie de la ter- 
re, occuperait donc dans cette carte seulement la 
moitié septentrionale de l'emplacement que tous les 
cartographes s'accordaient à lui attribuer. En effet, 



* 



— 136 — 

les lettres a — z — i — a sont placées au centre de 
l'Asie, et dans la direction de TE* à l'O. Mais il faut 
y joindre la partie orientale qui est désignée par le 
mot India écrit de cette manière : yn — m — a. D'a- 
près le système du dessinateur, l'Inde s'étendrait 
aussi depuis la Mer Rouge sur toute la largeur de 
V Afrique jusqu'à l'extrémité occidentale de ce con- 
tinent bornée par l'océan Atlantique, car les lettres 
qui composent le nom de cette contrée occupent 
toute la zone de terre située à l'extrémité de cette 
section depuis l'E. jusqu'à l'O., et le nom de l'Inde 
est répété de cette manière : in — di— a. Au dessus 
on lit : au — fki— ca. L'Afrique de cette carte se ter- 
minerait donc en deçà de la ligne équinoxiale, et l'A- 
sie à l'occident, en deçà des Paludes Meotides, à l'0. 9 
ainsi que semblent l'indiquer les mots Finis Asie 
(limite de Y Asie), inscrits à l'ouest de l'emplacement 
que cette mer doit occuper. La péninsule de l'Arabie, 
par suite du rôle que cette terre a joué dans l'his- 
toire du peuple de Dieu, est seule distinctement fi- 
gurée ; et nous croyons pouvoir lire à l'extrémité les 
noms estropiés d'^ra(bia) déserta (1). Non loin de 
là se voit un dessin d'une forme indécise représen- 
tant peut-être une tour sur une montagne. C'est le 
mont Sinàiy comme l'indique imparfaitement un mol 

(1) Voy. t. Il, p. 368. 



> 4 



— 137 — 

que nous lisons Syna. Le golfe Persique et la Mer 
Rouge sont bien distincts et peints en rouge. Ces 
deux mers sont figurées dans cette carte comme dans 
celle d'Hereford, § LVIl, et de Ranulphus Hydgen, 
§ LVIH, d'après la description donnée par Solin, qui 
dit : « la Mer Rouge pénètre dans la Car amante, et 
se partage en deux golfes, dont l'un à TE. est le 
golfe Persique, qui doit son nom à ce que les Perses 
ont habité cette côte. > 

C'est d'après cette théorie hydrographique que les 
cartographes avaient coutume de peindre en rouge 
le golfe Persique de la même manière que la Mer 
Rouge, ainsi que la partie de la mer Indienne avoi- 
sinant les deux golfes. Ces parages sont également 
peints en rouge dans les cartes qui témoignent d'une 
recherche plus scrupuleuse de l'exactitude géogra- 
phique. La Mer Rouge est coupée au N. par une 
bande blanche semblable à celle qu'on remarque 
dans la mappemonde de Ranulphus, § LVIH, et qui 
indique l'endroit où les Hébreux ont traversé cette 
mer. 

Dans le golfe Persique ainsi que sur la Mer Rouge 
sont tracées quatre lies sans nom, dont il serait assez 
difficile de constater l'identité. Sur la partie de la 
mer Indienne dans laquelle débouchent les deux gol- 
fes on remarque trois autres îles également sans 






— 138 — 

nom. La plus grande pourrait bien être la Cascandra 
de Pline (1), et les deux autres près de l'entrée du 
golfe Persique représenteraient les lies qu'on nom- 
mait Tylos (2). Enfin à l'ouest de l'Europe, il n'y a 
plus qu'une seule indication géographique assez peu 
lisible, Rhenus (lumen (le Rhin), dont nous ayons 
déjà fait mention. 

Il flous reste à parler des orbes des planètes. Ces 
cercles sont au nombre de neuf, et le nombre des 
petits cercles est moindre que le nombre des corps 
célestes désignés ; il n'y en a que six sur sept planè- 
tes, dont voici les noms : Luna, Mercurius, Venus, 
Sol, Mars, Jovis, Saturnus. Dans l'espace ménagé 
entre les orbes de chaque planète on lit une légende 
relative à la distance des planètes entre elles. Au- 
dessus du premier cercle qui parait représenter sim- 
plement le disque de la terre, est la légende 
vante : 



A terra ad Lunam sunt centum 
vigiiiU sex milia stadia que sunt 
15 miliarla. 



De la Terre à la Lune il y a cent 
vingt-six mille stades de quinte 
milles. 



Au dessus du second cercle : 

A luna ad Mercuriam sunt sep- [ De la Lune à Mercure il y en a 
tem milia DGCC. I sept mille huit cents. 



(i) Voyez au sujet de cette lie la note 1, p. 78 de l'analyse de la map- 
pemonde de Ranulphus Hydgen. 
(2) Voy. p. 79. 



— 139 — 

An dessus du troisième on lit : 

« A Mereurio ad Venerem un- 1 De Mercure à Vénus, même dis- 
9 tance. 



Au dessus du quatrième : 

• A Venere ad Solem viginli tria i De Vénus an Soleil vingt mille 
milia quatuor centum 36 miliaria. » | quatre cent trente-six milles. 

Au dessus du cinquième : 

c A Sole ad Martem quindecim I Du Soleil à Mars quinze mille 
nilia sexcenta 25 miliaria. » I six cent vingt-cinq milles. 

Au dessus du sixième : 

c A Marte ad Jo?em 12 milia S i De Mars à Jupiter douze mille 
centum et semisse miliaria. » | huit cents milles et demi. 

Au dessus du septième : 

« A Jo?e ad Saturnum tantum. » | De Jupiter à Saturne même dis- 

I tance. 

Au dessus du huitième : 

« Inde ad firmamentum 35 milia I De I* au Firmament trente-cinq 
4 centum 36. » I mille quatre cent trente-six. 



Au dessus du neuvième : 



• 8unt autem a terra usque ad 
eeram miliaria centum milia et 
t milia et trecenta septuaginta 
qiinque miliaria. » 



Or de la terre jusqu'au ciel il 
y a cent neuf mille trois cent 
soixante-quinze milles. 



§ LXXVIII 

XIV* SIÈCLE. 

ïïappemânde renfermée dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale 
dé Parte, qui porte le titre de Chrotrfcon ad annum MCCCXX. 

Ije manuscrit orné de cette mappemonde qui pa- 
rait avoir servi de modèle à toules celles qu'on ren- 



— 140 — 

contre dans les différents manuscrits de l'ouvrage 
géographique de Mariuo Sanuto est un volume grand 
in-folio, portant, dans le catalogue des manuscrits de 
la Bibliothèque nationale de Paris, le titre de Chro- 
nique depuis la création du monde jusqu*à Vannée 
1320. Cette chronique paraît avoir été composée par 
un Vénitien ( I ). Presqu'au commencement du volume 
est un petit traité géographique offrant d'abord les 
noms de plusieurs villes et contrées de l'Asie, de 
l'Europe et de l'Afrique, qui occupent à peine deux 
grandes colonnes du manuscrit. Le traité est conçu 
d'après le système de ceux qu'on rencontre dans les 
manuscrits de Raban Maur, et notamment dans 
l'ouvrage géographique attribué à Hugues de Saint- 
Victor, auteur du XII e siècle, dont il a déjà été fait 
mention (2). L'auteur place aussi le Paradis terres- 
tre à l'extrémité orientale du inonde, et il le sépare 
de la terre habitable par la mer, de la même manière 
que Cosmas au VI e siècle, Lambertus au XII e , et 
plusieurs autres cosmographes du moyeu-âge. En 
tête de ce traité se trouve la belle mappemonde que 

(i) Codex 4939. Chronicon a raundi creatione ad annum Christi 13S0. 
Aulhore Venelo quodam, qui ad calcem foluminis a censore anonymo 
et amaru lento adulaiionis arguitur. Is codex XI V saeculo exaratos vi- 
detur. (Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque). 

(*) Voyez tome P r de cet ouvrage ce que nous avons dit du traité De 
Situ terrarum de cet auteur, p. 63, 64, 65, 198, 32i, 404. 



— 141 — 

nous allons décrire, et qui est reproduite dans notre 
Atlas. 

En outre de cette représentation, le manuscrit offre 
plusieurs cartes ou plans : d'abord une curieuse carte 
spéciale de l'Egypte et de la Syrie, comprenant de- 
puis le littoral méditerranéen jusqu'au Tigre. La mer 
de l'Inde n'y est pas figurée au delà du golfe Persi- 
que. La carte suivante, non moins curieuse, représente 
la Terre sainte et les tribus juives. Au fol. 265, v° est 
un plan d'Antioclie grossièrement dessiné. La ville 
est entourée d'une enceinte bastionnée. Au fol. 266 
est le plan de Jérusalem ; il diffère de celui qui ac- 
compagne la mappemonde d'Hereford. Au fol. 324 
une figure représente les phases de la lune et quel- 
ques autres phénomènes cosmologiques. La mappe- 
monde et les deux cartes de la Syrie, de Y Egypte et 
de la Palestine sont seules enluminées. 

La mappemonde est parfaitement circulaire. Le 
haut de la carte est occupé par l'orient ; ainsi l'orien- 
tation est la même que dans presque toutes les car- 
tes déjà décrites. Au bas de la figure on lit : mapa 
mundi. L'océan n'est plus ici figuré comme dans les 
autres cartes du moyen-âge ; on remarque déjà plu- 
sieurs sinuosités des golfes, et le dessinateur a essayé 
de tracer les contours extérieurs des continents. 
M Asie est représentée comme la plus considérable 



— 142 — 

des parties du monde alors connues. L'Afrique aussi 
est plus grande que dans toutes les autres mappe- 
mondes antérieures, et Y Europe est la plus petite 
des trois. La Méditerranée , le PontEuxin (Mer Noire) 
sont déjà indiquées d'une manière très-remarqua- 
ble et avec plus d'exactitude. L'océan septentrional 
porte le nom de Oceanus Sarmalic (Sarmaticus). 
Toute la partie nord de la carte est en quelque sorte 
enfermée entre deux immenses chaînes de monta- 
gnes parallèles qui, s'étendant depuis l'extrémité oc- 
cidentale de la Stonie en Europe, atteignent presque 
l'extrémité orientale de Y Asie, dans les régions de 
la Scythie Asiatique. Aucun nom n'avertit de distin- 
guer la chaîne qui borde la mer du Nord, mais entre 
cette chat ne et l'autre qui en fait évidemment par- 
tie, on lit les mots suivants complètement estropiés : 
Montes Rifei, Sarmatia Asiatica (les monts Riphées, 
Sarmatie asiatique) (1). Quant aux immenses régions 
comprises entre les deux chaînes de montagnes, 
l'absence de toute espèce d'indication géographique 
particulière nous semble attester que cette partie de 
la terre était complètement inconnue au cartographe» 



(1) Ce système de montagnes a de l'analogie avec V Oural, tel que 
l'indique M. de Humboldt {Asie centrale, III, il). V Oural, dit-il, fixe Dft- 
tre attention par son étendue et la constance de sa direction députe 
YOust-Ourt entre la Caspienne et VAral, jusqu'au delà du cercle polaire 
ou à Test de l'Oki. 



— 143 — 

et ce qui tendrait encore à le prouver, c'est que le 
dessin des montagnes elles-mêmes est la reproduc- 
tion des traditions de l'antiquité. Leur position est 
précisément celle des monts Riphées d'Aristote, et 
notamment des géographes postérieurs qui les ont 
successivement reculés peu à peu vers le nord jus- 
qu'aux bords de l'océan glacial. Remarquonsen même 
temps que sur ce point cette carte diffère des autres 
mappemondes du moyen-âge. Car à cette époque, les 
montagnes qui donnent naissance au Dnieper sont 
toujours séparées des monts Riphées. 

Après ces détails généraux, venons à ce qui con- 
cerne spécialement chaque partie du globe dans cette 
curieuse représentation. 

EUROPE. 

La péninsule Hispanique, le golfe ou baie de la 
Manche sont figurés avec une exactitude remarqua- 
ble pour l'époque. Non seulement l'Espagne a bien 
sa forme péninsulaire, mais les fleuves principaux 
y sont indiqués. Les côtes du Portugal et de la Ga- 
lice présentent déjà des sinuosités qui rappellent la 
situation des différents ports de l'océan occidental. 
Le cap Finisterre est figuré ainsi que tout le littoral 
des Asturies. Le même progrès se fait remarquer 
pour les côtes situées sur la Méditerranée au S. et 



— 144 — 

à TE. Les Pyrénées, placées très exactement de TE. 
à l'O., s'étendent toutefois jusqu'aux montagnes des 
Asturies, qui, de la sorte, forment une continuation 
de la première chaîne. 

Le Tage 9 VEbre et le Suero fluvius des anciens 
sont indiqués, mais sans noms. La partie occidentale 
n'offre qu'un seul nom, Galicia (Galice), placé entre 
des montagnes; pour tout le nord de Y Espagne 
jusqu'au golfe de Lyon, on lit deux fois le mot Cas- 
tella, et pour la partie méridionale, Aragonna (l'A- 
ragon). 1 

Au delà des Pyrénées sont inscrits Gasconia (la 
Gascogne), Pictavia (1), Normania (la Normandie); 
dans la partie la plus occidentale, Britannia (la Bre- 
tagne) , puis la Seine, et au N., Picardia (la Picar- 
die ) ; ensuite, Parisius (Paris), Hanonia (Hainaut), 
Brabancia (Brabant), Francia, et en allant au N. le 
long de la côte occidentale , Fxia ( la Frise), Saxo- 
nia, Olfalia ( la Westphalie ) ; au N.-E. Slavia. A 
l'O. de ces contrées est une péninsule nommée Da- 
na.. . ; nous pensons que le cartographe a voulu figu- 
rer la Dania (le Danemarck) ; au N.-O. sont placées les 
Iles Britanniques; le Rhin, Y Oder sont aussi figurés, et 
le Danube ( Danubius) , même est inscrit ; il se jette par 



(1) Voyez plus haut, p. 7, note 1, et p. 62. 



— 145 — 

trois bouches dans la Mer Noire. L'hydrographie de 
ce fleuve est ici bien moins imparfaite que dans les 
cartes antérieures. Examinons les régions au N. et au 
S. de ce fleuve et les noms inscrits sur la côte de la 
mer du Nord et dans ces parages. D'abord Toronum 
est placé au N. d'un fleuve, sur lequel on lit : Odra. 
Au N. de Toronum est un grand fleuve qui déverse 
ses eaux dans la mer du Nord, et que nous croyons 
être YAlbis des anciens, aujourd'hui l'Elbe; près de 
son embouchure on lit : Unandus , peut-être encore 
le Viadrus de d'Anville (1); il sort d'une espèce de lac 
dans une région à TE. de la Pologne où on lit : Bar- 
barica, et traverse la Pologne , la Bohême et la Fran- 
conie. Au N. on lit : Rutlandia (2), Lintesunia (3), 
Riga, placé près d'un petit golfe ; à TE. Prucia (la 
Prusse); au N., Livonia P. (sic) (4); plus au N M Par- 
for ou Varsar (B). Au N. de ce uom, le cartographe 
place l'Esthonie, Esthonia P.; à TE. de cette contrée, 
près de la ceinture de montagnes septentrionale, 



(f ) Voyez aux additions. 

(2) Pent être pays de* Russes. 

(3) Ce nom estropié correspond à la Datia-Jutia (le Danemarck et le 
Jvtland) de la mappemonde de Sanuto à la Bibliothèque R. de Bruxel- 

IcS. 

(4) La Uwnie et la Poméranie se trouvent signalées dans la mappe- 
nonde de Sanuto à la Bibliothèque de Bruxelles. 

(8) Dans la mappemonde de Sanuto on remarque à cet endroit le 
pays des Slaves, c'est-à-dire des Fendes. 

m 10 



— 146 — 

Rirch?(l), et plus à l'orient, Rutenia (la Russie). 
Cette grande région s'étend vers le midi jusqu'au 
PonUEuxin ou mer Noire, comme l'indique le nom 
de Rutenia, répété à l'encre rouge près des côtes. 
En remontant le bassin du Danube, nous trouvons 
encore Curvalla (les Grisons) ; on pourrait aussi re- 
connaître dans ce mot, fort altéré, le nom de Car- 
mula (la Carniole), et dans un nom voisin, a l'O., 
celui de Cârnsten (la Carinthie) ; plus à TE. v se lisent 
clairement Austerici (l'Autriche), Ungaria (la Hon- 
grie). Dans la région alpine, il est curieux de re- 
marquer que les Apennins forment une partie inté- 
grante des Alpes. Cette grande chaîne de montagnes 
a la forme d'un fer à cheval, dont l'une des extré- 
mités porte sur V Italie inférieure, et l'autre sur la 
Macédoine, en Grèce (2). La Lombardie s'étend jus* 
que par dessus les Alpes. La Péninsule italienne est 
tracée d'une manière très exacte, ainsi que la mer 
Adriatique. L'Italie n'offre de noms lisibles que 
Marcia Rornandiola (3), Roma, Albanum (4), Apu- 
lia (5), et à l'extrémité méridionale, Calabria. ^u 
N. du golfe de Venise sont Forum Julii, qui a donné 
son nom au F ri oui, et Marcia Fiusina, la Marche 

(1) Voyez aux additions. 

(2) Sur ce sujet, voyez p. LXXXV de l'introduction du t. II. 

(3) Marche de la Romagne. (Voyez aux additions.) 

(4) C'est Albano. 

(5) Sur cette contrée, voyez t. IL, p. 185. 



— 147 — 

du Frioul, opposée à la M arda Romandiola, de 
l'autre côté du Pô. 

Dans les régions illyriennes, le mot Ystria (FIs- 
trie) est inscrit sur une espèce de péninsule formée 
par deux fleuves qui se jettent dans Y Adriatique, 
puis dans la Croacia (la Croatie) , plus au sud, on 
Mi Bina (i). 

Les contours de la Grèce sont figurés avec plus 
d'exactitude que dans la plupart des cartes anté- 
rieures. Sur cette terre classique, on ne lit que les 
uoms de Macedonia, Olipe (l'Olympe), Achaya, 
Tracia 9 et au milieu, Grecia. Dans tout cet espace, 
on ne remarque qu'une seule montagne placée au 
centre, et qui ne porte pas de nom, mais que nous 
supposons devoir être le mont Parnasse (2). Près 
des embouchures du Danube et vers les rivages de 
la mer Noire, est Messia (la liésie) (3). 

Au N. de la mer Noire, deux fleuves sans nom 
coulent du N. vers le S. et se jettent dans cette mer 
intérieure; ce sont, sans nul doute, le Dniester et le 
Dnieper. Le premier est voisin du mot Rutenia 



(i) Ce not représente Serei* (la Servie), comme nous l'avons reconnu 
sur la carte de Bruxelles. 

(1) Voyez au* additions. 

(3) Sur la Méste, «oyez t. II, p. 184, 315 et 316. Nous ajoutons ici que 
sur cette contrée on doit consulter le § 133 de l'ouvrage du docteur 
Portoftger, Knrxer Abrite êer mlten Géographie, p. 473. 



— 148 — 

écrit à l'encre rouge (1). Ils descendent tous deux 
d'une grande montagne, près de laquelle on lit 
Piradalia (?), peut-être Panigalia (2). Sur la pé- 
ninsule de la Crimée on lit Gazaria (3). Toute la 
grande contrée placée entre le Dnieper et le Tandis 
(le Don), est désignée sous le nom de Scythia infe- 
rior cujus prima pars Alania (la Scythie inférieure, 
dont la première partie est le pays des Alain s). A 
l'est coule le Tan aïs, limite entre l'Asie et l'Europe, 
selon la géographie systématique du moyen-âge; 
c'est pourquoi nous terminerons ici la description de 
l'Europe de cette carte. 

ASIE. 

Nous commencerons la description de cette vaste 
partie du monde par les régions septentrionales ; de 
là, nous passerons à l'occident; pour gagner l'extré- 
mité orientale, et terminer par la description de la 
partie méridionale figurée dans cette carte. 

Le Tandis, ou Don, qui sépare l'Asie de la Scythie 
inférieure, ou pays des Alains, est tracé dans tout 
son cours à peu près sous le même méridien; il 

(1) Voyez sur ce mot, t II , p. 212 , mappemonde de Lambertus da 
XII» siècle. 

(2) Les marchands de Galala et de la Krimée visitaient cette ville 
au moyen-age. Le commerce des céréales qui s'y faisait avait de l'im- 
portance. 

(3) Voyez sur ce nom Gazarie, p. 190 . Pegolotti parle de la Gazaria 
dans son livre Délia Praiica délia Mercatwra. 



— 149 — 

prend sa source dans les monts Riphées. C'est tou- 
jours la théorie des anciens géographes, comme 
uous l'avons constaté (t). 

À TE. du Tanaïs, coule parallèlement un autre 
fleuve, qui prend aussi sa source dans les monts Ri" 
phées ; mais tandis que le Tanaïs se jette dans la mer 
Noire, l'autre fleuve, nommé fluv. Otil (?) (2), va 
tomber dans la mer Caspienne. Ce tracé conviendrait 
bien un peu au Volga; mais il est plus probable que 
le cartographe a voulu indiquer le célèbre fleuve 
Oxus, se jetant dans lamerd'Hyrcanie. Aux abords 
de la mer d'Hyrcanie, du côté de FO., sont figurées 
les fameuses portes Caspienues et la partie du Cau- 
case où elles se trouvent. Là, on ne lit, du côté de 
l'occident, que le nom de la Colchide (Co/ci) et peut- 
être celui de Tlbérie (Iberia). 

Au delà du fleuve est la région Hyrcanienne (Fr- 
cania), portant la légende suivante inscrite près de 
la mer Caspienne : 

Istnd dicitur mare de Sara prop- i « Cette mer est dite de Sara (3) 
ter civitatemin quaimperatormo-l a cause de la ville où demeure 
ratur quod dicitur et Caspium prop- 1 l'empereur, elle s'appelle aussi 
ter vicinitatem ad montes Caspios I Caspienne à cause du voisinage 



(1) Voyez t. H, p. XLVIII, XLIX, 7, 61, 89, 98, 113, 114,180» 208, 
219, 326, 327, 426. 

(2) Ce mot peut bien être le fluviusOicAde l'auteur Bjsantin, Ménan- 
dre. HUu Légat, Barbarorum adRomanos. Plan Car pin nomme l'Iaïk,Saec 9 

(3) Sara y Sari dans d'autres cartes. Le cartographe veut probable- 



— 160 — 



el Georgicanie eadem causa. In eo 
erat vorago ubi descendebat aqua 
maria aed quod propter terramo- 
tum obturata fuit imo mare tumes- 
cit palma omni anno et jara plures 
bonae civitatesdestructœ sont tan- 
dem videtur quod debeat intrare 
mare Tane non absque niultorum 
periculo abet in circuito MMD mi- 
lîa et Sara usque Nogaicum po- 
nunt mil! a. Sed circa mare est rc- 
gio arenosa et immeraa in magna 
parte. 



des Monts Gaspiens (l), et mer de 
Géorgie par la même raison. Il y 
existait un gouffre où descendait 
l'eau de la mer (*). Mais il fat 
fermé par un tremblement de terre. 
Depuis lors la mer augmente cha- 
que année d'une palme et déjà 
plusieurs bonnes villes ont été 
détraites de telle manière qu'elle 
finira par entrer dans la Mer de 
Tana (3), non sans danger pour 
beaucoup de lieux ; elle a 2,300 
milles de circuit, eton lui en donne 
mille depuis Sara jusqu'aux Nogaî- 
ques; mais autour de la mer est un 
pays sablonneux et submergé en 
grande partie. 



A considérer cette légende, dans laquelle le carto- 
graphe du XIV* siècle reproduit la tradition du fa» 



ment indiquer Sara, capitale du Mazanderan et le principal marché de 
la Province. Sari était le centre d'un commerce étendu (Voyez Fie de 
Timour, par le Chereffeddin, liv. III, ch. XIX).— Denys le Periégètedit 
aussi que cette mer a des abîmes (vortices) profonds. 

(1) Le cartographe donne-t-il à cette mer le même nom que les Ara- 
bes (Dfordjan), comme on le voit dans Aboulféda, en l'appelant mer de 
Géorgie? 

(2) Ce gouffre, mentionné par Aristote dans ses Météorologiques y e&i 
aussi indiqué par Pline. « Il est presque superflu de faire observer 
(dit M. de Humboldt) que d'après ce que nous savons sur les différences 
de hauteur des deux mers, l'écoulement du bassin inférieur dans le 
bassin supérieur (le Pont) n'est pas admissible. La supposition gratuite 
de ces issues souterraines est d'ailleurs universellement répandue. 
C'est une tradition populaire qui natt de l'ignorance de l'effet de l*é- 
vaporation des mers intérieures. » {Asie centrale -, t. Il, p. 166 ) 

(3) Tana, est l'ancienne Tanaïs dans la mer d'Azoff. Son commerce 
était très-considérable. La navigation du Don (le Tanaïs) et du Volga 
ouvrait a la ville de ce nom des communications avec Moscou, Astret- 



— 161 — 

meux gouffre qui servait, selon Aristote, de déver- 
soir aux eaux surabondantes de la Caspienne, 
s'écoulant vers le Pont-Euxin, il nous semble que ce 
cartographe a confondu la mer tfAral et la Cas- 
pienne. Il est à remarquer aussi que le nom de mer 
(TAbakou, donné à cette mer par Marco Polo, n'est 
pas mentionné ici. 

Un autre grand fleuve, prenant sa source dans les 
montes Scythiœ, se sépare en deux branches qui 
vont se jeter, par une seule embouchure, dans la 
mer Caspienne. Ce fleuve coule de l'E.-N.-E. vers TO. 

À l'orient de la région hyreanienne est la légende 
suivante : 



« Iocipit regnum Cathay (1).» 



Ici commence le royaume du 
Cathay. 



hm, serai; et certaines productions de la Perse et des Indes apportées 
par les caravanes du Catay et de la Boukharie affluaient à F embou- 
chure du fameux Tanaïs (Voyei Viaggio alla Tana, par le Vénitien Jo- 
saphat Barbaro, en 1436). Marco-Polo en parla au XIII* siècle dans 
ses relations (Voy. édit. de la Société de géographie, chap. CLXXXV.) 
(1) Selon De Brosses le nom des Scythes avait dégénéré vers le Midi 
en celui de Kittes, et le nom de Scythie en celui de Katay, Kitay. Dès 
le temps de l'expédition d'Alexandre, les historiens font mention des 
Cataei habitant vers l' H y phase et ayant pour capitale la ville de 
Sangala. Le grand empire du Katay de Marco Polo occupait une im- 
mense contrée dans le milieu de l'Asie, la petite Bukharie, le royaume 
de Kasgar, les pays des Kalkas et des Mongols, la Chine septentrionale. 
Dans la carte que nous décrivons, le nom paratt désigner le pays des 
Mongols. De Brosses relève le tort que l'on avait de confondre d'ordi- 
naire le Katay avec la Chine ; c'était, selon lui, un empire plutôt tar_ 
tare que chinois. Du reste, ce nom avait une acception très vague : 



«k 



_ 152 _ 

Plus à l'orient, est signalé l'empire du Grand-Khan : 

« Hic $uu msfmu cemis (1). » Ici est la résidence da Grand- 

Khan. 

Le commencement du royaume du Kctiay, dont 
il est question dans la première de ces deux légendes, 
c'est la Tartarie, et la seconde se rapporte au pays 
des Mongols. En effet, plus loin, nous remarquons 
une légende par laquelle le cartographe indique la 
chatne septentrionale. 

Plus loin, vers Torieut el dans le voisinage des 
montes Scythiœ, est la partie septentrionale du 
Tibet: 

«Sytiafë) siveregnumCathay. • , La Scylhie ou le royaume da 

> Katay. 

Rubroack ou Rubriquis regarde le Katay comme le pays des Sères. 
Marco Polo, cap. VIII, dit que Kouhlaî-Khan était seigoeur de tous les 
Tartares (Voyez édit. de la Société de Géographie de Paris, p. 5). 

(1) C'est peut-être A'ara-Koimm de Rubrouck, séjour du Gran-Khan. 
Nicolao Polo, père du fameux Marco Polo avait été au XÏH« siècle, 
un siècle avant l'exécution de notre carte, à la cour du Grand-Khan 
Koublaî. Sa puissance était si grande à cette époque, que ce souverain 
jes Mongols menaçait a la fois l'Europe et la Palestine. Le pape, le roi 
de France, l'empereur d'Allemagne avaient été sommés de reconnaître 
la toute puissance du Grand-Khan. ( Mathieu Paris, Historia Major y ad 
ann. 1241, et ibid. ad ann. 1246.) 

(2) Voici l'étymologie du nom de Scythie, selon de Brosses : • Le 
Ghronicon Paschale lire le nom des Scythes, ou Schoudts du mot Zihcn 
qui veut dire Voyageurs. D'autres, de l'esclavon Skitaiisia qui veut dire 
tagari. Leibnilz dit que Scythe est le mol allemand Schutze qui signifie 
archer : dérivation fort heureuse en supposant que la langue teutonique 
lit plusieurs termes communs avec la langue scy inique. La vraie si- 
gnification du mol est donc Archer, tireur de flèches, exercice dans lequel 
les Scythes sont surtout célèbres chez les anciens. • 



— 158 — 

Cette région est placée entre une chaîne nommée 
montes Caspii (1), et d'autres montagnes qui s'éten- 
dent jusque dans l'Inde, et dont nous parlerons 
ailleurs. 

Là aussi se trouve une deuxième mer intérieure, 
portant, comme les montagnes qui l'environnent, le 
uom de Caspienne (Caspium mare). Cette vague 
indication témoigne peut-être de quelques notions 
confuses sur l'existence du lac Aral (2). Peut-être 
bien y reconnaîtrait-on aussi des notions empruntées 
aux Arabes, mais mal comprises par le cartographe, 
et modifiées encore par l'influence de la théorie des 

(1) Il est vrai que les bords orientaux de la mer Caspienne présen- 
tait une longue et triste chaîne de rochers arides et de dunes sablon- 
neuses, dont quelques unes s'élèfent à une hauteur de 60 pieds. Voyex 
sur le Mont Caspius, le système géographique d'Eratosthène et d'H ip- 
parque, le Mémoire de M. Walckenaer, Mém. de l'Académie des Ins- 
criptions, t. VII. 

(2) M. de Humholdt dans le t. Il de son Asie centrale, p. 213, dit que 
la double dénomination de Mare Caspium elHyrcanum donnée au même 
bassin par toute l'antiquité classique, et plus encore une notion vague 
et très anciennement répandue de l'existence du Lac Issicoul ou Te- 
nourton , ont fait méconnattre le Lac Aral, L'illustre savant citant à 
ce propos la mappemonde de Sanuto, publiée par Bongars, ajoute : 
« On voit dans cette carte deux mers Caspiennes, c'est-à-dire : 1* un 
Mare Yrcanum on de Sara (de Saray) dépourvu d'Iles, séparé de la mer 
Noire, par la Géorgie et les Portœ Ferreœ, mais communiquant à TE. 
par on long fleuve ou Mare tenebrosum avec la côte orientale de Y Asie 
où habitent les Tartares et les Sères : 2° un peu au S.-E. de ce Mare 
Yrcanum, à TE. des monts Gog et Magag, de la Scythie, un Mare Cas- 
pium rempli d'Iles et offrant un bassin entièrement isolé. Ce dernier foc 
T (présente peut être l'Aral qui est le Iak des Iles. • 



— 164 — 

anciens, qui croyaient que ce lac était une partie de 
la mer Caspienne, comme l'observe Buflbn. Cet 
illustre savant concluait de là, avec raison, que la 
trop grande étendue en longitude donnée ancienne- 
ment à la mer Caspienne, était une suite de cette 
opinion erronée (1). 

Pierre d'Ailly pensait aussi qu'il y avait deux mers 
Caspiennes, Tune isolée et tout-à-fait intérieure, 
comme nous la voyons figurée dans cette mappe- 
monde; l'autre communiquant avec la mer Gla- 
ciale (2). 

Quant aux notions des Arabes, dont le cartogra- 
phe a pu s'inspirer, si Ton consulte la relation d'À- 
boulféda, on reconnaîtra une autre source des er- 
reurs de cette carte dans l'incertitude des idées 
qu'avaient les géographes orientaux sur la configu- 
ration de la mer Caspienne. Aboulféda dit que cette 
mer est ronde ou presque oblongue, d'autres, 
ajoute-t-il, la font triangulaire comme une voile (3). 
Ailleurs, reproduisant Ibn-Sayd, il s'exprime ainsi : 
c La montagne du Syâkouh embrasse toute la lar- 
« geur du sixième et du septième climat (à l'E. de 

(1) Buffon, Hist. Sat., t. II, in-12, p. 160-161, voyez Ste-Croix, Êxa~ 

Mtffty P* 717» 

(2) Voyez sur cette opinion concernant l'existence de deux mers 
Caspiennes, Hommaire de Hell, t. III, p. 216. 

(3) Voyez Aboulféda, trad. de M. Reinaud, t. II, p. 43. 



— 155 — 

c la mer Caspienne), et elle fait ensuite le tour de 
« la mer Caspienne jusqu'au N. de la ville de la 

< Porte (1). Du côté de l'orient, sont les campagnes 

< où errent les tribus turkes appelées du nom de 
c Gorzes; ces campagnes s'étendent jusqu'aux bords 
« du lac de Karism. » 

En comparant ces détails au tracé de notre carte, 
il nous semble reconnaître, autour du second bassin, 
les montagnes indiquées par Ibn-Sayd et Âboulféda; 
d'un autre côté, l'un des bassins approche beaucoup 
de la forme relatée par ces géographes ; celui même 
qui est plus à l'E., et qui porte le nom de Caspienne, 
représente assez bien une voile triangulaire. Cepen- 
dant, la direction de la partie occidentale de la chaîne 
figurée sur la carte n'est pas d'accord avec le récit 
des géographes arabes : les montagnes font, il est 
vrai, le tour de la seconde Caspienne, du côté du N., 
elles viennent aussi se joindre au Caucase, mais non 
pas auprès du passage de Derbent, ou des Portes de 
Fer. Ici, comme dans toutes les cartes de Sanuto, 
les fameuses Portes Caspiennes sont indiquées à PO. 
de la vraie Caspienne, de celle que notre cartographe 
appelle mer cTHyrcanie (mare Hyrcanum) (2). 



(1) Derbend. Voyez Aboulféda, trad. de M. Reinaud, t. If, p. 347. 

(2) Le dessinateur de cette mappemonde parait avoir fait avec les 
deux noms de Mer Caspienne et d'Uyrcanie deux lacs distincts. Voyez 



— 156 — 

La direction des montagnes de cette partie de 
l'Asie, la direction et le cours des affluents des deux 
mers, n'ont rien de commun avec les indications de 
la carte d'Édrisi (1), non plus qu'avec celles d'ÀJba- 
teny et de Massoudy (2) : notre carte ne s'accorde 
avec les trois géographes orientaux que sur un seul 
point : elle offre trois bassins. 

À l'E.-S.-O. de la seconde mer Caspienne, le troi- 
sième bassin, qui reçoit quatre fleuves, est encaissé 
dans la seconde chaîne des montagnes du N. de l'Asie 
qui correspond à Ylmaùs des anciens. 

Ptolémée avait confondu aussi le lac Aral avec la 
mer Caspienne, et il dirigeait par conséquent la plus 
grande largeur de son bassin dans le sens des paral- 
lèles. Dans les écrivains byzantins, Niebuhr a re- 
connu un renseignement positif sur le lac d'Aral 
chez Ménandre (3). 

sur ces dénominations chez les auteurs anciens, les savantes recher- 
ches de M. de Humboldt dans son ouvrage sur Y Asie centrale, t. II, 
p. 167. Nous ajouterons ici que depuis Cosmos au VI e siècle jusqu'à 
Sanuto au XIV e siècle, c'est-à-dire dans l'espace de plus de 800 ans, 
nous ne rencontrons dans les cartes qu'un seul nom, celui de Mare 
Caspium ; aucun monument de cette longue période du moyen-âge, 
n'offre les deux noms de Caspienne et d'Hyrcanienne, appliqués à deux 
mers différentes. Constatons donc ici le premier exemple de cette con- 
fusion. 

i 

(i) Voyez cette carte dans le t. I de la traduction d'AbouIféda, par 
M.Beinaud. 

(2) lbid, p. CCLXXXU. 

(3) M. de Humboldt a transcrit le passage de Ménandre cité par Nié- 



— 157 — 

Auprès des montagnes dont nous venons de par- 
ler» se trouve un nom fort peu intelligible, que Ton 
peut lire mons Parspamisus, ou mons Sericus, et 
que nous avons vu déjà dans les monuments anté- 
rieurs, écrit Parcoatras (1). Au midi de cette chaîne, 
les deux seules régions signalées sont Bactra (la 
Bactrianc) et Armenia (l'Arménie). Le pays, à l'o- 
rient de la Bactriane, parait être inconnu au carto- 
graphe. 

La chaîne du Caucase se prolonge, dans cette 
carte, jusqu'aux extrémités les plus septentrionales 
de la mer Caspienne, et en cela, le cartographe du 
XXV e siècle nous montre combien à cette époque on 
était resté fidèle aux opinions des auteurs anciens. 
Néanmoins, et c'est beaucoup, la mer Caspienne 
figure déjà comme une mer intérieure ou méditerra- 
néenne ; l'on reconnaît bien encore le golfe formé 



bnhr (Voyez Asie Centrale t. II, p. 183.) Nous ajouterons qu'an compa- 
rant les recherches de M. de Humboldt avec la forme du troisième 
bassin de l'Asie Septentrionale, dans cette mappemonde, il nous semble 
que le cartographe a sans doute voulu figurer Y Aral. En effet ce lac 
dans cette carte et dans celles de Sanuto est rempli d'Iles, et d'après 
les recherches de M. de Humboldt, le mot Aral signifie île en Mongol, 
et dans le dialecte turc-khirghiz, et en Sibérie. Cet illustre savant a 
trouvé très répandue l'idée que le lac Aral signifie lac des lies. (Voy. 
Humboldt, Asie Centrale, t. II, p. 256 note.) 

(1) Ce mot parait emprunté à des cartes antérieures dans lesquelles 
ont été confondus les noms des monts Paropamisus et Cohatras indiqués 
* la suite l'un de l'autre par Solin. 



— 158 — 

par la mer du Nord ou par l'Océan Scythiqoe ; mais 
ici, ce golfe est tout-à-fait environné de montagnes. 

En passant à la partie occidentale , nous trouvons 
d'abord les contours de Y Asie-Mineure , mieux des- 
sinés que dans les monuments précédents ; ils ren- 
ferment peu de noms : Frigia Minor (la Petite- 
Phrygie), Ylium (Troie), près du Bosphore; Liéia (i) 9 
Galatia (2), Licaonia (3), Calcedonia ( (Calcé- 
doine) (4) ; puis, vers TE. : Frigia Maior (la Grande- 
Phrygie), et Biiinia (5); enfin, presque au centre : 
Asia Minor (Asie -Mineure) et Yconium. Au delà 
d'une branche du Caucase , viennent ensuite : 
Ysauria (6), Jftsta, puis sans doute Iama t Licia 
(laLycie) (7), Cilicia (8), Pamfilia (la Pamphylie), 
Armenia, YArmenia Minor des anciens géographes, 
et enfin Capadocia (la Gappadoce), placée entre le 
Caucase et l'Antitaurus ; mais l'Antitaurus n'est plus 
figuré comme dans les cartes antérieures. 

Sur la Syrie, on ne lit pas un seul nom; celui de 
cette contrée même n'a que deux lettres Sy... 



(1) Sur celte contrée, voyez t. II, p. 120, 188 et 223. 

(2) Sur la Gaiatie, voyez t. II, p. 187, 188 et 379. 

(3) Sur cette contrée, voyez t. II, p. 120. 

(4) Sur ce pays, voyez t. Il, p. 146 et 378. 

(5) Sur ce pays, voyez t. II, p. 113, 114, 186, 270 et 379. 
($) Sur l'isaurie, voyez u II, p. 373. 

(7) Voyez V II, p. 120, 186, 188 et 376. 

(8) Sur la Cilicie, voyez t. Il, p. 37, 33» 66 et 187. 



— 159 — 

(Syrie)» Les côtes sont aussi dépourvues de noms. 
Gela est d'autant plus remarquable, qu'au XIV e siè- 
cle les rapports avec tout ce littoral étaient très-fré- 
quents. 

A l'orient de la Syrie, nous rentrons dans les ré- 
gions situées entre l'Euphrate et le Tigre. La pre- 
mière contrée que le cartographe signale est la Chal- 
dée (Caldea). La direction et le cours de l'Euphrate 
sont assez irréguliers ; il se jette dans le golfe Per- 
sique par trois embouchures, au lieu de deux, qu'on 
remarque dans certaines cartes anciennes (1). Le 
mot Eu fraies , écrit à l'encre rouge, est placé près 
des 1 ; sources, et voisin néanmoins du mot Mesopo- 
tamia* écrit de la sorte : Me-so-pù-tcwnia. Le Tigre 9 
qui se jette aussi dans golfe Persique (2), est tra- 
versé par les noms de la Médie (Media), dans la 
partie supérieure de son cours, et de la Perse (Per- 
sta), dans la partie inférieure. 

L'Assyrie (Asyria) est au pied de la chaîne du 
Taurus, entre le Tigre et quatre autres fleuves sans 
noms, mais que nous reconnaissons pour le Lycus (3); 

(1) Sur l'Euphrate, voyez t. II, p. 16, 19, 21, 54, 140, 142, 144, 187, 
189, 222, 224, 225, 343, 347, 349, 351, 359, 360, 361 v 363, 364, 36T. 

(2) Voyais mot à la table dos matières do t. II. 

(3) Sur ce fleuve, voyez t. II, p. 378. Cf. Strabon à la fln du ïîv. XII 
Mae, Ut. II, cap. CI1I. Rapprochez de ce que disent au sujet de ce 
fleuve Curtius, liv. III, cl, et Saumaise in Solino, p. 582. 



— 160 — 

le Caprus (1), le Gorgus (2) et le Sitla (3). A l'orient 
de ce dernier, est le pays des Parthes, écrit Parcia 
(Parthia) (4). 

Nous voici arrivés à la partie méridionale de l'Asie, 
et là, plus qu'ailleurs, fourmillent les erreurs, non 
seulement en ce qui concerne la configuration des 
côtes, mais aussi dans la direction et dans le cours 
des fleuves. La Péninsule arabique est mal contour- 
née et se projette trop à TE.; on n'y lit que son 
nom : Arabia Eudmon (Arabie Heureuse). On y re- 
marque six montagnes sans noms (5) et un seul 
ileuve, dans lequel nous pouvons reconnaître le 
Prion fluvius des anciens (6), malgré la fausse direc- 
tion que lui donne le cartographe, en le faisant tom- 
ber dans le golfe Persique, tandis qu'il se jetait dans 
l'Océan Indien. 

Les deux golfes Arabique et Persique sont égale- 
ment dans une mauvaise direction ; on n'y lit pas 
un seul nom. Le dernier, par une erreur étrange, 



(1) Sur ce fleuve appelé Caper ou Caprus, voyez Cellarius, Geograpkiœ 
Antiquœ, t. Il, p. 152, 171 et 765. 

(2) Gorgus, fleuve de l'Assyrie, voyez Cellarius, t. II. p. 765* 

(3) Sur le Silla, fleuve de l'Assyrie, voyez Cellarius, t. Il, p. 75t. 

(4) Sur La Partbie, voyez t. Il, p. 183 et 359. 

(5) Probablement les monts Hélar, chaîne qui sépare l'Arabie Pétrée 
de la Palestine. 

(6) Sur le Prion, fleuve de l'Arabie Heureuse, voyez CtUarius, L II, 
p. 702. 



- f6! - 

reçoit V Indus et quatre fleuves sans noms ; mais il est 
facile de «reconnaître que le cartographe, vaguement 
éclairé, soit par les géographes anciens, qu'il n'a pas 
compris, soit par des cartes barbares, a voulu indi- 
quer le Sinarus (1), VHydaspes (2), YAcénnes (3) 
etYHydraolè${l). 

L'Inde méridionale est encore tracée d'une ma- 
nière plus incorrecte que les autres parties de l'A- 
sie : toutes les côtes sont figurées en ligne droite, à 
l'instar de la Table Théodosienne ; on n'y voit pas 
une seule trace de la projection de la Péninsule 
indienne. Aucun nom n'est inscrit sur cette vaste 
région, désignée par cette indication : 

■ India parva qnae Ethyopis (1). » I Les petites Indes, pays des Ethio- 

| piens. 

La même absence de noms se fait remarquer sur 
Y India Magna (les Grandes-Indes) (5), où cette 



(1) Arrien parle de ce fleuve. 

(t) Voyez sur ce fleuve, t. Il, p. 349, 352, et Arrien. 

(3) L'Acésines, mentionné par Arrien, est le plus considérable des 
fleuves du Pendjab. Tous les auteurs anciens et modernes sont d'ac- 
cord sur ce point, qu'il reçoit l'Hydaspe (ou Chelum) venant de l'ouest, 
et lHydraotes (ou Ravée), venant de l'E. Arrien assure que YHypfuuis, 
XtStarauge et le Neudrus, c'est-à-dire \eBiah, le Sailudj, le Caûi, se réu- 

1 ' nisseat à YAcésines, soit directement, soit comme affluents de YHy± ■ 
ér+otèê, mfaXAyeen akbary les fait tomber dans Y Indus sans le itypif»^ 
d'aucun fleuve intermédiaire, beaucoup au dessous de Moulian. • ^W 

(4) Sur l'Hydraotès, aujourd'hui Bièh, voyez t. Il, p. 392. 

(5) Voyez aux Additions. 

M H 



— \& — 

désignation est absolument seule. Là encore se 
trouvent six fleuves sans noms, coulanttdu nord 
jiu midi» et prenant tous leurs sources dans une 
chaîna de montagnes également sans nom. Essayons 
cependant de débrouiller ce chaos hydrographique. 
y La première chaîne de montagnes, à TE. du golfe 
Persique, représente les Persici montes des cartes 
de Ptolémée (1). Le fleuve placé plus à l'O. corres- 
pond, selon nous, au flutrius Arabs de Ptolémée (2), 
qui descend du Betius mons, sur les cartes de ce 
géographe (3). Le second fleuve, à l'E., correspond 
au Namadus (4); le troisième doit être le Nana- 
guna (S); ces deux derniers ont leurs sources dans le 
Vindius mons, qui n'est point du tout sur notre carte 
tel que le représente Ptolémée. Le quatrième fleuve, 
toujours à TE., correspond au Pseudostomus (6); 
le cinquième au Baris , qui se jette dans la rivière 
de Cranganor, près de l'embouchure de cette der- 



(1) Voyez aux Additioas. 

(2) Vojm aux Additions. 

(5) Voyez aux Additions. 

(4) NotpàdrK (Narmada ; Nerbodda). Ce fleuve de VRInéêustan prend 
sa source au plateau d'Ornouetntôc, dans le Gandouna ; il se jette dans 

? *& Au NovorfoOa. Le Tarty ou Tapty , fleuve de Y HindouUfjf ^fal prend * 

à l'O. du Gaudnana, passe à Surate, et se plié' dans le 
deC*mbaye. 

(6) Correspond peut-être au Garsippa ; c'est la rivière de Mënflar, 
selon Gosselin. Recherches, 1. 111 „ p. 227. 




— 163 — 

tiière; et enfin le sixième, au Solenus (1), du 
géographe ancien. Notre cartographe a fait du 
Belligo mon* (2), où ces trois derniers ont leuri 
sources, trois montagnes distinctes, tandis que 
dans Ptolémée elles forment un mamelon ; il est 
rrai qu'un peu plus au nord, est dessinée une chaîne 
do montagnes ; mais nous aurons lieu d'en parler 
ailleurs* Plus loin, h TE. du dernier fleuve, nous 
croyons reconnaître le Chaberus (3); et enfin, à l'o- 
rient de celui-ci, le Tyna, descendant d'une mon- 
tagne également sans nom, mais dans laquelle on 
reconnaît les Ordii montes de Ptolémée (4), bien 
qu'ils soient mal placés ici. De ce point , jusqu'au 
Gange^ le cartographe ne signale plus âtfctm 
des fleuves Indiqués par les géographes anciens. 
\j& Gange lui-même , dans cette carte, est placé 
toutrà-fait à l'orient , d'après les théories sfstétm - 



(1) Solenms est le Feyp Arrou d'aujourd'hui. 

ft) Bettigo mont, montagne de Vinete qtd eovtcapoid aux hauteur* 
des£«ff«f ou Ghats-G*à, chaîne de montagnes de YHi*douita*îqpi 
eoort du N. au S. le long de la cote occidentale, depuis le tarie 
Apfy* dont nous avens paflé plus haut, jusqu'au cap ComoHn. 

(3) Ckmbtrus (Xàprjpo;). Ce fleuve correspond au Cav ry d'aujourd'hui, 
qui est un fleuve de YUindoustan , affluant du golfe du Bengale, et y 
divisé emUkÊÊÊéattt nrancnes , dont 1* plus méridtaate pitMIg^fom 
que DdttMblqwMis plus haut. '^fe 

f4) Tgm correspond an Kisfnah ou xteftna, fleuve de XHfndûWÊHb^ 
qui prend sa* sfeurcé dans les montagnes des Gtttia, et srfjetv* êgdkt- 
ment dans le golfe du Bengale. 






— 164 — 

tiflues de plusieurs géographes anciens, adoptées 
par un grand nombre de cartographes du moyen* 
Ége, et déjà mentionnées souvent dans cet ou- 
vrage (1), C'est vers cette extrémité orientale 
de l'Asie que se lisent, un peu au midi, les 
mots Finis Indie. En remontant de ty le long de 
la èôte orientale , vers le nord , nous rencontrons 
le sinus Gangeticus , ou golfe du Bengale , et sur le 
continent, la légende : 

« IndiM superior JohanU Pïetby- Les hautes Indes du prêtre Jean. 
tari.* 

Le système orographique de l'Asie est tout-à-fait 
birarre dans cette carte : il présente presque autant 
de confusion que le tracé des fleuves. Le Caucase, 
le Taurus, les montagnes de l'Inde, l'ancien Imaûs , 
les Emodes montes (2), se lient tous étroitement, et 
forroetit une seule chaîne de montagnes. Nous nous 
bornons à cette simple indication, notre dessein 

étant de revenir sur ce sujet dans la description des 

< 

autres mappemondes de Sanuto. 
*> Au delà du sinus Gangelicus, deux fleuves des- 
cendent des montagnes de la Scythie orientale. H 

(^Vojei p. LXXXVI et suiYantes de l'Introduction dttfclL 

toéet mont* correspondent à YHiwtaUtya, selon Ijfltns , et à 
VtmmU, selon d'autres. Cette chaîne de montagnes est placée entre 
l'fflndoustan et l'empire chinois, et se rattache à l'O. aux monts Hin- 







— 165 — 

nous semble que le cartographe a voulu indâftier V 
VAurea Regio (le pays de l'or) de RolSm&t ; les/ 
deux fleuves correspondent donc au Palandas (i)*Q£ 
à YJstabas (2). 

Telle est l'Asie de cette carte. Nous allons passer 
& l'Afrique, contrée pour laquelle nous trouverons 
une pauvreté de détails encore plus grande. 

AFRIQUE. 

Ce continent, d'une configuration tout-à-fait arbi- 
traire, présente un mélange de notions empruntées 
aux anciens et aux Arabes. Au S. de la Regio Vil 
montium, la côte se projette sur une ligne à peu 
près droite vers l'orient, d'après la théorie systéma- 
tique des anciens (3), et l'extrémité de cette ligne 
eft sous le même méridien que le Katay, de sorte 
que la mer Indienne devient une mer méditerra- 
néenne. C'est la configuration donnée à l'Afrique 
orientale, à la côte de Zengis et Sofala, dans la 

r * 

carte d'Edrisi du manuscrit d'Oxford : l'Asie et 
l'Afrique y forment un immense golfe (mer de Sind 
ou Hind) , qui s'étend de l'embouchure de la mqr 
Rouge aux extrémités orientales du monde counu (4). 

(1) Voytft aux additions. 

(2j CTettle Tsampou, rivière d'Ava. 

(3) Voyez ce qtie nous avons dit sur ce sujet, 1. 1% p. 206. 

(4) Noam reviendrons sur ce sujet en traitant d'autres cartes du 
mojen-ége dressées surtout par les Arabes. 



— 166 — 

v' l/fcirique est ainsi tout entière bien en deçà de 
yTÀquaieii|fc H^système orographique et la distribu- 
mp <fo pays reproduit, avec oou moin* de «s- 
semblances, les tracés des manuscrits d'Ibn-Wardy, 
comme nous le montrerons plus en détail dans lésa- 
m#u des cartes orientales. La partie septentrionale 
est/ comme cela devait être, la mieux connue de 
l'auteur, et, néanmoins, fort pauvre de noms. 

Sur le littoral de la Méditerranée sont seulement 
les noms de Mauritania, Numidia (1), Cartago, 
Z eu gis (B), Bizacena (3) (province de la Byzacène), 
P. TripolUana (province Tripolitaine) (4), Syrie* 
Mqfûres (les graudes Syrtes), Pentapolis (la Penta- 
pû)û (5), et Libya Cyrenensis (6), en lisant de l'O. 
à l'E. Les contours hydrographiques de cette côte 
sont plus imparfaits que dans d'autres cartes de ce 

r 

sièfde : nous le reconnaîtrons ailleurs. À quelque 
distance de la Libya Cyrenensis, est le Nil, mais 
sans nom, à moins que celui d'Egyptus, au lieu de 
s'appliquer au pays, n'ait, dans la théorie de l'auteur, 



(1) Sur la région de ce nom, voyez t. II, p. 30, 97, 121, 194, 211. 
234,382,3*3,384. 

(2) Voyez, sur ce pays, 1 1", p. 65 et 382. *- 

(3) Voyez sur ce pays, t. II, p. 191 et 3S6. 
14) Voyaa swetllt région, t. II, p. til 

(5) Voyez s*r te pays, t. Il, p. sa, 68, 234 et 4M 

(6) Sw le pays de ce non, voyez t. II, p. 4*1. . 



— 167 — 

la signification du fleuve Egypttfe d'Homère. iQuoi 
, qu'il en soit, le cartographe a suivi tel indications 
de Ptolémée; il fait venir ce fleuve du S. et le dé* 
verse dans la Méditerranée. 

Les montagnes au midi, dans lesquelles le Nil 
prend sa source, bien que sans nom, représentent 
probablement, selon l'intention de l'auteur, les fa- 
meuses montagnes de la lune. Près de là, on lit : 
Nubia. Deux fleuves principaux, descendant des 
montagnes, viennent former le Nil; et à TE., un 
autre fleuve, qu'il est facile de** reconnaître pour 
YAstaboras, sortant d'un lac voisin, de la mer Rouge , 
se jette également dans le Nif (1), auprès duquel 
on lit ; 

« P. Oburge Eth jopia inferior. » | Province de basse Ethiopie. 

Sorti des mômes plateaux, un troisième 
traverse l'Afrique de l'E. à l'O., et va setter 
l'Océan Atlantique. Ce fleuve ne porte pas de nom ; 
mais il est évident que c'est le second Nil des géo- 
graphes systématiques du* moyen-âge. Remarquons 
cependant que la théorie du cours de ces fleuves est 
déjà plus régulière et plus conforme aux systèmes 
d'Hipparque et de Ptolémée, que tous les tracés 




»» 






(t) VjâMU&oras est aujourd'hui la rivière SsJtatf, <g0fflpn<t si aoufte 
dans l'Abyssinie et se jett+dass le NU, en tlubi*. $ 




— 168 — 

des dtules antérieures. A. l'extrémité orientale , on 

Ht: A* 

* ■ • 

• Ethyopit et Btrbari. > | L'Ethiopie et les Barbares (i). 

Cependant, le grand fleuve reçoit dans sa traver- 
sée un affluent sans nom, sorti d'une montagne 
placée un peu à TE. du méridien des Syrtes. Plus 
au N., un petit fleuve venu d'une montagne à l'E., 
sous le méridien des Grandes Syrtes, coule vers l'0 M 
jusqu'à une autre montagne placée sous le méridien 
de la Byzacène (2). Non loin de l'Egypte, est Gara- 
mancia P., le pays des Garamantes (Phézanie), ren- 
fermant quatre montagnes : celle du qord peut cor- 
respondre au Ziltan , ou Seluban ; celle du S. , aux 
montagnes de Tibesti et à la chaîne de Zeghen et de 
Erye, qui, dans la carte de Rennell, entourent la 
PWzanie. Au S. du grand fleuve, est Getulia P. jfla 
province de la Gétulie), ce qui tendrait à prouver 
que le grand fleuve n'est pas le Gir de Ptolémée, 
puisque celui-ci coulait au midi de la Gétulie. Mais 
comme le désordre est gïand dans cette carte, et 
que d'ailleurs le Gir de Ptolémée traversait le pays 
des Garamantes, on peut également le reconnaître 
dans notre grand fleuve ; toutefois c'est là un pro- 



(1) Voyez aux Àtifltions. ., 



(S) Sur ce pays Voyez t. Il, p. 68, 191 et 2tl. 






— 169 — 

blême peu susceptible de solution , d'autant plus • 
que le cartographe place ce fleuve au nord de Gau- 
lolia et de la région des sept montagnes (Regio VII 
montium) (1). 

Le pays qui s'étend au S. est totalement inconnu 
à l'auteur de la carte ; il inscrit, à l'extrémité orien- 
tale, Ethyopia orientalis, et dessine, au nord de cette 
région, deux chaînes de montagnes, Tune à l'O. et 
l'autre à TE., et donnant naissance chacune à trois 
cours d'eau. En cherchant la position de ces mon- 
tagnes dur les cartes des manuscrits d'Ibn-Wardy, 
nous croyons les reconnaître dans le pays des Zenj 
et le pays de Hhabech (P Abyssinie) des Arabes ; niais 
elles sont projetées à TE., au lieu de l'être au S. 

En revenant à la partie occidentale, il est ^re- 
marquer aussi que le cartographe a figuré ]g chaîne 
de l'Atlas se projetant depuis les bords de l'Océan 
Atlantique jusqu'aux Syrtes, avec une ramification, 
courant dans la direction de C art h âge. 

Laf partie de la carte qui représente la côte occi- 
dentale de l'Afrique est digne d'une attention parti- 
culière : un golfe, tracé au S. de l'Atlas, peut in- 
duire en erreur ceux qui, n'ayant aucune connais- 

(1) La Regio Vil montium était on peu au sud du. ftp Bojador dans 
les caftes du commencement du XV1« siècle, à partir de celle de Juan 
delajfatf? 



— 170 — 

<saoce d6 la géographie et de la cartographie du 
moyen-âge, kl prendraient pour le golfe de Guinée. 
Sur cette côte descend un fleuve dirigé de TE. à l'O.- 
N.-O., au sortir de l'Atlas ; c'est le Datât (le Sus) (1). 

La petite rivière au S. peut correspondre au Nun 
(Bambotum du périple de Polybe). De là, nous arri- 
vons à l'embouchure du grand fleuve, au S. de la- 
quelle est le golfe sans nom dont nous avons parlé 
plus haut* En donnant au grand fleuve le nom de 
Niger y qui lui appartient, le golfe serait alors le 
sinus Hisperium des anciens, au S. du cap Bojador; 
mais comme il est placé dans la Gaulolia et dans la 
Bégion des sept montagnes, et surtout au nord de 
la Gétulie, cette combinaison seraiOÈfcns résultat. 

4 la suite de ces détails, aussi exacts que pos- 
sible, sur T Afrique de cette mappemonde, nouapla- 
cabas ce qui concerne les îles des mers intérieures 
et extérieures. 

ILES. 



<• 



Cette carte, quoique du XIV e siècle, offre beau- 
coup moins d'îles que les mappemondes antérieures. 

Commençons par les mefs intérieures, nous verrons 

%■ 

ensuite l'Océan circulaire et les golfes. 

Dans la Méditerranée, à TE. des côtes d'Espagne. 



V 



(l) Voyei sur ce fleuve, t, II, p. 397, note 4. 



— 171 — 

deux petites lies sans nom sont probablement les 
Baléares, Minorquç et Mojorque; enetrite viennent 
Corsica (la Corse), Sa{r)dima (la Sardaigfie), Sicilia 
(la Sicile); en face de la Grèce, Creta (la Crète); 
près des côtes de Syrie, Ciprus (l'ile de Chypre) ; 
enfin, près des côtes de l'Asie- Mineure, une lie sans 

uom* 

Pans leç mers de la Grèce, une lie isolée et dont 
le nom est à peu près effacé, parait représenter 
YEubée. C'est là tout ce que le cartographe signale. 
An dehors, dans la mer du Nord, Y Angleterre, Y Et 
cosse et Y Irlande sont simplement figurées, sans un 
seul nom. L'Éçosse est séparée de l'Angleterre, 
comme dans (fSfsque toutes les cartes du moyeu • 

*«e (1). 

Au N. du Danemarck. deux, grandes lies repré- 
sentent la Suède et la Norvège ; sur la première, à 
IU, on lit : 

La Scanie ea,t gouverné* par ta 
Danois et sous la domination de 
la métropole du Danemark. 

Sur la seconde, au N.-E. de la précédente : 

« In hoc mari est maxima copia i Dans cette mer il y fclpegpnde 
tleUorum. » | quantité de 

Plus au N., Y Islande, par une erreur du copiste, 
est nommée Yr lande. 

(1) Voyez t. II, p. 108, 133 et 424. * 



n Scania dirtgttur dacis in do- 
minatione metropolis Daciae. » 



— 172 — 

La Baltique communique avec la mer Glaciale : 
c'est encore Vidée de Ptolémée (1). 

Dans la* mer Glaciale est une seule lie, sur la- 
quelle on lit : 

« Beanti (S) infidèle*. | Les Barètes payons. 

Toute la côte occidentale et orientale de l'Afrique 
n'offre pas une seule lie. La première qu'on ren- 
contre à l'orient est nommée insuie Piperis (les lies 
du Poivre) (3). Vers les côtes de l'Inde, une autre 
ile porte le nom d' insuie Bile (Serice); sur une autre , 
nous lisons ^snia; sur une autre, au midi de celle-ci : 
insula Taies, et à l'O. est une lie considérable ren- 
fermant une montagne et cette lé) 

« InsuU ticc* et cowUrust* (4). » | Ile aHdtëSifrûlée. 

Sur une lie au S. , on lit : Insula Farie(Tj ou El- 
fane (5). Près de l'entrée du golfe Arabique est 
urie île, sur laquelle il nous semble démêler le nom 
de Méroé. Si nous lisons bien, ce sérail là un dépla- 
cement des plus étranges : l'Ile de Méroe, transpor- 
tée du Nil aux côtes de Y Arabie. Outre les lies que 
nous venons d'énurnérer, nous en comptons qua- 
torze antres sans noms, et auxquelles il nous est 

{i) Voyez t. II, pag. XLVl. 

\*) Peut-être Ruttaeni. .Vf 

(3) Voyez aux Additions. 

(4) Voyez aux Additions. 

(5) Voyez aâx Additions. 







— 173 — 

impossible de restituer leur désignation, attendu le 
peu de fonds qu'il y a à faire sur les positions que 
leur assignent les cartographes de cette ^époque, 
fort enclins à remplir arbitrairement d'Iles les mers 
orientales, d'après les récits un peu vagues des voya- 
geurs, et notamment de ceux du XIII e siècle, ou d'a- 
près les textes des anciens géographes, qui indi- 
quaient dans ces mers des milliers d'Iles. De là 
viennent encore les lies nombreuses que le carto- 
graphe a semées dans le sinus Gangetiqis, et dont 
nous ne pouvons que mentionner le tracé. 

Telle est cette carte bizarre, et qui nous semble 
avoir servi de prototype à Marino Sanuto pour sa 
mappemonde. La ressemblance est frappante en 
effet, malgré les différences nombreuses qu'on re- 
^marque entre cette production géographique et les 
cartes qu'on rencontre dans les manuscrits du Se- 
cretorium Fidelium Crucis de ce cosmographe vé- 
nitien, cartes dont nous allons nous occuper. 

§ LXXIX. 

XIV« SIÈCLE. jST 

Mappemonde de Marino Sanuto, publiée par Bùngars, ^ 
et mappemonde du memuscrit de tabbi Canenici , à reniée. 

Dans une autre partie dë*cet ouvrage v nous avons 
& vu que Marino Sanuto envoya des copies de son ou- 



— 174 — 

vrage, intitulé : Secretqrium Fidehum Crucis, à tou» 
les princes de la chrétienté pour ranimer le zèle des 
croisade^ ;^ nous avons également apprécié le degré 
des connaissances géographiques de ce cosmogra- 
phe (1). Ici, nous donnerons place encore à quelques 
renseignements que nous ayons recueillis. 

La mappemonde de Sanuto, la plus connue, est 
celle que Bongata publia en noir dans Tannée 1611, 
d'après un exemplaire manuscrit de la Vaticaoe (2). 
Un grand nombre de savants ont cité depuis kirs ce 
monument géographique, comme document à l'ap- 
pui de points de discussion purement spéciaux. 
D'Anville* dans son Mémoire sur le rempart de Gag 
et de Magog, dit que ce n'est pas seulement le ren- 
seignement que cette carte fournit sur le rempart 
qui intéresse , mais qu'on en trouve aussi d'autres 
dignes de remarque. M. de Humboldt la trouve très 
curieuse (3). L'abbé Andrès a examiné k Rome 
les cartes originales de Sanuto , dans le manuscrit 
de la Yaticane ; et selon Graber de Hemso , ces 



(1) Voyeg t. I er . pag. 131, 133 et 136, les motifs qui portèrent Si- 
nuto à coffiloser son livre. Voyez anssi Fleury, hist. Ecclésiistiq., t. 
XVUJ. Discours préliminaire, § 13, Cf. Foscarini, Letteratura Feneziana, 
p. 345. M. de Humboldt nomme Sanuto le Raynal du moyen-âge, moins 
rincrédoUté d'un abbé philosophe du XVIII e siècle. Exam. criu de 
rHisl.de la Géogr. du nouveatffeontineirt, 1. 1, p. 333. 

(2) Voy» t. !•', p. LI. 

(S) Voyet Graber de Hemso, Annaîî di geografia, t. n, p. SflO. 



— 17* — 

caries sont celles-là mêmes que Sanuto offrit, en 
1321, au pape Jean XXII (1). 

Toutefois, il existait à Venise un autre manuscrit 
du XIV e siècle, de l'ouvrage géographique de Sa- 
nuto. Ce manuscrit appartenait à la bibliothèque de 
l'abbé Ganonici. Zurla rapporte plusieurs particula- 
rités curieuses au sujet de ce monument et des cartes 
qu'il renferme. Voici les principales. 

Ce manuscrit est in-folio, écrit sur peau de vélin, 
d'une très belle écriture du XIV e siècle, orné de plu- 
sieurs miniatures marginales, représentant les pays 
dont il est question dans le livre de Sanuto. Au re- 
vers de la première carte géographique, on lit ces 
mots, d'une écriture postérieure : c Quatuor map- 
pamundi a Marino Sanudo cognomento Torcello, 
qui D. Marci Sanudo de Confinio S. Severi de 
cwitate Bivoalti de Veneùis apresentali summo 

pontijlci D. N. Papœ pro facienda commode 

passagia ad recuperationem terrœ sanclœ Jérusa- 
lem. » 

La première carte de ce manuscrit occupe deux 
pages; elle renferme une partie du grand périple 
des mers connues du temps de Sanuto. Ce périple 
8e compose de cinq cartes, qui portent au haut Tin- 



Ci), voyez Humboldt Asie centrale, t. H, p. 180. 



- 4™ - 

dication Mari Mediterraneo , écrite par une main 
plus moderne. Cette désignation n'est pas arbi- 
traire. Zurla nous fait remarquer qu'en effet Sa- 
nuto écrivant au pape Jean, dans Tannée 1821, dit 
lui avoir présenté c quatuor mappas mundi, unam 
de mari Médit erraneo, secundam de mari et terra, 
tertiam de Terra Sancta, quartam vero de terra 

tyyptKW' > 

Dans les cartes données par Bongars manquent, 
si nous comprenons bien Zurla, quatre des cinq 
cartes désignées dans ce passage. 

Voici l'indication de ces cartes : 

1™ carte, représentant les côtes de l'Europe occi- 
dentale, avec leurs ports, caps, golfes et les pays, à 
partir de la Flandre au N. En face, on remarque 
l'Angleterre, l'Ecosse, qui porte dans cette carte le 
nom d' Ingliterra , et l'Irlande, à l'occident delà- 
quelle est un grand golfe portant ces mots : Gulffo 
de issolle CCC LVUI béate et fortunate. 

• ■ 

Il est notoire, ajoute Zurla, que les anciens pla- 
çaient généralement les lies Fortunées au S.-O. de 
l'Europe, et si l'on veut que cette dénomination ap- 
partienne aux Canaries, il faut se rappeler que dans 
les temps anciens on plaçait une partie de celles-ci 



(1) Voyet Bongars, p. I. 



- tar- 
dai» la mer Britannique, comme le dit Cambden, 
(Britannia, p. 813). De là vient que dans certains 
portulans, les îles de ce nom sont indiquées à 
égale distance des tles Britanniques et de la côte 
d'Afrique (1). 

Cette carte renferme, outre le reste de la côte de 
France et d'Espagne, le littoral de l'Afrique occi- 
dentale, commençant au levant, à partir de l'endroit 
qui correspond en longitude aux limites de la France 
et de l'Italie, c'est-à-dire à partir de Tunis; tout ce 
littoral, jusqu'à Saffi et Daman, est rempli d'une 
riche nomenclature, avec les rhumbs des vents, et 
avec des drapeaux ou pavillons de diverses couleurs, 
pour indiquer les souverains des différents pays. 

2 e carte, renfermant le second périple, celui de 
toutes les côtes de l'Italie, avec ses îles, et le littoral 
de la côte d'Afrique qui correspond au midi de l'Italie. 

8 e carte, renfermant l' Asie-Mineure, la Mésopo- 
tamie, la Syrie, l'Arabie, l'Egypte, la mer Rouge, 
le golfe Persique , une partie de la mer Indienne 
avec ses îles, le cours du Tigre et le Nil, avec 
les indications des villes, des montagnes et des 
fleuves, figurés par une couleur verdâtre (2). 



(1) Voyez le Portulan de Beoincasa. 

(2) Cette carte a été donnée par Bongars d*après le manuscrit de la 
Vaticane, c'est la 3 e dans la publication. 

III 12 



— 178 — 

4* carte, renfermant le périple» ou la carte marine 
de l'Archipel, et le littoral de l'Afrique correspon- 
dant. 

5 e carte» renfermant le périple de la mer Noire. 

Après ces cinq cartes» se trouve dans le manuscrit 
une espèce d'Astrolabe» et le système des cercles 
concentriques, avec les signes du zodiaque colo- 
riés (1). Ensuite vient une page de insulxs minoribu$ 9 
comme dans Bongars, et enfin le planisphère» au 
haut duquel est le titre suivant : De terra et mari (2). 

Cette dernière carte est celle qui correspond à la 
mappemonde publiée par Bongars» avec la diffé- 
rence » cependant , que dans le manuscrit de l'abbé 
Canonici on remarque» à l'angle supérieur, une nota 
qui porte le titre d'Àsia; dans l'angle inférieur» £u- 
ropa; dans l'angle gauche inférieur» Africa. 

Zurla décrit ensuite les vents dont les noms sont 
inscrits sur cette mappemonde» les huit divisions 
des neuf lignes divergentes séparant chacun des 
vents et formant les rhumbs» enfin la forme de cette 
représentation (3). Gomme elle est absolument la 
même que celle du manuscrit do Bruxelles, nous 



(1) Cette représentation manque dans la publication do Bongars. 

(2) Celle-ci est la première carte dans la publication de Bongars ; 
nous la reproduisons dans notre atlas. 

(3) Voyez Zurla, Sullt antiche mappt t etc., p. 9 et suif. 



— 17» — 

nous dispenserons d'entrer ici dans des détails qui 
vont trouver place plus loin. 

Dans le même manuscrit se trouve une autre 
carte qui porte ce titre bizarre, écrit d'une autre 
main : Ter tins mappamundus de Terra Sanc ta; elle a 
été publiée par Bongars, comme la seconde. Ensuite 
vient une carte, dans laquelle on voit, à droite, le 
plan de Jérusalem, et à gauche, Civitas Acon stve 
Ptolomayda (la ville d'Àco ou Ptolémaïde (1), figurée 
par des tours ; en haut a été écrit, d'une autre main, 
ce titre étrange : Qmrtus mappamundus terra 
Egypti. 

Bongars a publié la même carte, d'après le ma- 
nuscrit de la Yaticane , mais en deux planches. 

Les cartes jointes à ce manuscrit sont donc plus 
nombreuses, et elles sont aussi plus complètes que 
celles qui ont été publiées par Bongars ; elles for* 
tuent, comme Ta fait observer M. Walckenaer (2), 
Un des plus précieux monuments de la géographie 
du moyen-âge, étant antérieures de plus d'un siècle 
au fameux planisphère de Fra-Mauro (3). 



(1) Voyez sur cette ville, t. 11, pag. 373, note 6. 

(2) Voyez article Sanuto de la Biographie universelle publiée en 
1825, t. XL, p. 377. 

(3) Le Dictionnaire historique italien imprimé à Bassano offre quel- 
ques deuils sur ce sujet à l'article Sanuto, t. XVIII, p. 147. 



— 180 — 

Ce beau manuscrit n'existe plus à Venise ; il est 
maintenant en Angleterre (1). 

Un manuscrit du même ouvrage de Sanuto, ma- 
gnifique in-folio du XIV e siècle, sur peau de vélin, 
mais malheureusement sans aucune carte, se con- 
serve actuellement dans les archives de la famille 
Dona> à Venise ; et à la bibliothèque de Saint-Marc 
il existe un fragment du même ouvrage, c'est-à-dire 
le liv. HI, part. VIII, ch. VI (2). 

Dans l'ancienne bibliothèque de Bourgogne, au- 
jourd'hui dans celle de Bruxelles , existent deux 
autres beaux manuscrits de Sanuto, datés de l'année 
1321, avec des cartes géographiques et de nom- 
breuses miniatures (3) ; nous en examinerons plus 
loin les mappemondes. 



(1) M. Laxari de Venise, savant éditeur d'une nouvelle édition de 
Marco Polo, à qui nous avions demandé des renseignements snr le ma- 
nuscrit, nous a répondu, le 19 avril 1850, < après la mort de l'abbé 
Canonici, sa précieuse bibliothèque a été vendue par les héritiers. En 
4817, la Bibliothèque d'Oxford a acheté les livres et les manuscrits qui 
n'étaient pas Vénitiens, et en 1837, les manuscrits Vénitiens ont été 
vendus à un Anglais, M. Walter Sneyd Barington, Rectory Coven- 
try. Le célèbre manuscrit de Sanuto, ajoute- t-il, appartenait à l'une 
et à l'autre de ces catégories, de sorte que c'est en Angleterre qu'il se 
trouve maintenant. » 

(2) Renseignement donné par M. Lazari, le 19 avril 1850. 

(3) Voyez bulletin de l'Académie R. des sciences de Bruxelles, t. XI, 
année 1844, cahier n. 3. Ces manuscrits de Sanuto sont cités dans le 
mémoire de M. Marchai sur les relations commerciales des Flamands avec 



— 181 — 

Malte-Bran pense que la mappemonde publiée 
par Bongars est conforme, en plusieurs points, à 
celle d'Ibn-Wardy ; ce qui prouve, dit-il, que les 
premiers géographes et dessinateurs de cartes chez 
les chrétiens copièrent les Arabes (1). Cette asser- 
tion de Malte-Brun prouve qu'il ne connaissait pas 
les mappemondes et les cartes du moyen-àge anté- 
rieures à celles de Sanuto. 

Nous avons déjà donné une analyse succincte de 
cette mappemonde, et nous y renvoyons le lec- 
teur (2). 

Quant à la mappemonde qui fait l'objet de cet 
article, elle est, comme la précédente, parfaitement 
circulaire. L'orient est en haut de la carte, le midi 
à droite, le nord à gauche, et l'ouest en bas. Les 
points cardinaux, les roses des vents, sont entière- 
ment comme dans la mappemonde du manuscrit de 
Sanuto, de Bruxelles. Les trois parties du monde 
alors connues sont désignées par leurs noms écrits 
à l'entour sur l'Océan environnant. 



U port d'Alexandrie et V Egypte; avant le passage du Cap de Bonne-Bspé- 
fonce, p. 167 du volume. 

(1) Voyez Malte-Brun, édit. de 1831, t. I«* f p. 435. De Guignes par- 
lant d'Ibn-Wardy (Sotie, et Extraits des Manuscrits, t. 2), fait remarquer 
que ce géographe arabe qui vécut au XIII* siècle, avait fait une map- 
pemonde à peu près semblable à celle qu'on voit dans les Gesta Dei per 
franco* (c'est-à-dire à celle de Sanuto). 

(S) Voyei t. I er de cet ouvrage, p. 131 à 137. 



— 182 — 

Bongars a publié en noir ce monument très connu 
par là même des savants, et d'ailleurs presqu'en 
tout semblable aux autres mappemondes de Sanuto 
qu'on trouve dans les manuscrits de Bruxelles. 
Comme celles-ci sont demeurées inédites jusqu'à 
présent, nous nous sommes déterminés à en donner 
ici la description complète. De la sorte, il ne nous 
restera rien à dire sur celle de Bongars, et nous au- 
rons soin de signaler les légères différences que pré- 
sentent les diverses mappemondes de Sanuto, et 
celle du Ghronicon de 1320, analysée dans le § pré- 
cédent. 

§ LXXX. 

XXV* SIÈCLE. 

Mappemonde du manuscrit de Marina Sanuto, à la bibliothèque royale de 
Bruxelles (ancienne bibliothèque de Bourgogne) en Belgique. 

Le manuscrit qui renferme cette mappemonde 
porte le n° 9404. M. Moue, qui Fa examiné, le re- 
garde comme un monument précieux ; il avoue qu'il 
n'a utilisé de cette carte qu'une partie, celle qui 
concerne l'Europe et le Nord, et il ajoute: «Je laisse 
le reste aux savants » (1). Cette représentation, de 
forme circulaire, est très bien coloriée. Les mers 
et les fleuves sont peints en vert, les montagnes en 

(1) Anieigcr fur die Kuûde, etc. 1836, f. 113 et 116. 



— 183 — 

jaune. Tous les noms sont écrits à l'encre noire, à 
l'exception des sept qui suivent : la Chaldée, Jéru- 
salem, la Perse, en Asie ; et en Europe, Y Espagne, 
la France , Paris et la Germanie. 

L'Océan environne toute la terre, comme dans la 
mappemonde du manuscrit de la Yaticane, publiée 
par Bongars, et dans celle du Ghronicon de 1320. 
L'orient se trouve également au haut de la carte, 
le S. à droite, et le N. à gauche. Les quatre points 
cardinaux, Chiens, Ponente, Aquilon (nord), Jusier 
(sud) , sont marqués dans les deux cartes de Bon- 
gars et de Bruxelles. Les seuls vents intermédiaires 
qu'on y remarque sont : Grecus, Sirocus^ Jfricanus 
et Magister. Le N. est figuré par une grande étoile 
qui représente l'étoile polaire. Des vents que nous 
venons de nommer, partent les lignes qui forment 
les rhumbs. Des deux cercles entourant l'Océan, 
l'un est peint en jaune clair , l'autre en rouge ; ils 
indiquent l'air et le feu , dans le système de cette 
époque. 

Cette dernière particularité ne se trouve pas dans 
la copie de Bongars. Quant à la mappemonde du 
Chronicon (§ LXXVIII), elle ne présente pas une 
Beule des particularités que nous venons de si- 
gnaler. 

Plusieurs villes sont représentées par de petits 



— 184 — 

édifices, comme dans les autres cartes du même au- 
teur. Jérusalem est au centre du monde. 
Mais examinons en détail chaque continent. 

EUROPE. 

La Péninsule Hispanique est figurée avec plus 
d'exactitude que dans les cartes antérieures; elle 
offre plus de noms que la mappemonde du Chro- 
nicon de 1320, entre autres celui de Portugal. 
Voici les noms qu'on y lit : sur la partie occiden- 
tale, Portugal; au N., Galicia (la Galice); au midi, 
Natus; nous croyons qu'on doit lire Lagus (la 
ville de Lagos; dans les Algarves, Silves (1), et 
ensuite Grenate (Grenade) ; à l'E., Cas tel la (2), puis 
Yspania (Espagne), écrit à l'encre rouge; ensuite 
Gascoma, Navarra> Aragonia (F Aragon), et Catar 
lonia (la Catalogne). 

Les Pyrénées, passablement placées dans la map- 
pemonde du Chronicon de 1320, sont indiquées ici, 
par une erreur étrange, au N. de la Galice, depuis 
le cap Finis terre jusqu'au méridien du royaume de 
Castille. 



(1) Cette distinction accordée à Silves, paraît être un souvenir de 
son ancienne importance sous l'empire arabe. 

(2) Le cartographe a employé ce mol pour indiquer que la Castille 
formait alors un royaume indépendant et séparé de celui d'Aragon, etc. 



— 185 — 



Dans la France, outre le nom de ce royaume, écrit 
en rouge» ainsi que celui de Paris, pour sigualer 
sans doute la grande importance et la grande re- 
nommée dont jouissait déjà cette capitale, nous li- 
sons les noms suivants : Pictavia(i) f Tholosa, San- 
toria (2), placée sur les bords de la Méditerranée; 
ensuite Viena (3), Provincia (la Provence), Burgun- 
dia (la Bourgogne) ; à l'occident, Picardia, Norma- 
nia (Normandie, ou pays des Normands), et à l'ex- 
trémité la plus occidentale, Britania (la Bretagne). 
Le cartographe n'a pas signalé un seul fleuve dans 
la France; en cela, cette carte diffère de celle du 
Gbronicon de 1320. Enfin, Y Alsace forme une con- 
trée séparée de la France ; la démarcation est indi- 
quée par un trait rouge. 

Au delà des Alpes, l'Italie est moins bien con- 
tournée que dans la mappemonde du Chronicon de 
1320, et les différents États y sont séparés par des 
lignes rouges; elle renferme Lombardia, Roman- 
diola (laRomagne); à TE., Manchia (peut-être 
les Marches), et Apulia (4) (la Pouille); à l'0«, Ca- 
iara (le Cataro ?) , Roma et Campania; au S. , Calabria 
(la Calabre). 



(4) Poitiers. 

(5) Peut-être Saintes. 

(3) La Vienne, ou Vienne en Dauphiné. 

(4) Voyez sur cette contrée, t. II, p. 183. 



— ISS — 

Près des Alpes sont, Saison (la Suisse ?), et Forum 
Jutii (le Frioul). 

Sur les bords de l'Adriatique sont : Ystria (TIs- 
trie), Dalmatia (la Damaltie), Crotia (la Croatie), 
et à TE. de celle-ci, Servia (la Servie). 

Dans la Grèce se trouvent : Macedonia; à l'O. de 
cette province, Elades (THellade); vers le S. de la 
péninsule de la Morée, Athena et à l'extrémité, 
Àchaia (1); au N., un petit édifice nommé Stepis, 
peut-être une altération de Mons Olympus; à TE. on 
lit Adiomea, et enfin Grecia; plus près du Bosphore , 
Tracta, et sur les bords du mare Ponlicum (la mer 
Noire), Messia, indiqué comme une province sé- 
parée (2). 

A l'O. de la Mésie et de la Thrace, est le nums 
Ropedes (3); au N., Stabala (4). 

Dans le N. de l'Europe occidentale sont inscrites : 
Flandria (Flandre), Hanonia (5) (le Hainaut), et à 
TE., Brabaua (le Brabant). 

L'Allemagne, désignée sous le nom ancien de 
Germania, écrit à l'encre rouge, est bien remplie 
d'une foule de noms; mais elle n'en est que pins 
mal indiquée. Les Alpes la séparent de Y Italie et de 

lt) Sur le pays de ce nom toyea L II, p. », lit, tg»,*l& 

(d> Voyei t. II, pa?. I$4, 315 et 316. 

l3> Rfeodopes. xoyei t. II, paç. 316. sole V 

\\> Voyez au Additions. 

,%> Yoyeip» ?. 



— 187 — 

YlUyrie. Le Danube (Danubius fluvius) en sort avec 
ses affluents» et il se dirige correctement vers TE.; 
c'est le seul fleuve dont le nom figure dans le tracé 
de l'Europe. Le cartographe ne lui donne qu'une 
seule embouchure, tandis que la carte de 1320 
($ LXXYIII) et celle de la Vaticane offrent plusieurs 
bouches. Trois fleuves descendent des Alpes vers le 
N.; le plus occidental parait être la Meuse ; celui du 
milieu, le Rhin; le plus oriental, le Weser. Le Rhin 
et le Weser sont coupés par Y Elbe, qui vient de 
Craemrie, de Moravie et de Bohême, traverse la 
marche de Brandebourg et longe le Holstein. 

Sur la Germanie, au S. de Y Elbe, jusqu'à la mer, 
sont inscrites: Curvalla (les Grisons) Suevia (1), 
Franconia, Toringia (la Thuringe ), Vasfalia 
(la Westphalie), et Holandia (la Hollande). Le long 
du Danube sont : la Bavière, Y Autriche, la Hongrie. 
Le Rhône porte aussi son nom écrit de la sorte : 
Rona. 

Dans les contrées du N. de l'Europe, la Scandi- 
navie n'est plus une île, comme sur la mappemonde 
du Ghronicon de 1320 et sur d'autres cartes an- 
térieures ; elle se rattache au continent, à TE., et 



(1) Voyez, sur ces peuples, Tacite,Germ., XXXVIII— XLV. César, Bell. 
GalL, IV, 1, 2, 3; Strabon, VU; Pline, liv. IV, c. 14, Cf. ; Perths, I, 
100, 283, 519; Forbiger, Kurzer Abriss, etc., p. 314, note. 



— 188 — 

se compose de la Suède, du pays des Goths, de la 
Schonie et de la Norvège ; quant au nom de Smlatia, 
il désigne peut-être le pays des Kuwans ou des 
Lettes (Kwanenlatid, Lettenland) (1). Dans l'indi- 
cation voisine, Àlania (le pays des Àlains), M. Noue, 
qui a examiné cette partie de notre carte, pense re- 
trouver les îles d'Aland (2). Hors de la Scandinavie 
habitent les payens (infidèles pagani). Là sont : h 
Carélie (3), YEsthonie (4), la Livonie (5), la Prusse, 
la Pomèranie, le pays des Slaves, c'est-à-dire des 
Vendes, jusqu'à Y Oder, fleuve qui est indiqué par 
un trait. Tout-à-fait au N.-E., la Russie est indiquée 
dans la légende suivante : 

« Ratenia protenditur usque adl Le pays des Rassftens s'étanJ 
« Ooaanum el ad Noms et sont! jusqu'à l'Océan et jusqu'à la Pokv 
« schismatici. » 1 gne ; ils sont schismatiqnes. 

A TO. de la Russie sont les Lithuaniens (Lee- 



(1) Pays des Ut*\ people d'origine gauloise, qui Ait transplanté em 
Crmant*. On donnait le nom de Uttcs a tons les barbares du Nord qaî 
serraient l'empire romain. 

(*) Les lies de ce nom forment nn archipel appartenant à la tarir, 
dépendant de la fVafcn*, à l'entrée du f*fa et Ethnie. 

(5) i'«nftfr. ancienne pronnee de la Russie, dans le S.-E. de 
la F i n lnét . Aujourd'hui , la pronnee de ce nom comprend les gou- 
Temements de aVwyt», rftnry, OUmttz et Jrkwm&L 

(4) Eftkmir, pays appartenant à la twaV terttmtritmU- 11 est placé 
an S. du golfe de Fï&muar. sa capitale est Xmi: c'est le pars des an- 
ciens £*f». 

i5? tiiwuf. province rwar sir la wtr Urtf**. dont la capitale est 



— 189 — 

lomî). Le Danemarck et le Jutland sont nommés 
Datia, Jutia, et forment une seule presqu'île. 

Il nous reste à signaler les contrées et les fleuves 
que nous rencontrons jusqu'au Tandis. Ici, comme 
dans la mappemonde du Chronicon de 1320, et dans 
celle de Sanuto, publiée par Bongars, nous voyons, 
en deçà du Don, deux grands fleuves dirigés du N. 
tu S., et qui, descendus des montagnes septentrio- 
nales, vont se jeter dans la mer Noire; ce sont très 
probablement le Dniester et le Dnieper (1). À l'O. 
de ces deux fleuves, on lit : Pundolia (Podolia?) (2); 
0ns à l'E., un autre fleuve sans nom se jette dans 
la mer d'Azof, et au-delà sont inscrits les mots 
Sitia inferior (Scythie inférieure) (3). Près de la mer 
SAzof on lit Cumania (4). 

Telle est l'Europe de cette carte. Nous allons 
maintenant passer à la description de l'Asie. 

ASIE. 

Dans celte partie, la carte, au premier aspect, res- 
semble en tout à celle du manuscrit de la Vaticane, 

f*) Dniester (le Tyras ou Danaster). Ce fleuve de la Russie prend sa 
au N. des monts Karpaths, et le Dnieper {Borysthène) t prend sa 
'ce dans le gouvernement de Smolensk , et se jette dans la mer 
ir °*W. Voyez t. II, p. 61, 219 et 322. 

(^) Gouvernement de la Russie dans l'ancienne Pologne. 

(&) Le pays au N. du Palus Méolide et du Pont Euxin, c'est-à-dire la 

ide, etc. 
C-%) Voyez aux Additions. 



— 190 — 

publiée par Bongars ; elle en diffère cependant sur 
plusieurs points, et elle s'éloigne encore plus de 
celle du Chrome on de 1320» comme le lecteur s'en 
apercevra en examinant le fac-similé de tontes ces 
cartes que nous donnons dans notre Atlas. 

Sur la péninsule de la Crimée, qui, comparative- 
ment à d'autres cartes, se trouve ici mieux figurée, 
on lit dans la carte du Sanuto de la Vaticane : 
Chala(ï), tandis que dans celle-ci, nous lisons: 
Gaçaria (1). 

Le Tanais (le Don), grossi d'un autre fleuve 
qui va le rejoindre près de son embouchure» se jette 
dans le Palus Méotide, ou mer (VAzof. Les deux ri- 
vières ont leurs sources dans les Riphei mantes (%)> 
montagnes qui, dans toutes les cartes de Sanuto» se 



(1) Ce mot, qu'on lit distinctement dans la mappemonde de 8mm» 
du manuscrit n<> 9547-48 de la bibliothèque de Bruxelles, et qui se 
trouve estropié dans les autres exemplaires, se rapporte à la fameuse 
colonie génoise de Kaffa; Ghazarie était le nom du tribunal administra- 
tif qui siégeait a Gènes. Ce tribunal fut constitué en 1315. Sur les at- 
tributions de ce tribunal et sur le commerce de la Crimée, voyes l'in- 
téressant ouvrage intitulé : Etudes sur le commerce du moyen-âge, ht$~ 
toire du commerce de la Mer Noire et des colonies génoises de la Brimée, 
par M. de la Primaudaie, Paris 1848, pag. 90 et suiv. Nous devons ce- 
pendant faire observer que le nom de Gazarie provient du nom des 
Khosars qui occupèrent longtemps la Crimée, contrée qui, à cause de 
cela, reçut le nom deKhazarie (Sacy, Cbrestomatbie arabe, t. II, pag. 16.) 
M. Reinaud, traduction d'Aboulféda, pag. 43, t. II, cite plusieurs 
auteurs au sujet de ce nom. 

(2) Voyez t. II, p. 114. 



— 191 — 

trouvent placées plus au S. que dans les cartes an- 
térieures. 

On remarque également dans cette carte, comme 
dans celle du Ghronicon de 1320» et dans celle de 
la Va ti cane, les trois bassins, à TE. du Pont-Euaàn, 
ou mer Noire. Sur cette dernière, on lit/ dans la 
mappemonde du manuscrit de Bruxelles que nous 
analysons ici : Mare Ponticum; tandis que dans la 
carte du Chronicon elle ne porte pas de nom. Sur 
la carte que nous analysons, nous lisons, près de la 
vraie Caspienne, les trois noms qu'on lui donnait : 
Mare Caspius, Yrcanwn, de Sara (1); mais nous 
n'avons pas la légende de la mappemonde de la Ya- 
ticane publiée par Bongars : 



« PlanitiesMogan in qua Tartan 
hyemant (2). 



Plaine de Mogan dans laquelle 
hivernent les Tartares. 



Les fameuses Portes Caspiennes, ou Caucasiennes, 
sont figurées dans les trois cartes : dans celle-ci, 
elles sont peintes en bleu et placées sur la chaîne 
qui représente une partie du Caucase, avec ces mots : 
Porte ferrée. La Géorgie (Georgia), ainsi que la 
Colchide (Coltia), sont indiquées à l'O., et près de la 
mer Noire sont inscrits les mots : Euxinus portus, 

(1) Voyez p. 149. 

(9) La province de Moghan. Ce nom nous prouve que Sanuto a puisé 
aux sources de la géographie arabe, et en effet dans Bdrisi, l'itinéraire 
tiArcêbtt kunghin*, offre Moghan, province sur les bords de la Mer 
Cupiennt (Édrisi, édit. de Jaubert, t. II, p. 171). 



— 192 — 

Trois fleuves sans noms, descendant du Caucase, 
vont se perdre à TE. dans la mer Noire. La carte 
du Cbronicon n'en donne qu'un ; celle de la Vati- 
cane en donne deux ; ces trois fleuves peuvent être : 
le Corax (1), YHippus (2), et le Cyaneus (3). 

La partie du Caucase que le cartographe figure 
ici dans la direction de TE. à IX)., se projette, par 
une autre branche, du N. au S. 

Au N. de la Caspienne, est placée YYrcania (4), et 
à l'orient de cette région, on lit, comme dans les 
cartes du Chronicon et de la Yaticane : 

« Incipit regnom Catay. » i Ici commence le royaume da 

I Catay (5). • 



(1) Le fleuve qui chez les géographes anciens porte le nom de Cmmx, 
qui signifie corbcmu, prenait ce nom d'une branche du amour, vers la 
cote orientale du Pont-Buxi* y que Mêla (III— 5) appelait Carmxiqm, 
Scylax parle des peuples qui habitaient près de ce fleuve (voy. Gtê§. 
Min. de Hudson, U l f p. 31). 

(2) Pline, dans le liv. VI, c. 5, et Ptolémée font mention de ce fleuve. 

(3) Voyez Ptolémée sur le fleuve Cytneus ou Cyaneos, ainsi que Pline. 

(4) Le cartographe a placé ce pays à peu près dans la position que 
lui assignaient les géographes de l'antiquité. D'Anville lui-même avait 
reconnu qu'il y a de la difficulté à déterminer les limites de YHjpr^ 
corne (voy. D'Anville, Géoçrap. «ne., t. Il, p. 292). Nous pensons que le 
cartographe du XIV siècle a voulu par ce nom indiquer le pays tout 
entier qui portait ce nom , et non pas la ville d'ffyramit dont parle 
Ptolémée, ville placée au delà des montagnes, et qui était la capitale. 

Rapprochez de ce que nous avons dit au sujet du pays de ce nom 
dans le L 1, p. 18 et 19, et dans le 1. 11, p. 333-555 et 337. 

Le lecteur doit consulter aussi au sujet de la contrée de ce nom les 
auteurs suivants : Polybe (X— 28), Ptolémée (VI— 7), Mêla (M— c. V), 
Isidore, Orig. (IX— 2), Arrien (III— 25), Agatbemère (c VI). 

(5) Voyez 1. 1, p. 13a, 248, 339. 



— 193 — 

La Caspienne reçoit un grand fleuve qui paraît 
avoir sa source dans la longue chaîne de montagnes 
liée aux monts Riphées, et correspondant aux monts 
Hyperboréens des anciens ; ce nom ne figure point 
ici, mais nous avons eu occasion de le voir indiqué 
sur d'autres cartes du moyen-âge, objets des ana- 
lyses du tome précédent (1). Le fleuve est probable- 
ment le Rha des anciens (2) ; son cours, indiqué ici 
de TE. à 1*0., devrait être tracé de l'O. à l'E.-S.-E. 
À TE. de la vraie Caspienne, est le troisième bassin 
portant le nom de mare Caspium. Nous avons déjà 
parlé de cette double mer Caspienne dans notre 
description de la mappemonde du Chronicon ; nous 
y renvoyons le lecteur (3). Cette mer intérieure est 
également environnée ici d'une grande chaîne nom- 
mée montes Caspii (montagnes Caspiennes) (4), et 
elle renferme trois lies sans noms. 

Au N.-E. des montagnes, les trois cartes offrent 
là même légende : 

« Hic sut magnas Canis. » | Ici réside le Grand-Khan. 

et plus à TE. : Montes Sicie ( Scythiae , Scythi- 
cjues) (5); Carab terra destructa. 

(1) Voyez la table du t II, au mot Hyperboréens. 

(2) Voyez 1. 11, p. 219. 

(3) Voyez plus haut, pages 153 et suivantes. 

(4) Voyez plus haut, p. 33 et 35. 

(!t) Zurla dans l'analyse qu'il donne de la mappemonde du manuscrit 

m « 



— 194 — 

Au N.-E. de ces montagnes, est un grand golfe 
enveloppé de montagnes ; et à l'orient des montes 
Caspii, après le mot Silia, se voit un château, 
près duquel on lit : 

« Castrum Gog et Magog (l). » I Château (ou forteresse) de Gog et 

IdeMagog. 

A TE. du rempart de Gog, est une péninsule, à 
l'extrémité de laquelle on lit : 

« Hic fuerunt ioclusi Tar tari. | Ici furent enfermés les Tarures. 

Au S.-E. du rempart de Gog et près d'un autre 

de Sanuto, de la bibliothèque de l'abbé Canonici, a lu delà Syrie, mais 
il nous semble évident qu'il ne peut être question, dans cette position 
géographique, que des Sères, ou sinon de la dénomination générique 
de Scythia. 

(l) Voyez sur le pays de ce nom, 1. 1*, pag. 40, iii, 115, 154, 2377, 
540, 545, 554, 406 et 407, et t. II, pag. 54, 61, 62, 179, 246, 558 et 4M. 
Le lecteur devra rapprocher tous ces passages cités. Nous ajouterons 
ici qu'on a beaucoup discuté sur l'étymologie de ces noms. S trahies - 
berg nous apprend que les noms Jagougi et Mongougi sont usités par- 
mi les Tartares ou Scythes modernes, et qu'ils peuvent avoir donné 
Heu a ceux de Gog et de Magog employés par la Genèse. De Brosses 
pense que la Scythie, que la bible désigne par ce nom, est la partie de 
cette région la plus voisine de l'écrivain vers le Mont Caucase. (Test ce 
mont que les anciens Orientaux nommaient en ces climats Geç-Has** 
(ou munimentum Gog\ probablement à l'endroit où les géographes pla- 
çaient les portes du Caucase. C'était là l'opinion de Bochart dont les 
conjectures sont presque toujours extrêmement heureuses, et De 
Brosses l'adopta « parce qu'elle lui parait ne pas s'écarter des termes 
exprès de l'écrivain le plus ancien et le plus authentique. » Nous ne 
sommes pas de cet avis en ce qui concerne la position assignée dans 
les cartes du moyen-âge à ce pays. La plupart des cartographes de 
cette époque plaçaient le pays de Gog bien au-delà des portes eu Caucase. 
Nous reviendrons plus loin sur ce sujet lorsque nous décrirons la carte 
du Musée Borgia. 



— 195 — 

grand golfe, est la ville de Sera (1) (Sera Metropelis). 
Plus au S. de Sera, les cartographes, auteurs de 
cette mappemonde et de celle de Bongars, placent 
l'empire du fameux Prêtre-Jean. On y Ut : 

« lodla infarior Johannis Pras- 1 Les Indes inférieures du praire 
bit. > I JeaD. 

Là se remarque un petit fleuve qui, ayant sa 
source dans u«e chaîne de montagnes, se jette dans 
l'Océan Oriental (2) ; deux autres fleuves plus con- 
sidérables, descendus des grandes chaînes centrales, 
se rendent également dans cet océan. Quels sont 
ces fleuves ? c'est ce que Zurla n'a pas démêlé dans 
sa notice de la carte de Bongars ; ce savant ne les 
a pas signalés. 

Vers la pointe extrême de l'Asie, est placée la lé- 
gende : Finis Indice (extrémité de l'Inde) (3), et Ik se 
voit un quatrième fleuve qin prend sa source dans une 
MDtagne voisine, et tombe dans la mer Orientale. 

En revenant sur nos pas, et en nous approchant 
de nouveau de la partie sud du bassin qui, selon 
nous, correspond au lac Aral, nous nous trouvons 
dans la Bactriane (Bactria) (4), à 1*0. de laquelle 

(l) Dans la carte de la Vaticaue donnée par Bongars, cette fille est 
représentée par un château. 
(*) Voyez aux additions. 

(3) Voyez aux additions. 

(4) Voyez p. 23, note t. 



— 196 — 

coulent deux fleuves sans nom, qui se jettent dans 
la seconde Caspienne. Nous croyons reconnaître 
dans ces deux fleuves YOxus ( 1 ) et VEpardus (S). 
Entre ces deux fleuves est le mot Taurus, probable- 
ment pour désigner la chaîne où ils ont leurs sources, 
ainsi que deux autres fleuves qu'on remarque plus 
k TO. Le mot Persia, écrit à l'encre rouge est 
placé entre ces fleuves. Vers l'O.. à la pointe du 
triangle formée par les chaînes de montagnes cen- 
trales, on lit : Taurus mons (le mont Taurus) et 
Armenia magna (la grande Arménie) (3)* 

Le système orographique de l'Asie est ici assez 
bizarre. Le Caucase, Ylmaùs, les Emodus (4) des an- 
ciens forment , dans cette carte , une seule et même 
chaîne, ayant au S. une autre branche demi-circu- 
laire qui vient appuyer ses extrémités sur ht grande 
chaîne, laquelle est tracée, selon les errements des 
anciens, de TO. à l'E. Nous pensons que le carto- 
graphe a voulu indiquer ici le ParopamUus (5). 

Remarquons en passant que Strabon (6) et Pline (7) 

(l) Voyez page 149. 
(i) Voyez aux additions. 

(3) La Grand* Anménie était ainsi appelée pour la distinguer de la 
Ptiite Arménie (Armenia Minor) dans la Cmppadoce. 

(4) Voyez plus haut, p. 164. 

(5 Sur la contrée de ce nom , voyez le § 87 , p. 153 de l'ouvrage de 
Forbiger, cité p. 187. 
(6) Strabon, liv. XI. — (7) Pline, li*. Web. S7. 



— 197 — 

n'ont considéré les différentes montagnes de l'Asie 
que comme des bras ou des rameaux d'une chaîne 
unique, comprise en général sous le nom de Cau- 
case. Cependant les anciens distinguaient deux 
branches principales : l'une au N., et la plus élevée, 
ftit d'abord appelée monts Biphées (comme nous l'a- 
vons déjà signalé en différents endroits de cet ou- 
vrage), ensuite Caucase. Cette première branche, 
après avoir fait le tour des côtes orientales et 
occidentales de la mer Caspienne, à plus ou moins 
de distance, venait se joindre par des rameaux à la 
seconde branche, composée des monts Emodus, 
Imaûs et Paropamisus (Hindo-Kho), et dont le 
Taurus, ainsi que le Nipkales, n'étaient que la 
prolongation occidentale (1). 

Quoique dans les cartes de Sanuto toute cette 
théorie orographique soit assez bizarrement figurée, 
fl est néanmoins facile à un géographe de reconnaî- 
tre que l'auteur de ces cartes a indiqué , d'après le 
système des anciens, les montagnes dont nous vê- 
tions de parler. Il est même possible que ce dessinateur 
*tit eu quelques idées vagues de la troisième branche, la 
ohalne ouralique, et aussi de la quatrième, la chaîne 
3*lta3que, qu'il aura voulu représenter dans les con- 

(1) Voyez Gosselin, Histoire des découvertes dans plusieurs contrées de 
* « Russie et de la Perse, t. 1, p. 459. 



— f M — 

trées septentrionales et orientales (1), mais que les 
anciens ne connaissaient pour ainsi dire point. 

La théorie des fleuves de l'Asie est encore plus 
bizarre que celle des montagnes, et il n'est guère 
possible d'y mettre quelque régularité qu'en ayant 
recours aux conjectures les plus hasardées sur les 
divers bassins indiqués. Toutefois en cherchant 
à pénétrer ce chaos hydrographique, s'il nous a été 
peitnis de saisir la pensée de l'auteur» nous di- 
rons que les six cours d'eau qu'on remarque près 
de Ylmaùs, correspondent à YHyphasis, à lTfj- 
draotes (2), à VAcesines (3), à YHydaspes (4), au Sh 



(1) VoveiPallas, ses Observations swr la formation des Montagnes, etc., 
lues a l'Académie de Saint-Pétersbourg le 23 juin 1779, p. 10 et f S, et 
la traduction française de son voyage, L III, p. S, et t. IV, p. 232 et suif. 

(2) U Hy draotes à* Arrien est le troisième des fleuves duPandj-Ab. Le 
docteur Vincent, dans son livre sur le Voyage de Séarqne, fournit «M 
liste des noms donnés a ce fleuve par les auteurs anciens et par lea 
commentateurs de Ptolémée, et des noms qu'il porte en sanscrit et en 
persan. (Test aujourd'hui la rivière de Lahore, ce qui rend plus extraor- 
dinaire Terreur que D'Anville (dit-il) a commise en plaçant Lahore sur 
VAetsines (voyei Vincent p. 93 du Voyage de Xéarque, tr. fr.). 

(3) VActsints est le second fleuve du Pandj-Ab, suivant Tordre d*Ar- 
rien, mais au contraire, de l'aveu de tous les géographes, tant anciens 
que modernes, c'est la première de toutes les rivières du Pandj-Ab. 
Tous sont d'accord sur ce point, qu'il reçoit YBydmspe (ou Ckahm) de 
l'ouest, et que VUydraotes (ou Ratée) vient le joindre de l'est. (Vin- 
cent, ouvrage cité, p. 95. Voyez la discussion de ce savant sur ce 
sujet. 

(4) L'Hydaspe est le ckehun des modernes. Voyea à ce sujet Vincent, 
cuvrago cité p. 87 et 88. 



— 199 — 

narus(l) et à Y Indus proprement dit. Le nom de 
celui-ci» Indus fluvius, tout-à-fait déplacé sur la 
carte, est inscrit à l'endroit où les anciens plaçaient 
le Choppes fluvius (le Khonar) ; nous reconnaissons 
ce dernier dans une autre rivière qui, sortant de l'In- 
dus, se courbe vers l'O , et se rejette ensuite à TE. 
Au centre de la courbe que fait ce fleuve, on lit : 

«Hic eonvenit multitude» Tarta- I Ici se rassemble la multitude 
rorum. • I des Tartares. 

Au midi se remarque la dernière chaîne de mon- 
tagnes de l'Inde, et entre deux fleuves qui se jettent 
dans l'Océan Indien, on lit : 

« Hic nascuntur elefantes. • | Ici naissent les éléphants. 

En avançant vers l'O. se trouvent d'abord India 
magna (2) (les grandes Indes), puis : 



« tndia Parva quae et Elhio- 
pia. 



Les petites Indes qui se nom- 
ment aussi l'Ethiopie. 



Là sont deux fleuves qui se jettent dans le golfe 
Persique; à l'O., Par lia (le pays des Parthes), 
et YEuphrate et le Tigre, qui tombent aussi dans le 
golfe Persique. Entre ces fleuves, désignés par 
leur nom, sont inscrits, de TE. à l'O., les mots Âsia, 

(1) Le Sinarus se Jette, selon Arrlen, dans VHydaspe. Le docteur Vin- 
cent croit reconnaître dans ce fleuve le Syrin-Nagar y fleuve renfermé 
dans les limites de la province de Kachmyr. (Voyez Voyage de Marque, 
p. 88 et 89.) 

W Voyez sur cette confusion le Mémoire de Letronne dans le t. IX, 
p. 158 et suiv. des Mémoires de l'Académie des Inscriptions. 



— 200 — 

Asyrea , puis Baldac (1) , à l'encre rouge , et dé- 
signant un édifice voisin ; enfin Caldea, près (f un 
fleuve qui a sa source dans le Taurus, et qui coule 
dans la direction du golfe Persique (2). 

La forme péninsulaire et les contours de Y Arabie 
sont mieux dessinées dans les cartes de Sanuto que 
dans les autres cartes du moyen-âge antérieures à 
celle-ci. L'on remarque ici la Mecque (Mecha), re- 
présentée par un édifice, et au midi, on lit : Arabia, 
le mot desertum, fort altéré , puis au-dessous : 

« Hic inveniuntur smaragdi (3). • | Ici se trouvent les émeraudes. 

L'Arabie renferme quatre montagnes (4) ; près de 
la mer Rouge est indiqué un port, Zade portus (peut- 
être Tôt). La Palestine n'offre que le nom de Jéru- 
salem, au S.-O. de laquelle est le désert (desertum). 

Dans l'Asie -Mineure (5) sont inscrits les mots 
Asia Minor, placés entre la Pisidie (Pesidia) (6) et 
la Bithynie, A l'O. de cette dernière contrée sont 
Calcedonia (7) , Licaonia (8) , Gatatia (9) , £i- 



(1) Peut-être Bagdad ; voyez plus bas la carte Borgia. 

(2) Voyez aux additions. 

(3) Voyez aux additions. 

(4) Probablement l'auteur a voulu indiquer la partie montagneuse 
du Nëdjed. 

(5) Zurla n'a pas décrit l'Asie mineure de la carte du Sanuto Canooici. 

(6) Voyez sur cette contrée, t. H, p. 375 et 376. 

(7) Sur la ville de Chalcédoinc, voyez t. Il, p. 146 et 378. 

(8) Voyez, sur cette contrée, LU, p. 120. 

(9) Voyez t. II, p. ISO, 188, 22*. 



— 201 — 

dia (1) , Frigia Minor (2) , et près du détroit , 
Ylium (3). 

Baidelli lui-même, si grand enthousiaste des voya- 
geurs italiens, est forcé d'avouer que la péninsule 
indienne de la carte de Sanuto est moins reconnais- 
sablé que F Arabie, ainsi que le littoral asiatique de 
rinde et de la Tartarie (4). 

AFRIQUE. 

La forme et les contours de ce continent sont les 
mêmes que dans la mappemonde du Chronicon de 
1320, dont l'analyse se trouve plus haut : nous y 
renvoyons donc le lecteur, et nous ne mentionne- 
rons ici que les différences. La mappemonde du Sa- 
uuto de la bibliothèque de Bruxelles est d'abord 
dessinée avec plus de soin, les villes y sont figurées 
par des édifices, et nous y trouvons aussi des lé- 
gendes qu'on ne remarque pas dans celle du Chro- 
nicon. Sur la côte septentrionale, on lit : Syrtes 
Maiores, nom qui manque dans la carte du Chro- 
nicon. Près de la mer Bouge est un grand édifice 
assez semblable à un couvent, avec les mots Zene- 
nidoh-Zinoiber (5). 



(1) Voyez t. II, p. 187, 188, 379. 
(S) Voyez t. Il, p. 270. 
(5) Voyez i. H, p. 377. 

(4) Baldelli-Millone, 1. 1, p. XXVII. 

(5) Zurla a lu Zinc et idto Zinziber.— flous pensons que ce nom no 



— 202 — 

On Ut ensuite, à l'O., Noce (1); puis près de 
la même mer, Bedoni (peut-être Bedoini, le pays des 
Bédouins) (2), et plus au N., Haden (3), inscrit près 
d'un édifice. A l'O. de YEthiopia Barbara* et près 
d'une montagne, est le mot Locessim (Lecessim). Ce 
même mot se trouve aussi dans la carte de Bongars, 
mais il est écrit Locessum (4). Près des sources du 
Nil, on lit : Habesse, id est terra Nigrorum (c'est 
l'Abyssinie) (5). Enfin au S. des sources du Nil, on 
lit : Regio inhabitabilis propter calorem* 



peut pas correspondre à Zinziber comme Zurla l'indique. Edrist cite 
une ville qui pourrait mieux correspondre à ce nom altéré ; c'est celle 
de Zic|jeblé qui , selon le géographe arabe , était dominée par «ne 
citadelle connue sous le nom d'Bl-ïa-ken. 

(1) Noce rappelle le souvenir de Vile de Netsa ou des Phoques 
du Périple d'Agatbarchides , indiquée par Artémidore et Diodorede 
Sicile. Cependant selon Edri si, on rencontre dans ces parages El'N*à}*\ 
la dernière terre dépendante de Berbera. Elle semble répondre an pays 
VAjan , situé sur la route du Cap Guardafui au Zenghebar. ( Voyez 
Edrisi, trad. de Jaubert, p. 45.) 

(3) Bédouins; ce sont les Arabes nomades répandus en Éaypie et en 
Syrie. Dans cette carte, l'auteur parait n'avoir voulu qu'indiquer sim- 
plement une pariie du pays habité par les peuples de ce nom. 

(3) Aden ; voyez la description dans Edrisi , édit de Jaubert, 1. 1, 

p. 51. 

(4) Locessum est, selon nous, corrompu ou mal écrit. Il se rapporte 
peut-être à la haute montagne nommée tous par Edrisi, et qui domfinela 
mer. (Edrisi, édit. de Jaubert, 1. 1, p. 54.) Rapprochez d'Agatharchide. 
De Mari Rubro. ( Gcogr. Min., 1. 1, p. 575.) 

(5) Zurla avait déjà remarqué que du mot Abascia (Abyssinie) Sanuto 
Tait Uabcsse f et il trouve là, avec raison, un élément arabe. (Voyez Sullc 
antiche mappr, etc., p. 19, note. ) 



— 203 — 



ILES. 



La Méditerranée ne renferme que Mayorque et 
Alinorque, la Sardaigne et la Corse, la Sicile, la 
Crète et Chypre (1). 

Dans la mer Atlantique, d'abord en dehors du 
détroit de Gibraltar, se trouve l'île de Cadix, sous 
le nom de Gades (2) ; puis viennent les lies Britan- 
niques, qui ne forment plus une seule lie, comme 
dans la carte du Chronicon. L'Irlande porte son an- 
cien nom d'Hibernia, écrit Ybernia. 

Pas une lie n'est indiquée dans les mers du nord, 

ni dans l'Océan Boréal (3). Sanuto en connaissait 

cependant l'existence; car il dit, en parlant des lies 

dans son texte : « Au delà de Gadès, les côtes de 

l'Espagne, du Portugal et de la Galice, n'offrent 

point d'îles de quelque importance. Dans les parages 

de l'Angleterre, de l'Irlande et de l'Ecosse, il y a 

beaucoup d'îles dont les noms me sont inconnus. 

Dans les eaux du Danemark, et surtout dans la mer 

que les gens du pays nomment Orientale, il y a un 

fort grand nombre d'îles excellentes, bien peuplées 

(1) Ce sont aussi les seules lies qui se voient dans la mappemonde 
du Chronicon de 1320. Celle de Bongars marque Rhodes. 

(S) La carte de Bongars n'offre que le nom de Gadeê, de môme que 
celle du manuscrit de Bruxelles, n° 9547 — 48. 

(3) De môme dans toutes les autres mappemondes des manuscrits 
de Sanuto. 



— 204 — 

cl sujettes du royaume de Danemark. Dans les eaux 
de la Suède et de la Norvège se trouve aussi un cer- 
tain nombre d'îles faisant partie de ces royaumes (1).» 

Près de la côte occidentale d'Afrique, à l'entrée 
du golfe de la GétuUie, est une île sans nom (2), et 
comme elle est placée au N. de la Gaulolia et de la 
région des YII monts, il nous semble que le carto- 
graphe a voulu indiquer soit la Canaria* soit la 
Cerné du périple d'Hannon (3). 

Après cette île anonyme, nous n'en trouvons plus 
que dans l'Océan Indien, et la première, placée 
tout-à-fait à l'extrémité orientale de l'Afrique, est 
nommée insula Piperis (tle du Poivre) (4) ; la sui- 
vante, au N.-O., est nommée Me lit (?) (5); une trcM- 



(I) « De insulis minoribas ultra Gades per régna Yspania*. Porta- 
galic et Galitre non infeniuntur insute alicujus Talons. Circa part» 
Angliae, Ybernix et Scoliae stmt mult* imsuUt, fumai miki mwm 
ttrnt ignare Circa partes Daciae, et maxime in mari qnod apod indi- 
genas Orientale vocatur, sont Talde mulue bons insutae bene habita- 
ts, que regno Dacic sont subjecta*. In partibns regnomm Stecis et 
Norregis, snnl qnamplures insula? subjectae regnis predictis. » 

(t) Cette Ile figure aussi dans les cartes de Bongars et dans celles 
de Bruxelles (manuscrit 9SI7— 48): elle manque dans la mappemonde 
du Chronicon de ISâO 

(3) Rapproche! cette particularité de ce que nous aToos dît pins 
haut, p. 169, «a sujet de la partie occidentale de l'Afrique, sur la 
mappemonde du Chronicon. Zurla a également remarqué cette Ile dans 
la carte du manuscrit de l'abbé Canonici. mais ce saTant n'a fait au- 
cun rapprochement. 

(4) Yoyet aux Additions. 

-..v vWifscra peut-être ««lira», rapproche! dcCeilarius. t.ll.p. 70& 



— 205 — 

sième, au N.-E., Jsiria, c'est peut-être YAracia que 
Pline dit avoir été consacrée à Neptune (1) ; enfin 
une quatrième, à l'E. de celle-ci, et la dernière dans 
cette mer, Nebile. En face de V Indus y est une grande 
Ile allongée dans le sens de la longitude, sur laquelle 
on lit : Insula lice dicitur Camar (2). A. l'entrée du 
golfe Persique, dans la position qu'aurait dû occuper 
l'île d'Ormuz, est une lie nommée Kis (la Kisi de 
Marco Polo) ; et au midi de celle-ci, près de la côte 
d'Afrique, une autre lie, Cercales (?) (3). Entre cette 
dernière et la grande lie de Camar, sont dix Ilots 
sans nom, et il y en a encore deux autres éga- 
lement sans nom, au S. de l'Arabie. 

Dans la mer Orientale, pas une lie n'est nommée : 
nous en voyons simplement indiquées en face de 
\ y Inde , à l'extrémité de ce pays ; et le grand golfe 
qui pénètre entre le pays des Sères et celui 
des peuples de Gog et de Magog, renferme tout un 
archipel anonyme (4), terminé par une lie un peu 
plus considérable. 



(1) Zorla a lu dans la carte du manuscrit de l'abbé CanonicJ, Azisia. 

(2) Catnor.— Nous pensons que c'est l'Ile El-Comor d'Edrisi. ( Voyez 
Edrisi,édit. de Jaubert, t. I, p. 67.) 

(3) Cercales. Ce nom nous semble tout à fait altéré. Cette lie doit être 
probablement la Crocala de Pline ( VI-c. 33). Cela est rendu encore 
plus probable par remplacement que lui a donné le cartographe, après 
celle de Chryte. 

(4) Nous avons fait remarquer que les cartographes remplissaient 
d'Iles les mers orientales d'après les traditions anciennes adoptées 



— 206 — 

Le rapprochement de ces cartes montre combien 
cette indication dïles était arbitraire, et prouve qne 
les cartographes du XIV e siècle n'avaient encore 
aucune idée exacte des archipels et des lies de la 
mer Indienne et de l'Océan Oriental. S'ils avaient 
même trouvé dans les auteurs anciens des indications 
précises sur ce sujet, ils auraient inscrit quelques 
noms; mais loin de là : ils n'étaient guidés que 
par des notions fort confuses, et ne connaissaient 
que vaguement l'existence d'un grand nombre 
d'Iles dans ces mers. Pour mieux constater ce fait v 
remarquons que dans les cartes des manuscrits de 
Sanuto, qui ne sont du reste que des copies les unes 
des autres, le nombre de ces lies varie. La mappe- 
monde du Chronicon de 1320 en offre vingt-troÎB 
dans la mer Indienne, tandis que celle de Bruxelles, 
que nous analysons, n'en porte que dix-neuf; en 
revanche, celle du manuscrit n° 9347-48, en offre 
aussi vingt- trois; mais dans celle de Bongars, on 
n'en compte plus que neuf. 

Le lecteur pourra mieux vérifier les faits que nous 
venons de constater, en rapprochant lui-même la 
mappemonde du Chronicon de 1320, et les trois 

par tes géographes arabes. Et en effet . nous lisons dans Aboolfada 
(t, II, p. S7, Mil. de M. ReinaudV «les mers de l'Inde et de b 
• Chine renferment 1,700 Iles habitées, sans compter celles qai 
« ne le sont pas. » 



— 207 — 

autres, tirées des manuscrits de Sauuto de la Vati- 
cane, et de la bibliothèque royale de Bruxelles» mo- 
numents que nous avons reproduits dans notre 
atlas. Le manuscrit de Sanuto, n° 9104, de la bi- 
bliothèque royale de Bruxelles renferme, outre la 
mappemoude que nous venons de décrire : 2° une 
carte du pays qui s'étend depuis le Tigre jusqu'à la 
mer Rouge; 3° une carte des différentes tribus 
juives ; 4° les endroits où se sont passés les mys- 
tères de la Passion ; 5° une carte de la Civitas Acoix 
nve Ptolomayda. 

§ LXXXI. 

XIV e SIÈCLE. 

Wenfemonde renfermée dans un manuscrit de Sanuto de l'ancienne biblio- 
thèque des Ducs de Bourgogne, conservé à la Bibliothèque Royale de 
Bruxelles, sous le n° 9*47—48. 

Les détails dans lesquels nous sommes entrés en 
examinant la mappemonde de Sanuto de la biblio- 
thèque de Bruxelles, n° 9404 (1), les rapproche- 
ments que nous en avons faits avec celle de la Vati- 
GtBDe, publiée par Bongars, avec celle du Chronicon 
à*3 1320, et avec celle-ci, nous dispensent de donner 
*** l'analyse spéciale de ce dernier monument : il 

(*) Ce manuscrit renferme les mêmes cartes que le précédent. Il y a 
t^tidant quelque différence pour le dessin et la couleur. 



— 208 — 

ressemble aux autres en trop de points ; nous nous 
contenterons donc de noter ici une différence sail- 
lante : le dessinateur de celte carte, par une étrange 
erreur, a fait de l'Angleterre une péninsule en la 
reliant au continent par la Flandre. Les dessina- 
teurs des autres cartes de Sanuto ont tracé la forme 
insulaire de l'Angleterre d'une manière régulière. 

Dans les quatre mappemondes que nous venons 
de décrire, on remarque une immense chaîne de 
montagnes placée à l'extrémité N. des deux con- 
tinents de l'Europe et de l'Asie. Cette chaîne, qui se 
projette de 1*0. à l'E. jusqu'à la Tartarie septentrio- 
nale, sert de barrière à l'Océan Septentrional ; puis, 
se recourbant, elle forme une autre chaîne de mon- 
tagnes de l'E. à l'O., jusqu'à la Scythie inférieure. 
Entre les deux chaînes s'étend une contrée immense* 
sans noms géographiques et sans fleuves. On lit seu- 
lement au N. : 

« Regio inbabiubilis propter al- Région inhabitable à cause du 
gorem • froid. 

Et à l'extrémité orientale : Albania (l'Albanie). 

Telles sont les célèbres mappemondes de Sanuto- 
En terminant , nous ajouterons encore une observa- 
tion : Quelques savants ont pensé, d'après a mappe- 
monde publiée par Bongars, que Sanuto connaissait 
l'extrémité triangulaire de l'Afrique bien avant Bar- 





thélemy Dias et VascodeGama. Il n'en est rien. L'A- 
frique dessinée dans toutes ces mappemondes de 
Sanuto, est, quant à sa forme, l'Afrique d'Eratos- 
thène ; or, Eratosthène pensait, comme nous l'avons 
déjà fait remarquer, que les côtes méridionales du 
continent africain étaient baignées par l'Océan, que 
le continent se terminait au N. de l'équateur, et 
qu'au sortir du détroit, la côte tournant tout à coup 
vers l'E.-S.-E., suivait cette direction jusqu'à la ren- 
contre de la côte orientale, à peu près dans l'aligne- 
ment du golfe Arabique (1). Eratosthène comparait 
le continent africain à un trapèze ou quadrilatère 
irrégulier, dont la Méditerranée formait un côté, le 
Nil un autre côté, la rive méridionale le plus grand 
côté, et la rive occidentale le plus petit (2). 

C'est précisément la figure qui est représentée 
dans les quatre mappemondes des manuscrits de 
Sanuto, dont nous venons de donner la description. 
Ainsi , la forme de l'Afrique dans ces cartes , est 
très éloignée de la forme réelle de ce continent; 
cette dernière n'a été bien certainement connue 
qu'après les découvertes de Dias et de G a ma. 

On ne rencontre pas encore dans les mappe- 



(i) Dans les cartes de Sanuto cet alignement 7a plus à l'est et dé- 
passe le golfe arabique. 

(2) Voyez Strabon, IW. XVII. 

ni 14 



— 210 — 

mondes de Sanuto les découvertes de Marco Polo. 
Foscarini pense que c'est parce que Sanuto se trou- 
vait loin de Venise (i) ; mais nous avons dit déjà, 
dans cet ouvrage, quels étaient les vrais motifs de 
ce silence, relativement aux découvertes de Marco 
Polo (2). 

Nous ajouterons que dans toutes les mappemondes 
de Sanuto, on remarque, au N. du globe, une grande 
ceinture de montagnes qui se prolonge par delà 
même le méridien de la mer Caspienne; là elles 
forment un grand golfe. Cela paraît être un souvenir 
de ce qu'on lit dans le traité de Plutarque : Des 
taches de Corbe lunaire {De fade in orbe lunœ). 
Cet auteur supposait qu'un grand continent entou- 
rait l'Océan ou la mer Chronienne, se prolongeant 
vers le N. avec une grande régularité de configura- 
tion, et que vis-à-vis l'embouchure de la mer d'Hyr- 
canie dans l'Océan, ce grand continent offrait éga- 
lement un golfe vaste comme le Méotide (3). 



(1) Voyez Foscarini, Littéral . rené t., p. 417. 

(S) Voyez t. I~, p. XXX, et p. 134 et suivantes. 

Quant aux périples et aux autres cartes de Sanuto, le lecteur 
trouvera la description et l'analyse complète dans la partie de cet o» — -» 
vrage qui traite des cartes marines et autres antérieures aux grand* 
découvertes du XV« siècle. 

(3) Voyez Wyttenbach, p. 809. 



— 211 — 

§ LXXXII 

XIV* SIÈCLE. 

Mappemonde renfermée dans un manuscrit de la relation des voyages de 
Marco Polo conservé à la Bibliothèque de Stockholm. 

Cette mappemonde, peinte, se trouve à Stockholm, 
à la fin d'un manuscrit de Marco Polo, sur vélin, 
in-folio, portant la signature de Pa. Petavius (Paul 
Pétau) ; on croit que ce monument est de Tannée 
1350 (1). La terre habitable y est représentée sous 
la forme ovoïde, comme dans le Ranulphus Hydgen, 
mentionné au § LIX. L'orient [Oriens) est placé 
en haut de la carte, l'occident (Occidens) au bas. 

L'Asie occupe la plus grande partie de la surface ; 
Y Afrique n'est qu'une simple bande s'é tendant de 
l'O. à TE. 9 et terminée par une ligne presque droite 
dans cette même direction de l'occident vers l'ex- 
trémité de Y Asie. La Méditerranée et le Pont- 
JEuxin sont les seules mers intérieures indiquées 
dans cette figure. L'Océan Oriental communique 
avec la mer Atlantique. Du reste, pas un seul nom 
sur aucune des trois parties de la terre. 

La mer Atlantique sépare les trois parties du 
monde, ou plutôt la terre habitable d'un alter orbie, 

(1) Nous devons \e fac-similé de ce monument à l'obligeance de M. Charo- 
poIlton-Figeac, qui nous en a fait présent le 10 mai 1843. 



— 212 — 

autre terre aussi considérable que les Irois parties 
connues. Cette Antichthone, opposée à nos conti- 
nents» occupe donc la partie australe du globe ; elle 
est également de forme ovoïde. C'est la théorie 
d'Eschyle, d'Euripide, de Strabon et d'autres parti- 
sans de cette hypothèse, que la zone torride était 
occupée dans toute sa longueur par l'Océan, et que 
cette bande de mer séparait notre continent d'un 
continent situé» supposait-on, dans l'hémisphère 
austral (1). Nous avons déjà vu l'application de cette 
théorie sur les mappemondes de Lambertus décrites 
dans une autre partie de cet ouvrage (2). 

Au dessus de la mappemonde est inscrite la lé- 
gende suivante : 



« Mundi formam omnes consen- 
Uunt rotundam esse. Indeque de 
terra senti un t,quae in medio rerum 
constiluta, gravia quaeque ad se 
trahit, aquis majori ex parte sub- 
mersa. Sunt qui arbitrantur qua- 
tuor ejus plagas apparere,quas ma- 
gnus inlersecetOceanusduobusam- 
plibsimis fluminibus eas ambiens, 
quorum allerum zodiaco subjicia- 
tur,alterum ab aurora d extra laeva 
que per polos defluens, extra Co- 



Tous les auteurs sont d'accord 
sur ce point que la forme du monde 
est ronde ; ils pensent qu'il en est 
de même <Je la terre, laquelle pla- 
cée au centre, est couverte en ma- 
jeure partie par l'eau et attire à 
soi tout ce qui est pesant; ils 
croient qu'elle offre quatre par- 
ties séparées les unes des autres 
par le grand Océan qui les envi- 
ronne de deux vastes fleuves, l'un 
sous le zodiaque et l'autre à droite 



lumnasHerculeasconjungatur*,at- et à gauche de l'orient; que cet 

(1) Voir Cratès apud Geminus Elementa Astronomica, c. XIII, dans 
l'Uranologia, p. 51. — Cf. Phsenom. Aral, 537. — Strab., liv. II, p. 130, 
et liv. XVII. 

(2) Voyez t. II, p. 174 et 181. 



— 213 — 



que in hune modum totios terne 
quatuor portiones velut ingentes in- 
salas emergere, quae cœlo subjectae 
benigno mortalium habita tiones ad- 
mittant. Parmenides terram sicut 
et cœlum in quinque zonas parti- 
tas est, quarum duas polis pro- 
pinqoiores nimio rigore frigoris, et 
tertiam quaecursui solisobjicere- 
tmr excedenti aestu, inhabitabiles 
êxUtivumit. Reliquas hinc atque 
iode, inter torridam et gelidas, 
felici temperamento culturam re- 
dpere, quem plures tum grseci 
tom latini secuti sunt. Plerique 
uiam tantummodo partem terne 
emersissetradiderunt inter septen- 
trionem et equinoctialem circu- 
lant, id quod divinam mentem ho- 
minum causa statuisse. » 
An bas de la mappemonde : 
c Digna sententia quam chris- 
tfanus approbet. » 



océan coulant vers les pôles se 
joint en dehors des Colonnes d'Her- 
cule , de manière que les quatre 
parties de la terre semblent sortir 
du fond des eaux comme autant 
de grandes lies qui, placées sous 
un climat doux, sont susceptibles 
d'être habitées par les hommes (1). 
Parménide a divisé la terre ainsi 
que le ciel en cinq zones : deux, 
selon lui, voisines des pôles, sont 
inhabitables à cause de la rigueur 
du froid : une troisième, placée 
sous la route parcourue par le 
soleil, nt inhabitable à cause de 
l'excès de la chaleur. Les deux 
autres qui se trouvent entre la 
zone torride et les zones glacia- 
les, jouissent d'un climat tem- 
péré et sont susceptibles d'être 
cultivées. Cette opinion a été a- 
doptée par un grand nombre d'au- 
teurs grecs et latins. Plusieurs 
autres ont affirmé qu'il n'était sorti 
du fond des eaux qu'une seule par- 
tie de la terre entre le septentrion 
et la ligne équinoxiale, ce qui avait 
été établi par la volonté divine à 
cause de l'homme, opinion qui mé- 
rite l'approbation de tout chré- 
tien. 



(1) Rapprochez cette théorie de celle de la mappemonde du manus- 
crit de Macrobe dont nous avons parlé dans le tome II de cet ouvrage, 
ptg. 41 et suiv. 



— 214 — 

§ LXXXIII. 

XIV' SIÈCLE. 

Mappemonde renfermée dans le manuscrit des Chroniques de Saint-Denis 
conservé à la Bibliothèque de Sainte-Geneviève. 

Nous ayons déjà parlé de ce curieux monument 
de la géographie (i). Nous allons maintenant en 
donner, pour la première fois, une description com- 
plète. 

Le savant abbé Lebeuf, de l'Académie des belles* 
lettres, fut le premier qui parla de cette carte» il y a 
plus d'un siècle (1713). Mais malgré son érudition 
et son savoir, il ne nous a laissé qu'une appréciation 
des plus incomplètes. Voici ce qu'en dit cet acadé- 
micien, page 185, du tome XVI de Y Histoire de 
t Académie : « Dans le manuscrit précieux des Chro- 
niques de Saint-Denis, conservé à la bibliothèque de 
Sainte-Geneviève, et l'un de ceux qui ont appartenu 
au roi Charles V, le nom de ce prince est écrit de sa 
main, avec son paraphe au bas de la dernière 
page (2). Au dernier feuillet, est une carte en forme 
de globe, où sont figurées les trois parties du monde 
alors connues, mais avec des proportions si peu 

(1) Nous renvoyons le lecteur au 1. 1", p. XIX, 68, note 3, 99, 192, 
310, 237, 240, 267 et 256. 

(2) Nous avons donné le fac-similé de cette signature dans notre 
Atlas. 



— 215 — 

exactes, qu'elle ne peut servir qu'à faire voir com- 
bien la géographie était imparfaite en France au 
commencement du XIV e siècle. La ville de Jérusalem 
est placée au milieu du globe, et Alexandrie aussi 
près de cette ville que Nazareth. » 

Plusieurs auteurs ont cité ce monument d'après 
l'abbé Lebeuf (1), mais en se bornant à une simple 
mention, ou bien en répétant ce que nous venons 
de transcrire. 

Cette représentation a dû être exécutée entre les 
années 1364 et 1372. Elle est enluminée; les mers 
et les fleuves sont peints en vert, excepté la mer 
Rouge, qui est colorée en rouge, ainsi que le golfe 
Persique, avec lequel elle ne forme, dans la carte, 
qu'une seule mer, comme dans la mappemonde 
d'Hereford ; nous avons déjà signalé les motifs de 
cette configuration (2). Cette mappemonde est par- 



Ci) Voyez nos Recherches sur, la découverte de la côte occidentale 
d'Afrique. Paris, 1842, p. 279. 

(2) Voy. t. II, p. 429. Nous ajouterons à ce que nous avons dit a ce 
sujet que les cartographes du Moyen-Age voulaient indiquer par la 
couleur rouge des deux golfes, l'ancienne mer Erythrée. 

Pline ( VI, c. 27). dit en parlant de cette mer, ce qui suit : 

« La terre ensuite envahie par une double mer nommée chez nous 

« Mer Rovge, soit à cause du roi Erythras, soit parce que la reverbé- 

« ration des rayons solaires donne cette nuance aux eaux, soit à cause 

• de celle du sable et de la terre , etc. » 
Nous avons déjà traité aussi ce sujet dans l'introduction de ce volume: 

bous y renvoyons le lecteur. 



— 216 — 

faitement circulaire. La Terre y est environnée par 
l'Océan, comme dans toutes les cartes de cette ca- 
tégorie. La rose à douze divisions est indiquée sur 
le cercle environnant, où les noms des vents sont 
écrits dans des demi-cercles à l'horizon , comme 
nous l'avons déjà indiqué autre part (1). L'Europe se 
distingue des deux autres parties du monde par mie 
couleur foncée. Les villes principales sont figurées 
par des édifices flanqués de tours ; nous en avons 
déjà signalé quelques uns. 

Voici les détails qui concernent spécialement 
chaque partie du monde. 

EUROPE. 

La configuration de l'Europe et sa forme sont des 
plus arbitraires et des plus barbares; les édifices 
qui représentent Paris, Rome, Athènes et Constan- 
tinople, occupent plus de la moitié de la surface. 

Dans cette partie, outre les noms des villes que 
nous venons d'indiquer, on lit encore ceux (ÏHispa- 
nia, Brabantia, Francia, Grecia; au N., près de 
la mer Boréale, le mot Europa ; au N. du Danube 
Alemania, G er mania, et à TE. Hongaria. 

Deux fleuves sans nom débouchent dans le canal 
d'Angleterre ; nous pensons que ce sont la Seine et 

.1 ) Voyez t. !•', p. 267. 



— 217 — 

le Rhin. Au N., un autre fleuve qui va tomber dans 
la mer Noire, et se jette en même temps, à l'O., 
dans la mer du Nord^ représente, selou nous, Y Oder 
et le Danube réunis en un seul et même cours d'eau. 
La mer Noire» celle d'Àzof ou de Krimée, ne for- 
ment qu'une seule mer dont la configuration et les 
contours sont complètement arbitraires et barbares. 

ASIE. 

L'Asie occupe une grande partie du plan de la 
carte. La partie occidentale renferme Gaza, Ga- 
lilea, Jérusalem, Terra Sirie ; sur le N. on ne lit 
que quatre noms : Persida y Assiria , Media et Par- 
chia. Trota (Troie), Antiochia et Damas occupent 
le centre. La Mésopotamie (Mesopotamia) est placée 
à l'extrémité orientale de la carte et près du golfe 
Persique, ayant Ninive et le mont Synaï à l'O. Ba- 
bylone est sur le méridien du mont Synaï. Au N. 
de Babylone est Arabia, étrange déplacement de 
cette contrée. A l'orient de la Babylonie et au delà 
de YEuphrate est India Superior, et on y lit : OHens 
Asio. A l'extrémité orientale de cette partie du globe 
est le Paradis Terrestre. 

« Hic est Paradisus.» | Ici est le Paradis. 

Le cartographe l'a figuré, selon les traditions sa- 
crées, entouré d'une muraille de feu. Enfin dans 



— 218 — 



le N.-E. de l'Asie est le pays de Gog et de Magog, 
avec la légende : 



« Hic est inclusi Gog et Ma- 
gog (1). » 



Ici ont été enfermés Gog et Ma- 
gog. 



Ce pays est figuré de même que dans la carte 
d'Hereford. C'est une île séparée du continent par 
une mer communiquant à l'ouest et à Test avec 
l'océan Boréal. Un grand fleuve sort de cette mer, 
coule du N.-E. au S., et se divise en deux branches 
qui séparent la Mésopotamie de la Babylonie. Il 
nous semble que le cartographe a voulu indiquer 
par ces deux fleuves le Tigre et YEuphrate ; il les 
déverse dans la mer Indienne. 

Ici un problème se présente relativement à cette 
espèce de mer qui se prolonge à peu près dans le 
sens des parallèles. Est-ce le golfe Hyrcanien ou la 
double Caspienue, comme dans les cartes de Sanuto, 
ou bien est-ce la représentation d'une théorie pure- 
ment arbitraire et de fantaisie? Nous sommes en- 
clins à admettre la première hypothèse, quoique 
cette mer s'étende d'une manière démesurée dans 
le sens des parallèles. Ainsi, selon ce cartographe, 
la mer Caspienne communiquerait avec la mer 
Boréale des deux côtés, à TO. et à TE. 

(1) Sur ces noms, voyez les Tables des premiers tomes de cet ou- 



%» M rmr\ 



— 219 — 

Le golfe Persique et la mer Rouge, réunis comme 
nous l'avons dit, ne portent à leur commune em- 
bouchure qu'une seule dénomination, celle de mare 
Jtubrum (mer Rouge) ; au milieu est cette légende : 

« Via filiorum Ysrahel. > | Route des enfants d'Israël. 

Telle est l'Asie de cette carte. 

AFRIQUE. 

La forme donnée à l'Afrique montre que l'auteur 
ne connaissait ni l'étendue, ni les vrais contours de 
ce vaste continent. Cette partie du globe est aussi 
plus pauvre de noms que les deux autres. Elle n'an- 
nonce aucune connaissance des pays situés au S. de 
l'Abyssinie. La côte S. est entièrement factice. 

Ce que nous venons de constater nous semble 
d'autant plus exact, qu'on remarque encore dans la 
carte l'Afrique romaine, que l'auteur a voulu sans 
doute désigner par le nom de la province romaine 
Africa, le seul qui figure dans toute la partie nord 
de ce coutinent, avec un grand édifice représentant 
Carthage. A l'E. est le mot Libus, pour désigner la 
Libye. Sur tout le littoral tracé au N. on ne lit que 
le mot Alexandrina (Alexandrie), ville figurée par 
un grand édifice flanqué de tours et placé près du 
Nil. Au S. est la Thébaïde (Thebaida), et à l'E. 
de celle-ci, un autre édifice plus considérable, re- 



— 220 — 

présente Babitonia (le Caire) ; enfin près de la mer 
Rouge est le mot Egypt. (l'Egypte). 

Un seul nom est inscrit au midi, c'est celui d'J?- 
thiopia. Là se bornent les connaissances du carto- 
graphe, c'est-à-dire qu'elles s'arrêtent aux mêmes 
limites que les connaissances des géographes anciens 
antérieurs à l'école d'Hipparque et de Ptolémée* 

Le cours du Nil est figuré d'une manière assez 
bizarre : il coule depuis la pointe extrême de la mer 
Rouge, qui correspond à l'isthme de Suez, vient 
entourer Alexandrie, et à partir de cette ville, il 
forme une espèce de grand canal qui va tomber dans 
la Méditerranée. 

Or, l'auteur de la carte ayant placé le Paradis 
Terrestre aux extrémités orientales du monde, ad- 
mettait sans doute la fameuse théorie des quatre 
fleuves qui en sortaient, et par conséquent celle qui 
faisait couler le Nil sous la mer Rouge pour repa- 
raître ensuite sur le continent de l'Afrique, théorie 
qui explique la direction bizarre donnée au cours de 
ce fleuve célèbre. Le mot Nilus se trouvant placé 
presque au même parallèle que le mot Libus, et ne 
dépassant point au midi le parallèle du lac Triton, 
que nous croyons reconnaître dans un lac figuré sur 
la carte, il s'ensuit que le cartographe ne connaissait 
le cours du Nil que jusqu'au 28 e degrc de lai. N. 



— 221 — 

Le seul fleuve, outre le Nil, qu'on remarque dans la 
carte nous semble être le fleuve Triton des anciens, 
puisqu'il prend sa source dans un lac, probablement 
Libya Palus, placé au midi, et coule vers le N. jusque 
dans la Méditerranée sous le méridien de la Sicile. 

La seule montagne figurée dans cette partie du 
inonde est l'Atlas (mons Athalus). 

Maintenant nous signalerons les lies qu'on re- 
marque dans cette carte. 

ILES. 

Dans les mers intérieures , la Méditerranée ren- 
ferme seule des lies : Sardinia (la Sardaigne), Sicilia, 
Cipri (Chypre), et à l'entrée du détroit de Gibraltar, 
on lit : Gades H er cutis, pour désigner les colonnes. 
Ces lies sont toutes de forme carrée, comme dans la 
mappemonde de Turin du XII e siècle, et toutes pla- 
cées en ligne de l'O. à l'E., dans le sens des paral- 
lèles. 

Sur la mer extérieure, on ne remarque que l'An- 
gleterre, formant une seule et même île avec V Ir- 
lande, et portant les noms : Anglia , Hibernia. 
Cette grande lie est séparée par un fleuve d'une 
autre île placée au N., sur laquelle on lit Britania, 
et qui correspond a l'Ecosse. 

Telle est la carte des Chroniques de Saint-Denis, 



— 222 — 

si souvent citée par plusieurs savants et si peu étu- 
diée jusqu'à ce jour. 

§XXXXIV 

XIV- SIÈCLE. 

Mappemonde de Nicolas tfOresme dressée vers Cannée 1377. 

Passons maintenant à une production géographi- 
que dessinée en France sous le règne de Charles V. 

Nous avons déjà parlé autre part de Nicolas d'O- 
resme, auteur de cette mappemonde (1), et de ses 
ouvrages cosmographiques (2), ainsi que des manu- 
scrits qui les renferment. Nous avons décrit les mi- 
niatures dont ces manuscrits sont ornés (3) ; enfin, 
dans cet ouvrage même, nous avons exposé quelles 
étaient les connaissances cosmographiques de Ni- 
colas d'Oresme (4). Il nous reste à donner l'analyse 
du monument cosmographique qui accompagne son 

(1) Voyez nos Recherches sur la priorité des découvertes des pays 
situés sur la cote occidentale d'Afrique. Paris, 1842, p. XXVII, 
note 2 ; XXXIX, note 1 ; LIV, note 3 ; Md. t p. 93. 

(2) Ouvrage cité p. 276 et suivantes. 

(3) Ibid. 

(4) Voyez t. I er , p. 137 à 145. Nous ajouterons cependant que la minia- 
ture ornant la traduction du livre De Ceelo et Mundo attribué a Aristote, 
qui se trouve dans un manuscrit de la Bibliothèque de Rouen et qui a 
été reproduite dans l'ouvrage intitulé : Monuments de la Monarchie Fran- 
çaise, t. III, pi. VII, diffère de celle que nous avons donnée dans notre 
Atlas. On n'y remarque pas le globe. Et dans l'ouvrage cité, cette mi- 
niature est reproduite en noir, tandis que l'original est admirablement 
colorié. La même miniature a été publiée dans le Trésor de la Cou- 



— 223 — 

Traité de la Sphère, présenté à Charles V, roi de 
France, et daté de 1377. 

Cette figure représente la terre de forme ronde. 
Une partie seulement de l'hémisphère supérieur est 
censée habitée, l'hémisphère inférieur est plongé 
dans la mer, ou couvert par l'eau. Il nous semble 
reconnaître ici un mélange d'idées différentes qui 
ont exercé leur influence sur le dessiuateur, savoir : 
des idées religieuses puisées au psaume CXXXVI, 
dans lequel il est dit que Dieu fonda la terre sur 
l'eau (i), et des idées grecques empruntées à l'école 
de Thaïes, aiusi qu'aux théories des géographes 
arabes, dont Nicolas d'Oresme connaissait déjà les 
ouvrages. En effet, Edrisi soutenait que la moitié 
de la terre était plongée dans la mer, et Âboulféda, 
que la terre du Midi était couverte par les eaux. 

La terre se trouve placée au centre de l'univers. 
Celui-ci est figuré par le ciel peint en bleu, et par- 
semé d'étoiles d'or. 

Ce monument, malgré sa simplicité, diffère de 
tous ceux que nous avons examinés jusqu'ici. On 
n'y lit du reste pas un seul nom. 

ronne de France, t. II, planche CXXVI, et dans Y Essai sur la Calligra- 
phié ma woyen-àge, in-8<>, par Langlois, p. 62, planche VIII. Le tombeau 
de Nicolas d'Oresme est représenté dans l'ouvrage : Monumenta illus- 
trium virorum, 1 vol. in-fol. 
(1) « Qui fundasti terram super aquam. > 



— 224 — 

§ LXXXV 

XIV- SIÈCLE. 

Représentation cosmographique renfermée dans un manuscrit de la Biblio- 
thèque nationale de Paris, qui a pour titre : Àrchiioge Sophie. 

Parmi cette grande variété de représentations 
cosmographiques qu'offrent les monuments du 
moyen-âge, nous en avons particulièrement remar- 
qué deux dans un Commentaire sur te livre des 
Echecs amoreux, Àrchiioge Sophie, manuscrit rem- 
pli de superbes miniatures, et formant partie de la 
grande collection de la Bibliothèque nationale de 
Paris (1). Ce manuscrit, qui parait être la copie 
d'un autre plus ancien écrit au XIV e siècle, renferme 
un petit traité géographique dont nous donnerons 
une notice dans les additions à cet ouvrage. 

Le système des cercles ou de la pluralité des 
cieux était encore en vogue à cette époque, aussi 
ces figures en sont-elles la représentation fidèle; 
l'une d'elles est admirablement enluminée; nous 
Tavous reproduite en fac-similé dans notre Atlas. 
Comme dans les monuments analogues que nous 

(I) U y figure sous le n« 6808. Pour la description de ce superbe 
manuscrit, nous renvoyons le lecteur au savant article de notre con- 
frère M. Paulin Paris, t. I er , P- 279 de son ouvrage intitulé : Les Manu- 
scrits français de la Bibliothèque du roi. 



avons déjà décrits (1), la terre est au centre de l'uni- 
vers, et peinte en couleur grise foncée. Les fleuves 
sont figurés par des lignes d'or, et les grandes villes 
par des édifices ornés de tours, mais dessinés avec 
mi soin tout particulier. Le principal de ces édifices 
représente une grande cathédrale. 

La terre est entourée par l'Océan environnant 
peint en vert clair , avec les ondes en or. Autour de 
l'Océan, l'air est représenté par un cercle bleu cou- 
leur du ciel, parsemé de points peints en blanc ; 
ensuite vient le cercle du feu de couleur pourpre. Là 
se voit une planète peinte en or ; c'est Mercure. Le 
eercle suivant, peint en rose clair, renferme une 
^utre planète également peinte en or; c'est Vénus (2). 
**uis vient un cercle jauue renfermant un astre éga- 
lejxient en or , qui correspond au soleil figuré dans 
""autres monuments de ce genre. Dans le cercle 
Tant, qui est en jaune clair, la planète représente 
; enfin dans le suivant, peint en blanc, elle re- 
sente Saturne. Au delà de ce cercle est le ciel 
île, peint en bleu et parseihé d'innombrables étoi- 
peintes en blanc. Autour de tous ces cercles ou 
«ux sont les signes du zodiaque très bien dessinés. 

fl) Voyea x. II, p. 163 et suW. et 247. 

i%) Rapproche! du système cosmographique du même siècle, décrit 
ce volume § LXXI, manuscrit de la Bibliothèque nationale, 
540. Supplément français. 

m 15 




Tout le système de l'univers est ici, comme dans 
le dernier monument que nous avons vu, renfermé 
dans un carré dont les coins sont en or. 

§ LXXXVI 

XIV' SIÈCLE. 

Figure cosmographique renfermée dans te même manuscrit. 

Cette figure cosmographique représente une partie 
habitable de l'hémisphère supérieur, la neuvième et la 
dernière des sphères, selon le système des anciens, 
comme on le voit dans Cicéron, dans Virgile et dans 
Macrobe (1). Au-dessus sont les sept cieux avec les 
sept planètes, puis le ciel étoile, et ensuite cinq des 
signes du zodiaque , savoir : le Taureau , les 
meaux, le Scorpion, le Lion et la Vierge. 

Il nous semble que cette figure reproduit d 
idées grecques, car le ciel ayant la forme d'un globe 
sur les monuments romains, devait, sur ceux de la 
belle époque grecque, avoir la forme d'un hémi- 
sphère dont Atlas soutenait les deux extrémités. 
Dans le système primitif des Grecs, en effet, on se 
représentait le ciel comme une voûte hémisphéri- 
que reposant sur les bords du disque terrestre, 
et telle que nous la voyons dans ce monument. 




— 227 — 

S LXXXVII 

XIV* SIÈCLE. 

s V**ërwme cosmologique renfermé dans un manuscrit latin de la Bibliothèque 

nationale de Paris. 



»e siècle nous fournit encore une autre figure 
c osmologique, également inédite, dont nous allons 
donner la description. 

/univers y est représenté de forme ronde. Au cen- 
des cercles ou des cieux est la terre, sur laquelle 
1^ dessinateur a figuré d'une manière bizarre et in- 
complète les trois parties du monde alors connues. 
L'Europe contient quelques noms à peu près illi- 
s *I>les : au N. de la mer Noire, Gaulia (la Gaule); 
<i*cfc4ta, Roma, Grecia (la Grèce), à YE.Citea (la Scy- 
***i«3). En Asie nous lisons non loin d'une contrée qui 
°c*»re8pond à l'Asie-Mineure, sur la côte de Syrie, 
lestina; à l'E. Assyria; puis regnum Arabiœ, et 
lndia, très lisiblement écrit près d'Egipt. (l'É- 
pte). Sur l'Afrique, nous lisons Ethiopia . 
L'Europe et l'Afrique, réunies ensemble à l'Occi- 
*^^nt, ne forment qu'un seul continent. Le détroit de 
^^îbraltar est donc fermé, et la Méditerranée con- 
^^rtie en un véritable lac intérieur, sans aucune 
Communication avec l'Océan Atlantique. La Pénin- 
sule Italique est assez bien dessinée, ainsi que la 




— 228 — 

mer Adriatique. La mer qui correspond au Pont- 
Euxin, ou la mer Noire, se trouve non seulement 
tout-à-fait déplacée, mais aussi projetée du N. au S. 
La Caspienne n'est qu'un golfe de la mer Boréale. 
A TE. de l'Arabie, un lac, une mer intérieure, tient 
la place du golfe Persique. 

V Afrique se termine au S. par un grand nombre 
de sinuosités formées par une mer équatoriale qui 
semble la séparer d'une terre australe, et l'absence de 
nom sur cette terre, indique peut-être qu'elle était 
inconnue. Malgré la forme extrêmement bizarre et 
grossière de cette figure, nous y reconnaissons, du 
moins pour la configuration de l'Afrique, le système 
suivi dans les mappemondes des siècles précédents , 
que nous avons décrites, et notamment dans quel- 
ques unes de Lambertus. 

L'orientation est celle de la plupart des mappe- 
mondes du moyen-àge : l'orient est en haut. 

La terre est entourée par l'Océan environnant, 
autour duquel règne le cercle de l'Air, et ensuite 
celui du Feu peint en rouge. 

Ensuite viennent: 



le cercle de la Lune avec la légende : 



« Luna complet cursum suum in 
viginli octo diebus et conjungU 
te soli. » 



La Lune accomplit sa course en 
vingt- huit jours et fait sa conjonc- 
tion avec le soleil. 



— 229 — 



le cercle de Mercure : 



« Mercnrius complet cursum 
suum in uno anno minus quadra- 
ginta diebus. • 

le cercle de Venus : 



Mercure accomplit sa course en 
un an moins quarante Jours. 



• Venus complet cursum in uno I Vénus accomplit sa course en un 
minus 17 diebus. • I an moins dix-sept Jours. 



le cercle du Soleil : 

c Sol facit cursum suum in tre- 
centis sessaginta quinque diebus 
et sex boris et ex istis horis fit 
sextus. » 



Le Soleil fait sa course en trois 
cent soixante cinq Jours, six heu- 
res et un sixième d'heure. 



Ici est un orbe vide, puis viennent : 
le cercle de Mars : 



€ Mars complet cursum suum in 
x annis. » 

le cercle de Jupiter : 



Mars accomplit sa course en 
deux ans. 



« Jupiter complet cursum suum I Jupiter accomplit sa course en 
in duodecim annis. » I douze ans. 

le cercle de Saturne : 

« Saturnus facit cursum suum I Saturne fait sa course en trente 
in triginta annis. • I ans. 

Dans ce cercle est inscrit le nom de la Grande 
Ourse ( Septemtriones) ; le dernier cercle en dehors 
est le Zodiaque avec le nom des signes. 



— 230 — 

§ LXXXVIII 
XIV SIÈCLE 

Mappemonde renfermée dans le Rudiraenlam Novitiorum, imprimé en 1475. 

Le livre qui renferme ce monument de la géogra- 
phie systématique du moyen âge contient un grand 
nombre d'autres planches gravées sur bois. Parmi 
celles-ci, on en remarque une qui représente l'Arche 
de Noé, comme dans les manuscrits de Lambertus du 
XII e siècle, et dans la copie du XIV e siècle. D'autres 
planches représentent les trois fils de Noé, aux- 
quels les trois parties du monde échurent en par- 
tage, et même les Amazones (1). 

Nous classons cette mappemonde parmi les mo- 
numents du XIV 9 siècle, parce que nous croyons 
qu'elle a été copiée d'après une mappemonde de ce 
siècle, sinon du siècle antérieur. 

Un savant académicien (2) a, du reste, déjà cons- 
ul Voyez la Chronique de Scheidel, publiée à Nuremberg en 1493. 
Fabricius cite cette chronique .* Chronica Mundi sive chronicon chroni- 
corum ab orbe condito usque ad annum 1492. Il s'y trouve un commen- 
taire sur la Sarmatie ( Comment ariolus de Sarmatia qui exstat in Joann. 
Pistorii scriptorlbus rerum Polonicarum, p. I, p. 163-164). Voyez Fabric., 
Biblioth. Mediœ et inf. /ar, t. III. p. 568, édition in-8<>. 

Au feuillet 73 de YHistoria Mundi, l'auteur traite de la forme de la 
terre, qu'il dit ronde; il en parle d'après Isidore de Séville. Il traite 
de la division des trois parties de la terre échues en partage aux 
trois lits de Noé; et ensuite il donne la description particulière de 
chaque partie. La mappemonde que nous donnons se trouve au fol. 75. 
(2) Voyez Histoire littéraire de fa France, t. XXI, p. 208, article d« 



— 231 — 

la té le même fait à l'égard de la carte de la Pales- 
une y également gravée sur bois, qui figure dans ce 
volume ; il Ta reconnue pour une copie de celle du 
XIII* siècle, qui accompagnait le texte du voyage 
en Palestine du dominicain Brocard. Beckmann 
croit que c'est peut-être la première carte qui ait 
été imprimée. 
Cette mappemonde est parfaitement circulaire. 

M. Victor Lee 1ère. Ce savant dit que cette carte, en partie fabuleuse. 
est le monde connu des anciens. — Dans l'édition de la Chronique de 
Nuremberg, de 1493, que nous ayons examinée, on rencontre la re- 
présentation d'un système cosmographique semblable à quelques-uns 
de ceux que nous donnons d'après Dati. L'auteur de cette chronique 
consacre quelques chapitres à la description des quatre fleuves du 
paradis. Au fol. xm est une carte, dans laquelle la péninsule Indienne 
est figurée de forme carrée. Aux trois coins sont les trois fils de Noé. 
Les légendes de l'histoire géographique qu'on j rencontre sont tirées 
pour là plupart d'Isidore de Sévi lie, entre autres celle des monts d'or : 
fontes aurei quos adiré propter dracones et griphone$ % etc. L'auteur re- 
produit toutes les fables concernant les Pygmées, et celles que les 
anciens rapportaient au sujet des régions caspiennes. Quant a l'A- 
frique, il la décrit d'après les anciens : « Post kec Getulta et ultime 
contra cursumsolis in meridie estEthiopia exusla ultra quant dicunt fabule 
eue Antipodes ut dicit isidorus, » A la suite des descriptions géographiques 
spéciales, viennent les descriptions de toutes les montagnes du monde, 
et celles des lies. L'auteur signale d'abord les Espérides % dans les pa- 
rages de la Mauritanie: puis les Gorgones, ensuite les Fortunées, aussi 
près des côtes du MarocQuant à l'Irlande, il débite les fables répandues 
au moyen âge. Sa description de la mer lïHibernie est tirée de Solin. 
Dans cette édition, on rencontre une carte de l'Allemagne et de la 
France. A côté des choses qui concernent la géographie, se trouve 
aussi, au fol. eexe, portugalia, un grand éloge de l'infant D. Pedro, 
régent pendant la minorité d'Alphonse V. L'auteur dit que ce prince 
avait voyagé dans presque toute l'Europe. Il parle aussi des décou- 
vertes maritimes des Portugais. 



— 232 — 

L'Asie, comme dans toutes les cartes du moyen- 
âge, occupe la moitié orientale de la surface ; l'Eu- 
rope et l'Afrique la moitié occidentale. 

L'orientation est la même que dans presque toutes 
les cartes systématiques , c'est-à-dire que l'orient 
est en haut de la carte. En dehors du disque de la 
terre sont les noms des quatre points cardinaux : 
Oriens, Occidens t Septentrion et Jus ter, et les 
mots A$ia et Terra écrits en caractères gothiques. 

Les villes sont représentées par des édifices peints 
en jaune; quelques peuples, par des personnages 
figurés dans la Gothie, à Rome, en Crète, à Chypre, 
près du mont Carmel, dans la Scythie et jusque vers 
l'£. de la Caspienne , où l'on voit, comme dans 
la carte d'Hereford (1), un Essédon mangeant un 
bras d'un homme. Enfin aux extrémités orientales 
de la terre, deux figures représentent Élie et Enoch, 
gardiens du Paradis (2), chacun une branche d'arbre 
à la main et debout près d'une enceinte de murs 
fermée par une porte. Cet édifice est placé en haut 
d'une montagne d'où sortent les quatre fleuves du 
Paradis. 

La position des villes, la division des contrées et 

(1) Voyez t. II, p. 329. 

(2) Selon la Légende Dorée, ils furent enlevés de terre et réservés 
pour les épreuves de la fin des temps. 



A 



— 233 — 

d^^^ royaumes, les mers, les bassins, les cours d'eau, 
tomjt est encore plus désordonné dans celte carte 
<£*jKe dans la plupart de celles que nous venons de 
d^5<rire. C'est un des monuments les plus barbares 
A^ la fin du moyen-âge. Essayons cependant d'y re- 
connaître les éléments géographiques, en commen- 
t, suivant notre usage, par l'occident. 

EUROPE. 

A Tentrée de la Méditerranée, dont l'embouchure 

est figurée, sont trois colonnes peintes en 

A^^une (1), représentant les colonnes d'Hercule dans 

détroit de Gibraltar. Sur l'Espagne on lit le mot 

ispania, pour désigner cette contrée, et Galicia 

a Galice), où se voit une église indiquant, selon 

'intention de l'auteur, S. Jacques de Compos telle, 

i célèbre dans l'histoire des pèlerinages. Une ligne 

cée au N., courbée de l'O. à l'E. et voisine d'une 

ontagne, figure les montagnes des Asturies et la 

^^Cîhalne des Pyrénées. Là se remarque une couronne 

"^dont nous ne pouvons préciser la signification. A 

"l'E. de l'Espagne est le golfe de Lion, figuré comme 

un fleuve ; au N. des Pyrénées et à l'E. de la Galice, 

l'Angleterre {Anglia) ; ce mot, placé sur le continent, 

indiquerait-il , non pas l'île de ce nom, mais l'Aqui- 

(1) Voyez sur ce nombre de colonnes le t. II, p. M el 32. 




— 234 — 

laine formant encore partie des possessions de la 
couronne d'Angleterre? c'est ce que nous n'oserions 
pas décider; car s'il en était ainsi, la carte serait 
antérieure à 1453, époque à laquelle Charles VII, à 
la suite de la bataille de Castillon et de la prise de 
Bordeaux, réunit l'Aquitaine au domaine de la cou- 
ronne de France. Mais eu examinant mieux cette 
étrange production géographique, où toutes les posi- 
tions sont interverties de la manière la plus étrange, 
on reconnaît que c'est bien l'Angleterre que l'auteur 
a voulu signaler; car on lit, beaucoup plus à TE , le 
mot Equitania (Aquitaine). Au N. sont Frisia (la 
Frise); au N.-E. Braba (le Brabant); à l'O. Âlinonia 
(Allemania), et au midi, Antega (l'Anjou); enfin, ce 
qui est assez singulier, Ftandria (la Flandre) est 
indiquée au midi de la France. 

Sur la France est dessinée la figure d'un roi cou- 
ronné et le sceptre à la main. Cette contrée a au 
N. Bohemia (la Bohême); au N.-E. Misena (la 
Misnie), et presqu'à TE. Swevia. Alimania (l'Alle- 
magne) est au midi de Alsacia ( l'Alsace ), ayant à 
TE. Sabaudie (la Savoie). La Péninsule Italique 
est tout-à-fait méconnaissable. On y voit Apulia 
( la Pou i lie ) , figurée comme une ile. Sur cette 
contrée est une tour surmontée d'un personnage 
peint en rouge, couronné et le sceptre a In main. 



— 235 — 

Rama (Rome) est figurée comme une grande ville 
ceinte de murs crénelés, avec une église à deux 
tours, indiquaut probablement S. Pierre, comme 
dans la carte du Musée Britannique du X e siècle (1). 
là est représenté un pape vêtu de rouge, couronné 
de la tiare et la crosse en main. Au midi et près de 
la mer, est Nicomedia, où se voit un personnage 
couronné peint en bleu (2). Venecia (Venise), au N.-O. 
de Rome et au fond de l'Adriatique, se distingue 
des autres villes par une grande masse d'édifices. 

La Grèce (Grecia) est aussi figurée comme une 

He dont la Crète fait partie. Sur cette contrée, on ne 

lit que son nom tout seul ; celui de Tessalia se 

trouvant transporté près de la petite Slavie. Dans la 

Grèce est aussi une figure de roi. A TE. de Nico- 

m édie est Alania (le pays des Alains), ayant Rodus 

(Rhodes) au N. L'île de Chypre (Cipris) est si près 

**** continent qu'elle pourrait en faire partie. Enfin , 

* l'extrémité orientale de l'Europe , s'étend une 

^^inde contrée nommée Slavia Maior (la Grande- 

"5* vie). Au N. de Venise est Macedonia (la Macé- 

^ïne). Cette contrée a dans la carte, au N. -E., S(a- 

tt) Voyez t II, p. 79 et 80. 

C2) Nous ne pouvons pas reconnaître le personnage figuré par le car- 
1 ^*%raphe à Nicomédie; peut être est-ce le fondateur de cette ville, 
/***2omède I er , roi de Bythinie , auquel on éleva une statue, citée par 

^usanias comme l'un des morceaux les plus précieux do l'antiquité. 



via Minor (1) ; au N. Ponegaria (Bulgaria) ; au N. 

Polonia, et à l'O. Vngaria (la Hongrie). 

En revenant à l'occident de l'Europe, nous tro 

vous, au N. du mot Anglia et près de la mer du No 
Dacia (le Danemarck) (2); au N.-O. Issad (3) 
au N. Norwe (la Norvège); à TE. Gothia (4). Là 
voit un roi tenant un sceptre. La Goihie est séparé^B 
de la Frise par des montagnes. Au N. de la Norvège 
et de la Gothie est un golfe sur lequel on lit Vuv — 
land (5), et à côté, sur le bord du golfe» une ville» - 
Plus loin, à l'E., sont Holsatia (le Holstein) ~ 
Saxonia (la Saxe), et près de la mer, Oblriton (6} S 
enfin , les seuls noms inscrits aux extrémités sep- 
tentrionales, sont : Prucia (la Prusse), Litania (1^^ 
Lithuanie) (7); puis à TE., Moscavia (la Mosco — 
vie (8), et Tartea, probablement la Tartarie, entier**' 
rement déplacée. 

Telle est l'Europe, passons à l'Asie. 

(1) La slavia minor de cette carte est peut-être la Slavonie, provinc^^ J 
de l'empire d'Autriche, dépendante de la Hongrie (voyez la note 2 dfc^ 
la p. 185 du t II), la Germanie supérieure de la carte tfHerefor-^ 4 
(▼oyez t. II, p. 321). 

(2) Voyez t. II, p. 135. 

(3) Peut-être Y Mande. 

(4) Voyez t. Il, p. 221. 

(5) Voyez, sur cette terre, la note p. 76, et p. 53, aux lies del* 
Mappemonde de Ranulphus. 

(6) Peut-être les Obotrites, habitant le Necklerobourg. 

(7) Partie de la Pologne. 

(8) Moscovia, la Bussia Magna. 



— 237 — 



ASIE. 



la description de l'Asie nous est tracée par les 
divisions de la carie elle-même ; car le cartographe 
& «u le soin d'écrire le mot Europa en deçà de la 
figne qui sépare les deux continents, l'Asie d'une 
I>art, et de l'autre l'Europe et l'Afrique. Voyons d'a- 
t*ordles pays situés au delà de cette démarcation. 

Au N. est la Caspienne, sous le nom de Mare 
<*&mazoneon (mer des Amazones). Le cartographe 
l~«yant placée près du cercle qui figure l'Océan, il 
**«us semble qu'il admettait aussi que la mer Cas - 
ienne communiquait avec l'Océan Boréal. Du reste, 
est la première des cartes du moyen-âge dans la- 
quelle nous rencontrons cette dénomination. Elle 
**ous semble indiquer que le cartographe a voulu 
Suivre les notions de Pomponius Mêla, d'autant plus 
«jue nous remarquons à TE. le mot Caspy, écrit sur 
Xme province, probablement pour désigner les Cas- 
jriens du géographe latin. Près de la mer des Ama- 
zones est la Scythie (Sitia); au midi de celle-ci, 
-Amazonia (le pays des Amazones Sauromatides) ; 
à l'E. Albania (les Albaniens de Mêla) (1). Là se 
"voit une espèce de mer intérieure, qui, par sa posi- 
tion en cet endroit, est difficile à reconnaître, à 

(1) Voyez Mêla, liv. III, ch. 5. 



— 238 — 

moins que ce ne soit un fleuve que le cartographe « » 

voulu indiquer. Ce cours d'eau longe la Cilicie (Ci -- 

licia) à l'E., et reparaît à TE. de la Phrygie (FrtytaC J ) 
et de la Syrie (Siria). 

A TE. du pays des Caspiens, sont les deux Essé- 
dons que nous avons signalés plus haut, et nous en- 
trons dans l'Arménie, où se lisent les mots MoMei 
Armenia. A TE. de l'Arménie est VHyrcanie (Hil 
cania), limitrophe au N.-E. d'un pays nommé Ara- 
clia (i), à TE. d'un autre, nommé Laviania (2), 
et borné au midi par la Chaldée (Kaldea) (3), et pai 
la Terra Picionum (peut-être la Pisidie). Ensuite 
viennent, au midi, Babilonxa (la Babylonie) ; à 1*0. 
Assiria, Iturrea, Galilea , Samaria ,ldumea (4); 
au S.-0., Medea (la Médie) (B); près de la Médi- 
terranée , Judea , ayant au midi Pales lina , puis 
Philistiin ( le pays des Philistins ). A TE. de ce 
dernier, on lit Carmellus (le mont Carmel). Ici est 
figurée une ville, au dessus de laquelle se voit une 
madone vêtue d'un manteau bleu, et coiffée comme 
une religieuse (6). 

(1) Peut ôtre YArachosie. 
(S) Voyez aux Additions. 

(3) Voyez t. II, p. 189. 

(4) Ibid., p. 190 

(5) Voyez ce nom dans la table du t. II. 

(6) Sans doute pour rappeler N.-D. du Monl-Carmel, et Tordre des 
Carmélites placé sous son invocation. 



Au N. du Carmel est un grand pays, Tetra Ano- 
reon (1), qui se trouve séparé par un grand fleuve 
d'une autre région placée au N., et sur laquelle nous 
lisons Gtundis Caïn; puis à TE. Terra Moab et 
Tersia (la Perse). Au sud de cette dernière, est 
un arbre supportant les figures du soleil et de la 
lune, avec cette légende : 

• Arbor solis et loue (2). » | Arbre du soleil et de la lune. 

A TE. est l'île de Ceylan, Tabrobana, Trabobatha, 
représentée plutôt comme une péninsule de la Perse ; 
& côté est le Mons Auri (S). En revenant vers l'0. 9 
est une terre avec une grande forêt, et qui est nom- 
mée Tileinsula (111e de Tylos). Le golfe Persique 
et la mer Indienne sont défigurés au point d'être 
tout-à-fait méconnaissables. 

Au S. de la Terre de Moab, ou pays des Moabites, 
est l'Arabie (Arabia) 9 ayant à l'O. Pentapolis, 
et au midi, Terra Anale th. Près de l'Océan In- 
dien on lit : 



« Terra diversoram monstro- 
3nm. » 



Terre habitée par des monstres 
divers. 



et sur cette terre est figurée la Salamandre (4) . 



(1) Peut-être les Amorrhéens. 
(9 Sur l'Arbre du Soleil, voyez t. II, p. 489. 
(3) Voyez L II, p. 74 

U) Nous lisons dans le texte de la chronique où se trouve cette 
uiappemonde, ce qui suit : t en parlautde l'Arabie. Ibi tiascilur avis 



Le pays Sahéen est indiqué par le mol Sabe 
et à l'O. de cette région, une grande ville figurée 
plusieurs édifices, est nommée Testudina (1). 
dernière terre à l'O. de ce côté et près d'une gran 
mer, est Ophir (2). Il est difficile de déterminer si cet 
grande mer, qui dans la carte est figurée cornu» « 
une mer intérieure, est la mer Rouge. Nous pensorms 
cependant , en considérant la position , que c'east 
cette dernière que le cartographe a voulu indiquer - 

Ensuite , vient l'indication curieuse du pays (M 
fameux Prêtre Jean , Presbiteri Joli, sous le mén 
méridien que Babylonia. Le dernier pays à Tories^ 
est une lie, sur laquelle on lit India. 

En exuminant avec attention cette partie de 1 
carte, il est aisé de reconnaître que le cartograptm 
savait vaguement que l'Inde formait une péninsul 
mais le dessinateur a si mal reproduit cette id 
qu'il faut presque deviner pour la retrouver dans 
représentation. La péninsule indienne, dans cet 
carte, comme sur un grand nombre d'autres 
moyen-âge , est projetée à l'orient , au lieu de l'ê 
au midi (3). 

fenix Dans l'Ethiopie, rinocrata beslia et cameleopardis, 

coin, dracones ingentes ibi inventant » 

(1) Voyez aux Additions. 

(2) Voyez t. II, p. 429, et le Mémoire deM.Quatremère m- OpMr. 

(3) Voyez t. II, p. LXXXVII, 55 et 3A6. 




— 241 — 

A l'E. de l'Inde, au delà d'une vaste mer, est une 
montagne entourée de murailles et remplie d'arbres, 
sur laquelle se voient deux personnages tenant des 
branches d'arbre à la main. De celte montagne sor- 
tent les quatre fleuves du Paradis (1). Du côté du 
uord est le mot Evilath, désiguant, selon nous, la 
contrée où les Hébreux plaçaient la source du 
I*M$on (2). 

AFRIQUE. 

Les connaissances de l'auteur de cette carte 
étaient encore plus bornées en ce qui concerne l'A- 
frique. Il suffit de jeter un coup-d'œil sur cette 
carte et sur la description , pour s'apercevoir de l'i- 
gnorance du cartographe. Le tracé du cours du Nil 
Prouve qu'il renfermait l'Afrique en deçà de l'équi- 

^oxiale , et le texte de l'auteur porte : Oritur autem 

n °n procul ab Atlante et circuit terram Ethiopie. 

Commençons par la partie occidentale , en poursui- 

v ^*it jusqu'aux limites de l'Asie. 

Sur la côte près du Détroit des Colonnes (Gi- 

****sdtar ) , sont Gorgoles (les Gorgones) (3) ; plus au 

(1) Voy. t. 11, p. 143, et t. I, passim. 

Cl) Hevi la était un enfant de Chus, lequel donna son nom à la contrée 
***^tvUath, où le Phlson a sa source. — Le Nil est aussi pour l'auteur 
la chronique de Nuremberg, le c,h<ot%, et vient, selon lui, du 
radis. 
(3) Voy. p. 59. 

lu 16 



— 242 — 

S., on lit Mons Calesli (peut-être Mons Cœlestis, 
montagne du ciel , l'Atlas ) ; au midi est un golfe , 
à TE. duquel on lit Mons Alpharye (1); ensuite , la 
côte se courbant vers TE., on y lit, entre deux petits 
golfes, Mons Aliarion (2). Après les mon tagues, vient 
la région des Troglodytes , Tragodisia (3) , puis un 
grand fleuve, voisin d'une ville à laquelle se ratta- 
chent à la fois les noms de deux cités différentes, 
Alexandrin et Babilonia (le Caire). Cette ville, 
placée presque sous le méridien de Carihage, oc- 
cupe la dernière contrée à l'extrémité occidentale de 

(1) Voyez aux Additions. 
(3) ïbid. 

(3) Troglodytes. Nous avons donné p. 298 et 299 du t. Il, une légende 
de la carte d'Hereford , relative aux peuples de ce nom, et nous avons 
cité plus haut , p. 42 , un passage de Solin sur ce sujet , ainsi qa'un 
passage de Pomponius Mêla à peu près conforme à celui de Solin. Le 
nom de ces peuples vient de TfxoyXyi, caverne, et de Auto, subeo; peuples 
qui vivent dans des cavernes. Chez les auteurs anciens ils sont signalés 
en Egypte, près du golfe Persique, dans la Palestine, toujours vers l'o- 
rient et même aussi dans la Scythie. Ceux de la carte sont ceux de 
Y Egypte ou les Troglodytes Ethiopiens. Voyez le commentaire de Hill sur 
Denys le Periégète , édition de Londres de 1658 et 1679, p. 119 et 
330, et la petite carte publiée par le commentateur , Terrœ Univers* 
r* ter tous cognitœ tabula Dionysio accommodât a. Cf. la seconde carte 
Africa veteribus cognitœ. Dans la carte de l'édition de Denys, publiée à 
Oxford, en 1710, Libyœseu Africœ tabula Dionysio et Eustathio accommo- 
dât a y on remarque le pays de ces peuples placé près de la Mer Rouge, 
comme dans les précédentes, mais dans la petite carte des édition» du 
même poème géographique données par Wells, à Oxford et à Lotions, 
en 1724 et 1726 , ces peuples sont nommés Erembi. Dans la carte du 
4 e volume de la collection de Geographi Minores d'Hudson, les Troglo- 
dytes sont placés aussi près de la Mer Rouge. 



243 — 



la carte. Étrange et bizarre position ! A l'E.-N.-E. 
est le mot Ethiopia; plus à l'orient, Egiptus (l'E- 
gypte). Près de la Méditerranée, à l'O., est un pays 
séparé du Mons Calesti, et sur lequel on lit : Terra 
Feram (Fezzan) (i). Al'E. est encore une ville, Ju- 
nonia placée sur les bords d'un fleuve. Au N. se 
lit Maritania ( Mauritania) ; à TE. Nicomedia (2), 
et au midi , Pelrapolis (Pentapolis). A l'E. de ce 
dernier nom on lit : Tortles (3) ; à l'E. de Nicome- 
dia , Braciana (4) , et ensuite Cartago , placée à 
l'embouchure d'un golfe. Cette région est bornée au 
midi par une contrée nommée Rengio sive reu 
(sic) (5), et Ypona (Hippone) (6). Le dernier pays 
marqué à l'E. sur l'Afrique septentrionale est Libya 
(la Libye). Là est une ville, auprès de laquelle le 
cartographe a dessiné deux dragons. 

Telle est cette singulière production géographique 
du moyen-âge. Nous ne devons cependaut point 
passer sous silence cinq autres planisphères qui ter- 
mineront la série des mappemondes systématiques 
iu XIV e siècle. 



(1) Voyez aux Additions. 
(^TSans doule Numfdia. 
{jjpp&kl-ètre syrles. 

(4) Sans doute la Byzacène. 

(5) Voyez aux Additions. 

(6) Voy. t. Il, p. 383. 



— 244 — 

§ LXXXIX 

XIV* SIÈCLE. 

Figure renfermée dans un manuscrit de la Bibliothèque refais 

de Stuttgard. 

Trois figures se trouvent daus uu manuscrit de * a 
bibliothèque de Stuttgard (1) , qui renferme le poèi*^* e 
géographique de Y Image du Monde, attribué a 
Ornons. 

La première de ces ligures dont nous devons 
fac-similé à l'obligeance de M. le docteur Pfeiffe 
est d'une grande simplicité. Elle n'offre qu' 
cercle rouge indiquant le disque de la terre et 
noms des quatre points cardinaux. L'orient est pi 
en haut. 

S XC 

XIV SIECLE 

Planisphère renfermé dans le même manuscrit. 

La seconde figure de M. Pfeiffer est un planisphèi 
à peu près semblable à ceux que nous avons déjà 
crits dans une autre partie de cet ouvrage (2). Un 
ligne circulaire figure le disque de la terre, une auti 
tracée du N. au M. , coupe le centre du cercle et sépara " 
F Asie de l'Europe et de l'Afrique. Une troisième 

(1) Cod. Pœt. t 4% «• 46. 

(3) Voyeit. II, p.251,$XLV. 



3 




tracée de l'O. à l'E., et terminée aux côtes de la 
Syrie 9 représente la Méditerranée et sépare l'Eu- 
rope de l'Afrique. L'Asie occupe la moitié du plan. 
Les noms seuls des trois continents s'y trouvent 
inscrits. L'Orient est placé au haut de la carte. 

§XCI 

XIV' SIÈCLE. 

Autre planisphère renfermé dans le même manuscrit. 

Un autre planisphère du même manuscrit repré- 
sente la terre divisée seulement en deux parties. 
Cette figure est de tous points semblable à celle que 
°ou8 avons décrite dans une autre partie de cet ou- 
vrage (1). 

S xcii 

***xppemonde renfermée dont un manuscrit de la Bibliothèque nmtiona le 

de Paris. 

Xjn manuscrit de X Image du Monde, du XIV e siè- 
c *^ , conservé à la bibliothèque nationale de Paris , 
ferme une petite mappemonde dans laquelle on 
remarque aussi que deux parties du Monde, sé- 
;s par une mer Méditerranéenne placée du N. 
M. dans le centre de la carie ; savoir : Y Asie , à 
Prient, et X Europe et X Afrique, à l'Occident, ne 

C 1) Voyez t. II, p. *50 et suiv., § XLIV. 



formant qu'une seule partie. Un seul nom est ins- 
crit , celui de Y Asie. Trois points cardinaux seule- 
ment sont indiqués. L'orientation est la même que 
dans les cartes précédentes, c'est à dire que l'Orient 
est placé au haut de la carte (I). 

§ XCIII 

Mappemonde renfermée dans un manuscrit de /'Image du Monde, 
conservé à la Bibliothèque nationale de Paris. 

Ce môme manuscrit de V Image du Monde , attri 
buée à Gaultier de Metz , renferme une autre peti 
mappemonde assez curieuse. La terre y est figurée e 
deux parties , séparées entre elles par une mer Mé 
diterranéenne ; et formant ainsi deux demi-cercles ^ 
l'un à l'Orient et l'autre à l'Occident. Au M. on lit ~ 
Paridus terre , et au-delà se voit une terre de 1 
forme d'une île , mais les positions s'y trouvent tel 
lement bouleversées que nous ne voulons pas nou 
hasarder à déterminer la signification de cette 
terre (2). 



(1) Voyez ce monument dans la planche de notre Atlas qmi porte le 
titre de Système des Zones, etc., figure n* 6. 

(S) Voyez notre Allas , système des Zones, etc., ûgure n° 7. 




— 247 — 



MAPPEMONDES DU XV* SIÈCLE, 

ANTÉRIEURES AUX GRANDES DÉCOUVERTES MARITIMES DES PORTUGAIS 

ET DES ESPAGNOLS. 



§ XCIV 

XV- SIÈCLE. 

Mappemonde du Musée du cardinal Borgia. 

Nous commencerons la description des mappe- 
mondes systématiques de cette époque par la plus 
ancienne que nous connaissions, la mappemonde du 
Musée Borgia. 

Parmi les événements indiqués dans cette carte, 
le plus récent est la victoire de Tamerlan sur Ba- 
jazet, en 1401. A côté de Constantinople, il reste 
même un espace vide où pouvait être mentionnée la 
prise de cette ville. La date précise que nous fournit 
cette indication autorise le classement chronologique 
de la mappemonde parmi les monuments cartogra- 
phiques du XV e siècle. En cela, nous sommes aussi 
d'accord avec Heeren, qui signale deux légendes 
comme propres à fixer l'époque de l'exécution de ce 
monument. La première, relative à la défaite des 
chrétiens par Bajazet, en 1395. La deuxième, que 
nous venons de citer plus haut, mentionnant la vic- 
toire de Tamerlan sur Bajazet, en 1401. Heeren 




ajoute que la carte ne saurait être postérieure 
l'année 1410, parce que dans l'Afrique on ne i 
marque pas le moindre vestige des découvertes d 
Portugais ; bien au contraire , on n'y retrou 
dit- il, que les fables des Grecs et des Arabes; on 
voit des femmes velues et des rois sarrasins ; msu 
on y rencontre peu de noms des Tables de Ptol 
mée, et l'Asie offre même des noms qu'on cherch 
rait en vain dans Marco Polo, ou dans Edrisi. 

Céi-aut d'Agincourt, dans sou Histoire de rA\ 
par les monuments, planche XL, section de seul 
ture, a publié une réduction de ce monument, av 
quelques détails sur l'original. Cette mappemonc 
est gravée sur deux planches de cuivre d'éga 
grandeur et d'une ligne d'épaisseur, qui sont ai 
< bées ensemble par des têtes de petits clous (1 
Dans le creux de la gravure a été introduit un m 
lange noirâtre qui remplit les tailles et qui 
être le Nicllo indiqué par Va sa ri et par Benvenu 
Cellini; ce Niello était un mélange d'argent, 
plomb , de cuivre , de soufre et de poix. Comme 
n'y a point d'indice que Ton ait tiré des estam 
de ce cuivre, o»j peut croire qu'il a été niellé au ni 
ment de sa confection, et que celle-ci doit être placé^ 5 ^ 

(1) Voyez Agincourt. Ouvrage cité p. 72 el 75. 






> 



— 249 — 

un peu avant la découverte de Fart de tirer des em- 
preintes des gravures sur cuivre (1). L'abbé Boni, 
dans sa Notice sur la Cassetina geografica ail 9 Age- 
■«tui, prétend que c'est un travail de gravure arabe. 
'^tte carte a deux pieds et un pouce de diamètre. 
OaiJ8 Tannée 1794, un antiquaire la fit voir à d'A- 
8'ncourt, et lui permit de la faire dessiner telle qu'il 
'"** donnée. 

Selon Heeren (2), cette carte, après avoir été dans 
plusieurs villes de l'Italie, est enfin venue au Musée 
^oi*gia, \\ Velletri (3). lu mois de décembre de la 
rtï ôrae année 1794, elle était en la possession du 
c ****dinal, puisqu'il en mentionne l'acquisition dans 
Ur *c lettre adressée à De Murr, lettre dans laquelle 
^ prélat consigne quelques indications générales sur 
monument (4). Une autre lettre du même pré- 

< 1) Agincourt. Histoire de tArt, p. 72, section de sculpture. 
C2) Voyez t. XVI des Mémoires de la Société royale de Goettingue. 
%JS) Les planches de cuivre existent maintenant aux archives de la 
jopagande, à Rome. 

Sfous profitons de cette occasion pour exprimer ici notre gratitude 
S. E. M. le baron da Venda da Cruz, ministre de Portugal à Rome, 
ur l'obligeance qu'il a mise , en 1845, à nous obtenir de la Propa- 

la permission de faire copier les planches originales. 
(4) Le cardinal disait dans sa lettre à De Murr : « l'acquisition que 
* j'ai faite d'un planisphère géographique de bronze, de forme ronde 
^ et de deux palmes de diamètre, me procure le plaisir de vous don- 
"* ner cette nouvelle, afin d'avoir de vous plus de lumières sur les 
^ monuments de l'ancienne géographie; car j'ignore s'il existe un 
^ autre monument de ce genre ayant la forme d'un planisphère. » 



— 250 — 

lat, datée du 31 janvier de l'année suivante 1795, 
atteste le grand prix qu'il y attachait (1 ). 

Deux années plus tard (1797), le neveu du cardi- 
nal Borgia publia une copie de la grandeur de l'on- 
ginal (2). Enfin, en 1808, le célèbre professeur 
Heeren publia de nouveau le tracé, accompagné d'une 
dissertation latine insérée dans les transactions de la 
Société royale de Goettingue (3). 

Quoique cette carte n'ait pas d'échelle de longi- 
tude et de latitude, elle est cependant divisée en 

Puis il ajoute : « Contiene l'Asia, l'Europa e l'Africa, ed i luoghi prin- 
« cipali, flumi, mari, monti vi sono scolpiti a bolino, e riempiti poi i 

• tagli del bolino coq sraalto (émail), o sia opéra di niello. Il colore del 
« smallo è rosso, ove indicase fuoco ; bianco, ove l'oggetlo è bianco, 
« corne le vêle (les voiles) délie navi scolpite in mezzo ai mari, e nel 
« resto nero. Il monumento è pieno de varie erudizioni locali con varie 

• epocbe appartiene ail' anno 1595. » Voyez dans De Murr, Hist. dipl. 
de Martin de Behaira, p. 27. 

(t) En répondant à une lettre de De Murr, demeurée inédite, il sur- 
prime ainsi : « Ce que vous médites me persuade que mon planisphère 
géographique est des plus remarquables, puisque c'est un bronze d'une 
si grande antiquité. Je pense qu'en fuit de monuments géographiques 
sur métal, il n'a existé que le mien, celui qu'indique Eginbart ( le 
secrétaire de Cbarlemagne), et le globe arabe-cuflco céleste de non 
musée. » ( Lettre dans De Murr, Hist. dipl. de Behaim, p. 28.) 

(2) Le neveu du cardinal publia ce monument sous le titre suivant: 
Apographon descriptions orbis terrce, fiçuris et narratiunculis distincte, 
manu germanica opère nigelliani disoolorio circa médium sœc. XV tabula 
cène* Musei Borgiani Velelris consignâtes, quod Camillus Joh. Paulli F. 
Borgia, cruce Weros. ornât us, ab intimo cubiculo,electoris Bavarici, pairui t 
cardinalis exempta imi talus, fide summa maximoque artificio exprmum 
recognitumque emditis speelandum proponit. A. 0. cmaccrcvu. 

(5) Tome XVI, p. 282, Mém. de Goettingue. 



— 251 — 

douze parties, lesquelles sont indiquées par des 
chiffres en marge (1). Elle est de forme circulaire. 
L'Océan l'environne, comme la plupart de celles 
<pie nous avons déjà décrites. Mais l'orientation dif- 
fère non seulement de celle de nos cartes mo- 
dernes, qui est l'inverse, mais aussi de celle de la 
plupart des cartes du moyen-âge. Le midi est 
placé en haut de la carte, le nord au bas, l'occident 
à droite , et l'orient à gauche (â). Dans la nouvelle 
description que nous en donnons ici , nous reprodui- 
rons, comme nous l'avons fait pour les cartes précé- 
dentes, toutes les légendes accompagnées d'une 
traduction française, et nous aurons soin de faire 
entrer dans notre commentaire tous les résultats 
utiles obtenus par les recherches du savant Heeren. 
Sur les trois continents alors connus se lisent les 
noms d'Asia, Affrica, Europa ; mais l'Europe figure 
ici comme la dernière, suivant l'inscription : Eu- 
ropajjj pars orbis terrarum. Ce continent est séparé 
de Y Afrique par la Méditerranée, de l'Asie par la 
Mer Noire, le Méotide et le Tandis. Conformément 
au système adopté dans cet ouvrage, nous commen- 

4 

cerons la description géographique par l'occident. 

(1) Il nous semble que ces douze parties, ou plutôt ces douze nu- 
néroft, indiquent les douze vents de la rose ancienne. 

(2) On peut rapprocher cette orientation de ce que dit Arias Mon- 
lanus, in apparatu Biblico, Mendies, uni de mundi cardinibus. 



— l'52 — 
EUROPE. 

La péninsule Hispanique est ici mieux tracée qui 
dans un grand nombre des cartes antérieures. Sur' 
le Portugal figure un seul nom, Poriugalia, rejeté à 
l'extrémité sud de ce pays, sur remplacement des 
Algarves. Au N. de ce royaume est la légende sui- 
vante : 



« Infidelis Yspania cbristianitate 
submissa per Karolum Magnum 
post multa bella commissa » 



L'Espagne infidèle soumise au 
christianisme par Cbarlemagne , 
après de nombreux combats. 



Au N. est une grande église : au-dessus on lit 
Gallicia (Galice), et au bas, Sancti Jacobi (Saint- 
Jacques de Compostellc) ; ensuite vient Lioni (le 
royaume de Léon), à l'Ë. Dans les Jsturies est un 
cavalier qui paraît se diriger en pèlerinage vers 
Saint- Jacques de Compostelle. 

Au S. do l'Èbre tst Saragosa, et à l'embouchure 
du fleuve la ville de Barcelone (Barzilona), figurée 
par un édifice. Le cartographe, probablement pour 
signaler le commerce maritime de cette ville, a placé 
un grand navire dans son port. Vers le S. est Fa- 
lentia (Valence). Granata (Grenade), qui formait en- 
core, à l'époque de l'exécution de cette carte, un 
royaume arabe , est renfermée dans un grand 
triangle et séparée distinctement de tout le reste de 
l'Espagne. Au bord de la mer, un navire, différent 
par la forme de celui qu'on remarque à Barcelone, 



— 253 — 

indique que ce pays, encore musulman, faisait le 
commerce maritime. Presqu'au centre, ia ville de 
Tolède (Tolletum) est entourée par le Tage, qui y 
commence son cours et se rend de là tout droit dans 
l'Océan Atlantique. Il est cependant digne de re- 
marque que ce grand fleuve est sans nom, et que la 
célèbre ville de Lisbonne n'est pas indiquée, tandis 
<H*e YEbre porte le nom (YEurus fluvius. Non loin 
des Pyrénées est la Navarre (Navarra). La chaîne 
de ^ Pyrénées (Mons Pireneus) est mieux orientée 
<I*ac dans la plupart des cartes antérieures. 

Au midi de la Navarre se lit une légende relative 
a **x traditions fabuleuses de l'histoire des douze 
Ps*ïrs et de Roland dans les guerres contre les Sar- 
■zins : 

<•■ Hic fuerant interfecti duode- Ici périrent les douze pairs de 
pares Francie. » France. 

Au delà des Pyrénées est la Garonne, qui ne porte 
s de nom, et à l'E. Tolosa. Bordeaux est indiquée 

l'embouchure de ce fleuve, avec son nom français. 

u N. de cette ville ou lit : 



« Joannes rez Francie hic capi- 
r per principem Waliae in bello. » 



Ici Jean, roi de France, fat fait 
prisonnier de guerre par le prince 
de Galles. 



C'est de la bataille de Poitiers, livrée dans Tannée 
1356, qu'il s'agit dans la légende (1). 

(1) Note de Heeren. 



— 254 — 



Plus à l'E., on lit : 

« Hic in Alunia (Catalaunia) 
anno IIII.XXXII (432)Atilla(l)rex 
Hunorom contra Romanos pugna- 
verat; et interfecta sunt CLXXX 
milia ex u traque parte. » 



Ici, dans les plaines de Chalons, 
Attila, roi des Huns, combattit ea 
432 contre les Romains; et 180,000 
combattants furent tués de part et 
d'autre. 



Vers le N. est Nantes, à l'embouchure de la 
Loire, fleuve sans nom, de même que la Garonne. 
Ensuite vient Angers, et à TE. de cette ville Orléans. 

Au N. de la Loire, le cartographe, sans figurer 
Paris par un édifice, désigne cette cité célèbre par 
la légende suivante : 



« Paris sine pare bonitate et do- 
minio sed et immensitate planuto 
(pour palatio) et castelleto. » 



Paris, ville sans égale par sa fer- 
tilité et par sa richesse en terri- 
toire, et couverte de palais et de 
châteaux. 



La Seine porte le nom de Senia R. A l'endroit que 
doit occuper la ville de Rouen, se voit un édifice in- 
diqué, selon nous, sous le nom de Roani ; Heeren a 
lu Warii, lecture qui Ta mis dans l'impossibilité de 
trouver le nom correspondant. 

Dans la contrée située entre la Loire et la Seine, 
c'est-à-dire entre la Bretagne et la Manche, près de 
la mer , est une ville que nous lisons Ânia (?), 
comme Heeren. 

A TE. on remarque Burgandia (la Bourgogne). 

(1) Heeren fait remarquer que le mot Alunia est employé pour Cata- 
launia, Chatons; au lieu de 432, il faut lire 430. 



La Loire et la Seine ont leurs sources dans une 

«haine de montagnes placées à TE. et qui ne portent 

pas de nom. Dans les mêmes montagnes sont les 

sources du Rhône. Ainsi le cartographe a fait du 

m€*nt Gerbier, où la Loire prend sa source, et du 

mont Tasse loi, où la Seine prend la sienne, une 

seule et même cordillère, et il a compris dans cette 

vtMjsAne le mont Furca en Suisse, où le Rhône a sa 

source. Il a cependant fait sortir de ces montagnes 

u n autre fleuve qui traverse le lac de Lauzanne 

( £+*cus Lozane) et se réunit au Rhône pour aller 

t^^nnber dans la Méditerranée (1). Près des bouches 

Rhône est Avignon. Au-delà s'étend la chaîne 

a Alpes, en deçà de laquelle on lit : 



' Hic montes dividunt Ytaliam 
-Almania et Gai lia. Transitas 

*X>alis cum LXX olifantes per 
anum hic in Luduno (Lugdu- 



Ici des montagnes séparent l'I- 
talie de l'Allemagne et de la Gaule. 
Passage d'Annibal avec LXX élé- 
phants, à travers le Rhône à Lyon. 



la Lombardie est nommée Lombardia, et près 
Alpes l'Italie est désignée ainsi : 



Italia nitens, pinguis, fortis et 
l^^Brbt ex quibus caret domino 
^, justitia vana. > 



L'Italie opulente, fertile, puis- 
sante et (1ère , ce qui fait qu'elle 
manque d'un maître unique et que 
le droit y est méconnu. 



C*l) On pourrait aussi reconnaître dans les divers tracés des cours 
**~Ui, en suivant la direction méridionale, la Saône , descendant des 



ï *nes plateaux que la Seine; le Rhône, venant des Alpes, mais il reste 
s ^nmoins encore une certaine confusion dans les indications du carto- 

* r ï»phe. 



— 256 - 

C'est la peinture do l'état de l'Italie au XV e siècles» <**• 
Plus à TE. sont indiqués Jslria (fi strie), Treuu^^sm 
(Treviso), Ver (ma , Padna et le Pô. ainsi désigné : 

« Paudus oriens » | Le Pô, dont la source est an . - — 

Dans la vallée des Alpes est Teira (selon Heererm^^e 
peut-être Tergesle) (1). Nous lisons Eira. L'auteu m mlm tu 
de la carte ne nomme pas Venise, de même qu'ecs^^e 
Portugal il n'a pas nommé les villes célèbres de jLù-«~3k*ù 
bonne, Porto, Coïmbre. Il nomme Bononia (Bologne) C^^ e i 
et Saluris (Salerno, selon Heeren) , et il inscrit &utmlm*u 
cette contrée la légende suivante : 



« Annibal debellavit Romanos in 
regione Papie (2). » 



Annibal vainquit les Romain: Mm * 'ta 
dans les environs de Pavie. 



Les Apennins sont placéh au milieu de la pénin- 
sule Italienne et viennent se joindre aux Alpes m 
le N. A TE. des Apennins est Rimini et la légende» •* 
suivante : 



« Hic Hasdrubal cum LXIII mil- Ici Hasdrubal fut détruit 
libus Carlhaginensium interfectus 63,000 Carthaginois, 
est. » 

Ensuite viennent Marchia Ancona , ( la Marche 
d'Aucône), Manfredonia (3) et Apulia. 

A l'extrémité méridionale de la Fouille on lit : 

« Hic quiescit corpus beati Nie- I Ici repose le corps de saint Ni- 
colaï de Baro. » colas de Bari. 

(1) Tergeste, ville de Vlstrie, au S.-E. â*Aqniléf. 
(3) Actuellement le Tessin (Heeren). 
(3) Ville du royaume de Naples. 



— 257 — 



Janua (Gènes) est placée à l'extrémité N.-E. 
de la Péninsule, en face de la Corse, et du même 
côté, c'est-à-dire à l'O. des Apennins, Rome est dé- 
signée par la légende suivante : 



« Sedes apostolîca et imperialis 
per sepUngintos annos in orbe 
triampliayit. » 



La ville apostolique et impériale 
triompha du monde pendant sept 
cents ans. 



C'est la Rome de Charlemagne et des empereurs 
romains (1). 

Au S. on lit Sila terra Cal abris, et : 



« Bellam Cannense, in quo Anni- 
lal XL1V millla Romanorum inter- 
xfedt, et ex militibus babuit tria 
audit annulorum aureorum. » 



La bataille de Cannes, où Anni- 
bal tua 44,000 Romains et remplit 
trois boisseaux des anneaux d'or 
des soldats morts. 



Plus au midi est la Terre de Labour (Terra La- 
écris). Deux navires dessinés, l'un à l'entrée de la 
mer Adriatique, l'autre au fond du golfe, indiquent 
le commerce maritime qui se faisait sur l'Adriatique, 
sommée ici Sinus Adriaticus. Sur le rivage oriental 
«lu golfe est Selavonia (Sclavouia), et plus au 
midi on Ht : 



t Hic fuit tertia monarchia mundi 
Ver Alexandrum acquisita. • 



C'est là que fut la troisième mo- 
narcbie du monde, formée par 
Alexandre. 



A la suite de cette légende, qui désigne la monar- 
chie macédonienne, on lit : 

« Hic fuit magnum bellum Ce- | Ici fût livrée la grande bataille 

(1) Observation d'Heeren. 

111 17 



— 268 — 

saris et P+npeii, hic Roma per- | de César et de tabpée. Là feome 
didit commune commodum. » | perdit sa constitution républicaine. 

Cette légende, désignant Pharsale, est placée dans 
la Thessalie {Thesalia). A i'E. de la Thessatie, 
Athènes (Atene) est signalée par une légende relative 
à sa Célébrité littéraire dans le monde entldf: 



« Atene (Athenae) singulare orbis 
studinm. » 



Athènes, principale fille d'étude 
du monde. 



Cette ville est , dans la carte , voisine du Bos- 
phore, et dans une position presque aussi orientale 
que Cônstantinople (Cùnstantinûpotf), qui est $h<H* 
quée près des bords de la mer Noire, ( Mare PoiUir 
cum). Le nom de Conslantinople» sans mention de te 
conquête par Mahomet II, attesterait que la cartel 
est antérieure à cet événement. Nicopolis (1), sur \& 
même rivage, est voisine de la légende suivante : 

« Oreeia in qua Bazac debelatit \ La Grèce, ati Bajazet tai*qti» 
cbristianos MCCCLXXXXV ex qui- i MCCCLXXXXV chrétiens , entre* 
bus multi nobiles franciae deçà- lesquels beaucoup de seigneur» 
pitat. » ; français furent décapités. 

Cette légende, placée au-dessus du mot Êurgàriaz 
( Bulgarie ) , se rapporte à la victoire de Bajazet à 



(1) Nicopolis est une ville de la Bulgarie. Le cartographe l'a bien 
placée à droite du Danube et au N. de Constantinople. Elle fût fondée 
par Trajan, après sa victoire sur lès Dactt. C'est la première carte du 
moyen-âge où nous la trouvons signalée, probablement à cause d'une 
victoire toute récente (1396) que Bajazet y avait remportée , en dé- 
truisant l'armée de Sigismond, roi de Hongrie. 



— 259 — 

Nicopotis. En suivant les rives européennes du 

Pont-Euxin , nous arrivons à la grande Valachie 

{Magna Vatachia) (1), placée entre le Danube et un 

autre fleuve descendu d'une cordilière au N., ôoulaut 

de l'O. à TE., et dans lequel nous reconnaissons le 

Dniester. La Hongrie (Ungaria) est indiquée entre 

le Danube et une grande chaîne, représentant sans 

doute lés Karpathes (2). Ce grand fletive porte son 

norft, Dùnubius fluvius. Buda (Budè) , capitale de 

•â Hongrie , est environnée par dent bras du ï)a- 

nufce. Elle est donc mal placée. Une chaîne de mon- 

**^nes sépare la Valachie de Y Ukraine, sur laquelle 

<** lits 



Haec provincia plana est et 
propter oertamina pagano- 
contra christianos. • 



Cette contrée est vide et déserte 
à cause des combats des payens 
î contre les chrétiens. 



Heeren pense qu'il s'agit de l'Ukraine dévastée 
c ^>ntinuellement par les incursions des Tartars. 
^* «3us ajouterons que les arbres placés à cet endroit 
I*^*r le cartographe paraissent destinés à représenter 
*^8 forêts de V Ukraine. 



En remontant le Danube, nous trouvons Austria 
\ï*Autriche) et sa capitale Viana (Vienne); à 1*0. 
batavia (Pavie). Au N. du Danube, le nom tfAus- 

(1) Ce nom parait se rapporter à la Valachie, du temps qu'elle for- 
**uil encore un royaume indépendant, au XI11* siècle. 
(S) Rapprochez de p. 266 et 268 du tome II. 



tria est répété pour indiquer que ce pays s 
tendait sur les deux rives du fleuve. En continuaxml 
à remonter vers l'O., nous rencontrons le jRhsra 
venu des Alpes et débouchant dans le canal Britan — 
nique ; il porte son nom , Renus fluvius. Au N. d< 
ce fleuve est Bayveria (la Bavière) ; au midi Basla(t y 
Trassburr (Strasbourg), ville représentée par un 
église, Colonia (Cologne) et Jys (Àix4a-Chapelle> . 
Au N. du Rhin est un autre fleuve, Albia fluuùm -* 
(l'Elbe), venu d'une montagne à TE. et se jetai^t 
dans la mer en face de l'Angleterre. Entre les deu-^3 
fleuves, le cartographe signale plusieurs villes, mam. s 
il nomme seulement Dresden (Dresde), Mangobr^^* 
( Magdebourg) et Standar (?) (2). 

Au N. de Y Elbe sont Gurse (?) (3), Sacson^* 
(la Saxe) et Frisia (la Frise) , près de la mer. Tùt^t 
le pays situé au N. de la Saxe jusqu'à la mer Ba9* 
tique est indiqué comme désert ; on n'y remarcpv- 6 
pas un seul nom, à peine le dessinateur y a-t — ^ 
placé un arbre. 

Le Jutland, ainsi que le Catégat et le Sund sof^* 
mieux figurés que dans d'autres cartes de ce siècl^^* 



(i) Bâle. 

(S) Heeren n'a pas trouvé de ville qui puisse correspondre à 
indication. 

(3) Peut-être Guise ( Giessen ). Ce nom désigne du reste une ri'*^ 
entre Dresde et Magdeboury. 



— 261 — 



Il s'y trouve un édifice représentant une ville ; mais 
on n'y lit pas un seul nom. Les contours de la Bal- 
tique, nommée ici Mare Prime, montrent que le 
cartographe connaissait mal la forme hydrographi- 
que de cette mer : car elle s'élargit, dans la carte, 
vers le golfe de Finlande, au lieu de se rétrécir, et 
elle n'offre pas de trace du golfe de Bothnie. Sur la 
Norvège, pas de noms géographiques. Cependant, 
P>*es de la pointe à TE., se voit une église destinée 
probablement à représenter Christiania et le golfe 
de Christiania est distinctement figuré. Dans la Nor- 
Ve **Çe, près de la mer du Nord» sur les montagnes, 
u** homme monté sur un renne indique que l'au- 
t^iir de la carte connaissait cet animal habitant des 
°lî*nats de l'Europe septentrionale, et futilité quen 
****cnt les indigènes de ces contrées. 

La Suède est indiquée sous le nom de Gothia 
**&cgna (la Grande-Gothie). On y voit un ours et un 
*^*icon, avec cette légende : 

^ Hic sont ursi et falcones albi 1 Ici sont des ours et des faucons 



consimilia. » 



I blancs et antres objets semblables. 



L'aspérité du climat est signalée en ces termes : 



« Extrema Norvegiae inhabitabi- 
*i% nimio frigore. » 



L'extrémité de la Norvège est 
inhabitable à cause de la rigueur 
du froid. 



Le continent de l'Europe se termine par une 



chaîne de montagnes polaires qui se prolonge même 
jusqu'au pays de Gog : nous en parlerons ailleurs. 
Sur la mer Boréale on lit : 



« Hec regk> montana inbabita- 
bilis, propter niwium frif us quod 
est sub polo artico. » 



Ce pays montagneux est inhabi- 
table à cause du froid excessif qui 
y règne; car il est sous le pôle 
arctique. 



Revenant à la partie méridionale de la Baltique, 
nous trouvons Vandalia. Le cartographe indique 
par là les contrées de la Germanie septentrionale 
habitées par les Slaves ou les Wendes (1). Près de la 
Baltique sont les Litefani (les Lithuaniens) (2). Trois 
fleuves ayant leur source dans la même chaîne de 
montagnes viennent se jeter dans la Baltique ; ils ne 
portent pas de noms. Ce sont probablement Y Oder (3), 
le Stolpe (4) et là Dwina (5) ; car nous remarquons 
presque à l'embouchure de ce dernier fleuve Riga, 
ville fondée au XIII e siècle (1200) et capitale de la 
Livonie. Le fleuve dont nous venons de parler est 
censé communiquer avec un grand lac placé à l'R.- 
S.-B. dans la Lèvent* (Livome), et sur lequel o» lit: 

« In boc lacu stundi (?) infi- | Dans ce lac il y a une quantité 
niti (1). • ! infinie ûfi 

(1) Selon Heeren. 
{% Selon le même. 

(3) Rapprochez de p. 406 et 268 du tome II. 

(4) Une ville de Prusse située sur le fleuve porte le même nom. 

(5) Fleuve de Russie. 



2Ô3 



Au midi de Riga est cette légende : 



• flic sunt confinia paganorum 
et christianorum, qui in Pnissia 
ad taTtoem oontinuo be liant. » 



Ici soat les limites des payons et 
des chrétiens qui sont continuelle- 
ment en guerre dans la Prusse. 



On voit en effet la représentation d'un combat 
entre les chevaliers Teutons armés de casques et de 
lances, et les Lithuaniens avec leurs longues tuni- 
ques, leurs sabres et leurs arcs. 

Heeren fait une remarque très juste : le carto- 
f^raphe commet une grave erreur en plaçant dans 
l'Asie la Livonie qui appartient à une autre partie 
de la carte , et cette erreur a été reproduite dans des 
cartes du XVI e siècle. Le même savant n'a pas fait 
attention que le Tanaïs (le Don) sort du lac dont 
nous venons de parler. Il parait donc que le carto- 
graphe savait que ce grand fleuve a sa source dans 
un lac. le petit lac d'Jvm-Ozero, à quelque distance 
de Toula ; mais il nous semble fort mal instruit de 
la position et de la dimension de ce lac ; car il (In- 
dique dans la carte sur remplacement applicable 
plutôt au lac Peipous (1), d'autant plus qull le met 
en communication avec la Baltique au moyen d'un 
autre fleuve. Le Tandis est indiqué ainsi : 



• Tanaïs fluvius permaximus. » 



Tanaïs , fleuve extrêmement 
grand. 



(I) Ce lac de Russie communique au sud avec le lac de Psktv. 



— 264 — 



A l'O. de ce fleuve sont sept châteaux ou forte— 
resses entourées d'arbres : 



« Sentem castra chrisUanorum 
in ter sihras paganorum. > 



Les sept camps des chrétien 
daus les forêts des payens. 



Heeren a déjà fait remarquer que cette légendt 
relate un fait qui date du milieu du XIV e siècle : 
cette époque, une colonie de Saxons passa dans 
Transylvanie et y construisit sept forteresses. Le^s ** 
Germains sont les chrétiens et le nom de payens dé— âfe* 
signe les peuples indigènes, c'est-à-dire les habitants*^** 
des parties orientales de l'Europe, Turcs et autres— ^ s** 

Au N. de cette légende on lit Po-ia (la Pologne)^ C eB V 
et à IX). Moravia (la Moravie). Près d'un animaff si» «*' 
dont la tête porte un bois de daim, on lit : 



■ Est qnando pressatur a cani- 
bus, bibit aqaam per os fermen- 
tent, saper eos emittit (1). > 

Au-dessous : 

« Hic transit sihra Boëmica (Her- 
cinia) quae se eztendit ad paga- 
nos. » 



Quand il est pressé par 

chiens, il boit de l'eau dans 
bouche brûlante et la rejette 
eux. 




Ce pays est traversé par la forêt 
de Bohême (Hercinienne) qui s'é- 
tend jusque chez les payens. 



Près de la Bozinia (Bosnie) sont diverses figures 
d'hommes, d'enfants et d'animaux ; le dessinateur a 



(1) Est est placé au lieu d'Alce (Heeren).— Rapprochez celle légende 
de celle de la carie d'Hereford sur le Bomacus signalé par le cartogra- 
phe dans la Phrygie^ t. Il, p. 363. 



— 266 — 



voulu représenter ici un marché, et la légende ex- 
plique ainsi cette représentation : 



• Hic habitant Site (Scythae) seu 
Tartari pauperes, qui filioset filias 
et parentes inopia vendunt , sicut 
in ter christianos boves in foris. » 



Ici habitent les Scythes ou Tar- 
tares pauvres qui vendent par be- 
soin leurs fils, leurs filles et leurs 
parents, comme las chrétiens ven- 
dent les bœufs dans les marchés. 



Plus bas, y ers le S., est Rusia (la Russie). 

De là on arrive au Palus Meotida (mer d'Âzow). 
Lies contours de cette mer ainsi que la péninsule de 
la Krimée sont mieux tracés que dans les cartes anté- 
rieures. Sur la Krimée on remarque une ville, Cap ha, 
la fameuse colonie des Génois, ruinée eu 1478. 

Ayant terminé la description entière de l'Europe 
de cette carte, nous allons passer à l'Asie. 

ASIE. 

Les mots Asia Maior (la Grande-Asie) sont in- 
scrits au milieu de cette partie de la terre pour la 
distinguer de l'Asie-Mineure (Minor Asia). Au N. 
se voit d'abord un grand espace sans villes ni fleuves, 
mais portant la légende suivante : 



« Ista gens se dicitesse'sancta,et 
faeiunt de se sacrificium ponendo 
caput proprium sub quodani palo 
per crines et tune gentibus adorant 
(igné adurant), donec cadat (1). • 



Ces peuples se donnent pour 
saints et s'offrent eux-mêmes en 
sacrifice en mettant leur propre 
tète sous un certain poteau au- 
quel ils l'attachent par les che- 
veux, et ils la brûlent dans les 
flammes, jusqu'à ce qu'elle tombe. 



(I) Déjà Heereii a trouvé que cette partie de la légende n'avait pas 



— 266 



Au haut de cette légende se voit une espèce de 
potence à laquelle une tête humaine est suspendue ; 
un homme est en face à genoux dans l'action de 
prier. Plus au N., près des montagnes qui servent 
de barrière à X Océan Boréal, on lit ; 

« Hic corpus ponitur, ut semper : Les corps morts qu'on enterre 
frigoro conservetur (1). > I dans ces régions résistent à la pu- 

tréfaction à cause du froid. 

De lk nous entrons dans Y Albanie, Atbania 
Magna : 

« Hic canes fortiores leoni- { Là les chiens sont plus forts que 
bus (2). » i les lions. 

En effet, un chien énorme d'une taille plus forte 
que celle du lion, son voisin, est dessiné à côté. 
Plus loin sont un tigre et un énorme griffon. Ici 
nous retrouvons les traditions fabuleuses qu'on dé- 
bitait depuis l'antiquité sur les régions hyperbo- 
réennes; nous les avons vues déjà reproduites dans 
plusieurs des cartes du moyen-âge dont nous avons 



de sens et était très altérée. Il lisait, au lieu de se dieit es$e smnett, 
se dat eecleiia f ou bien settet excelsmi plus loin, au lieu de aw- 
trïftev, etc., Cibum avfbus. Nous avons rétabli, autant que poaalbto» 
l'intégrité du texte, sans arriver encore à une grande clarté. 

(1) Heeren cite le passage d'un auteur qui témoigne que cela avait 
lieu en effet chez les anciens Prussiens. 

(2) Voyez ce que nous avons dit sur cette tradition dans le t. Il - 
Klle existait du temps d'Alexandre (voyez Pline, liv. VIII, eu). 



— 267 — 



donné la description. Ces animaux sont placés dans 
une chaîne de montagnes presque sur le même pa- 
Mèle que la Baltique : 



« Hottes Hyperborei in quibus I Les monts Hyperboréens, dans 
grifXbnes et tigres innabi tant (1).» i lesquels habitent les griffons et 

I les tigres. 

Plus au midi est le pays des Amazones (Amazonie). 
Le cartographe, épris de cette fable, représente la 
reine Pentésilée à cheval, et encore deux autres 
femmes accompagnées des légendes suivantes : 

« Terra qaondam illustrium ma- j Contrée autrefois habitée par 
H^cnun. » ' des femmes célèbres. 



Pentesilea ad Troiam multa 
la et Graeos debellavit (9). » 

Plus loin on lit : 



« Sinopa multa dominia submisit 
lerculam debellavit. Pampedo 
insipia Asiam et Europam sub- 
l **«avit p}. . 



Pentésilée vainquit les Grecs à 
Troie et dans plusieurs batailles. 



Sinope soumit plusieurs pays et 
vainquit Hercula. Pampedcm sub- 
jugua l'Asie et l'Europe. 



Sinope était encore célèbre du temps de Mithri- 
*^ate, et dans cette région il y avait plusieurs villes 
Notables. Près du Volga sont Sebur Civitas (selon 

(1 ) Rapprochez de ce que nous avons écrit a ee sujet. Voyez ee mot 
^ là table des matières des tome* I et Kl de cet ouvrage. 

(2) Vqvea oe que nous avens dit sur ee sujet dans le t. K, p. 215. 

(S) Selon Heeren, Uertaiam désigne HéraoJôe, ville située dans ta 
*»*•*, ci Psmprdo, suivant le même savant, s'est autre que !>#*- 

JMItfA, 



— 268 — 

Heeren peut être Sebron), Ros trama (1). Le Volga 
est nommé : 

m Bdiliui fluvius maximus (9). » | Edilius, fleuve très-grand. 

Avant de parcourir la Grande Tartarie, nous re- 
viendrons sur nos pas pour décrire les régions pla- 
cées entre le Tanaïs (le Don) et le Volga. Là se voit 
un bûcher allumé ; deux hommes sont à genoux 
dans l'action de prier : selon la légende , 

« Hic Pagani adorant ignem. » | Ici les Païens adorent le feu. 

Heeren pense que c'est là une réminiscence des 
Mages et de leur religion. D'après la position géo- 
graphique qu'occupent ces figures, nous ne pouvons 
pas partager l'opinion de Heeren. Ces indications 
ont trait, selon nous, aux traditions orientales, qui 
rapportent que les Tartares et les Kalmouks, en ar- 
rivant au lac Ala-tan-goul) avaient coutume de faire 
des sacrifices à un volcan. En effet, les deux hom- 
mes que la carte représente dans l'accomplissement 
de cet acte sont placés tout près du lac dont nous 
avons transcrit plus haut la légende (3). Sur ces con- 



<1) Heeren trouve ce nom trop obscur. 

(9) Voyez sur ce fleuve, Jozapha Barbaro, dans Ramusio, t. II, f. 93. 

(3) Cette réminiscence du cartographe s'accorde avec ce que M. de 
Humboldt dit des Tatars d'Orenbourg, relativement aux sacrifices of- 
ferts à la montagne du lac Alagoul ; de plus, elle est conforme au récit 
du mollah Sayffoulla (voyez cette relation dans Y Asie centrale de M. de 



— 269 — 

trées sont inscrits les noms de Rostaor (1), Tara- 
c/w, Afes et Jutania , noms très obscurs , qu'Hee- 
ren a cherchés dans le royaume d'Astrakan et dans 
les provinces voisines; selon lui, Afes (2) pourrait 
être Assefs. En avançant vers la Caspienne, on ren- 
contre Euogaria , Berchlina et Catana, désignant 
peut-être la Bukharie , Cassan , ville de la Tarta- 
ne, et, selon Heeren, Balck, métropole de la 
Bactriane. Plus près de la Caspienne, et dans la 
même contrée, on lit : 

« Sedes Jambec imperatoris Me- 1 Résidence de Jambec, empereur 
ate confinât cum Vngariis. > | de la Mésie, voisine de la Hongrie. 

Ce n'est pas de la Mésie, qu'il est ici question , 
mais bien du royaume de Kaptschak (3) et du Khan 
Jambu, ou Djambec, descendant de Gengis-Khan, 
mort vers la moitié du XIV* siècle (1357). 

Bamboldt, t. II, p. 496). En consultant aussi la relation de Plan Carpin 
eide Rubruck ou Rubriquis, on voit que, dans la carte, le lac placé 
à gauche des hommes qui offrent un sacrifice de feu, occupe précisément 
1% position indiquée par le moine voyageur, qui le signale ainsi : et 
iUmd demissimus a sinistris. 
(1) Voyez aux Additions. 

(9) Peut-être Cifes. lbn-ltatoutab rappelle Azak (voyei la traduction 
d« M. Defrémery, Journal Asiatique, juillet 1850, p. 67). Le voyageur 
atrabe parle des Génois et d'autres peuples qui y portaient des mar- 
chandises. 

(3) Nous pensons que c'est Bérékeh, ou Djani-Beck, khan du Kapt- 

sachak, dont il est question. Consultez, à ce sujet, Yllistoire des Sultans 

Matnelucks de C Egypte, t I, p. 213 et suiv. — Cf. Obsson, Histoire des 

mongols, t. 111, p. 385 et suiv., et Aboulféda, traduct. de M. Reinaud, 

%. Il, p. 40. 



— 270 — 



Aux abords de la mer Noire (Mare Ponticum), on 
lit au sujet de la Tomyris d'Hérodote : 



« Hic Tamaris Scitarum regina 
Cirum Persarum regem ciim trc- 
centis miiiibus inlerfecit.» 



Ici Tomyris, reine des Scythe*, 
tua Cyrue, roi des Perses * avec 
trois cent mille hommes (1). 



En nous reportant, dans la Tartarie* vers la par- 
tie septentrionale de l'Asie, uoustrouvoDs£Vyai/i/ (2), 
Ezina (3), Singin(4)> Jachion (5) et Sugur (6), toutes 
villes célèbres dans l'histoire du commerce et situées 
dans la partie de la Grande Tartane, nommée le 
Tangut (7) ; elles étaient fréquentées par les mar- 
chands chinois du nord de l'empire, et l'indication 
du cartographe s'explique par la connaissance que 
les relations de Marco Polo en avaient donnée. 



(1) Cyrus périt avec son armée vers Tan 529 av. J.-C. Tomyris était 
reine des Massagètes. Le récit de Xénophon, en opposition avec celai 
d'Hérodote, fait mourir Cyrus dans son lit à Pasargade. Du temps d'A- 
lexandre le Grand on voyait encore son tombeau dans cette ville. Ar- 
rien en donne une description dans le liv. VI, chap. vin, et II ajoute 
qu'Alexandre donna l'ordre de le faire réparer. Un voyageur moderne 
croit l'avoir retrouvé dans la plaine de Murghmb. L'édifloe qu'il a re- 
marqué correspondant à la description que Diodore de Sicile donne 
du tombeau de Cyrus, l'Opinion de Ker-Porter nous parait très fondée. 

(S) Dans Marco Polo, celte ville du Tangut est nommée Ergwttl. 

(3) Ezina, ville frontière du Tangut, vers le N., non loin du désert 
de sable connu sous le nom de Schamo ( Marco Polo, cap. LXIII ). 

(4) Singin, ville du Tangut, qui donne son nom à la province; ee 
nom s'écrit Sinpui (voyez Marco Polo XLIII.) 

(5) Jachion, ville du même pays (voyez Marco Polo, cbap. XLV). 

(6) Sugur, la Succuir de Marco Polo, dans le même pays. 

(7) L'A. se rapporte à l'ancien Tangut q\ù comprenait la partie N. 0. 
de la Chine et une partie du Tibet. 



— 271 — 

Près de là se voient des femmes autour d'un bû- 
cher ; ce sont : 

• Uxores diligentes marltos se I Les femmes qui aiment leurs ma- 
teront eomburi simul (1). I ris se font brûler avec eux. 

Cette indication qui devrait être placée dans Tinté- 
rieur de l'Inde (2)» fait suite à la description d'un 
camp des Tartares voisin des mots Sida tuperior. 



» Tiftaria, regio maxlma, quant 
Tartari excurrunt cum suis iumen- 
tis et bobus quamdiu hyemes ( ou 
timbres) (3) d ara* nu Civilatem ex 
mollis tentoriis et corutis situant. 
A.... cum instruments comburunt 
eorpera.» 



La Tartarie, pays immense que 
les Tartares parcourent avec leurs 
bétes de somme et leurs bœufs tant 
que dure la saison d'biver ( ou des 
pluies). Us forment une ville en réu- 
nissant leurs tentes et leurs nom- 
breux chariots ; chez eux, on brûle 
les morts avec tous les instruments 
dont ils faisaient usage. 



Ce camp représente en effet des Tartares avec leurs 
tentes, leurs chariots et les animaux qu'ils mènent à 
leur suite. 

Au nord de ce pays est le fameux rempart de Gog 
et de Mûtfog : ce sont deux grands carrés de monta- 
gnes renfermant les peuples de ce nom et les sépa- 
rant des autres peuples de la terre (4), montagnes 



(I) Restitution de Heeiton. 

(9) Waprfeâ cette légende, on toi! que le cartographe n'a p*ft Cotrtrti 
les Partons intitulées mtobiHa du moine Jourdain de Séveftc, qui 
▼ùyagea en Orient au XIV« siècle, C'est-à-dire dans le siècle qui a pré- 
cédé la composition de éette carte. 

(3) Rèei'en lit œ$tas, mais il signale le mot comme douteux. 

(4) Voyexla légende de la mappemonde d'Hereford, (. Il, p.! 



— 272 — 

que le géographe arabe Edrisi nomme CocaSa , en 
ajoutant que cette enceinte du pays de Gag et de 
Magog est inaccessible et couverte de neiges éternel- 
les, et qu'au delà sont les villes dépendantes de Gog 
et de Magog (1). En effet, le cartographe a figuré 
quelques villes, afin de reproduire exactement ces 
indications venues de l'Orient. M. Ritter, à une épo- 
que où la traduction d'Edrisi n'avait point encore 
paru, a cru reconnaître la chaîne de Thian-Chan 
dans le mont Cocaïa du géographe arabe (2). 

La mer Caspienne est figurée comme une mer in- 
térieure sans communication avec Yocéan Boréal; 
néanmoius le cartographe du moyen-âge persiste 
encore à imaginer un golfe Hyrcanien, dans lequel 
il place même un navire (3), et il nomme cette partie 
de la mer Boréale, mare Hyrcanieum ( mer Hy rca- 



(1) Voyei la description dans Edrisi, édit. et trad. de Jaubert, U U, 
p. 347-549 et p. 416, neuvième section. Digue (ou muraille) de Gog et de 
Magog, 

(*) Voyex la savante discussion de M. de Humboldt au sujet des moav- 
tagnes de ce nom et du voyage de l'Arabe Sa la m, dans le t. II de Y Asie 
centrale, p. 94 à 100. 

(3) Heeren avait déjà fait remarquer qu'on ne peut pas deviner de 
quelle autorité l'auteur a placé ainsi cette mer. Nous pensons qu'il 
s'est attaché au souvenir systématique du fameux golfe par lequel 
plusieurs géographes anciens ont prétendu que la Mer Caspienne ou 
d'Hyrcanie communiquait avec V Océan Boréal, système d'ailleurs repro- 
duit dans un grand nombre de cartes du moyen-âge, dont il aurait pu 
avoir connaissance. 



— 273 — 



niemie). Les deux pays de Gog et de Magog portent 
deux légendes. Le premier, à TE., 



« Provincia Gog, in qua fuerunt 
Indei inclusi tempore Artaxercis 
régis Persarum. » 



Province de Gog, où les Juifs 
furent tenus en captivité sous Ar- 
taxerce, roi des Perses. 



renferme trois espèces de forteresses (castrum Gog 
des autres cartes) ; la deuxième légende à l'O. est 
ainsi conçue : 



Magog in istis duabus sont gén- 
ies magni nt gigantes, pleni om- 
niiim malorum morum. Qnos Ju- 
deos Artaxor rex collexit de om- 
nibus partibus Persarum (1). » 



Magog ; dans ces deux pays sont 
des nommes grands comme des 
géants, pleins de mauvaises mœurs; 
tous Juifs que le roi Arlaxerce 
ramassa de toutes les parties de la 
Perse. 



Dans la partie des montagnes au midi du pays de 
Gog, sont les sources du Gange (2) : 

« Ganges fluvius premaximus.» | Le Gange, fleuve très considérable. 



(1) Le fond de cette légende est emprunté au prophète Ezécbiel, 
ebap. 38 et 39, et aussi à Marco Polo, 1. c. Edrisi dit, an contraire, 
que ces peuples sont de très petite taille, d'enriron 3 eboubras (27 
ponces). (Voyez Edrisi, trad. de Jaubert, t. Il, p. 540.) D'An vil le, dans 
umJtèmaire sur le rempart de Gog et de Magog (Mémoires de l'Acadé- 
mie des inscriptions, t. XXXI, p. 210) a voulu prouver l'existence de 
ce rempart ; il s'appuie sur la carte de Sanuto, publiée par Bongars 
( Voy. S LXXIX). Ce grand géographe, dans la carte qu'il annexe à son 
Mémoire, place le pays de Gog entre le 45* et le 50 e degré de latitude 
Nord. Nous ajouterons, au sujet des Juifs expulsés au delà de la Cas- 
pienne, que Sanuto, liv. III, dit que Dieu leur envoya des lions, « qui, 
ajoute- t-il, interficieùant eos, eo quod ignorobant riius Dei Terrœ.»\oy. 
ce que nous disons, p. 194, sur une des mappemondes de Sanuto. 

(2) Edrisi, que l'auteur de la carte parait suivre, dit qu'une grande 
rivière descend du mont Cocaîa (voyez trad. Jaubert, t. II, p. 401). 

III 18 



AIE. on lit: 

€ India inferior, in qua Cathay . L'Inde inférieure on te trouve h 
civitas et nugni Canis imperatoris ' Tille de Cathay et la résidence* 
Tartarornm sedes (1 ). » grand Khan empereurdesTartara. 

Sur les bords d'un grand fleuve qui tombe dans 
le Gange, est la ville de Combalu[civiias Conduite), 
capitale de la Chine, selon Marco Polo (2), et que 
nous nommons aujourd'hui Pékin. Non loin de là, 
entre les deux fleuves, deux hommes placés près d'un 
arbre semblent occupés à une récolte; ce sont» dit h 
légende : 

€ Extremi Seres, ex arboribus . Les Sères orientaux faisant sv 
coUigentes série uni. » les arbres la récolte de la soie. 



(1) Voyez dans la description des mappemondes des Mss. de Sanato 
au p. 199, 195. L'Inde supérieure (dit Heeren) était l'Inde proprement 
dite, l'inférieure ou Ca:hny. la Chine sous la domination des Mongols. 

(2) Nous ne citerons pas ici les nombreuses discussions des savants 
an sujet de la position géographique de la Sérifm des ancien*. Ross 
avons* dans un autre ouvrage, mentionné la plupart des opinfcmi sur 
ce sujet. ( Vojei notre Mémoire **r l'inmdmctimm de im joi#.) Nous 
nous bornerons ici a produire l'opinion de Frère t , émise dans un 
mémoire de ce savant éminent, publié tout récemment, d'après ses 
manuscrits inédits. • Je ferai observer* dit-il, que cette 

• jfar*. de la barbarie desquels les anciens font de si 
« criptioos, ne ressemblent guère aux Chinois, qui ont de tout tempe 

• été les peuples les plus policés de tout l'Orient. Il y a beaucoup 

• d'apparence que. sous ce nom, on a designé les £*ot, ceux du 
« royaume d'i^w . de T«>nu et les autres nations barbares situées à 
« l'occident de la province dT<?«jMUM, car le commerce ou ptatét cet 
« échange muet dont parlent les anciens, a encore lien entre ces pea- 
t pies et les nations voisines. • Fréret tenait ces notions dm P. Mug- 
gieri, qui avait été pendant plusieurs années au Tfcibet. et qui avait 



— 275 — 

Ainsi donc la Sérique est placée à l'extrémité du 
monde. 

En revenant aux contrées caspiennes, au delà 
d'une chaîne de montagnes isolée, est dessiné un 
éléphant (1) suivi de son cornac; près de cet en- 
droit on lit le mot Déserta, et au dessus : civitas 
Sop. Selon Heeren, la plaine représente les campa- 
gnes désertes de la Bukharie (2); elles sont baignées 
par un grand lac de forme ronde placé sur le pa- 
rallèle de la Caspienne, à Test : 



• Ysicol lacus, super quem cor- 
pas B. Mathei quievit » 



Le lac Ysicol, sur lequel reposa le 
corps de S. Mathieu. 



Ce lac, qui ne se retrouve pas à la même place dans 
les mappemondes de Sanuto (3), n'a point fixé l'at- 
tention d'Heeren. Pour en expliquer l'existence, le 
savant allemand ne connaissait pas alors les monu- 
ments géographiques que nous possédons maintenant . 
A peine en avait-il vu deux ou trois. M. de Hum- 
fcoldt a, le premier, déterminé la position de ce lac. 



«ne très grande connaissance de ces pays. ( Voyez Observations sur la 
géographie ancienne, par FréreL Extrait de l'Histoire de l'Académie des 
inscriptions et belles lettres, t. XV, 1* partie, p. 172.) 

(1) L'élépliant n'est pas placé ici dans la même région que sur la 
carte d'Hereford (voyez t. II, p. 349). 

(2) Cette contrée est située dans Y Asie centrale. 

(3) Voyez p. 193. 



— 276 — 

En parlant de la mer (ï Aral, l'illustre savant dit : 
< Deux bassins intérieurs, les lacs salés de Balkha- 
che et d'Issikoul restent éloignés du Pe-Chan de 70 
et 58 lieues. > Les Chinois appellent le lac Issikoul y 
quia 30 lieues de long et 12 de large, tantôt Je-liai, 
lac chaud, tantôt Yan-haï, lac salé, ce qui est la tra- 
duction de la dénomination Touz-Koul des Kirghiz 
et des Bouronths. Abel Rémusat semble appliquer par 
erreur la dénomination de Je-hûï au lac Balkha- 
che (1). M. deHumboldt enfin a trouvé le lac J«t- 
koul déjà figuré, et portant le nom même d'Issicol 
sur la célèbre carte catalane de 1375. Près de ce 
lac est dessiné le monastère des frères Arméniens 
qui prétendent posséder le corps de saint Mathieu, 
apôtre et évangéliste (2). 

D'après ce que nous venons d'exposer, on verra 
que la légende de la carte du musée Borgia est puisée 
dans d'autres cartes plus anciennes, et Ton peut 
aussi en conclure que Fauteur avait des connais- 
sances plus exactes et plus étendues qu'Heeren ne 
le soupçonnait. A l'ouest de ce lac est Organti (Or- 
ganzi), ville célèbre de commerce et station des ca- 
ravanes qui se rendaient en Chine, ce qui est figuré 



(1) Journal Asiatiqut\ L V, p. 45. 

(2) Voyez Humboldt, Asie centrale, t. Il, p. 75. 



— 277 — 



sur la carte, où se voient les chameaux et les hommes 
avec leurs marchandises et cette légende : 



« De Organti ad Cathagium va- 
riant aunelli in quatuor mensi- 
Ihu (I).» 



DOrganzi au Cathay les cha- 
meaux (les caravanes) font le tra- 
jet en quatre mois. 



Cette ville est placée sur les bords d'un fleuve qui 
se jette dans la Caspienne du côté de l'E., et dans 
lequel on peut reconnaître VOrganzi de la carte ca- 
talane de 1375. VOxus débouche dans la Caspienne, 
mais communique aussi avec le delta du Volga (2). 
Ce fleuve descend à l'orient d'une montagne sans 
nom, que nous reconnaîtrons bientôt pour le roc 
Aorne , emprunté aux récits des expéditions d'A- 
lexandre, par suite de ce mélange et de cette fusion 
indécise entre les traditions anciennes et les nouvel- 
les relations qui commence à s'opérer dans les 



(1) Or garni y la même qu'Urgent, était, au XIII* siècle, sur l'une des 
routes des caravanes; il s'y faisait un grand commerce au moyen-age. 
(Voyei Pegoloti, Délia Décima, t. m, p. 94). La position d'Organzi, 
dans cette carte, nous parait un fait remarquable pour l'époque, si l'on 
rapproche cette indication de la savante discussion qu'on trouve dans 
Y Asie centrale de M. de Humboldt (t. Il, p. 227). Ce savant fait remar- 
quer, en effet, que le minimum delà distance de la Caspienne au vieux 
Owrgkendje&i aujourd'hui de 76 lieues (marines) dans la direction du 
N.-O. an S.-E. 

(2) Saint-Martin affirmait delà manière la plus prononcée qu'à aucune 
époque VOxus y pas plus que Xlaxarte, n'avait eu des communications 
avec la mer Caspienne (M. de Humboldt, Asie centrale, t. 11, p. 255, 
voyez la discussion a ce sujet dans son ouvrage, p. 236). 



— 278 — 

œuvres cartographiques à cette époque. Nous croyons 
toutefois retrouver dans cette montagne YJboul-Kan 
( Balkans des cartes modernes), ce qui s'accorderait 
avec la description (TAboulghazi-Kan (1). Cet auteur 
dit : c Le fleuve Amou (l'Oxus), après avoir passé 
sous les murs d'Ourghendj, se dirigeait vers la partie 
orientale de la montagne iïAboulkan, puis vers le 
sud, en contournant le pied de cette montagne, puis 
vers l'ouest. Le fleuve passait auprès d'Oghourdja, 
et enfin déchargeait ses eaux dans la mer de Masen- 
daran (la mer Caspienne) (2). 

La mer Caspienne est ici une mer intérieure et 
pour la première fois dans les cartes du moyeu-âge, 
ses contours, quoique bien arbitraires, attestent ce- 
pendant déjà un perfectionnement. A l'ouest, entre 
cette mer et le Pont-Euxin, sont figurées en noir les 
fameuses portes Caspieunes, Porte ferre (portes de 
1er) (3). 



(1) Voyez Jaubert, traduction tirée de son Mémoire sur l ancien court 
de roxus, Nouveau Journal Asiatique, vol. XII, p. 491 apud Humboldt, 
Asie centrale, t. II, p. 257 et suiv. Rapprochez, sur le cours de VOxus, 
Pomponius Mêla, liv. III, c. 5, avec la direction donnée à ce fleuve 
dans cette carte. 

(2) Voyez Y Asie centrale de M. de Humboldt, toc. cit. 

(3) Voyez le mémoire de M. Walckenaer à ce sujet et ce que nous 
avons dit 1. 11, p. 224 et 334. Marco Polo parle aussi des Portes de for, 
chap. XX1U, et rapporte l'histoire de la forteresse qu'Alexandre y it 
bâtir. 



— 279 — 

Au midi d'Orgami, en deçà du fleuve Oxus , on 
Ht: 

• Ab hinc usqne ad Occeanum i D'ici jusqu'à l'Océan est une 
terra qmedam inhabitabilis prop- ' terre inhabitable parce que les hâ- 
ter comedentes carnem humanam. bitants mangent de la chair hu- 
maine. 

Cette légende nous fait remonter aux récits 
d'Hérodote sur les Padeis (1), récits confirmés par 
Marco Polo. À l'orient est tracée la chaîne du Cau- 
case : 

« Hic mons Caucasus a collibus I Ici est le mont Caucase qui, s'é- 
(*b occi dente) usque in oriental em ■ tendant de l'occident jusqu'à l'o- 
extendit, infinitibus nominibus rient (de l'Asie) , reçoit dans son 
appellatus (%). • parcours une infinité de noms. 



(i) Padéens (Hérodote, liv. III, chap. XCIX). Hérodote dit des peu- 
ples de ce nom : ils sont nomades et vivent de chair crue. Us tuent 
leurs propres parents et amis qui tombent malades, sous prétexte que 
leur chair ne serait pas bonne s'ils maigrissaient. Us tuent de même 
ceux qui sont parvenus à un grand âge et les mangent. 

(2) Feu Hominaire de Hell a pensé que ce passage était en partie re- 
produit de Diodore de Sicile. Le savant voyageur dit : « Un passage 
remarquable de Diodore, qui se trouve presque entièrement reproduit 
dans la mappemonde du musée Borgia, est celui où, émettant l'idée 
de la prolongation du Caucase sous différents noms à travers toute 
l'Asie, en partageant ainsi le continent en deux parties, l'une septen- 
trionale, l'autre méridionale, il parle des fleuves à direction opposée, 
qui descendent du haut de cette chaîne de montagnes pour se jeter 
les uns dans la mer d*Hyrcanie, et les autres soit dans le Pont-Buxin, 
soit dans Y Océan septentrional, tandis que ceux du versant du midi dé- 
versent leurs eaux soit dans la mer des Indes, soit dans l'Océan limi- 
trophe de ce continent, soit enfin aussi dans la mer Erythrée.» (Steppes 
de la mer Caspienne, t. III, p. 182, note). 



— 280 — 



En deçà de ce cordon de montagnes qui s'étend 
depuis la Caspienne jusqu'à l'Inde, on lit : 



«Saper istum montent rictus est 
Porus rex lodorum in daello per 
Alexandrum. » 



Sur cette montagne, For», rai 
de l'Inde, fut vaincu par Alexan- 
dre. 



Il s'agit ici d'un roc isolé, Aornos, qu'Alexandre 
assiégea dans l'Inde (1), et qui est indiqué parle 
cartographe. 

Du versant opposé du Caucase indien, descend 
l'Indus, nommé ici Indus fluvius; sur la rive droite 
on lit une inscription confuse et probablement in- 
complète, que nous pensons pouvoir reproduire ainsi: 



■ Hic Alexander Darium debel- 
lavit cum quindecim millibus ho- 
minum in tribus bellis cum ejus 
militia et pedones septem milibus 
olifantes aurum et lapides sine nu- 
méro, cum aliquis curât de aureis 
ornamentis. » 



Ici Alexandre vainquit Darius 
dans trois batailles avec quinze 
mille hommes et s'empara de sa 
milice, de son infanterie, de sept 
mille éléphants, de l'or, de pierres 
sans nombre et d'ornements d'or 
en quantité innombrable. 



Sur la rive gauche on lit : 



« India superior, in qua est cor- 
pus beati Thomae : multa régna 
sunt Christian! (2). Hic lapides, 
aromata infini ta. Hic etiam sunt 
homines magni cornua habentes 
longiludine quatuor pedum, et sunt 
etiam serpentes tantae magniludi- 
nis, qui unum bovemeomedunt in- 
tégrant. • 



L'Inde supérieure où est le corps 
de saint Thomas, il y a beaucoup 
de royaumes chrétiens ; on y trou- 
ve des pierres précieuses, beau- 
coup de parfums. Il y a aussi de 
grands hommes ayant des cornes 
longues de quatre pieds. Il y a aussi 
des serpents si grands, qu'ils peu- 
vent manger un bœuf tout entier. 



(1) Voyez Sainte-Croix. Historiens d'Alexandre, p. 852. 

(2) Les chrétiens connus dans l'Inde sous le nom de Nazarini et de 



— 281 — 

Non content du récit, le cartographe a figuré ces 
hommes à cornes et ces serpents, reproduction des 
fables des anciens, et surtout de Ctésias. 

L'église où la tradition plaçait le corps de saint 
Thomas est représentée à l'extrémité méridionale de 
llnde par un temple surmonté d'une tour avec la 
croix, devant lequel deux hommes sont à genoux et 
prient. Aux extrémités orientales de llnde et au midi 
du pays des Sères est le Paradis terrestre, nommé 
ici Locus deliciarum, et séparé du reste de la terre 
par la montagne de feu, selon les traditions sacrées. 
Au milieu sont Adam et Eve, Fange entre eux un 
peu au-dessus, et de part et d'autre des arbres indi- 
quant que c'est un jardin. Un seul fleuve, au lieu 
des quatre de la tradition, le Gange traverse le Pa- 
radis. 



Syriens habitent depuis plusieurs siècles le royaume de Coehim, celui 
de Travancore et les autres états voisins. Des auteurs soutiennent que 
les habitants, maintenant indigènes de ces pays, ont reçu le christia- 
nisme de saint Thomas lui-même, qui, étant venu dans l'Inde, y aurait 
apporté les lumières de l'évangile, y serait mort martyr, et aurait été 
enterré dans la ville de Meliapor, que les Européens appellent San- 
Ikomé. (Voyei sur ce sujet la curieuse note de feu Coquebert-Monbret, 
t IV des Mém. de la Société de géographie, p. 25, à la suite des Mira- 
bilin de Séverac.) Notre cartographe a donc consigné ici cette tradi- 
tion. Coquebert-Montbret cite les récits des auteurs portugais relatifs 
aux chrétiens de Saint-Thomas sur l'accueil qu'ils (iront à Gaina. (Har- 
ros, déc. I, Hv. V, cha|>. 8, et liv. VI, chap. fi ) - Cf. le Père Souza, 
Oriente amquiilado a J.-C, liv. I, div. 2 § 17. 



Au midi du Caucase indien est Tarsis-Taurir 
car ces noms désignent ici une seule et même ville (1)- 

C'est la capitale de V Arménie. Heeren a déjà remar-- , ' -r * 
que que cette Tarsis est. une ville difficile à bien dé- — ' ~^ 
terminer. Il ne pense pas que ce soit Tarsis ou Tarso ^>*° 
Ciliciœ, et il ajoute qu'il y a toutefois une ville »fe 
<¥ Arménie nommée Kar s, qui est limitrophe du côté »"* 
de la Perse, si ce n'est Fars (Farsistan). Puis on lit: z «Jl 

• Arbores conserti quibus locu- J La forêt des arbres auxquels am»f^ 
tus est Alexander. » | Alexandre s'adressa (pour les coq- —mm • 

I suller ). 

C'est encore une trace distincte delà part laissée 
aux traditions fabuleuses qui ont passé sous nos 
yeux dans les monuments antérieurs (2). Ici du mlm lu 
moins elles figurent à côté des notions plus pré- — ^- 
cises venues de l'Orient, telles que la suivante : 

« Baldachia sedes Caliphae. » (Malc) Bagdad, résidence des 

• Kaliphes (5). 

Le Tigre et YEuphrate sont joints par un canal au 
milieu de leur cours; ils sont l'un et l'autre indiqués 
sous leur nom Tigris fluvius et Euphratesfluvius, se 
jettent tous deux dans le Golfe Persique, et descen- 
dent tous deux de la partie du Caucase qui re- 

(i) Marco Polo parle longuement de cette ville dans VYrmc, c. XXVI. 
(*) Voyez p. 28. 

(3) La résidence desKalifes fut transférée de l'Egypte à Bagdad dans 
Tannée fli.%8. 



— 283 — 



monte entre la Caspienne et le Pont-Euxin, sur cette 
partie de PAsie on lit : 



« Ninive trium dierum longitu< 



Ninive, d'une longueur de trois 
journées (c'est-à-dire qu'il faut 8 
jours pour en faire le tour (1). 



Babylone y est signalé aussi d'après son ancienne 
célébrité: 

« Babylo prima monarctaia raun- i Babylone, première monarchie 
di . » I du monde. 

La Mésopotamie [Mesopotamia) est indiquée sur 
1& bassin supérieur des deux fleuves, et sur le bassin 
inférieur, près du golfe, au midi de la Chaldée 
(Galdeaj, se voit la Tour de Babel. 

« Babel in qua LXXI1 linguœ | Babel où prirent naissance LXXIl 
ic*^€ntae (2). » | langues. 

Dans Y Asie Mineure, au pied du versant occiden- 
tal du Caucase, sur le bord de TEuxin , est Trébi- 
*o*ide (Trapexanda) avec un vaisseau pour indi- 
quer le rôle commercial qu'elle joua au moyen-âge ; 
a u midi de la montagne, près de la source de TEu- 
Pbrate est le mot Capadocia, et la presqu'île asiati- 
que est couverte presque tout entière par la légende 
8 **ivante : 



« Hic Graeci cum potentia uni us 
**^*tis mundi par annos decem 



Ici les Grecs, avec la puissance 
d'une partie du monde, combatti- 



(1) Rapprochez cette légende de celle de la carte de Ranulpbus, p. 
, et des éclaircissements historiques contenus dans les notes S et 3. 
(î) Heeren ne sait où l'auteur a trouvé ce nombre de langues. 



— 281 - 



praeliaverunt contra Troianos et 
aliam parlem mundi quos per in- 
dacias (1) destruxerunt ex qaibus 
Troianis malu régna et dominia 
facta sont. . 



rent pendant dix ans contre la 
Troyens et une antre partie di 
monde; ils les détruisirent par h 
fraude. Ces Troyens donnèrent 
naissance à beaucoup de royaoaes 
et d'empires. 



Au midi sont Cilicia ( la Cilicie ) , Panfilia ( la 
Pamphylie), et la légende suivante relative à la 
victoire remportée par Tamerlan sur Bajazet à An- 
cyre, dans Tannée 1401, victoire qui eut pour ré- 
sultat la captivité du sultan des Turcs. 



« Savastra (*), in qua Tamburlan 
devicit Bazak ; ex oclingentis ho- 
minum milibus interfecit duo. » 

A TE. est YArarat : 



Savastra, où Tamerlan défit Ba- 
jazet ; de huit cent mille hommes, 
il en tua deux. 



« Mons Armeniae, in quo arca . Le mont d'Arménie, sur lequel 
Noô. » I est l'arche de Noé. 

Au dessus, le cartographe, comme plusieurs de 
ses devanciers, a représenté l'arche de Noé (3). 



(1) Heeren pense qu'on doit lire per insidtas. Nous sommes du même 
avis. 

(2) Savastra, la même que Sebasta. Hvvrbn. Sevasto de Marco Polo. 

(3J Marco Polo parle de l'arche de Noé dans lechap. XXII, et il cite 
l'Araral sans lui donner de nom. Sa relation dit : « Et encore vox di 
ke en cest grande Erminie (Arménie) est Y arche de Noé sor une grant 
montaigne. » OLearius dit dans la relation de ses voyages (t. I er , p. 495) 
que le mont Ararat, sur lequel l'arche de Noé s'arrêta après le déluge 
(c. yiii du l« r liv. de Moïse) est plus haut que le Caucase , et qu'on peut 
le découvrir à une distance de 10 à in lieues dans la mer Caspienne. Se- 
lon lui, les Arméniens et même les Persans croient qu'il reste encore 
une partie de l'arche sur cette montagne, mais quo le temps l'a telle- 
ment durcie qu'elle semble elre convertie en pierre. On fit voir à 



285 — 



Dans la Syrie sont inscrits les noms suivants : 
Mans Libanus (mont Liban), Syria (Syrie), Terra 
Sancta (Terre sainte) ; mais il est à remarquer que 
le nom de Jérusalem n'y figure pas, et que le Jour- 
dain est à peine représenté. Cependant Damascus 
(Damas) se voit près de la mer, et sur la frontière 
de l'Arabie le mont Synai figuré avec une grande 
église, est signalé par une légende : 



« Mons Sinaf in quo data est lex 
Moysi. » 



Le mont situa où la loi fut don- 
née à Moïse (i). 



Sur la limite méridionale de l'isthme de Suez est 
rappelé le passage de la mer Rouge : 

« Transitas filioram Israël. » | Passage des enfants d* Israël. 

Puis nous entrons dans l'Arabie, qui est moins 
arbitrairement figurée dans cette carte que dans les 



Otearius à Scamachie, ville de la Médit, dans l'église des Arméniens, une 
croix hante de plus d'une demi-aune d'un bois brun qu'on disait avoir 
été faite du bois de l'arche ; aussi la considérait-on comme une reli- 
que très précieuse, et on la gardait enveloppée dans un morceau de taf- 
fetas rouge. 

(1) Le sommet du Sinaî donne 1,978 mètres au dessus de la mer, 
selon les observations faites par IL Rocher d'Héricourt. Voyez le Rap- 
port fmit à C Académie des sciences, le 17 février 1851, sur le troisième 
voyage en Abyssinie, de M. d'Héricourt. Le mont Sinaï, situé dans 
l'Arabie, entre les deux golfes de Suez et d'Akabah, est nommé main- 
tenant Qjebel-Mousa, montagne de Moïse. 

Le couvent dont il est fait mention dans les cartes et dans celle-ci, 
est on des plus célèbres de l'Eglise grecque , et est semblable à une 
petite citadelle. 



— 286 — 



précédentes, malgré l'irrégularité de ses contours ; 
sur cette péninsule on lit : 



« Arabiâ Tel Sabea in qua balsa- 
mus, thus, mirra, cynamomum et 
aloës (l). 



L' Arabie ou Sabée, où l'on trouve 
l'encens, le baume, la myrrhe, le 
cinnamome et l'aloès. 



Yers le midi, un temple signalé par le mot Mecha 
(la Mecque) offre la représentation de la Kabaa, du 
tombeau du Prophète et des Musulmans en adora- 
tion. 

Plus au midi est Y Arabie déserte {Déserta Arabie); 
où sont reproduits, mais dans des proportions mini- 
mes, les monstres qui jouent un si grand rôle dans 
les mappemondes antérieures. Quelques villes sans 
nom y sont aussi indiquées par des édifices. Enfin, 
des arbres, peut-être des palmiers, rappellent la cé- 
lébrité ancienne de ces forêts de palmiers dont parle 
Strabon(2). 

Telle est l'Asie de cette carte. 

AFRIQUE. 

Comme dans toutes les cartes du moyen-àge, 
cette partie du monde est ici la plus petite de toutes. 



(4) Sur la région qui produit le cinamome^ il faut consulter la savante 
dissertation de M. Desborough-Cooley, insérée dans le vol. 49, part II 
du Journal of the Geographical Society, de 4849, p. 466 a 494, intitulée: 
On tkê Regio linnamomifera of the Ancients. Rapproches de ce que nous 
avons dit dans le t II, p. 448, note, et p. 423. 

(2) Voyez Strabon, liv. XVII. 



— 287 — 

tL partir du détroit de Gibraltar, la côte va tou- 
jours se projetant vers l'E. , d'après le système des 
géographes de l'antiquité , et le savant Heeren a eu 
raison de dire qu'on ne trouve pas dans le tracé le 
moindre soupçon des pays découverts par les Por- 
tugais. Nous commencerons, cette fois, la descrip- 
tion par l'Egypte. 

Le cours du Nil est figuré d'après le système 
d'Hipparque et de Ptolémée, c'est-à-dire, venant 
du sud ; mais les montagnes de la Lune sont pla- 
cées trop à l'occident. A TE. du Nil, sur les con- 
trées placées entre ce fleuve et la Mer Rouge , se 
voit le Phénix , qui se consume dans son nid : 

« Pbenis in orbe solus pulche- ; Le phénix , oiseau unique et le 
rimas sollUrius avis se in igné ' plus beau de l'univers, se brûle 
aromatico comburitur, et in triduo j dans un feu d'aromates et renaît 
de eios cinere recréât ur. > (1) I de sa cendre au bout de trois jours. 

Dans le voisinage , est la célèbre ville $ Hélio- 
polis (2), et la contrée est occupée par plusieurs 



(i) Heeren regarde cette fable comme empruntée à Hérodote. Rap- 
prochez de ce que nous avons dit dans le tome II, p. 116, au sujet de 
cet oiseau symbolique. 

(2) Héliopolis, c'est-à-dire ville du Soleil, ville d'Egypte; elle fut 
aussi nommée Mnédis et Fontaine du Soleil, noms qui marquent qu'elle 
était dédiée au soleil. Elle était située à la hauteur de Memphis, entre 
l'extrémité septentrionale de la Mer Rouge et le Nil. 

four la description de cette ville, le lecteur doit consulter les récits 
de Strabon, XVII, et de Diodore de Sicile. Le père Hardouin croit que 
le phénix y portait son nid. 



— 288 — 

figures d'animaux, représentations réduites de ceux 
que nous avons vus dans la mappemonde d'He- 
reford. Sur les montagnes de l'Ethiopie sont aussi 
des dragons et des serpents , représentant les gar- 
diens de l'or dont il est fait mention dans les tradi- 
tions fabuleuses , comme on le voit par l'inscription 
suivante : 



« Hic sunt montes aurei in qui- 
bus sunt déserta maxima et ab 
inflnitls serpentibus habitata. » 



Ici sont les montagnes d*or où 
se trouvent des déserts immenses 
et peuplés de serpents innombra- 
bles. 



La région aurifère , renferme Offir provincia ( la 
province d'Ophir ). Ainsi , selon l'opinion du carto- 
graphe , cette contrée célèbre était placée dans 
l'Afrique , près de l'Océan oriental, et près de la 
zone torride, car on lit à l'O., comme nous le ver- 
rons plus loin , que le pays est inhabitable à cause 
de l'extrême chaleur. 

Auprès de l'embouchure du Nil sur la Méditer- 
ranée , sont indiquées à TE. Damascus { Damas ) , 
et à TO., Alexandria. 

Au midi de cette ville on lit : 

« Déserta Aegypti , in quo sunt i Les déserts de X Egypte où se 
multa animalia fera. | trouvent beaucoup de bêtes féroces. 

Plus au midi, près du Nil est Soam (Assouan) (1). 



(i) Syène. 



- 289 — 

Presque sous le méridien d'Alexandrie et à l'E. de 
la grande chaîne qui, dans cette carte, forme partie 
de l'Atlas , comme nous le montrerons ailleurs , est 
une autre légende relative aux caravanes de pèlerins. 

« Hic ventant plures Sarraceni | Là viennent un grand nombre de 



peregrinl de partibus Occeanis ad 
Mecham , propter Mechametum 
eoram prophetam. » 



Sarrasins des bords de l'Océan qui se 
rendent en pèlerinage à la Mecque, 
à cause de Mahomet, lenr prophète. 



Dans la Libye , une longue chaîne de montagnes 
se projette de PO. à l'Ë., depuis la côte occiden- 
tale de l'Afrique jusqu'auprès d'Alexandrie, par- 
tageant ainsi la contrée en deux sens , d'abord près 
de la mer Méditerranée et ensuite vers l'intérieur; 
on y lit : 



« In istis montanis habitant 
plures principes et reges, et habi- 
tant continue in tentoriis et prae- 
Uintur contra Sarracenos. Sunt 
etiam multa castra et civitates 
ultra. » 



Dans ces montagnes habitent 
plusieurs princes et rois. Us vi- 
vent toujours sous des tentes et 
combattent contre les Sarrasins. 
Il y a encore beaucoup de camps et 
de villes au-delà. 



Il nous semble que c'est des tribus de Berbers 
qu'il s'agit. En effet , l'auteur a placé le long de ces 
montagnes les mots : Atlantes Nigri, signalant ainsi 
la différence entre les Berbers et les Sarrasins d'une 
part, et les Maures de l'autre, qui sont toujours en 
guerre. Ces montagnes sont coupées à la hauteur du 
méridien de Grenade, en Espagne, par un passage. 



« Transitus in terra Nigro- 
rum. » 



Passage ( pour aller ) a la terre 
des Nègrts. 



m 19 



! 



— 290 — 

Cette légende se rapporte aux caravanes qui al- 
laient au Soudan. Elles passaient cependant aussi par 
le Fezzan, dont la capitale actuelle est Mur-Zuk (1). 

A TE* du mot iÀbia on lit Lary. Heeren pense 
qu'on doit lire Lare ou Barce, c'est-à-dire Barca (2). 
Dans cette région est la fontaine du Soleil du temple 
de Jupiter Ammon , figurée d'après Hérodote (3) : 

« Fons solis nocte ferrens et l La fontaine du soleil bouillante 
mane tepidus. » I U nuit et tiède le matin. 

Au-delà sont Pentapolis (4) (la Cyrénaïque), et 
Cotometa ou Tolometa. Heeren propose de lire au 
lieu de ce nom, Telamata, ville et promontoire 
du pays de Barca (5). A l'intérieur, le mot Tripulis 
désigne probablement la Tripolitaine , puis vient 
Getulia (6) , puis cette légende : 

« Secunda saonarchia, qns* tem- 1 La seconde Monarchie <pri a ré- 
pore Annibalis Romanoa multam I poque d'Annibal serra de fort 
saftocaTît, quse deinde per ipso* I près les Romains , et qui rat ce> 
tota fuit destructa et per Scipio- ' suite complètement détraite par 
nem. » eux et par Scipion. 

(1) Cette notion est puisée dans des cartes du siècle précédent : le 
lecteur terra que la même indication se trouve à la même place dans 
la carte catalane de 1575, de la Bibliothèque nationale de Paris, dont 
nous donnons pour ta première fois le Fac-similé colorié dans notre 
Atlas. 

(3) On peut aussi lire Sirtis et même Leptis à cause de l'édifice qui 
afoiaine ce nom. 

(3) Hérodote, liv. 1, c. 46, 1W. II, c. 33, 43 et 55. 

(4) Voyez t. H, p. 38 et 68. 

(5) Voyez Mêla, I, 8; Pline, V; Strabon, XVII. 

(6) Voyez ce nom dans le t. II, table des matières. 



— 291 — 

Le cartographe a consigné dans sa carte la des* 
traction des quatre grandes monarchies. La pre- 
mière qu'il mentionne est celle des Assyriens ; la 
troisième, celle des Macédoniens ; il place la seconde 
à Carthage. Vers l'O. une ville voisine de la Médi- 
terranée est nommée Tremisi, c'est Telmêssa (1) ; 
enfin tout près du détroit est Sep ta ( Ceuta )« 

Au-delà de l'Atlas, dans la direction de ces villes, 
on lit vjj fraires (2), qui désignent une ville, puis 
Teget 9 Tagost et Tagaza. 

Selon Heeren, les trois nom» de ces villes sont 
corrompus; ils indiquent cependant trois stations 
des caravanes signalées dans la carte du major 
Rennell et qui sont maintenant Taigtu, Tai» 
dont (3) et Tagaze (4). Plus loin est une autre ville 
portant le nom de Fudaur et au midi se lit Ganu- 
jta(5). 

Plus loin encore , sur les bords d'un fleuve dont 



(1) Cette Tille, située dans l'Algérie , est mentionnée par Edrisi 
(voyez Hartmann In Edris. Africa, p. 191). 
(t) Heeren n'a pas lu ces mots ainsi formés Atf turtt. 
(S) Voyez la description dans Léon l'Africain. 

(4) Nova pensons que les trois noms dont il s'agit peuvent corres- 
pondre aux noms suivants : 

Teget a Tsigent de Léon l'Africain (liv. II) ; Tagott à YAudaghost des 
géographes arabes (voyez Cooley 7%* NegroUmd oftheAtêbs); Tagazak la 
ville do même nom dont Léon donne la description dans le liv. VI de 
son Afrique,— Cf. Ibn-Batuta dans ses voyages. 

(5) Ganugia n'est autre que Gana, fille célèbre de la Nigritié. 



— 292 — 

nous parlerons plus tard , est Tocoror, ville signalée 
par Edrisi au XII e siècle. 

À TE. de la Tocoror de Gana est un grand lac, 
sans doute celui de Wangara ( 1 ), auprès duquel on 
lit: 



« Mare sire terra arenosa, in 
qui reperitur via modo maris et 
gentes equitantar in tentoriis per- 
gamenis , ne nisu ventorum et 
arena destruantur. » 



Mer ou terre de sables dais la- 
quelle on se guide en chemin com- 
me sur la mer ; les gens y voyagent 
enfermes dans des tentes de peau 
afin de ne pas être étouffés par 
l'effort du vent dans les sables. 



C'est la description du grand désert du Saharah 
qu'il faut traverser pour se rendre dans le Soudan 
ou pays des Nègres. On y voit plusieurs chameaux 
portant des tentes et parcourant le pays nommé 
Nubia Sarracenorum (Nubie des Sarrasins). Deux 
villes sont placées dans cette partie du désert, comme 
on le voit dans Léon l'Africain ; ce sont Tagaza 
et Or g an a , la dernière est YAroan de la carte de 
Rennell. Au S. de l'Atlas, sous le méridien de 
la Sicile, est un fleuve qui a sa source dans ces mon- 
tagnes; ce fleuve, après avoir formé une île occupée 
par une cité, donne naissance à quatre autres fleuves 
qui vont se perdre dans le désert. Nous reviendrons 
sur ce détail en décrivant la carte Catalane de 1 375, 
dans une autre partie de cet ouvrage. 

(i) Tocror (Thékrus); voyez Cooley 1** veçroiand, pig. 97 et soi*., et 
sur trmnfmrm, voyez Léon, lit. VII. 



— 293 — 

La Libye intérieure est partagée par un grand 
fleuve, dirigé d'orient en occident et portant le nom 
de Fluvius Aureus (fleuve d'or); à l'embouchure de 
ce fleuve, on lit : 

« Flavius aureus hic habet VIII I Le fleuve «fora ici huit lieues de 
leocas iatitudine. > (1) | largeur. 

Ce fleuve a sa source sur le plateau voisin des 
montagnes de la Lune. Quatre autres fleuves des- 
cendent de ces montagnes et se jettent dans le 
grand lac, qu'Heeren suppose être celui de fPan- 
gara. Au-dessus des montagnes, on lit : 



« Mons Lunae septemfratres.» 

Et sur le lac : 

« Mare in illa creditur ortus 
Nili. 



Montagne de la lune. Sept 
Frères. 



On pense que la source du Nil 
est dans cette mer. 



Selon Heeren, ces notions sur les sources du Nil 
sont tirées en partie de Ptolémée , et puisées aussi 
dans Edrisi. Cependant, il est plus probable que nous 
retrouvons ici un souvenir de la carte Théodosienne 
où ce même lac est figuré au milieu de montagnes 
avec l'inscription suivante : « His montes subjacent 
paludi simili Meolidiperquem Nilus transit. » Et en 
effet, le Nil y débouche, dans cette carte, du côté de 



(1) Voyez la discussion à ce sujet dans nos recherches sur la décou- 
verte des pays de la côte occidentale de l'Afrique , p. 327 , $ XXI et 
p. 5». 



— 294 — 



TE. ; il manque seulement ici l'autre branche qui 
vient de l'O. et va tomber dans r Atlantique (1). 

Au S. du grand fleuve qui se jette dans l'Océan 
Atlantique , on lit : 



« Qic rognât Musameli ditissl- 
mus propter aurum quod dieti 
reperitur in hoc fluvio (2). Hic in- 
oipiant Christian! Aethiopes pan- 
perrimi apparere. » 



loi règne Musameli Qfttrfa*- 
ment riche * cause de l'or qai 
se trouve dans ce fleuve. Ici com- 
mencent à paraître les Chrétiens 
Éthiopiens très pauvres. 



On remarque plusieurs figures de Nègres occupés à 
recueillir l'or du fleuve. Au S. sont trois femmes ve- 
lues, cueillant des fruits. La contrée où elles figurent 
est à l'extrémité méridionale de la carte, et on y lit : 

« Hic mulleres yrsute ferocis- 
sime, sine marions partum fe- 
runt » (3) 

A TE., un roi cynocéphale, assis sur son trône, 
donne audience à deux de ses sujets aussi mons- 
trueux que lui , selon la légende : 



Ici des femmes veines , très fé- 
roces, enfantent sans maris. 



• Abichinibel rez est Sarrace- 
nns Ethiopicus; cum populo suo 
habens (acieni caninam, et ince- 
dunt omnes nudi propter solis ca- 
lorem. » (4) 



Abichinibel est un roi Sarrasin et 
Éthiopien; ainsi que son peuple, 
il a la figure du chien, et ils vont 
tous nus à cause de la chaleur du 
soleil. 



(1) Voyez table VIII, Fac-similé donné par Scheyb. 

(2) Voyez nos Recherches sur la découverte de la côte occidentale 
a" Afrique, p. «87. 

(3) Heeren dit que c'est un mélange des Gorgones du Périple 
d'Hannon avec la fable des Amazones. Ce savant a joint cette légende 
à la précédente, tandis qu'elle se trouve entièrement séparée dans 
la carte. Voyes t. II, p. 4SI. 

(4) Voyez aux additions. 



— 295 — 

Ce peuple est aussi placé à l'extrémité méridio- 
nale de la carte. A TE. est un grand golfe nommé 
Mare Ethiopie (mer d'Ethiopie) (1) 9 au fond duquel 
un autre souverain, également nu et mollement 
assis sur une espèce de hamac, reçoit les services de 
deux femmes revêtues de longues robes. La légende 

• Hic dominatur rez piger.» | Ici règne le roi paresseux. 

ne fournit aucun détail explicite. Au N. de cette lé- 
gende se lit une inscription dont nous signalerons 
autre part l'importance : 



■ Nubia christianorum sedes 
presbiteri Johannis eujus impe- 
rium ab ostio Gadis per meridiem 
usque ad fiuvium Auri. » (2) 



La Nubie chrétienne, domaine 
du prêtre Jean, dont l'empire s'é- 
tend depuis le détroit de Gadès 
vers le Midi jusqu'au fleuve de l'Or. 



Nous verrons plus tard , lorsque nous traiterons 
de l'histoire des grandes découvertes maritimes et 
terrestres consignées dans les cartes , combien les 
fables relatives au prêtre Jean ont concouru à l'a- 
doption de graves erreurs dans l'histoire des pro- 
grès des connaissances géographiques du XV e siè- 
cle ; nous verrons comment ce singulier personnage, 
après avoir reçu un empire dans l'Asie, de la muni- 
ficence des cartographes et de certains voyageurs 



(1) Selon Heeren, cette dénomination veut dire : Mer Australe. 

(3) Voyez Ludolphus. Gomment, ad Ethiop. Histor. Ce savant dit 
que le nom de Prêtre- Jean a son étymologie dans les mots Persans 
Prestar-chan, qui signifient « optimorum principetn » selon Golius. 



— 296 — 

jusqu'au XIV e siècle , a été ensuite transporté dans 
YAbyssinie avec son empire imaginaire que l'on a 
étendu depuis Ceuta et le détroit de Gibraltar, à 
l'occident, jusqu'au fleuve d'Or (rio de Ouro) des 
cartes de l'époque suivante. Nous reconnaîtrons 
alors comment il se fait que ce fleuve de l'Or 9 encore 
sans position bien déterminée, était découvert sans 
cesse sur les points les plus divers et par les carto- 
graphes, et par les voyageurs. A peine abordé en effet 
sur la côte occidentale de l'Afrique, dès qu'un voya- 
geur rencontrait une rivière, c'était le fleuve de COr, 
arrosant nécessairement les domaines du Prêtre 
Jean. Ce fut sous l'inspiration de ces idées systéma- 
tiques erronées quAntonioilo Vso di Mare se per- 
suada, lors de son voyage au temps de Cadamosto , 
que les terres qu'il avait visitées faisaient partie 
des états du Prêtre Jean. De ces erreurs et de 
ces fables procède Terreur de quelques auteurs 
modernes qui se sont plu , en dépit de toute criti- 
que historique , a prétendre que le rio de Ouro des 
Portugais était déjà connu avant la découverte au- 
thentique (1 ). 

Bien que cette carte du musée du cardinal Borgia, 
nous montre que l'auteur a emprunté la plupart 

(1) Voyez dos Recherches sur ta découverte des pays situés sur U câtf 
occidenfrle d'Afrique, p. LXXXIX. 427 à 241 et 320. 



— 297 — 



de ses notions sur l'Afrique, aux récits des Arabes , 
il est à remarquer cependant , qu'il admet en même 
temps l'opinion vulgaire de la zone torride inhabi- 
table, opinion en désaccord avec l'existence des 
peuples qu'il signale et qui habitaient sous cette 
rône. Il y a donc lieu de conclure de là qu'au com- 
mencement du XV e siècle, avant les découvertes des 
Portugais , les géographes les plus avancés , tout en 
signalant déjà dans leurs cartes des pays révélés 
aux occidentaux par les géographes arabes et prin- 
cipalement par Edrisi , ne connaissaient pas réelle- 
ment , c'est-à-dire par l'expérience de leurs voya- 
geurs, les contrées situées au-delà du cap Bojador. 
Voilà du moins la pensée que fait naître la lé- 
gende qui est inscrite sur la partie méridionale de 
l'Afrique. 



« Pars Terre torride zone sub- 
, inbabitabilis nimio calore 



Mils. 



Partie de la Terre exposée sous 
la zone torride, inhabitable à cause 
de l'ardeur du soleil. 



ILES. 



Examinons maintenant les îles signalées dans 
cette carte ; mais remarquons d'abord que les 
contours des mers intérieures deviennent de moins 
en moins irréguliers , c'est-à-dire qu'il y a progrès 
comparativement aux cartes précédentes, notam- 
ment pour la Méditerranée, l'Hellespont, le Palus 



— 298 — 

Méotide ou mer d'Azow (1) et même pour la Bal- 
tique, la Mer Adriatique et la Mer Rouge. Remar- 
quons aussi plusieurs navires figurés dans différents 
ports des mers intérieures et des océans ; cette par- 
ticularité n'est pas sans une certaine importance. 
Selon nous , quelques-uns de ces navires indique- 
raient des ports fréquentés par la marine marchande» 
tandis que d'autres ne servent qu'à signaler les 
points vers lesquels ont eu lieu des voyages rappor- 
tés dans les auteurs anciens, indication qui a échappé 
au savant Heeren. Dans la première classe» 
nous rangerons le navire dessiné près des ports du 
royaume maure de Grenade; celui de Barcelone; 
celui qui est entre la pointe méridionale de Yltaiie 
et Y Afrique; ceux qui se voient à l'entrée delà Mer 
Adriatique , et au fond de ce golfe près de VIstrie 
dans la Mer Noire, près de YHellespont et près 
de Trébisonde ; dans la Mer Caspienne; dans la 
Mer Baltique ; devant le port de Bordeaux ; enfin 
entre les embouchures du Rhin et de Y Elbe. Il est 
probable aussi que nous devons aux relations mari- 
times avec le Nord l'indication du navire qui parait 
sortir du Sund , pour se rendre dans le canal de la 

(1) Voyez sur le second canal par lequel la mer d'Azow aurait dé- 
versé, même encore au mojrti-âge, ses eaux dans la Mer Noire, le loue 
XVIII du bulletin de la société de Géographie de Paris, p. 305, où l'on 
cite à l'appui les cartes des XV e et XVI* siècles. 



— 299 — 

Manche , et les navires figurés dans un golfe de la 
Mer Polaire , au N. de la Suède , et dans un autre 
golfe de la Mer Boréale. Une barque avec des ra- 
meurs signale peut être les barques des GroêrUandais. 
Hais à la seconde classe appartient le navire figuré 
dans le Mare Hyrcamurn , et qui , sans doute , est 
un souvenir de l'antiquité. Les anciens croyaient , 
comme nous l'avons démontré ailleurs, qu'on pouvait 
aller dans l'Inde par le prétendu golfe Hyrcanien, qui , 
selon eux, communiquait avec la mer Caspienne. 
Aux récits de l'antiquité ou même des Arabes, sont 
encore dues les figures de navires tracées sur la 
mer orientale, aux embouchures du Gange; à l'issue 
de la Mer Rouge ; dans le grand golfe de l'Afrique 
méridionale , nommé Mare Ethiopie ; dans le golfe 
au midi des états de Musameli, et dans le golfe du 
pays des Gor godes. Ici même on reconnaît un sou- 
venir de la navigation d'Hannon. 

Les Canaries ne sont pas indiquées dans cette 
carte, mais au N. de l'Atlas, et au S. d'un fleuve 
sans nom qui descend de ces montagnes et tombe 
dans la mer près du détroit, probablement le fleuve 
Lixus (1), des dragons sont figurés, ce qui prouve 
que le cartographe a voulu signaler les dragons des 
Hespérides. 

(1) Voyez, sur ce fleuve, t. I er , p. 45. 



— 300 — 

Les lies indiquées dans la Méditerranée sont 
Maiorca ( Majorque ), Corsica ( la Corse ) , Sardima 
( la Sardaigne ) , Cicilia (la Sicile) , Candia, Rhodes 
et Chypre. Les mers Noire et Caspienne n'en of- 
frent pas une seule. La Méditerranée porte le nom 
de Meditetraneum Mare renfermé dans un car* 
touche ; la Manche, celui de Mare Fronde ( Mer de 
France). 

L'Angleterre représentée par une grande lie , sur 
laquelle on ne lit que Regnum Anglia (royaume 
d'Angleterre), est séparée de l'Ecosse par des mon- 
tagnes; et ce dernier pays, signalé par l'auteur 
comme un royaume indépendant , porte le nom 
de Regnum Scocie (royaume d'Ecosse). L'Irlande 
n'est pas indiquée. 

Jusqu'à la mer Indienne on ne rencontre pas 
une seule île. Au S. de la Péninsule de l'Inde est 
l'île de Ceylan avec sou nom ancien, Taprobana; 
deux villes y sont figurées par des édifices , et sur 
la mer Indienne ou lit : 

« Mare indicum in quo insuie l La Mer indienne contenant sept 
VII milia. > (1) | mille lies. 

légende puisée probablement dans Marco Polo. 
Six îles sans noms figurent au S. et à l'E. des 
golfes Persique et Arabique. 

{I) Voyei sur ce nombre d'Iles, Marco Polo, c 1. 



— 301 — 

§xcv 

XV* SIÈCLE. 

Planisphère renfermé dans le livre intitulé Imago Mundi du cardinal 

Pierre d'Ailly , exécuté en 1410. 

Après le monument que nous venons de décrire, 
Tordre chronologique nous en offre un autre entiè- 
rement différent , le planisphère annexé à Y Image 
du Monde , de Pierre d'Ailly. Cet ouvrage qui eut 
jadis une grande célébrité, exerça une notable 
influence sur l'esprit de Christophe Colomb , et fut 
même annoté par l'illustre navigateur (1). Nous 
avons déjà parlé de Fauteur et de ses connaissances 
géographiques , il nous reste à examiner son œuvre 
en détail (2). Ce planisphère , tracé en noir , est de 
forme circulaire , et divisé par bandes , conformé- 
ment à la théorie des climats. Le premier climat 
commence, comme dans Pline, àla partie méridionale 

(1) D'après une notice qui nous a été communiquée par le savant 
auteur de la Vie de Colomb, M. Washington Irving, il existe à Se ville 
uo précieux exemplaire de l'ouvrage du cardinal, annoté de la main 
de Colomb. Ces renseignements obtenus du savant américain ont été 
adressés par nous a notre confrère à l'académie de Lisbonne, M. de 
Macedo, qui s'est empressé de se procurer la copie de quelques-unes 
des notes tracées par l'Amiral, sur l'exemplaire en question, et notam- 
ment de celles qui concernent les navigations de Barthélémy Diaz, en 
l'année i486, et de plusieurs autres marins portugais ; mais ces notes 
ne nous sont point parvenues, et nous ne savons pas encore s'il nous 
faut espérer d'en tirer quelques lumières nouvelles. 

(S) Vojex 1. !•% p. 95-96-453154-369 et 371. 



— 302 — 

de l'Inde et s'étend jusqu'au mont Atlas ; mais la 
position des pays placés sous les six autres bandes 
ne concorde pas toujours avec rénumération que 
Pline a faite des sept climats des anciens auteurs, 
ni avec le système des auteurs moins anciens, qui, 
selon ce naturaliste , ont rangé le reste du Monde 
sous trois autres bandes (1), et ont ensuite porté le 
nombre de ces zones à douze en totalité. 

En comparant la division des climats de cette 
carte avec la théorie des Arabes, nous y retrouve* 
rions plutôt la distribution d'Edrisi ; cependant plu- 
sieurs contrées se trouvent encore placées ici dans 
un climat qui n'est pas celui que le géographe arabe 
leur assigne (2). En rapprochant enfin notre carte 
du système de Ptolémée, nous la trouvons conforme 
aux indications du géographe d'Alexandrie , à cette 
seule exception près , qu'ici les Monts Riphées sont 
placés au N. du septième climat (3). 

La terre est entourée par l'Océan» et en dehors du 



(1) Voyez Pline, liv. VI, c. XXXIX, et consultez Le tableau des dôme 
climats indiqués dans cet auteur avec la savante note annexée à l'édi- 
tion de Pline de Panckoocke, t. V, p. 365 et suivantes. 

(2) Rapprochez cette partie du planisphère de Pierre d'Àilly de la 
représentation des climats du Ms. de Katuint, que nous avons donnée 
p. 340 du t. !•', et de la théorie des climats d'Edrisi, décrite p. 339, fM. 

(3) Comparez la théorie des climats figurée dans ce planisphère, 
avec la division par climats, selon Ptolémée, reproduite t. I, p. 341* 
Voyez aussi le planisphère gravé dan* le traité géographique de Ga- 



— 303 — 

disque se lit le mot Oceanus (1). La zone toiride est 
indiquée comme inhabitable à cause de la chaleur. 
L'orientation est conforme à celle de nos cartes mo- 
dernes : le Nord en haut , le Sud au bas , l'Est à 
droite et l'Ouest à gauche. Les deux pôles sont in- 
diqués : Polus Septentrionalis , Polus Justralis. 

Le tracé est encore assez imparfait 9 car les mon- 
tagnes principales et les fleuves sont à peine indi- 
qués par leurs noms ; le cours du Nil est seul des- 
siné grossièrement dans la direction du S. au N. 
selon le système de Ptolémée adopté par Fauteur. 
Les trois parties du monde alors connues sont dé- 
signées par leurs noms écrits en gros caractères. 
Sur la Méditerranée figurée par deux lignes paral- 
lèles, dirigées de l'O. à TE. , on lit la légende sui- 
vante: 



t Mire Mediterraneum usque 
Asiam et dWidit Europam ab Àf- 
irtea. » 



Mer Méditerranée s'étendant jus- 
qu'à l'Asie, et séparant l'Europe 
de l'Afrique. 



Sur la partie occidentale de cette mer on lit 
Godes ( Cadix ). 



rianus, intitulé : < Hmrici Giaritni Helvcttt, de G&çraphia Liber aurai.» 
Fribourg, 4533, p. i% to ; et la table indiquant la position des pays, 
•"aptes le système de la division par climats qui y est adoptée. 

(1) Sur un exemplaire , au bas de la mappemonde , en lit : cuju$ 
Octmmi intir aHent*lê$ h ocd4mt*k$ Gmdm Bercmtit mugmtior Utitudo 
wêêêmmê ftâ/iMMÉtfnflii cndflf êÊÉê MrâAffiir 



— 304 — 
EUROPE. 

L'Europe renferme les noms suivants : à l'extré- 
mité occidentale , Hispama ( Espagne ) ; ensuite Lt- 
guria ; au N., Francia (la France); à TE. de l'Es- 
pagne Borna et Europa écrit en gros caractères; sa 
N. de Borne, Hy stria (l'Istrie) ; Germania (la Ger- 
manie \ puis Grecia (la Grèce). Le Danube est in- 
diqué par la syllabe Don ( Dan , Danubius sur un 
autre exemplaire ). Au N.-E. de la Grèce on Ut Cu- 
mania, au N. de l'Europe, Circulus articus, et: 

■ Post climat* versus polom Après les climats vers le pôle 
militas babitationes et insute con- ! sont encore beaucoup de pays et 
tinentur quae non possunt hic con- d'Îles dont la description convena- 
venieuter describi. > ble ne peut trouver place ici. 

Enfin , à TE. de Cumania le mot Buthenia (Russie). 

ASIE. 

Sur cette partie de la terre on lit en dedans du 
cercle polaire les mots Iperborei ( Hyperboréens) (1) 
et Arumphei, probablement pour désigner les Arym- 
phéens de Mêla , peuple habitant le N. de ce conti- 

(1) Sur les Hyperboréens. consultez la table des deux volumes pré- 
cédents au mot HyperborétHt, et aussi, le savant Mémoire de M. Honble, 
Transactions of the Literary and Historical Society of Québec . Vol. III. 
cahier de mai 1837. Le savant auteur a recueilli les passages des au- 
teurs grecs et latins sur ce sujet, et reprenant tout ce qu'ont écrit sur 
cette matière d'Anville, Kobertson, Gutherie, Recueil, Larcher, Brjant, 
Tévéqne Hêber, dans son Histoire des Cosaques, Wesseling, l'abbé 
Cedovn, Tawkes, dans ses annotations aux Jrgonautiqmes d'ApoUosiïms 
de Rhodes , et enfin Gosselin » il discute les opinions de ces savants , 
pour reconnaître à quels peuples les anciens donnaient ce 0001. 



— 305 — 

nent. « Ils sont , dit le géographe romain , d'un ca- 
ractère très juste, ils vivent dans les bois et se 
nourrissent de fruits sauvages. Ils sont tous chauves, 
hommes et femmes. On les regarde comme sacrés , 
et tel est le respect qu'on leur porte , parmi les bar- 
bares qui les environnent , que quiconque se réfugie 
chez eux , y trouve un asile inviolable où personne 
n'ose l'attaquer. » (1). A l'E.-S.-O. on lit : 

« Regio inhabitabilis propter j Région inhabitable à cause du 
algorem. » • froid. 

Près de là sont Montes Riphei (les Monts Riphées), 
suivant les indications de Mêla; car le géographe 
romain , après avoir parlé des Arymphéens , dit : 
c plus loin est le Mont Riphée » (2). 

Les régions Hyrcaniennes sont désignées par le 
mot Yrcania; à TE. est Mare Caspium (la mer 
Caspienne). Le cartographe a suivi la théorie de 
ceux qui l'ont précédé ; il renferme cette mer sur- 
tout du côté de l'E. dans les montagnes Gaspiennes, 
c'est ce qu'indiquent les mots Montes Caspii. Au S. 
de THyrcanie dans le VI e climat , l'espace est resté 
vide jusqu'à la Géorgie (Georgia) (3). A 1*0., le mot 
Thanai désigne le Tanais, c'est-à-dire le Don. Le 

(1) Mêla, 1W. I er , chap. XIX. — Rapprochez de la légende p. 55. 

(2) Héla, 1. 1*», chap. XIX. — Vitra surgit mons Riphaeus. 

(3) Dans un exemplaire, ie mol Montes répété à Test des monts Cas- 
pims; Indique une chaîne de montagnes bordant l'océan oriental. 

m 20 



300 — 

Caucase paraît être désigne sous la dénomination 
de Montes Arménie (montagnes de l'Arménie). Nous 
venons de voir dans l'analyse des cartes antérieu- 
res, que certains prédécesseurs de Pierre d'Ailly ap- 
pliquaient cette dénomination uon seulement à Y Ara- 
rat , mais encore à d'autres montagnes. 

Au S. est Armenia ( l'Arménie ) dans I V« climat , 
puis à TE. Bactra (la Bactriane) (1), et au S. ou 
entre dans la Parthia et dans la région do Y Indus r 
mot qui désigne le fleuve môme. Le sens dans 
lequel ce nom est tracé , indique que V Indus eoule 
du N. vers le S. A l'Orient se lit le nom vague 
(VIndia, pour signaler les vastes contrées situées au 
delà du fleuve. En deçà, c'est-à-dire à l'O- de 
Y Indus, est Ydaspen (l'Hydaspe), inscrit de l'O. à 
l'E., et au S. duquel le cartographe place la ré- 
gion habitée par les éléphants , habitatio elephm- 
tum. Il savait que la Péninsule indienne se projetait 
vers le S., si nous en jugeons par cette légende: 

« India fere tertiam partem ter» 
habitabilis continel, versus meri- 
dieni se extendens. » (2) 

L'extrémité de cette partie de l'Asie est sur 1« 
môme parallèle que Méroë. 

(1) Ce nom est écrit dans la carte Bactua. 

(2) Sur un exemplaire, près du tropique du Capricorne, au N. on lit— 

Frons Yndie meridianus protenditur usque tropicum a 

orientale vrro la tus usque prope finem Afftice, 



L'Inde contient presque le tiers 
de la terre habitable et s'étend 
vers le midi. 



— 307 — 

Le Golfe Persique et la Mer Rouge paraissent se 
confondre en une seule mer, sous un setil de ces 
deux noms (1). La légende est inscrite de manière à 
indiquer la direction de cfctte mer du N.-O. vers le 

« Mire rubrum quod in sex men- 1 Mer Rouge que l'on met six 
sibus pertransitur. » (2) I mois à traverser. 

L'Arabie et la Palestine ne sont point indiquées ; 
le nom de Jérusalem , inscrit sur presque toutes les 
cartes du moyen-âge, manque également ici (3). Les 
régions du Tigre et de YEuphrate sont cepen- 
dant signalées par le nom de Tigris; à TE. de 
ce fleuve , le mot Ararim annonce par sa position 
môme , YArarat. En avançant à l'O. du fleuve nous 
trouvons ensuite Assiria ( l'Assyrie ) ; Babilonia ( la 
Babylonie) , et Euphrates ( l'Euphrate). La direc- 
tion dans laquelle sont inscrits les noms des deux 
fleuves, indique que le cartographe avait quelque 
notion de leur cours. Telle est l'Asie de cette carte. 

AFRIQUE. 

À l'O., près de la Méditerranée, la Mauritanie ou 

(1) C'est un souvenir de la mer Erythrée. 

(2) Le cartographe a voulu indiquer d'après Saint Jérôme, qu'il fallait 
six mois pour la parcourir dans toute sa longueur. Voyez notre mé- 
moire sur les connaissances scientifiques de D. Jean de Castro, p. 217, 
t. X, *• S., du bulletin de la société de géographie* 

(3) Sur un autre exemplaire Y occident de Y Asie est représenté par les 
mots Cilieia, Baruth, Arabia. 



— 308 — 



le pays des Maures, est désigné par le mot Mauri ; 
à TE. sont Getuli (les Gétules), Numide (les 
Numides), Cartago (Carthage), Cir-ma (la grande 
Syrte), Cir-mi (Syrtes minores, les petites Syrtes), 
Tripolis (la Tripoli taine), Bizantium (Byzacium). 
Au delà des Syrtes est le Nil (Nilus), ayant Âlexan- 
dria et Lihia (la Libye), à l'O. et à TE., Egiptus 
(l'Egypte), Syene et Beronice ( Bérénice ), ville si- 
tuée sur la Mer Rouge. 

En revenant à l'Afrique occidentale nous trouvons 
d'abord le Mont Atlas ( Mons Aihlas) , la seule mon- 
tagne figurée dans cette carte; au nord sont les 
Hespérides (Esperides). A TE. se voient encore les 
Gar amantes, Trogodites (les Troglodytes), et Nubia 



(la Nubie) ; enfin au S. est l'Ethiopie (Ethiopia), 
ayant à TE. Meroë. Tous ces noms sont sous le pre- 
mier climat. 

Tel est Thémisphère supérieur habitable. Et quoi- 
que Y Inde paraisse s'étendre jusqu'à la ligne équi- 
noxiale , le cartographe n'en persiste pas moins à 
considérer la partie de l'Afrique siluée sous la zone 
torride comme inhabitable, puisqu'il y écrit : 



• Regio inhabitabilis propter 
calorem. » 



Région inhabitable à cause de 
la chaleur. 



Il suppose cependant, au S. de la ligne équinoxiale, 
l'existence de terres et de pays habités; c'est ce que 



— 309 — 



nous démontre la légende suivante fort mutilée, 
mais dans laquelle il nous semble signaler la zone 
habitable antarctique au delà de la zone torride 
inhabitable : 



« Anie climata versus equinoc- 
tialem el ultra mullas habltatio- 
nes continent ut ex historiis au- 
thentteis compertum est. » 



Avant les climats vers la ligne 
équinoxiale et au delà, il y a beau- 
coup de pays habitables, c'est ce 
qui nous est confirmé par des his- 
toires authentiques. 



Cette carte n'offre qu'une seule île, Rhodes 
( Rodus ) , placée sous le IV e climat comme chez 
Ptolémée (1). Cette préférence donnée à l'Ue de 
Rhodes par Fauteur de la carte a quelque chose de 
particulier dont il est difficile de préciser le motif. 
Peut-être l'auteur , dans des vues purement scienti- 
fiques, a-t-il voulu signaler le point par lequel passait 
la ligne tracée par Eratosthène, dans sa célèbre carte 
de la terre (2). Nous sommes d'autant plus enclin 
à admettre cette conjecture , que notre carte semble 
laisser de côté les notions applicables pour donner 
la préférence aux théories appartenant au domaine 
de la science , telles que la théorie des climats , celle 
de l'Àryne et autres du même genre. Nous attribue- 
rons donc cette espèce de choix au motif que nous 



(1) Rapprochez du planisphère d'après Ptolémée, reproduit dans le 
t.l«% p. 341. 

(î) Voyez sur la carte d' Eratosthène, t. I er , p. S25. 



— 310 — 

venons d'indiquer plutôt qu'aux souvenirs histori- 
ques attachés au nom de l'île de Rhodes (1). 

La particularité la plus curieuse de cette carte 
est l'indication de YAryne sous le nom d'Arym. Ce 
nom se trouve , non pas exactement placé à égale 
distance des quatre points cardinaux , mais un peu 
plus au S. de l'Equinoxiale. Nous avons déjà , dan* 
d'autres parties de cet ouvrage, parlé de la pré* 
tendue ville d'Aryne , ou coupole du Monde (2), et 
constaté que la première indication de ce point chez 
les cosmographes occidentaux ne remonte pas au 
delà du XII e siècle , où nous le trouvons signalé par 
Gérard de Crémone. Quant à l'indication de ce même 
point sur une carte , nous avons également reconnu 
que le premier monument de ce genre qui le repré- 
sente, chez les latins , est le planisphère du cardinal 
Pierre d'Ailly , de 1410. Toutefois notre savant con- 
frère , M. Reinaud a découvert tout récemment à 
la bibliothèque nationale de Paris , dans un ma* 
nuscrit de la fin du XII e siècle ou du commencement 



(1) Voyez sur l'histoire ancienne de celle Ile, Pline, V, C. 31. 
Ptolémée, V , c. 2 Strabon, XIV, Solin, XII, Pomponius Mêla, 
H, c. 7.Tile-Live, liv. XXVII, c. 50.— LW. XXVIII, c.7.— Cf. Philonb 
Rysantini , Libellas de Septrm orbis Spectaculis , édition d'Orellius. 
Iveipsig; 1816, p. 14-30 et /Mrf , notes de Léon AJIatlus, p. 97 r 174. 

(2) Voyez t. I" r , p. 9I-9S *t 368 à 371, et dans le t. Il, p. LXI- 
LXXXVIII et siiivjinles. 



— 311 — 

du XIII e , renfermant un ouvrage de Pierre Alphonse, 
né à Huesca, en Espagne, Tan 1062, et qui écrivit 
vers Tan 1 1 10, un planisphère où YAryne est figurée 
au centre du monde sous le nom d'Àren Civitas (1). 
Dès le XII e siècle , les savants en Espagne tenaient 
donc des géographes orientaux la théorie de YAryne, 
et ils la représentaient dans les cartes de la Terre. 
Mais il ne faut pas négliger cette considération : ainsi 
que les traductions des auteurs grecs faites par les 
Arabes n'appartiennent nullement dans l'origine 
aux Orientaux, de même la théorie de YAryne, dans 
une carte dressée par un juif chrétien en Espagne , 
n'est nullement une théorie occidentale, elle con- 
serve tout son caractère oriental. L'orientation 
même de la carte de YAryne qu'on remarque dans 
le manuscrit et que nous reproduisons plus loin, rap- 
prochée de la figure tirée du Ms. arabe de Kasuine, 
que nous avons donnée dans le tome premier de cet 
ouvrage , p. 340 , prouve l'origine orientale du mo- 
nument dont il s'agit. Au surplus, le château que 
le cartographe a figuré dans cette représentation, 
prouve cette origine d'une manière incontestable. 

(i) Manuscrit de la Bibliothèque nationale de Paris, supplément latin 
n<> 1218. Le texte que nous donnons a été collalionné par M. Reinaud, 
d'après le manuscrit que nous avons examiné aussi. — La Biographie 
universelle, t. XXXIV, p. 389, consacre a Pierre Alphonse, un article au- 
quel nous renvoyons le lecteur. 



— 312 — 

Et en effet dans un Traité arabe de Cosmographie, 
rédigé à la fin du XIII e siècle, on lit ces mots : 

« Sous la ligne équinoxiale, au milieu du Monde, 
« là où il n'y a pas de latitude, se trouve le point 
c de la corrélation servant de centre aux parties 
c qui se coupent entre elles. Ce point est à 90 de- 
« grés de chacun des quatre points cardinaux. 
« Dans cet endroit et sur ce point se trouve le lieu 
« nommé Coupole d'Azin ou Coupole (fÀrin. Là est 
• un château grand, élevé et d'un accès difficile. 
c Suivant Ibn-al-Araby, c'est le séjour des démous 
t et le trône d'Iblys (1). » 

Or on remarque dans la figure que nous repro- 
duisons plus loin d'après le manuscrit de Pierre 
Alphonse, le grand château figuré comme il est in- 
diqué dans la cosmographie arabe. 

Les dialogues de Pierre Alphonse eurent une 
vogue au moyen-âge, et l'existence à la fin du 
XII e siècle, de manuscrits renfermant déjà la théorie 
de YAryne , nous fait supposer que Pierre d'Abano, 
qui vivait dans le siècle suivant , a dû avoir aussi 
des notices des cartes représentant l'Aryne dans les 
copies de ces manuscrits (2). Nous regrettons que 

(t) Ce passage que nous transcrivons dans le texte, est tiré de l'ou- 
vrage de M. Reinaud, Mémoire géographique sur l'Inde, etc., p. 376. 

(2) Voyez au sujet de Pierre d'Abano, t. Il, p. LXXXVUI et suit. 



— 313 — 

notre attention n'ait pas été appelée sur l'ouvrage 
de Pierre Alphonse lors de la publication de notre 
deuxième volume, mais la carte de Pierre d'Ailly 
ramenant cette question de YAryne, nous en profi- 
tons pour remplir la lacune existante. Le texte de ces 
dialogues de Pierre Alphonse a été imprimé à Co- 
logne (1). On remarque à la page 23 , une première 
figure semblable à celle que nous reproduisons plus 
loin , d'après le manuscrit, représentant le système 
des climats, mais YAryne n'est pas indiquée. La 
secouée figure y est également gravée. La biblio- 
thèque des Pères ; qui reproduit aussi l'opuscule de 
Pierre Alphonse , avec les figures , n'offre pas da- 
vantage l'indication de YAryne. Nous donnons donc 
ici pour la première fois la figure annexée au texte 
du manuscrit de Pierre Alphonse , avec la traduc- 
tion abrégée de ce dialogue assez court mais impor- 
tant, qui fournira aux savants de nouveaux éléments 
pour juger cette question si intéressante de l'his- 
toire de la cosmographie et de la cartographie au 
moyen -âge, comme nous avons eu fréquemment 
lieu de nous en convaincre dans le cours de cet 
ouvrage (2) • 



(1) 1536, petit in 8°, exemplaire imprimé de la Bibliothèque natio- 
nale de Paris. 
(S) Voyez t. I" f p. 89, 94, 95, 96, 368 à 374 et 376 et t. 11, p. LX1. 



— 314 — 

Le dialogue est à deux interlocuteurs, celui i 
qui explique et celui qui provoque les explica- 
tions (1). 

Moyse. De ton système naît cette conclusion : 
l'Orient du globe (2) est le même pour tout le monde, 
mais le point de l'Orient (3) varie pour chacun ; il 
en est de même aussi pour l'Occident , et l'heure 
du lever et du coucher des astres varie pour chaque 
peuple suivant la longitude du pays qu'il habite. 
Éclaircis-moi cela par un exemple. 

Pierre. Supposons le soleil au premier point 
du premier degré du Bélier, et se levant pour la 
ville d'Aren. Aren est située dans le premier des 
sept climats de la terre et au centre, c'est à dire à 
90 degrés de l'Orient , à 90 de l'Occident , b 90 du 
pôle boréal , et à 90 du pôle austral (4). Lorsque le 
soleil se lève pour cette ville , quelle heure sera-t-il 
dans une ville située à 60 degrés de longitude occi- 
dentale relativement à Aren? 

M. Selon les livres des astrologues , deux heures 
avant le jour. 

(1) Pétri Alphonsi ex Judseo Christiani Dialogi, p. 15. 

(2) Pars oriental is orbis. 

(3) Locus orienlis. 

(4) Aren , quœ sita est in primo septem ciimatuui terrae, habens 
nonaginta gradus ad orientent et lotidem ad occidenleni, habens etiam 
XC gradus ad polum aquilnnatcm , lolidciiique ad auslralem. 



— 315 — 

P. Et quand le soleil se couche pour la ville d'A- 
ren , quelle heure est-il pour l'autre ville? 

Ms Deux heures ayant la nuit. 

P. Et quand le soleil se lève pour cette autre 
TÎIle , quelle heure est-il à Aren ? 

M. La troisième heure du jour commence. 

P. Et quand le soleil se couche pour cette ville , 
quelle heure est-il à Aren? 

H • La troisième heure de la nuit commence. 

P. Si donc nous tendons en ligne droite, d'orient en 
occident , deux fils , l'un traversant la ville d'Àren , 
l'autre traversant la seconde ville , les extrémités 
de ces fils coïncideront-elles ? 

M. Non. Il y aura entre elles la même dis- 
tance, qu'entre les deux villes, c'est-à-dire, 30 de- 
grés. 

P. Ainsi s'expliquent les différences de longitude 
orientale et occidentale pour les différents lieux de 
la terre, et les différence» dans l'heure du coucher 
et du lever des astres selon ces diverses longitudes. 
Maintenant, à l'heure où le soleil se lève pour 
Aren , menons d'orient en occident une ligne droite 
qui passe par l'autre ville ; à quels points du ciel 
aboutiront les extrémités de cette ligne? 

M. L'extrémité orientale ira toucher le premier 
point du premier degré des Poissons , l'extrémité 



— 316 — 

occidentale 9 le premier point du premier degré de 
la Vierge. 

P. Et si à l'heure où le soleil se couche pour Aren, 
nous menons cette même ligne par l'autre ville, 
quels points du ciel rencontrerons-nous ? 

M. A l'Orient, le premier point du premier degré 
de la Vierge , à l'Occident , le premier point du pre- 
mier des Poissons. 

P. Mais encore, à l'heure où le soleil se lève 
pour l'autre ville , portons sur Aren notre ligne 
d'orient en occident , quels points du ciel touche- 
rons-nous ? 

M. A l'orient, le premier poiut du premier de- 
gré du Taureau , à l'occident le premier point du 
premier degré du Scorpion. 

P. Et à l'heure où le soleil se couche pour 
cette autre ville ? 

M. La ligne portée sur Aren touchera à l'orient, 
le commencement du premier degré du Scorpion ; à 
l'occident , le commencement du premier degré du 
Taureau. 

P. Ainsi donc, à la même heure, celle du lever 
du soleil , les signes placés soit à l'orient , soit à 
l'occident ne sont pas les mêmes pour Aren, et 
pour l'autre ville ; il en est de même à l'heure du 
coucher du soleil , et ce qui est vrai pour ces deux 



— 317 — 

villes , Test également pour toutes , en raison di- 
recte de leurs distances relatives en longitude. Il y a 
plus : ce point du ciel placé aujourd'hui à l'orient 
d'un lieu au lever du soleil, n'est pas celui qui 
apparaîtra demain à la même heure , au même en- 
droit. Ce changement des degrés dans le ciel a lieu 
tous les jours , de même que le soleil lui-même se 
déplace tous les jours dans les mêmes degrés. Or, 
puisqu'il nous est démontré que les points de l'orient 
et de l'occident et que les heures du coucher et du 
lever du soleil varient pour tous les lieux de la terre, 
H s'en suit nécessairement que les étoiles qui se cou- 
chent pour les uns, se lèvent pour d'autres à la 
^éme heure , et que dans toute la sphère céleste ce 
*l***on nomme Orient ou Occident , est un point non 
s fixe, mais variable chaque jour et suivant les dif- 
! **ents degrés (1) , et il faut surtout se garder de 
°**oire que ces mouvements d'orient et d'occident 
^^ïent une modification que subissent les corps cé- 
rastes (2) ; ces corps ne connaissent pas l'alter- 
tive de l'obscurité, ils rayonnent d'une inaité- 
e et éternelle clarté, comme dit le prophète Da- 



O) Uode necessario sequitur stellas quae quibusdam occidunt, aliis 
tem hora oriri.nec in tota cœli sphaera certus est orienlis et occiden- 
" • locus, sed quotidie varia tur per varios gradus. 

(3) Multo minus credi débet orientis et occidentis mutationem cœles- 
***>!» acciderecreaturis, quibusnulla unquam intervenit obscur! tas, etc. 



— 318 — 

vid (1), et comme dit aussi Daniel (2) ; et le lever et 
le coucher ne pouvant être non plus un mouvement 
de telle ou telle partie du ciel (3), il est clair dès lors 
qu'il n'y a dans le ciel ni orient ni occident. Ce fait 
reconnu, c'est ne rien dire que d'avancer que l'oc- 
cident pour Dieu est le lieu où les étoiles s'abaissent 
devant lui. 

M. Gomment déterminer cependant ou connaître 
les différences de longitude des villes entre elles, 
pour arriver à préciser l'heure qu'il est simultané- 
ment en différents lieux de la terre ? 

P. Supposons le soleil dans le premier degré du 
Bélier, et une éclipse de cet astre qui commence 
pour Aren avec la septième heure du jour , c'est-à- 
dire au moment où le premier degré du Cancer est 
à l'orient de cette ville. A quelle heure l'éclipsé com- 
mcncera-t-elle pour cette ville ?— Avec la cinquième 
heure , c'est-à-dire au moment où le premier point 
des Gémeaux sera à l'orient de cette autre ville ; de 
là cette conséquence évidente , qu'il y a trente de- 
grés de longitude entre les deux villes ; c'est ainsi, 

(1) Psal. CXXXVII1. 12: « Quia ténèbre non obscurabuntur a te, et 
nox sicut dies illuminabitur ; sicut ténèbre ejus, ita et lumen ejus. » 

(2) Ch. Il, ▼. 22: t Révélât profunda et abscondita, et novit in tene- 
bris constituta, et lux cum eo semper erit. » 

(3) Cum etiam nulla in cœlo ascensos vel descensûs possit esse lo- 
calis mutalio, apertissime igitur cuivis patet quod in cœlo nec orfeos 
sit nec occidens. 



— 319 — 

en effet , que les astrologues déterminent la distance 
entre deux lieux terrestres. 

M. Mais tu m'as dit tout-à-l'heure : la ville iïÀren 
est placée au milieu de l'hémisphère du ciel, de telle 
sorte qu'elle est à égale distance de tous les côtés ; 
tu m'as dit aussi : elle est située dans le premier des 
sept climats (1). Explique-moi cette position ; rends- 
la moi aussi claire que si j'étais sur les lieux. Tu dis 
d'abord : Aren est située au centre de la terre : La 
surface de la terre est donc flâne selon toi ? Mais 
ton raisonnement sur l'orient et l'occident me la 
faisait imaginer sphérique. Or, toute surface sphé- 
rique n'a ni commencement ni fin , et partant point 
de milieu (2). 

P. Voici ce qui est. Aren est placée sur la sphère 
terrestre à une distance égale des deux pôles , sep- 
tentrional et austral, et chaque jour le premier 
point du Bélier et le premier point de la Balance 
passent par son centre. Quatre-vingt-dix degrés la 
séparent donc de l'un et de l'autre pôle , et de la 

(1) Diiisse tememini Aren c ivitatem in raedio cœli hemisphaerio si tain, 
ita »t aqualiter ab omnibus parlibus distet et in primo septem clima- 
twn case posilam. 

(S) Cum enim dicas Aren in medio terne positam significare videris 
ipsioa terne superficiem esse planam : ex ration e vero erientis et occi- 
denlis praemissa. signiGcaveras terrain rotnndltatem habere sphsricam. 
Omne autem rotundum principio caret ac fine ; sed ubiconque princi- 
pium quaeris vel tcrminum, ibidem procnl dubio inventes et médium. 



— 320 — 

sorte , Aren occupe la première partie du premier 
climat , c'est-à-dire , le premier degré de longitude 
dans ce climat (1). 

M. Il n'y a donc de toute la terre qu'une seule 
partie habitable : quelle partie ? 

P. Depuis le milieu de la terre jusqu'à la parût 
septentrionale (2). 

M. Démontre-moi cela sur une figure géométri- 
que , car en cette matière , chaque nation s'est fait, 
d'après les auteurs, des idées différentes. On divise, 
en effet, la terre en cinq zones, une au milieu brûlée 
par l'ardeur du soleil et en conséquence inhabita- 
ble ; deux aux extrémités, fort éloignées du soleil, 
et également inhabitables , à cause de la rigueur du 
froid, et deux mitoyennes , tempérées par la chaleur 
de la première et par le froid des deux autres , et 
seules habitables. 

P. Ce système est en contradiction avec le té- 
moignage de nos yeux (3). Nous voyons, en effet, 

(1) Considéra igitur Aren in tali loco sphaerae terrestris esse, ai el tb 
aquilonali et ab australi aequaliter polo distel utroque, et per médium 
ejus qootidie transeant duo prima puncta Arietis et Librae. Habebit 
igitur ad utrumque polura XC gradus, eritque ita Aren in prima parte 
primi climatis, quantum ad longitudinem. 

(2) M. Ex verbis tuis colligitur quod tota pars terne babitabiUs io 
una tan tu m parte consistât. Volo itaque nosse quaenara sit illa. — 
P. A medio terne ad partem Septentrionis. 

(3) Opinio ista visus obstat effectui. 



— 321 — 

Aren située au centre de la terre ; à son zénilh, 
commencent le Bélier et la Balance , l'air y est si 
doux , que la température des quatre saisons est à 
peu près toujours la même (1). Il y naît de3 plantes 
aromatiques de couleur brillante , de saveur ex- 
quise ; les hommes n'y sont ni décharnés ni obèses , 
mais d'une complexion bien mesurée. Le climat 
qui exerce cette salutaire influence sur le corps, n'a- 
git pas moins efficacement sur l'esprit qui brille par 
la sagesse et par une modération pleine de justesse. 
Comment donc peut-on dire qu'un lieu que le so- 
leil parcourt en ligne droite sur toute sa longueur , 
est inhabitable ? Non : tout l'espace de la terre com- 
pris entre ce lieu et le segment septentrional est 
habitable sans interruption (2) , et les anciens Font 
divisé en sept parties nommées climats , d'après le 
nombre des sept planètes. Le premier climat est sur 
la ligne du milieu ; c'est là quAren fut fondée. Le 
septième pccupe l'extrémité du monde septentrional, 



<i) Visu enini probamus Aren in medio terne sitam , cl initiom 
Arpetis et Librae super eam recta progredi linea , aeremque ibi tein- 
peratissimum esse, adeo ut veris, sestatis, autumni et hyemis semper 
ibi fere lempus sit squale. 

(2) Quomodo igitur quisquam dicere praesomat locum super quem 
sol recta praeterit linea inbabitabilem esse. Potius toturo terrae habi- 
tabile spatium existit continuum a praedicto loco usque ad septentrio- 
aalem globuin. 

111 M 



— 322 — 

les autres remplissent l'intervalle (1). Aucune de 
ces parties n'est inhabitable , si Ton excepte les en- 
droits dans lesquels de grandes masses de sables , 
presque sans eaux , ou bieu des montagnes rocheu- 
ses , se refusent au travail de la charrue. Tout cela 
est représenté dans la figure ci-dessous : 

L'ÀRYNE ET LES SEPT CLIMATS. 




[rSfpTCH 



M. Il me reste à te demander de me 



.-HIJ,l 



(I) Primnm ex illis est in média liaea. obi Am cirfua est 



— 323 — 

» 

catfmieiit il se fait que cette partie de 1» terre qui 
est au delà A'Aren , vers le midi , » est pas habitée 
comme celle qui est en deçà vers le rterd * dé «a- 
nière quAren se trouve au centré de la région habita- 
ble , ou bien encore pourquoi oe n'est pas la pirtfe 
méridionale qui est hafbifoble , tandis (Jire la partie 
septentrionale serait inhabitable , à Fitrvetse 6e ce 
qui est (1). 

P. Parce que le cercle du soleil est excenttkprci 
relativement au cercle de la! terr# , et que cette e** 
centrîcité rejette la majeure partie de la tfircfenfé» 
rence à une distance plu s- grande dw septentrion 1 (*)- 
Il s'ensuit de là que le soleil étant passé dans les 
signes de l'hémisphère méridional , c'est-à-dire dans 
là partie <fe Fa cifcônférétiôe côrttprisô enfrë la Ba- 
lance et le Bélier y il se rapproche de la terre , et 
ses rayons brûlant lé sol à cette éourte dfté tance, 
le rendent stérite et en coméquente mhaàitabte {S). 

aepUmum autem septentrionalis orbis tenel eztremam , reliqua ?ero 
médium continent spatinm. 

(1) Osteodas quare vel illa pars terne qu« est ultra Aren ad meri- 
diem non iocolatur prool ista quae est citra ad septeotrionem, ut ita 
Artn sit in medio babitabilis regioois ; vel quare pars illa quae est 
ultra, non est babitabilis, et illa quae citra est versus aquilonem , 
inhabitabilis. 

(S) Quoniam centrum circuli solis est extra centrum circuli terne a 
septentrionis parte. 

(3) Unde cum sol ad sez meridianae plagae signa, quae sunt a 
Ubra ad Arietem , descendent, quia tune terne propior est, sui vici- 



} 



— 3Î4 — 

A partir seulement du premier climat jusqu'au nopl « 
l'espace qui comprend les sept climats demeure ha- 
bitable (1). Mais tout ce qui vient ensuite à partir d«J 
septième climat est privé de toute chaleur à caus^ 
de l'éloignement du soleil qui va parcourir le& six 
signes méridionaux ; de là l'excès des pluies , des 
brouillards et des frimas, et enfin l'absence de toute 
créature animée sur cette partie de la surface terres- 
tre (2). Cette excentricité du cercle du soleil relati- 
vement au cercle de la terre , excentricité qui éloi- 
gne du Septentrion la majeure partie de la circon- 
férence, est rendue sensible dans la figure sui- 
vante (3). 



niute caloris terrain exurens, omnium rerum infecundam et omaiDO 
sterilem reddit, ideoque inhabitabilis existit. 

(i) A primo igilnr climite osqne ad septentrionem babitabile re- 
mansit spatiam climatisas septem distinctum. 

(S) Quidqnid autem est a septimo climate, cum sol inde ad sex me- 
rftdiane partis signa déclinât, totins caloris expers remanet, abondat- 
qne imbrium , nubium el frigoris superfluitate , nnde et omnis ani- 
mails caret habitatione. 

(S) Quomodo autem centmm eirculi solis extra centrtun drcoli 
terre ait à parte septentrionis, oculis snbjecta aperte demonstrat 
descriptio. 



Système de l'excentr.cité de l'Orbe Solaire. 




Cette citation Vient , il nous semble , confirmer 
ce que nous avions dit autre part , savoir que VÂr- 
i/ne était une Ville supposée , un point purement 
mathématique. A l'appui de ce document nous cite* 
rons encore un passage très important de l'ouvrage 



— 326 — 

de M. de Humboldt sur l'Asie centrale. « La publi- 
cation 0i| Tmtf d 9 Aboitf-H?WW f «n passée ap- 
portant d'Àhoulféda. signalé par M. Reinaud , et 
une lettre de Christophe Colomb à la reine Isa- 
belle , ont contribué presque simultanément k fixer 
l'attention sur la coupole cTArine , comme point de 
départ dans les tables de longitude du moyen-Age. » 

■ 

Sur cette curieuse question, nous recommandons au 
lecteur l'important article intitulé : longitude , la- 
titude ; premiers méridiens , publié dans le Bulletin 
de la Société de Géographie, par M. Sédillot (1). Ce 
savant constate que les Arabes avaient adopté le 
méridien de la coupole dArine dans renonciation 
des longitudes, pour coordonner plus aisément 
le$ modifications profondes apportées par eux aux 
Tables de Ptolémée. '< La coupole de la Terre ou 
d'Anne , umbilicus terrœ , était , dit-il , le point 
d'intersection de l'équateur et du méridien de Sylus 
ou à'Aracia , que le géographe grec place à 90 de- 
grés des Mes Fortunées à TE. de Socotora. » Il 
ajoute en parlant de l'étymologie d'Arme > qu'il 
pepse qqe c'gst tout simplement une corruptipn du 
mpt Ardh (la Terre) , ce qui s'expliquerait presque 
aussi bien que le mot zénith, venant de Semt } 

(1) Bulletin de la Société de Géographie, IV série, U, i»t, 
fefWr MAI, p. |C7. 



— 3*7 — 

par la transformation d'une seule lettre (1). Le fait 
est que , pour las Arabes , Arme était uu terme 
purement systématique , leurs scholiastes le défi* 
nissent : « Lie lieu d'une proportion moyenne 
c dans les choses ; un point sur la terre à une hau- 
« teur égale de deux pâles» en sorte que la nuit 
€ n'empiète pas sur la durée du jour» ni le jour sur 
« la durée de la nuit.-» Il est donc inutile de cher- 
cher à ce mot une autre acception (2). 

sxcvi 

XV SIÈCLE. 



Mwppemûndt dis Vannée 1417 conservée à te Bibliothèque du palais Pitti 

àPt&rence* 



Parmi les monuments de la géographie systéma- 
tique des derniers temps du moyen-âge, la mappe- 
monde de 1417 conservée à la Bibliothèque du pa- 



(1) Voyex nos Rechercha sur V Afrique, p. 159. 

(s) Yoyes dans le Bulletin de la Société de Géographie; cahier de 
•nier 1851, les observations de M. Sédillot, an sujet de l'article de 
M. Dulanrier, sur la traduction d'Aboulféda de M. Reinand , publié 
dans la Revue des Deux-Mondes, numéro de février, p. 630 à 600. M. Sé- 
diUot vient de publier, dans le cahier de Mars du même balle tin, à 
propos de l'adoption d'un premier méridien commun, un nouveau tra- 
vail sur Y Arint. Nous renvoyons aussi le lecteur à l'ouvrage de M. Rei- 
nand, intitulé • Mimoirs géographique, historique et scientifique sur 



— 328 — 

lais Pitti à Florence, est l'un des plus curieux et de* 
plus intéressants. Il offre plusieurs légendes qui ne 
se trouvent pas dans les cartes déjà analysées. Mal- 
heureusement nous n'en donnerons ici qu'une des- 
cription fort incomplète, n'ayant pu réussir» jusqu'à 
présent, à nous en procurer un fac-similé (i). Le* 
détails qui suivent nous ont été foutais par fea 
Hom maire de Hell, et par les notes de l'abbé Borghi, 
dont la publication est due au cardinal Zurla (2). 

La mappemonde de 1417, de forme ellipsoïde, est 
dessinée sur une feuille de parchemin de 80 centi- 
mètres de longueur et de 40 de hauteur. Hommaire 
de Hell la regardait comme un document précieux, 
en raison des connaissances de l'auteur, « qui pa- 

* ■ 

rail (dit-il), avoir été à la fois très versé dans la lit- 

l'Inde, antérieurement au milieu du XI 9 siècle, d'après les écrivains arabes 
(Paris, 1849, p. 367 et suiv.), et notamment au passage de l'ouvrage 
4'Adélard de Bath, tiré d'un manuscrit de la Bibliothèque de Char- 
tres (p. 375), sur les Tables des principaux lieux de la Terre rapportés 
au méridien â'Aryne au XI r siècle. 

(1) En 1847, M. le ministre de Portugal, près la cour de Rome, ob- 
tint pour nous du gouvernement toscan, la permission de faire exé- 
cuter cette copie. Mais les bouleversements politiques survenus en 
Italie dans l'année suivante nous ont mis en présence de difficultés 
sans nombre. Nous nous réservons donc, si le fac-similé de ce mo- 
nument nous arrive un jour, d'en donner une notice plus explicite 
soit dans un appendice, soit dans les additions. 

(2J Voyez les notices de l'abbé Borghi dans le t. II, p. 397 dé l'ou- 
vrage de Zurla : Di Marco Polo ed aitri navigatori, etc. Ce savant y dit 
que» Baldelli lui avait envoyé une copie d'une partie de l'Afrique aiec 
(me description rédigée par le célèbre géographe l'abbé Borghi. 



— 329 — 

té rature classique» et parfaitement instruit de toutes 
lés découvertes positives des navigateurs. * 

« La côte occidentale d'Afrique, ajoute-t-il, né se 
trouve sérieusement indiquée que jusqu'au cap Buder 
(Bojador) (1). Au-delà il n'existe aucun nom de lieu 
et aucune indication véritablement marine. On y 
remarque plusieurs rivières dont les embouchures 
occupent une assez grande place entre la Mauritanie 
et l'Ethiopie intérieure. » 

Hommaire a comparé le système des fleuves de 
cette carte avec celui de la carte d'un manuscrit de 
Piolémée de 1400, appartenant à la bibliothèque 
Laurenciana. Au sud de ces rivières, le cosmo- 
graphe a indiqué un vaste golfe avec une lie et 
une légende peu lisible qui rappelle Ptolémée. 
La forme que Fauteur donne à la Caspienne, en 

(l) Ce monument vient augmenter lé nombre des preuves que nous 
avons produites dans le § X de nos Èecherchet sur la découverte de la 
côte occidentale d'Afrique au delà du cap Bojador, pour constater qu'a- 
vant les découvertes des Portugais la côte au delà de cette limite n'é- 
tait pas marquée dans les cartes, et que si l'on remarquait dans deux 
ou trois cartes quelque tracé au delà du Bojador, c'était une simple 
ligne arbitrairement tracée et indiquée au hasard. Ainsi tous les 
monuments cartographiques antérieurs aux découvertes des Por- 
tugais, que nous avons déjà publiés dans notre Atlas, de même que 
ceux qu'on découvre tous les jours, viennent démontrer le fait que 
nous avions constaté , et aussi vérifier l'exactitude de l'assertion du 
grand historien contemporain des découvertes , Azurara. (Voyez notre No- 
tice sur plusieurs monuments géographiques inédits du moyen-âge et du 
XVI* siècle qui se trouvent dans quelques bibliothèques de l'Italie, etc., 



— 330 — 

traçant le grand diamètre dans le sens des" parallè- 
les, se rapproche, selon lui, beaucoup des idées de 
Ptôlémée. Les nombreuses légendes de cette mappe- 
monde sont toutes en latin. Dans un coin est un ma- 
gnifique écusson aiyt Armes de Gènes, et les posses- 
sions de cette république sont les seules au dessus 
desquelles flottent des pavillons. La Factorerie fon- 
dée à TrébUonde, vers la fin du XIII* siècle, est elle- 
même décorée de la croix de Gènes. » 

Il est à regretter que le savant voyageur n'ait pas 
eu le temps de donner une description complète de 
ce monument, car la description de l'abbé Borghi, 
bien que plus étendue, est loin encore de remplir le 
but que nous nous proposons dans cet ouvrage ; elle 
est môme, pour la partie géographique et hydrogra- 
phique, à peu près nulle. 

Dans les angles extérieurs de la carte sont deux 
blasons, l'un, celui de Gènes, est signalé par Hom- 
maire de Hell, l'autre porte une croix rouge en 
champ d'argent déchiqueté (c'est la croix de Gènes). 
Dans les coins opposés sont indiquées d'une manière 
bizarre deux échelles de cent milles chacune. 

Aux quatre points cardinaux sont figurés les 
quatre vents principaux. Tout le vieux continent 
est enveloppé par l'Océan comme on le voit par la 
figure de l'Afrique, dans Zurla. 



— 331 — 

Les eentours de la Méditerranée et ies côtes de 
l'Europe sont assez bien dessinés. Selon Baldelli (4) 
on remarque dans cette carte des notions puisées à 
des sources orientales relativement aux côtes de la 
Chine, à la Corée et à l'Ile plus à l'est, aux deux 
Javas, lesquelles sont placées comme dans le pla- 
nisphère de Fra-Mauro ; enfin la Péninsule de Mar- 
laça est bien dessinée. Toutes ces particularités 
étaient complètement ignorées avant le voyage de 
Marco Polo. 

Ni Baldelli , ni Borghi , ni Hommaire de Hell ne 
se sont occupés de l'Europe de cette carte; k 
peine avons-nous pu tirer des notices de Borghi ce 
(jui suit. 

EUROPE. 

Dans la partie septentrionale correspondant à la 
Scandinavie et à la Russie d'Europe est représenté 
on roi portant le titre de Lardo Bex. Dans un autre 
endroit on lit : Lordo errât, et là se voient une maison 
placée sur un chariot traîné par des bœufs , et un 
ours blanc. Sur une péninsule très avancée dans 
la jzro, on lit : Griniandia , selon Baldelli. Le 
mot Groentandia, désignant une Péninsule est un 
résultat des découvertes des voyageurs Zeni, et 

(1) Lettre du SO avril 1819, dans le t. II de l'ouvrage de Zurla. 



— 332 — 

* 

comme Antonio Zeno revint à Venise en 1406, cette 
indication aurait été consignée d'après lui. 

ASIE. 

La côte orientale de l'A>sie, jusqu'au golfe qui sé- 
pare la Corée de la Chine, est tracée dans la direc- 
tion d'orient en occident» et non dans la direction 
véritable du nord au midi. La côte de la Chine et la 
Péninsule de Malaca sont assez exactes. On recon- 
naît dans cette région deux grands fleuves qui la 
traversent et qui semblent être YHoango et le 
Kiang (1), quoique celui-ci soit mis à tort en com- 
munication avec le Gange dont l'embouchure est 
exactement indiquée. Le Cathay [Catayum) est si- 
gnalé deux fois (2). Dans ce pays est figuré un roi 
avec la légende ; 

« Rex Cambalech, hic est mag- i Le roi de Gombalu ; c'est te 
nus Cuits (3). » I Grand-Khan. 

Un autre roi figuré plus loin vers l'intérieur de 
{'Asie est nommé 

« Indonun rex. » | Roi des Indes. 



(t) Il noms aurait fallu examiner la carte pour reconnaître si les 
neuves dont il s'agit correspondent au Jf«m#» et au Kimm§ . 

(i) C'est ce qui a lieu aussi dans les cartes de Sanuto. 

(3) Voyex ce que nous avons dit plus haut à la mappemonde dt 
musée du cardiual Borgia. Sur le Gran-Khan, voyez l'excellente note 
376 de Marsden aux relations de Marco Polo, p. 300. 



— 333 — 



Sur la rive orientale de la Mer Caspienne, un 
autre roi porte le titre de 



c Cambellanus rex magnis ca- 
nis filins (1). > 



Roi de Cambaye, fils du Grand- 
Khan. 



Plus loin la figure d'un griffon ainsi désignée 
Forma grifonis (2) se voit dans un pays nommé 

Scythie en deçà du mont Imaûs (Scitia çitra Imaum 
montem) (3). 

La chaîne de ce nom s'étend non seulement jus- 
qu'à la mer Orientale, mais encore jusqu'aux extré- 
mités de l'Inde, et de ce point part une autre chaîne 
formant un angle aigu avec la première, traversant 
la partie orientale de Y Asie et se terminant au golfe 
de la Corée.Ce rameau parait être la Chaîne Altàique. 
Au sommet des monts, sont plusieurs tours avec la 
légende suivante : 



« Has tnrres construit presby- 
ler Johaones Rex : incluais bis ad 
enm non patet accessus (4). • 



Ces tours ont été construites par 
le souverain nommé Prétre-Jean, 
comme barrière pour défendre 
tout accès dans ses domaines. 



Ce pays porte le nom de Magog. Au nord une 



(i) C'est Kublaî-Khan qui en 1268 subjugua le royaume de Mandji 
dans la partie sud de la Chine. 

(2) Sur les Griffons, voyez p. LVI et 331, du U II, et plus haut p. 91. 

(3) Voyez sur la Scythie ce que nous avons dit plus haut. 

(4) Selon Marco Polo, les peuples de Gog et de Magog étaient sujets 
du Prétre-Jean qui résidait alors en Tar tarie, comme il est indiqué daqs 
la mappemonde de Sanuto. 



— 334 — 

aulre chaîne de montagnes est accompagnée de cette 
légende : 

« Usée provincia Macina dictai Cette province, nommée Maeise, 
Elepbantes gignit. > I produit les Eléphants. 

Selon l'abbé Borghi, ce pays parait correspondre 
à la contrée située au nord du Fleuve Jaune. Non 
loin de la mer Orientale le pays porte le nom de 
Sine (Chine), et sur une montagne située à peu de 
distance, on lit : 

« In hoc monte gignuntur car- 1 Cest dans cette montagne orne 
boncola. > ! se forment les éscattoectts. 

Les deux Océans, septentrional et oriental, sont 
remplis d'fles. Deux d'entre elfes, fort considéra- 
bles, sont placées en face de la Chine, et ressemblent 
par la forme et par les contours, au Japon ; mais 
dans la carte on lit : 

« Haec insulse Javae dictae sunt. > | Ces lies sont nommées de Jan. 

et la légende ajoute que Tune a (feux mille milles, 
l'autre trois mitte milles, et qu'il faut un mois 4e 
navigation pour y arriver du continent voisin. Deux 
autres lies plro petite» figurent plus à l'orient de 
celles-ci, avec la légende suivante : 

« Ultra has insnlas nul!* est am- [ Au delà de ces lies on ne oonmit 
plius nota hominibus habiutio. > | pi us de paysèabitépar deaftemme* 

La Péninsule de Malaca est coloriée, et on y lit : 



« Hic copiose reperitur anrum 
eum (bcalibus et lapldlbus precîo- 

sis. » 



ïci se trouvent en tfbondànce 
Por, les df amant* et les pterrts 
précieuses. 



— 336 — 

peut-être une réminiscence de la Chersonèse d'or 
des anciens. 

Dans la région qui correspond aux royaumes 
d'Ava , de Pégu et de Siam , se voit un grand ser- 
pent. A l'embouchure occidentale du Gange, une 
ville porte le nom de BerngcUia (Bengale) , et le 
long de la Côte de Coromandel plus inexactement 
figurée que celle de la Chine, on lit : 



« Provinda tec Mahabara dic- 
ta. » 



Cette province est nommée pays 
de Malabar. 



Là est encore une ville avec cette légende : 



« Hic jacet corpus sancti Thomae 
apostoli (1). 



Ici repose le corps de l'apotre 
saint Thomas. 



En face est figurée l'Ile de Ceylan qui porte la 
légende suivante sur un fond d'or : 



« Xilana insula trium mtliam 
miliariorum ambitum, continens 
robinis, saphiris, granatis, et ocu- 
lls gattae cinamomom ex 



Ile des forêts, de trois mille mil- 
les de tour (2), renfermant des ru- 
bis, des saphirs, des grenats, des 
yeux de chats (3). Le cinnamome 



(!) Voyez sur cette légende ee que nous avons dit plus ban, p. 280. 

(2) Cette mesure n'est tirée ni de PHne^ ni de Héla. Mare* Polo 
(ehap. XIX) dit: «cette lie a 2,400 milles de circonférence, mais dans 
les temps anciens elle était pins large, sa circonférence était de 
3,600 milles , comme je l'ai vu dans tes cartes des navigateurs 'de ces 



Ce que dit Marco Polo émit une tradition des naturels (voyez Mars- 
dan, p. 022, note 1245); Cf. Description ofCeyton, par Gardiner , 1. 1, p. 
% publiée en 1807. 

(S) Sur tes pierres précieuses, voyez Knox, Account of cepion; Cf. 
Menden, lYvwfc of Marco Polo , p. 023, note 1249. Nous ajouterons 
qn'Édrisi en parle aussi (voyez U H» de la traduction de Janbert, 



336 — 



arboribus salicibus nostris sylves- 
tribus gignit. In insula hac lacus 
est in cujus medio civitas nobilis, 
cujus incolse astrologie dediti om- 
nia futurs praedicunt. » 



y est produit par des arbres sçav 
blablesaux saules de nos forêts (1). 
Dans cette lie est an lac an nribei 
duquel se voit une ville ilta- 
tre dont les habitants adonnés t 
l'astrologie prédisent toutes le» 
choses a venir (S). 



Au midi une autre tle peinte en rouge porte le 
nom de Taprobana major (3). Dans l'océan Indien 
est représenté un poisson monstrueux qu'on affirme 
avoir été pris à Candia et porté à Venise, et dont 



p. 71 , 73 ).— Cf. Relation des Voyages faits par tes Arabes et les Persan* dams 
l'Inde dans le IX 9 siècle, texte arabe, publiée par M. Reinaud. Paris, 
1845, t. 1% p. 6. 

(1) Edrisi parle du cardamome que cette lie produit (voyes Jaubert, 
trad. d'Édrisi, 1. 1. p. 73). 

(2) Voyex ce que dit Édrisi des docteurs indiens, grecs, musul- 
mans et juifs qui se réunissaient dans un lieu de cette lie et s'ins- 
truisaient dans la science, etc. (Jaubert, trad. d' Édrisi, p. 72). Peut- 
être que l'idée consignée dans la légende relative aux habitants de 
Cevlan adonnés à l'astrologie , provient de ce que les Indiens faisaient 
passer par cette Ile leur premier méridien, et que l'auteur de la carte 
ou bien celui auquel il a emprunté cette notice a voulu faire allusion 
à la ville célèbre ô'Adjein qui fut pendant longtemps le principal foyer 
littéraire de la presqu'île de Ylndoustan et où beaucoup d'observations 
astronomiques avaient été faites. 

« Les récits fabuleux des Indiens et des anciens Persans sv nie de 
Lanka se retrouvent confondus ensemble dans les écrits des Arabes 
et des Persans modernes. » (Reinaud, Mémoire géographique sur r/nde, 
p. 376) 

(3) Ceylan ; voyex ce mot dans les Tables des volumes précédents. 
Nous ajouterons ici que l'auteur de la carte, en signalant deux iles du 
même nom, donnait à Sumatra le même nom de Taproàmme, Gasshrf 
pense que les Maldives sont un reste de cette grande lie. Voyes à ce 
sujet Gosselin, Géographie des Grecs analysée, p. 133 et suivantes. Le lac 
intérieur qu'on rencontre dans la première Tuprobane, et dont il est 



— 337 — 



le portrait a été envoyé dans différents pays du 
monde (1). Nous regrettons que ce passage de la 
description de Borghi soit si peu intelligible. 
Au sud de la Grande Taprobane on lit : 



«In hoc mare Auslralis Poli as- 
pectu navigant Septentrionalisabs- 
conditur. • 



Sur cette mer, les navigateurs 
ont en vue le Pôle Austral ; le pôle 
Boréal leur est caché. 



Sur cette mer est aussi un vaisseau à trois mâts 
avec une légende que Borghi n'a pas transmise, 
mais qui annonce que ce navire a des voiles (Técorce 
de canne et de feuilles de palmier, et qu'il sert à 
transporter les épices au port de la Mecque (2). 

Le reste du littoral asiatique vers Y Egypte n'offre 
rien de remarquable, si ce n'est cette légende sur le 
Golfe Persique : 



« Sinus Persicus in quo mare 
Huit, et réduit velut Oceanus (3). > 



Golfe Persique dans lequel la 
mer a les mêmes flux et reflux 
que l'Océan. 



question dans la légende de la carte, est le lac nommé par Pline Jfe- 
gUba, ayant, dit-il , 175,000 pas de circuit (voyez Pline, liv. VI, 
c.22). Quant aux forêts dont il est question dans la légende , Solin dit 
(liv. IV), en parlant de cette Ile : « La mer qui la baigne est om- 
« bragée par une telle quantité d'arbres, que souvent leurs feuillages 
« sont froissés par le gouvernail des vaisseaux. > 

(1) Voyez aux additions. 

(S) Baldelli prétend que ce navire est placé là pour signaler l'iti- 
néraire suivi par Marco- Polo. 

(3) Cette notion, bien qu'elle ait pu être empruntée aux Orientaux , 
te retrouve dans l'histoire des expéditions d'Alexandre. 

M 22 



— 338 — 

Telles sont les notions concernant Y Asie de cette 
carte, que nous avons rencontrées dans la description 
de Zurla. Nous allons passer à Y Afrique. 

AFRIQUE. 

Sur le continent africain sont dessinés des Lions, 
des Girafes, des Éléphants, des Crocodiles et des 
Dragons. Le long de la Mauritanie est une lie nom- 
mée Canaria, et en face de cette île, sur le conti- 
nent, une ville porte le nom de Buder (Bojador), 
mais les caractères sont presque effacés. Sur un 
château peint en rouge est inscrite en lettres d'or la 
légende suivante : 



« Haec est vera cosmographorum 

eum Marino accordât* des- 

criptio quotidie frivolis narratio- 



Ceci est la véritable descrip- 
tion dressée par les cosmogn- 

phes d'accord avec Marin (Sanuto) 



nibus iojeclis. — 1417. » pour obvier aux récits frivoles qii 

se produisent chaque jour. —4417. 

Près de l'île de Socotora on lit encore : 



• Hic porcus dictus maximus, 
sicut terrestris in luto rostro pro- 



Ce porc, dit Grand-Porc, cher- 
che, comme le porc terrestre, si 



prio colligit escas. » j nourriture en fouillant la vase 

I avec son groin. 

A la pointe extrême du sud-est on lit : 

« In bac regione depinxerunt { Quelques uns ont représenté le 



quidem Paradisura deliciarum ; alii 
vero ultra Indias ad orientera eum 

esse dixerunt, sed cosmogra. 

phorum descriplio, qui nullam de 

eo fecerunt mentionem adeo 

hic de eo narratur. > 



Paradis des délices dans cette con- 
trée, tandis que d'autres ont dit qu 
le Paradis est au delà des Indes, à 

l'orient; mais. la description 

des cosmographes qui n'en ont 
fait aucune mention, tellement.. 
.... on le rapporte Ici. 



— 339 — 



Comme l'abbé Borghi , ni Baldelli, ni Zurla n'ont 
indiqué dans leurs descriptions fort sommaires, sur 
quels points précis se trouvaient les légendes, il 
nous est difficile de déterminer à quel lac de l'Afri- 
que se rapporte celle qu'ils signalent dans la partie 
occidentale de la carte. Voici du reste cette lé- 
gende : 



« In hoc lacu insuie est Tenis 
nomine, quae lucos, silvasque ac 

grande Apollinis Templum 

uatat, et quocunqtie venti agunt 
Impellitur (1) • 



Dans ce lac est l'Ile nommée 
Tenis, qui renferme des bois sa- 
crés, des forêts et un temple su- 
perbe d'Apollon nage et est 

portée partout où les vents la 
poussent (1). 



(1) Tenis, Selon les géographes arabes le lac où se trouve l'Ile indi- 
quée dans la carte est le lac Mensalé ou Man-Zalê comme l'appelle 
d'Anvilie. Ce géographe se borne à dire que ce nom n'était pas connu 
dans l'antiquité (Géogr. anc. t 1. 111, p. 16.). Nous ajouterons qu'Aboul- 
féda donne le nom de Tennis au lac situé à l'orient de celui de Da~ 
miette. Au centre du lac, dit-il, est la ville de Tennis. (Aboulféda 
trad. de M. Reinaud II). Edrisi l'appelle île de Tennis , comme dans la 
légende de cette carie (Voyez Edrisi de Jaubert, t. I e ', p. 317). Aucun 
des deux géographes arabes ne parle des bois sacrés ni du temple d'A- 
pollon dont il est question ici. Mais nous rencontrons dans Hérodote 
h source de la légende de cette carte. Ce grand historien rapporte 
que l'Apollon égyptien était fils d'Osiris et d'Isis, et qu'il s'appelait 
Oros. Latone, à qui Isis l'avait confié, fut sa nourrice et pour le déro- 
ber aux persécutions de Typhon , elle le cacha dans Vile de Ckewmis 
(Tennis des géographes arabes), qui était dans un lac auprès de Butés, 
Hérodote parle aussi avec la plus grande admiration du temple qui 
existait dans l'Ile. Il dit qu'elle était remplie de palmiers et de beau- 
coup d'autres arbres ( Hérodote, t. II, p. 146 et 156). Les Égyptiens 
racontaient que cette Ile était flottante , et qu'elle ne fut fixée qu'à la 
naissance d'Apollon , récit qu'Hérodote n'a pas admis , mais qui est 
oonforme à celui d'Hécatée , cité par Etienne de Byzance, si ce n'est 



— 340 — 



Près des montagnes de la Lune on lit : 



« Isti sunt montes Lunae qui 
lingua Egyptiaca dicuntur Gibel- 
tan, a quibus Nilus fluvius oritur, 
atque aestatis tempore dissolutis 
nivibus major effluit. » 

Au S.-E. on lit : 

• Propter Ptolemei tradiUonem 
est hicGriphus Trogoditae > 

Puis: 

« Isti sunt qui ritus dégé- 
nères inter eos nullum nomen est 
proprium et orientem, occiden- 
tem solem , dira impreeatione 
tuentur (l). » 



Ce sont ici les montagnes de b 
Lune, nommées en langue égyp- 
tienne Gibcltan , le fleuve Nil es 

sort, et au retour de l'été..- 

il grossit gonflé par la fonte des 
neiges. 



Selon la tradition de Ptoténée 
ici est le griffon les Troglo- 
dytes 



Ce sont des hommes qui des cos- 
tumes dégénérés; chex eu 

on ne connaît pas l'usage des 
noms propres, ils rendent auio- 
leil levant et au soleil couchant 
un culte d'effroyables clameurs. 



Près du royaume de Fez on lit : 

« Hic fons est a média die ad Ici est la source qui entre ea 
mediam noctem bulliens. Alia i ébullition depuis le milieu du jov 



qu'Hécatée écrit Chembis dans sa Périégèse d'Egypte. • A Bute , dit-il» 
« auprès du temple de Latone , est une lie appelée Chembis , consa- 
« crée à Apollon. Cette lie est mouvante et flotte sur l'eau de coté 
« et d'autre. » 

Ainsi , le cartographe a donné à l'Ile le nom adopté par les géogra- 
phes arabes, et il a rapporté dans sa légende les récits <V Hérodote et 
d'Hécatée. 

Sur la position du lac Men-Zalé , voyez la carte donnée par Savarj 
dans le tome !•«■ de ses Lettres sur C Egypte. Cet auteur y signale ltle 
indiquée plus haut, qu'il appelle Tanis ruinée. 

(1) Notion empruntée à Solin ou a Mêla. 



— 341 — 



Wmt< 



et noctis parte riget , et hic 
tel continue ardent (1). » 



jusqu'au milieu de la nuit, et qui 
se glace tout le reste de la nuit et 
du Jour. Ici aussi les montagnes 
sont continuellement en feu. 



S xcvii 

XV- SIÈCLE. 

Ma p p e m onde renfermée dans une initiale du Manuscrit de Pomponius 
Mêla donné par le cardinal Guillaume FiUattre à la Bibliothèque de 
Reims, en 4447. 

Nous avons déjà donné, dans une autre partie de 
cet ouvrage, des notices très détaillées sur le car- 
dinal Guillaume Fillastre, archevêque de Reims, et 
sur ses connaissances cosmographiques (2), et même 
on aperçu analytique de sa mappemonde, de la 
forme qu'elle affecte, et des allégories qui y ont 
trouvé place (3). En y renvoyant le lecteur, nous 
placerons ici la description et l'analyse complète 
des noms géographiques inscrits sur les trois parties 
du monde alors connues. 

Cette carte est, du reste, admirablement enlu- 
minée. Les continents sont peints en vert avec les 
noms à l'encre rouge. Les noms des villes et des 
pays sont à l'encre blanche. Presque toutes les 



(I) Voyez ce que nous disons dans l'introduction sur ce sujet 
(1) Voyez t. I", p. 152, 153, 24G, 252 et 410. 
(3) Voyez ibid., p. 244 et 245. 



— 342 — 



chaînes de montagnes sont peintes en rose foncé; 
quelques unes de couleur noirâtre. Les fleuves sont 
les uns en bleu, les autres en blanc et bleu. L'orient 
est en haut de la carte. 



EUROPE. 

L'Espagne n'est plus ici la même que dans la plu- 
part des mappemondes antérieures; elle a déjà, 
jusqu'à un certain point, sa forme péninsulaire, bien 
que les contours soient encore très défectueux ; elle 
ne porte qu'un seul nom Hispana, ne renferme qu'un 
seul fleuve sans nom, traversant toute la contrée 
dans la direction du N.-E. au S.-O. et tombant dans 
la mer Atlantique. Ce fleuve a sa source dans une 
montagne de forme ronde figurant sans doute les 
Pyrénées. Peut-être est-ce le Tage, mais il est dif- 
ficile de le déterminer d'après cette bizarre et étrange 
théorie. On pourrait aussi penser que l'auteur a 
voulu, à cause de la grande importance de Séville, 
indiquer le Guadalquivir , mais complètement igno- 
rant de la source de ce fleuve , il l'a figuré arbitrai- 
rement. 

Le golfe de Gascogne et l'embouchure de la Seine 
sont aussi figurés, mais sur la France on ne lit que 
deux mots : Galia au nord et du cAté du Rhin, et 



— 343 — 

Paris. Cette ville est figurée par un édifice qui pa- 
raît représenter la cathédrale de Notre-Dame, puis- 
qu'elle se trouve placée au milieu du fleuve. A TE. 
est le Rhône (Rodanus) ; au nord du Rhin, Germa- 
nia (la Germanie). Au nord de cette contrée, un 
grand golfe tracé dans le sens des parallèles, atteste 
que l'auteur avait une idée vague de la Mer Baltique, 
mais le Catégat n'y est pas figuré. La Baltique et le 
golfe de Finlande ne font qu'un seul golfe ; nulle 
trace du golfe de Bothnie. Le Danube ( Danubius 
fluvius) tombe dans la mer Noire. En remontant 
vers le nord de ce fleuve, près d'un autre cours d'eau 
dirigé du N. au S., nous croyons lire Dniester flu- 
pius, et plus loin Citia f Scythie); sur toute la partie 
de l'Europe au nord du Danube , pas un seul nom » 
mais cette légende : 

Terra incognito. | Terre inconnue. 

qui atteste l'ignorance complète de l'auteur à l'égard 
de ces contrées. Le cartographe pensait probable- 
ment que cette immense étendue était couverte de 
forêts, car il a placé presque partout des arbres 
grossièrement dessinés. 

Au nord de l'Europe, près de la mer Glaciale, est 
la grande chaîne des monts Hyperboréens , qui part 
de l'extrémité 0. du continent, et s'étend jusqu'à 



— 344 — 

Y Asie ; c'est sans doute un souvenir de Pline mal 
compris par le dessinateur. Pline dit, en parlant des 
limites de la Germanie au nord , ce qui suit : « Là 
est une montagne immense, Sevon (aujourd'hui Sula 
et les Dofrines), les Alpes de Scandinavie) qui n'est 
pas moins considérable que les Monts Riphées ( le 
Mont Oby). » (1) Le père Hardouin prétend que 
cette montagne a au moins 300 milles d'étendue 
et qu'elle prend un grand nombre de dénominations 
selon les pays qu'elle parcourt, depuis l'extrémité 
de la Laponic jusqu'à l'engorgement de la mer Bal- 
tique vers le promontoire Cimbrique. 

Il nous reste à parler de l'Italie et de la partie 
orientale de l'Europe. 

La péninsule Italique, Ggurée d'une manière 
moins inexacte que sur les cartes précédentes, ne 
porte qu'un seul nom, Italia. Sur la mer Adriatique, 
pas de trace de Venise. Les Alpes ont la forme d'un 
demi-cercle. Sur la Grèce un seul nom, Grecia; 
nulle mention de Constanlinople, bien que le carto- 
graphe ait figuré les Dardanelles. La mer Noire 
s'ouvre du côté du N. sur un grand golfe figurant 
sans doute le Palus Méotide [mer cTAzof), et ser- 
vant d'embouchure au Tanaïs (Tanays fluvius) qui 



Cl) Pline, Hisl. Nat., liv. IV, rhap. 15. 



— 345 — 

descendu de la grande chaîne hyperboréenne, coule 
presque en ligne droite du N. au S. ; près de là est le 
mot Citia (Scytlrie). 

Telle est l'Europe de cette carte; maintenant pas- 
sons à Y Asie. 

ASIE. 

A TE. de la mer Noire on lit P on tus, et plus à 
TE. la Caspienne communique avec la mer Boréale 
par un long canal. Quoique nous ayons déjà signalé 
cette particularité, nous croyons devoir dire ici, 
qu'il nous semble, en examinant bien la forme de 
ce canal de communication, que le cartographe, tout 
en voulant reproduire la théorie de la plupart des 
géographes anciens, et notamment celle de Pline (1 ), 
a peut-être eu l'intention aussi d'indiquer le Volga 
ou le Rha de Ptolémée. Le pays au nord de la Cas- 
pienne lui est tout-à-fait inconnu, Terra incognita. 
A cet égard il était aussi arriéré que Saint-Epiphane, 
qui vivait dix siècles avant lui, et qui disait : le 
Tandis, le Pont-Euxin, sortent de la Terre incon- 
nue (2). 

A TE. de la mer Caspienne sont Catliay (3) et 



(1) Rapprochez du l. I", p. 248. 

(2) Rapprochez t. 1", p. 109 en note. 

(3) Rapprochez des Mappemondes de Sanuto et de celle du Musée 
Borgia. 



— 346 — 

Gens India ; le Gange est sur le même 
que le Cathay, et ce fleuve va tomber, non pas dans 
la mer Indienne, mais à TE. dans la mer Orientale; 
le bassin oriental est nommé India. Sur le bassin 
occidental est la Parthie (Partià), puis vient le 
Caucase Indien dirigé de l'O. à TE. De cette 
chaîne descend Y Indus (Indus fluvius), qui va tom- 
ber au midi dans la mer Indienne. A l'E. de ce 
fleuve est encore inscrit le mot India , nom vague 
qui désigne les pays situés à l'orient de ce grand 
cours d'eau , et qui est encore répété entre Y Indus 
et le Tigre ; mais entre le Tigre et YEuphrale les 
mots India Parthis désignent la Perse (1). 

Le Tigre, au lieu de se jeter dans le golfe Persi* 
que, tombe dans la mer Indienne y et YEuphrate dé- 
bouche dans le golfe Persique. À l'O. de ce dernier 
fleuve est la Caldea, contrée séparée de la Syrie 
par une chaîne de montagnes qui paraissent corres- 
pondre aux Montes Chaldœi de Ptolémée. La Pales- 
tine est simplement indiquée par le mot Patis. Sur 
la Péninsule arabique, un seul nom , Arabia , mais 
cette contrée est du moins figurée comme une 
péninsule, bien que les contours soient extrêmement 



(1) Ce sont du reste encore les trois Indes que Nioolo JGonU éou- 
roère ainsi: en deçà de l'Indus Y Inde première ; de V Indus au Gange, 
Y Inde deuxième ; et au-delà du Gange Y Inde troitième. 



— 347 — 

défectueux et tracés sans aucune connaissance po- 
sitive de leur véritable direction. La forme et les 
cofttours de Y Asie Mineure sont également mieux 
dessinés que dans les caries antérieures, mais avec 
les défauts signalés pour Y Arabie. 

AFRIQUE. 

Ayant déjà analysé ailleurs la forme que le carto- 
graphe donne à cette partie de la terre, nous y ren- 
voyons le lecteur (1). Nous nous bornerons à si- 
gnaler sur les parages de la mer Rouge le mot 
Egyptus, et sur le mont Atlas Mons Allas. 

ILES. 

La Méditerranée ne renferme que huit îles dont 
sept sans nom. A l'emplacement on reconnaît Ma- 
jorque et Minorque, puis dans les deux îles plus 
grandes à Test, la Corse dont le nom est inscrit et la 
Sardaigne; enfin la plus orientale en face de l'ex- 
trémité sud de Yllalie est indubitablement la Sicile. 
Sur cette mer, ainsi que sur la mer Noire le dessi- 
nateur a représenté quelques poissons. 

Dans l'océan Atlantique, il ne se trouve que deux 
îles, Gades (Cadix) et Anglia (Angleterre). Pas une 

(1) Voyeit !•', p ag. 253 e t 234. 



— 348 — 

seule lie près des côtes de l'Afrique, plus loin seule- 
ment dans la mer Indienne, quelques unes sont 
figurées , mais sans noms : nous avons déjà étudié 
cette partie de la carte dans notre ouvrage (1). 

S XCVIII 

XV* SIECLE. 

Petite Mappemonde renfermée dan» un manuscrit latin a? Isidore de Séittte, 

à la Bibliothèque nationale de Paris* 

Nous citerons ici la petite mappemonde d'un ma- 
nuscrit des ouvrages d'Isidore de Séville (2). Cette 
figure est en tout semblable à plusieurs de celles 
qu'on rencontre dans les manuscrits du même au- 
teur ; elle est dessinée à l'encre noire. Un cercle 
représente le disque de la Terre. Une ligne qui coupe 
le centre du cercle du nord au midi, sépare l'Asie 
des deux autres parties du monde alors connues. 
Enfin une troisième ligne tracée de l'ouest à Test et 
séparant l'Europe de l'Afrique, est censée figurer la 
mer Méditerranée. On lit sur chacun des trois con- 
tinents son nom respectif. Les quatre points cardi- 
naux sont également indiqués. Du reste pas d'autre 



(1) Voyez i. 1», pag. 45*. 

(î) Manuscrits latins de la Bibliothèque nationale de Paris, 
V 1656. S F. 



— 349 — 

nom géographique que celui de mare Caspium. 
Enfin l'orientation est celle des cartographes du 
moyen-âge : Porterie au haut de la carte. 

§XCIX 

XV* SIÈCLE. 

Mappemonde gravée au revers éTune Médaille. 

Parmi les monuments composant le cabinet de 
M. Crignon de Montigny se trouve une médaille en 
bronze dont l'empreinte nous a été communiquée 
par M. Chabouillet, conservateur-adjoint au Cabinet 
des Antiques de la Bibliothèque Nationale de Pa- 
ris (1). 

La face représente un personnage coiffé d'un 
bonnet , c'est le portrait du comte du Maine , frère 
du roi René (2). Dans la face on lit la légende qui 
suit : 



« Krolus(Karolus),Cenomanie 
Cornes fllius fr. reg. alumnus régis 
et pater regni prudentia. » 

Dans le champ : 

« Côsil. . . . 100) 
K : VII. IMPERANTE 



Charles, comte du Maine, fils du 
frère du roi , élevé par le roi et 
père du royaume par sa prudence. 



Charles VII régnant. 



(1) Voyez t. I er , pag. 196. 

(3) Voyez sur ce prince l'article de M. Villenave dans la Biographie 
universelle, t. VIII, p. 141. 



— 350 — 

Au revers se trouve la mappemonde reproduite 
dans notre Atlas (1). Le monde y est partagé en 
deux hémisphères, savoir : l'hémisphère supérieur 
ou la Terre habitable, et l'hémisphère inférieur et 
séparé du premier par une mer Méditerranéenne, 
comme dans les cartes de Lambertus du XII e siècle 
et autres décrites plus haut. D'après cette théo- 
rie on voit déjà que l'auteur admettait non seule- 
ment la communication de Yocéan indien avec la 
mer Atlantique sous t'équinoxiale, mais encore l'au- 
tre théorie de la zone torride inhabitable. 

La Terre s'y trouve figurée de manière à indiquer 
certaines sinuosités des continents. Elle est entourée 
par l'Océan. Les trois parties du monde alors con- 
nues, et qui occupent l'hémisphère supérieur, n'of- 
frent que trois noms : Europa, Asia et Africa. 

La configuration de l'Europe prouve que l'auteur 
avait une connaissance passable de ses contours. 
On y remarque très distinctement la Péninsule 
Hispanique, le golfe de Gascogne, les côtes occi- 
dentales de la France^ de la Flandre et de la Hol- 
lande ; un golfe au N. de celle-ci parait indiquer la 
Baltique, et une pointe à l'O. le Cattegal. Les côtes 
de la Méditerranée présentent aussi quelque régula- 

(1) Voyez notre Atlas. Système s des zones, eu. , figure 9. 



— 351 — 

rite malgré l'imperfection encore grande du tracé. 
On y reconnaît fort bien le golfe de Lion, les côtes 
méridionales de la France, la Péninsule Italienne, 
la mer Adriatique. Sur les côtes septentrionales de 
l'Afrique, on aperçoit le golfe des Syrtes. 

L'Asie est plus grande que les deux autres par- 
lies ensemble» mais elle ne présente pas de trace des 
deux grandes Péninsules de Y Inde, bien qu'une es- 
pèce de golfe semble avoir été ménagée à TE. du 
golfe Persique. 

Le tracé de l'Afrique atteste que l'auteur n'avait 
pas la moindre idée de la forme et du prolongement 
méridional de cette immense partie du globe. Elle 
est figurée comme une zone de terre occupant un 
fort petit espace dans le sens des parallèles et se 
projetant à TE. suivant une ligne droite qui la borne 
au sud jusqu'à la mer Rouge; après cette mer on 
remarque le golfe Persique. La partie méridionale 
de nos continents est séparée de l'autre hémisphère 
par la mer Méditerranéenne dont nous avons parlé 
plus haut. Sur cette mer et presque sous le même 
méridien que le golfe de l'Inde, se voit une tle re- 
présentant la fameuse Taprobane (Ceylan). 

Le grand continent austral présente du côté occi- 
dental une grande péninsule et un golfe, et au 
S.-O. d'autres sinuosités. Sur cette terre on ne lit 



— 352 — 

que le mot Brumae (Terre voilée). Il nous semble 
que Fauteur a voulu par ce mot indiquer que celte 
terre était tout-à-fait inconnue, qu'elle était cachée 
par les brouillards. Nous ne pensons pas qu'il ait 
voulu par ce mot rappeler le souvenir du nom donné 
par Théopompe à une terre au-delà de Y Océan, dont 
Silène révèle l'existence au roi phrygien. La terre 
Méropide était restée voilée aussi comme la Pléiade ; 
mais la terre Méropide était boréale , tandis que 
celle de cette carte est australe (1). 

Dans la partie iuférieure de la médaille, sur les 
bords on lit : francisevs lavrana fecit (2). 

L'orientation est ici la même que sur nos cartes : 
le Nord en haut ; les quatre vents principaux sont 
représentés par des figures humaines , comme cela 
se voit fréquemment dans les œuvres géographi- 
ques. Tel est cet étrange et curieux monument , si 
arriéré dans les connaissances de notre globe , quoi- 
que dessiné à une époque déjà rapprochée des 
grandes découvertes. 



(1) Voyei sur le nom de Méropù appliqué à un continent, Théo- 
pompe, iElian. Varior. Hist. III— 18 (édit. de Kûhu, t. I er , p. 1S7). 

(2) On Ut au bas du monument le nom de l'artiste, François Latrana. 
M. Chabouillet pense qu'il fut sans doute napolitain on sicilien, ra- 
mené par René de Sicile. On connaît de lui plusieurs médailles des 
princes de la maison d'Anjou. 



— 353 — 

§c. 

XV< SIÈCLE. 

Mappemonde du poème géographique attribué à Leonardo Dali de 

Florence ( 1425-1424 ). 

Ce monument, copié d'après un manuscrit plus 
ancien , est peint en marge du poëme géographique 
intitulé : La Spera in otlava rima, dans une édition 
extrêmement rare , sans indication de lieu ni date , 
sans chiffre, réclame, ni signatures, composée de dix- 
huit feuillets et qui paraît être inconnue aux bib liogra- 
phes. L'impression est à longues lignes en lettre* 
rondes ; les caractères sont grossiers , et l'exécu- 
tion remonte, selon toute apparence, à Tannée 1470. 
Chaque page contient quatre stances de huit vers , 
séparées souvent par un titre en lettres capitales. 
M. Libri pense que cette édition est antérieure à 
celle de 1478 (1) et à une autre, sans date, qui 
sont décrites toutes deux dans le Manuel, aux 
articles Spera et Trattato. 

Le poëme cosmographique fut, comme on le 
sait , composé au XV» siècle par Goro Dati , de Flo- 
rence. Il offre une foule de renseignements intéres- 
sants pour l'histoire de la géographie et de la navi- 
gation. Le loch , l'horloge à poudre et la boussole y 

(1) Cette édition se trouve à la bibliothèque nationale de Paris. 
111 23 



— 354 — 

sont décrits, et les applications nautiques de ces 
nstruments y sont expliquées. À la marge de notre 
exemplaire se voient des figures coloriées au XV e siè- 
cle , à la main , et qui représentent le système pla- 
nétaire , les phases de la Lune , la boussole, le sys- 
tème des zones, avec la zone torride peinte en 
rouge, la tour de Babel, etc.; et enfin, la petite 
mappemonde dont nous allons nous occuper (1). 
Quelques écrivains ont pensé que le véritable auteur 
de ce poème était Leonardo Dati , frère de Goro 
Dati. 

La Mappemonde , d'une grande simplicité , est 
coloriée. La Terre est figurée comme une lie im- 
mense de forme ronde , entourée par l'océan ; dn 
reste , pas un seul nom géographique , si ce n'est 
cette légende inscrite sur l'Océan : hoc est oceanm 
mare; aucune sinuosité sur le contour des côtes , si 
ce n'est une petite baie peinte en rouge pour figurer 
la Mer Rouge. V Afrique, plus petite que Y Europe, 
fléchit vers l'Est, immédiatement après le détroit de 
Gibraltar, et forme une courbe qui se projette presque 
directement jusqu'à la Mer Rouge , nouvelle preuve 
à l'appui de ce fait par nous si souvent constaté, 
que les cartographes de l'Europe ne connaissaient 

(1) Sur ce livre, qui fait maintenant partie de notre bibliothèque, 
voyez Libri, Histoire des Sciences Mathématiques en Italie, t. Il, p. 284> 



_ 356 — 

pas la vraie forme de Y Afrique et sa projection vers 
le Sud , avant la découverte des Portugais. 

L'Asie, assez étendue du N. au M., est très res- 
serrée de PO. à TE.; c'est, à peu de chose près,l\^sie 
de la Mappemonde d'Alby, du VIII e siècle (1). Sur 
ce continent se voit un grand lac placé presque sur 
le même parallèle que la Mer Rouge, mais on y 
cherche en vain quelque trace des grands bassins 
du nord de Y Asie* Le cartographe a indiqué le dé- 
troit de Gibraltar en traçant la pointe occidentale 
de la Péninsule Hispanique , auprès de la pointe 
occidentale de Y Afrique. La Mer Méditerranée va 
ensuite s'élargissant jusque s aux côtes de la Syrie , 
quelques sinuosités ménagées sur le profil méridio- 
nal rappellent les Syrtes et les autres golfes de 
Y Afrique septentrionale et de Y Asie occidentale. 

La Terre est peinte en rose clair et les Mers sont 
en bleu. ;L' orientât ion est la même que sur la plupart 
des monuments géographiques du Moyen-Age: 
rOrieat en haut, quoique le dessinateur ait placé le 
détroit de Gibraltar au S.-O. 

Telle est cette représentation du fifonde (2). 
Quant aux connaissances géographiques de Goro 



(1) Voyez t. II, p. 23. 

(3) Voyez notre Allas, Systèmes des zones, etc., et Mappemondes, 
figure 10. 



— 356 — ^ 

Dati , nous avons déjà doopé des détails explicites i 
cet égard (1). 

§ CL 

XV* SIÈCLE. 

Mappemondes renfermées dans le même ouvrage. 

Cet exemplaire du poëme géographique de Dati 
renferme une autre Mappemonde de la même fa- 
mille que les petites Mappemondes déjà décrites , 
plus simple que la précédente, tracée en noir seu- 
lement , sans enluminures , mais portant les noms 
des trois parties du Monde. L'Asie occupe la moitié 
orientale de l'espace , et les deux autres continents» 
la moitié occidentale. Quant à l'orientation , c'est 
encore l'Orient qui occupe le haut de la carte (2). 

Une troisième Mappemonde figure encore dans 
l'exemplaire de l'ouvrage de Dati , mais elle est des 
plus bizarres et très grossièrement peinte ; elle re- 
présente la théorie des quatre fleuves du Paradis ; 
Ton y reconnaît une portion de la Mer Indienne, 
mais sans aucune indication déterminant la position 
des continents. 



(1) Voyei 1. I», p. 156-160, 196, 261 et 281. 

(2) Voyei cette figure dans notre Atlas, Systèmes des Zones, etc. , 
et Mappemondes, figure n* 12. 



XV* SIÈCLE. 

Mappemonde d'un manuscrit plus ancien, reproduite dans l'édition 
princcps des ouvrages d'Isidore de Séville de 4493, 

Cette Mappemonde est de forme circulaire. Un 
cercle au centre figure le disque de la Terre ; deux 
cercles extérieurs représentent l'Océan environnant, 
Mare Oceànum ; point de traits pour indiquer la sé- 
paration des trois continents distingués seulement 
par les noms inscrits sur chacun d'eux. De même 
pour la Méditerranée : le grand diamètre de cette 
mer de l'O. à TE. est signalé par la direction donnée 
aux mots Mare Magnum qui la représentent. Trois 
noms Sera, Cham, Japhet rappellent le partage des 
trois continents entre les trois grandes races d'hom- 
mes. Le seul fleuve qui figure dans cette carte est 
le Tanaïs ( le Don), et ce nom est dirigé de manière 
à indiquer qu'il va se jeter dans le Palus Meotis , 
qui, en effet, se trouve signalé aussi par son nom. 
Trois points cardinaux seulement sont mentionnés , 
et c'est toujours l'orient qui occupe le haut de la 
carte (l). 

(1) Voyez notre Atlas, Systèmes des Zones habitables, etc., fig. 11. 



— 368 — ^ 

* 

§ cm. 

XV SIÈCLE. 

Planisphère renfermé dans un poème géographique manuscrit. 

Des monuments cosmologiques de ce siècle, voici 
le mieux dessiné. Ce monument orne un beau ma- 
nuscrit florentin, exécuté vers la fin du XV 9 siècle, 
et renfermant le poème géographique de Goro Dali. 
Bien qu'exécuté à une époque où plusieurs décou- 
vertes s'étaient déjà effectuées, il doit cependant 
encore être rangé parmi les œuvres de la géogra- 
phie systématique. 

Lia Terre est représentée au centre 3e l'univers, 
entourée du système des cercles ou des sphères (1); 
elle est peinte en blanc, avec les noms géogra- 
phiques en rouge; les mers sont en jaune, les 
fleuves , en vert. Pour la première fois , dans les 
cartes de cette classe , une amélioration sensible se 
fait reconnaître dans le tracé des côtes, des pénin» 
suies et des golfes. 

EUROPE. 

La Péninsule Hispanique ne porte qu'un nom fl 
Granata ( Grenade ). Cette préférence nous fail 
penser qu'à l'époque où le cartographe a dressé 

(1) Rapprochez des monuments semblables décrits dans le t. II. 



— 359 — 

carte , le royaume arabe de Grenade existait encore, 
et cette carte serait ainsi antérieure à Tannée 1403 ; 
mais c'est là une simple conjecture : les cartogra- 
phes conservaient souvent, en effet , des noms jadis 
illustres et dont la splendeur s'était éteinte. 

La France ne porte aussi qu'un nom , Francia . 
Au nord de cette contrée jusqu'à la Baltique, la 
seule contrée signalée est Lamagna bassa ( la basse 
Allemagne). La Baltique est tracée dans le sens des 
parallèles , mais sans le golfe de Bothnie. Au N. de 
cette mer sont la Suède et la Norvège , qui ne por- 
tent aucun nom , mais seulement les mots : Alta 
Magna ( haute et grande ) , désignant peut-être l'é- 
lévation des montagnes sur cette partie du globe ; 
ou rappelant les Montagnes Hyperboréennes des 
cartes du Moyen-Age. A l'extrémité nord de cette 
contrée est un grand édifice au-dessous duquel on 
Ut : Serop (?) ; au midi est Bocia (la Bavière) ; puis 
vient Suilla et ensuite à l'O.-S.-O. , P. Ungaria 
( Hongrie ). Dans les contrées lllyriennes et dans la 
Grèce on ne rencontre que trois noms difficiles à 
lire, mais que nous croyons être Albania, Attica. 
La Péninsule Italienne , patrie de l'auteur , se dis- 
tingue par la régularité de ses contours et de sa 
forme; on n'y lit cependant que le mot Italia. 
L'Europe est séparée de Y Asie par le Tanàîs ( le 



— 360 — 

Don ) , que le cartographe fait couler eu ligne 
droite depuis l'extrémité nord de Y Asie jusqu'à h 
Mer Noire * suivant ainsi le système de Strabon et 
d'autres géographes plus anciens. 

La Mer Méditerranée , Y Adriatique et la Mer 
Noire, sont distinctement tracées et leurs contours 
plus réguliers que dans la plus grande partie des 
cartes antérieures. 



ASIE. 



A TE. de la Mer Noire est le mot Tartaria , ap- 
pliqué à une partie de la Russie actuelle ; une partie 
de la Sibérie et de la Mongolie est désignée par 
les noms de Tartaria Majiore ( la grande Tartarie). 
La Mer Caspienne figure comme mer intérieure, 
sans aucune communication avec Y Océan Boréal; 
ce n'est plus l'ancienne théorie. Cette mer est nom- 
mée Cosaro Caspio , c'est-à-dire , Mer des Khozars 
ou Caspienne. 

Sur Y Asie Mineure on ne lit que le mot Turchia 
( Turquie ) , nom qui prouve que l'auteur de cette 
carte adopte déjà des dénominations usitées au 
XV e siècle. Au centre de Y Asie est un grand édifice 
sans nom près duquel se lit l'Asia. 

Les grandes contrées orientales de cette partie du 
Monde sont désignées par les mots India (Inde) , et 



— 361 — 

India Majore ( grandes Indes ) , ei la partie méri- 
dionale par le nom de India Minore (petites In- 
des) (1). 

Les golfes Persique et Arabique sont distincts de 
même que la Péninsule de Y Arabie. Le cartographe 
pour donner à cette contrée la forme péninsulaire , 
et marquer à l'orient la forme du golfe Persique , 
projette assez avant vers le Sud la côte du Bélou- 
chistan , de telle sorte qu'au premier coup-d'œil on 
supposerait qu'il a voulu indiquer la Péninsule In- 
doustanique. Mais ce qui ne permet pas, selon nous, 
de lui attribuer cette intention , c'est que l'extrémité 
méridionale de l'espèce de Péninsule ainsi produite , 
est à peu près sur le même parallèle que le pays d'O- 
man, tandis que l'Inde est signalée beaucoup plus à 
l'orient , c'est à dire plusieurs degrés au-delà du pa- 
rallèle d'Oman. Il est vrai qu'à l'E. de cette langue 
de terre il s'en trouve encore une autre, mais dans 
une position beaucoup trop occidentale , eu égard au 
système général des indications de cette carte , pour 
que l'on soit fondé à y reconnaître un dessein déter- 
miné d'indiquer la Péninsule Indouslanique. 

La pointe méridionale de la dernière presqu'île se 
termine à une latitude plus élevée que la précédente, 



(1) Voyez sur la dénomination des irois Indes» p. 346. 



— 362 — 

et peut correspondre au Gouzarate. Mais comme 
tout dans ces cartes est placé arbitrairement , ces 
essais d'explications ne peuvent compter le plus 
souvent qu'à titre de conjectures et de moyens de 
rapprochements. D'ailleurs, les deux Péninsules dont 
il s'agit étant placées sous le même méridien que h 
Mer Caspienne , il s'ensuivrait que notre conjecture 
exacte pour la première perdrait toute probabilité 
relativement à la seconde, et il n'est pas absolument 
impossible que le dessinateur appartenant déjà aux 
dernières années du XV e siècle , ait voulu indiquer 
Y Hindous tan et la Péninsule Malayennne. 
Telle est l'Asie de cette carte. 

AFRIQUE. 

La côte de l'Afrique est encore bien imparfaite- 
ment tracée , cependant constatons qu'elle se pro- 
jette vers le S.-E. un peu plus avant que dans les 
cartes précédentes. La pointe méridionale est sous 
le méridien de Y Egypte. Les seuls noms inscrits sont 
Tunissi ( Tunis ) et Egyplus dans le Nord , Jfrica , 
au centre et un peu plus au Sud Ethiopia ( l'Ethio- 
pie ). Dans le nord , le cartographe a aussi placé 
une grande masse d'édifices entourés de murailles , 
pour désigner probablement la capitale du Maroc. 
Le iViV est dirigé d'après le système de Ptolémée , 



— 363 — 

du S. au N. et tombe dans la Méditerranée. Le des- 
sinateur a même indiqué la bifurcation de ce fleuve, 
mais par une aberration étrange , il fait couler l'un 
des bras dans le golfe qui , selon nous , représente 
le golfe Arabique. En somme, dans cette petite carte 
faons rencontrons un mélange des notions anciennes 
de Ptolémée et de la géographie arabe. 

L'Océan environnant qui entoure cette curieuse 
figure de la terre, est peint en jaune et entouré lui- 
même par le cercle de Voir. Ensuite viennent le cer- 
cle du feu peint en rouge 9 avec le mot Ignis ; le 
cercle de la Lune , de Mercure et de Vénus , ces 
deux planètes et leurs cercles ou sphères sout rangés 
dans cette figure , d'après la théorie de Cicéron qui 
les plaçait entre le soleil et la lune (1) , car le 

Soleil occupe le quatrième cercle. Cette théorie se 
retrouve exposée dans Macrobe, Chalcidius (2) et 
Proclus (3) , lesquels rapportent diverses opinions 
des Pythagoriciens qui, comme Cicéron, plaçaient le 
Soleil dans le quatrième cercle. Au-dessus l'au- 
teur a placé Mars , Jupiter et Saturne , d'après le 
système de Ptolémée. Ensuite viennent le dixième 
cercle ou sphère des étoiles fixes , le celum crista- 

(!) Voyez de la Divination, 11, p. 43. 

(2) Voyez Chalcidius sur le Timée. 

(3) Proclus «ur le Timée. 



— 364 — 

linum, ciel cristallin, et le ciel immobile; sur ce der- 
nier on lit : 



« Celum immobile secundum sa- 
cram et veram theologiam. Ubi 
est habitat io beatorum, ad quod 
nos perducat ille est in seculorum 
secula benedictus. Amen. Ubi relu- 
cet divina boni ta te..... pergratias 
melliflua? pietate quod Empireum 
viatur. > 



Ciel immobile, selon la théologie 
sacrée et véritable, où est la de- 
meure des bienheureux, à laquelle 
plaise a Dieu que nous parvenions 
dans les siècles des siècles. Ainsi 
soit-il. Où resplendit d'une bonté 
divine par la grâce d'une piété 
pleine de douceur..... et qui est 
nommé aussi ciel empirée. 

Près de chaque planète Fauteur indique la durée 
de sa révolution ; il donne à Mercure un an moins 
quatre jours ; à Vénus , un an et dix-sept jours ; au 
Soleil , un an et six heures ; à Mars , deux ans ; à 
Jupiter, douze ans, et à Saturne, la planète la plus 
éloignée de toutes , vingt ans ( complet Cursus in 
20 annis). 

Ce système se trouve déjà dans Platon, dont nous 
retrouvons ainsi la théorie dans les monuments 
cosmographiques presque contemporains des grandes 
découvertes maritimes. Platon comptait huit sphè- 
res célestes à partir du plus grand cercle, c'est- 
à-dire à partir de celui des étoiles fixes. Selon lui , 
parmi les sept qui appartiennent aux planètes , le 
premier rang sous le rapport de la promptitude des 
révolutions doit être assigné au huitième cercle, 
c'est-à-dire à la Lune ( comme nous le voyons dans 
la figure que nous analysons ) , le second rang au 



— 365 — 

septième , au sixième , au cinquième ; c'est-à-dire à 
ceux du Soleil , de Vénus et de Mercure , le troi- 
sième rang au troisième cercle, celui de Jupiter, et 
le cinquième au second , celui de Saturne. 

Toute cette théorie de Platon, figurée dans notre 
monument , n'était pas celle des Platoniciens et de 
la plupart des anciens. La durée des révolutions des 
sept planètes était chez eux différente ; ils la calcu- 
laient d'un mois pour la Lune , d'un an pour le So- 
leil (notre cosmographe lui donne six heures de 
plus ) , Vénus et Mercure ( dans le calcul de notre 
auteur , il y a quatre jours de moins pour Mercure 
et dix-sept jours de plus pour Vénus ) , de 30 ans 
( au lieu des 20 ans de notre cartographe ) pour 
Saturne (1). 

Ici nous avons la durée des révolutions des Pla- 
nètes, tandis que dans le monument décrit plus 
haut (p. 138 et 139), c'est l'indication des distan- 
ces des Planètes entre elles. Du reste , cette figure 
offre un mélange des théories de la cosmologie des 
anciens avec celle des Pères de l'Église. 



(1) L« lecteur devra rapprocher cette analyse de celles des autres 
monuments cosmographiques donnés t. II, p. 163 à 173, et dans ce vo- 
lume, p. 99, S LXII. ibid p. 121 à 125.— Cf. les monuments décrits 
p. 125 à 126, p. 134 à 139, et § LXXXVIII. 



— 366 — 

§CIV. 
XV SIÈCLE. 

Mappemonde dressée par Andréa Bianco, dans r année 445$. 

La Mappemonde d'Andréa Bianco est un des mo- 
numents les plus connus des savants depuis la dis» 
sertation de Formaleoni, publiée à Venise dans 
Tannée 1783 , où elle est reproduite en noir (1). 

Cette Mappemonde se trouve parmi les dix cartel 
dont se compose le Portulan d'Andréa Bianco, et 
dont nous parlerons dans la partie de cet ouvrage 
consacrée aux monuments de cette catégorie. 



(1 ) L'ouvrage de Formaleoni porte le titre suivant : Saggio 
Nautica Antica dei Veneziani con una illustrazione âCalcunê Carie U 
fiche antiche délia Biblioltca di S. Marco, che dimestrano l'isole AsuOU 
prima delta scoperta di Cristoforo Colombo. Le chevalier d'Henin, était 
chargé d'affaires a Venise , fit de cet ouvrage une traduction qui porte 
le titre de : Essai sur la Marine ancienne des Vénitiens, traduit de f ita- 
lien. Venise, 1788, in-8. U traduisit aussi un autre ouvrage de For- 
maleoui , iuUtulé : Histoire du commerce de la Navigation et eu Colo- 
nies des anciens dans la Mer Noire. Venise, 1789, 9 petits voL in-8. Cet 
ouvrage fut traduit en espagnol, par D. Antonio Gomes Calderon, 
et dédié à l'impératrice de Russie. Nous avons lu l'exemplaire 4e 
la Bibliothèque nationale de Paris, mais nous n'avons pas pu voir la 
traduction de M. d'Henin. Nous ajouterons que Formaleoni publia un 
ouvrage cosmographique dont nous avons vu l'original intitulé : Dei 
Fonti éegli errori nella cosmografia e geografla degli Anticki. f voi 
in-S», Venise, 1789, accompagné d'une carte hydrographique du Posu- 
Euxin. Pour les détails biographiques relatifs a Fwmaleoni, voyei Tait!- 
cle que lui a consacré M. Weiss , dans le supplément de la Biographie 
Vnioerselle de Michaud, t IX, p. 



— 307 — 

Formaleoni , malgré son enthousiasme pour la 
découverte qu'il avait faite de ce monument (1), ne 
nous en a pas donné une description géographique. 
Il s'est proposé pour objet principal de disserter sur 
YUe Aruillia et sur d'autres Iles indiquées dans Tune 
des cartes du Portulan de Bianco , sans songer à dé- 
crire la Mappemonde. D'ailleurs, il ne connaissait pas 
les cartes antérieures du moyen-âge ; il n'avait pas 
étudié cette matière , et il s'est livré à toutes sortes 
de conjectures pour en tirer des inductions hasar- 
deuses au sujet de la découverte de l'Amérique par 
Colomb et de la circumnavigation de l'Afrique par 
Gama , inductions qui sont démenties du reste par les 
cartes mêmes de Bianco (2). Dans une autre partie 
de cet ouvrage nous signalerons les erreurs et nous 
rétablirons les faits historiques au moyen de ces 
mêmes cartes. 

Aucun auteur , à notre connaissance , n'a donné 
jusqu'à présent une description détaillée de la Map- 



Ci) < Questo è un pezzo di carta (dit-il), che vale un libro inlero di 
« geografia di seculi di mezzo. > 

(S) Déjà Daru, dans son Histoire de Venise, en citant plusieurs fois 
Formaleoni, avertit de se tenir en garde contre le patriotisme de cet 
écrivain, qui le porte toujours à exagérer le mérite et les services des 
Vénitiens. Nous ajouterons, pour être impartiaux, que les expressions 
peu ménagées de Formaleoni contre les Français, au sujet de la priorité 
desdécouvertes,ontdû déplaire au célèbre auteur français de Vui noire 
de reniée. 



— 368 — 

pemonde de Bianco. Les raisonnements historiques 
semés dans les discussions de Formaieoni ne nous 
apprennent rien de bien concluant. Selon lui , cette 
Mappemonde fut dessinée au XIII e siècle. En effet, 
dit-il, sur le littoral méditerranéen qui correspond à 
la Barbarie , on voit trois souverains qui représen- 
tent les rois de Tremecen, Fez et Maroc, le dernier 
n'étant pas nommé , on lit au lieu de son nom celui 
de Rex Belmarin, ( pour Binamarin). Cette dynas- 
tie régna sur Fez dans le XIII* siècle. En 1290 , elle 
régnait dans le Maroc et à Tremecen qu'elle a gardé 
jusqu'à Tannée 1407. Et de là, il conclut que la 
Mappemonde de Bianco est la copie d'un plani- 
sphère exécuté entre les deux dates signalées, c'est- 
à-dire , si nous le comprenons bien , de la fin du 
XIII e siècle au commencement du XIV 9 (1). 

De la discussion et de l'aveu même de Forma- 
leoni , il n'en appert pas moins que ce monument a 
été dressé au XV e siècle , ce qui nous a engagé à la 
classer parmi les productions géographiques de cette 
époque, d'autant plus que sur une des cartes mêmes 
se trouve la date suivante : c Andréas Bianco de 
Venetiis me fecit M CCCCXXXVI. La copie donnée 
par Formealoni est du reste assez exacte. 



(1) Voy ex Formaieoni, dissertation citée p. 51. 



— 369 — 

Cette mappemonde est coloriée ; les étoiles à i'en- 
tour sont d'or ; les mers sont peintes en vert ; les 
continents de diverses couleurs ; la mer Rouge en 
ronge ; les fleuves en jaune ; les arbres en vert ; les 
costumes des figures représentant des souverains et 
des personnages avec les couleurs qui appartiennent 
à leurs divers ornements (1). 

Nous placerons encore ici les détails publiés 
en 1811, par M. de Rossel, de l'Académie des scien- 
ces, dans un article consacré à Andréa Bianco (2). 
Ce savant s'est contenté de dire au sujet de la 
Mappemonde ce qui suit : 

« Formaleoni nous a transmis la copie d'un pla- 

* nisphère ancien qui fait partie du recueil de 
« Bianco ; il n'offre rien d'utile , mais il peut satis- 

« faire la curiosité. On y voit la séparation du Pa- 
« radis terrestre à côté de celle d'Alexandre, toutes 
« deux placées à l'extrémité du Monde, la Tour de 
« Babel , le tombeau de Mahomet , le vieux de la 

* Montagne. » 

M. de Rossel qui n'avait pas étudié la cartogra- 
phie ancienne, ajoute que les objets représentés 

(1) Ces détails sur les couleurs nous ont été fournis par M. Lazari , 
de Venise, qui a bien voulu se charger d'examiner l'original et de col- 
lationner la copie de Formaleoni. (Lettre de M. Lazari du 19 avril 
!8%0.) 

(2) Voyez t. IV de la Biographie universelle, p. Vil et sniv. 

III 24 



— 370 — 

sur ce planisphère ont été copiés d'après la carte des 
Pizzigani , ou bien que c'est une imitation de cette 
carte. Nous noterons aussi ce qui a été dit par 
Malte-Brun et par M. Cooley (1) , afin que le lecteur 
puisse comparer leurs descriptions avec la nôtre. 

Selon Malte-Brun, les trois parties de l'ancieo 
Monde forment, dans cette carte, un grand conti- 
nent partagé en deux portions inégales par la mer 
Méditerranée et par ï Océan indien qui est tracé 
do Test à l'ouest et renferme une grande quantité 
d'îles. L'Afrique s'étend de l'ouest à V est parallèlement 
à l'Europe et à l'Asie; l'Ethiopie orientale et le 
royaume du Prêtre Jean se prolongent jusqu'à son 
extrémité méridionale. C'est encore t Afrique des 
anciens terminée au nord de Céquateur, aussi le 
golfe profond que la mer forme du côté de la Guinée 
n'y est pas marqué. Sur cette même carte, Rianco a 
placé deux dragons avec ces mots : Nidus Abimalion. 
VAsic est tout aussi mal figurée , la côte méridio- 
nale court tout droit de l'est à l'ouest, a II n'y a 
presque point d'indice des deux Péninsules de VInde 
et du golfe du Bengale. » La partie orientale con- 
siste en deux grandes presqu'îles séparées par un 
golfe immense. Sur celle du nord on lit Gog et 

(I) Voyez Hisioire Générale des Voyages, I t p. £»* ot suiv. 



— 371 — 

Magog, et sur la plus méridionale est le Paradis d'où 
sortent quatre grands fleuves dont deux se jettent dan s 
la mer Caspienne. Ensuite viennent les royaumes du 
Caihai de Cambalich ou Cocobalich, la ville de Sa- 
marcande et Y Inde septentrionale, avec quelques 
villes dont les noms sont inintelligibles comme Odesi, 
Omidan, Lagade, puis la Perse et la Syrie. Les royau- 
mes de l'Europe sont mentionnés à l'exception de la 
Pologne et de la Hongrie. Dans leur voisinage , on 
voit la Tartarie avec la grande Russie qui occupe 
presque tout le nord, et qui est séparée de la Suède 
et de la Norvège par une grande montagne. Telle 
est l'analyse de Malte-Brun (1 ). 

M. Cooley ajoute à ces détails qu'il reproduit en 
entier , ce qui suit : « La carte de Bianco ren- 
ferme plus d'erreurs que de fictions. Si elle emprunte 
servilement aux anciens écrivains leur configura- 
tion erronée de Y Afrique et de Y Asie , dans le nord 
et dans l'ouest elle renferme des indications d'un 
caractère plus positif. » Le géographe anglais traite 
ensuite des îles indiquées sur la carte marine de 
Bianco ; ainsi , pour la Mappemonde , il s'est borné à 
transcrire l'analyse de Malte-Brun. L'orientation de 
cette carte est celle des précédentes , c'est-à-dire de 

(1) Voyez Précis de la Géographie universelle, t. I, p. 528, édition 
d'Huot, Pari9, 1831 . — Cf. Cooley. Histoire générale des Voyages, Paris, 
1810, t. I, p. 355. 



— 372 — 

la plupart des cartes du moyen-âge : l'Orient eu tu 
le Sud à droite , etc. Voici maintenant ce qui con- 
cerne chaque continent. 

EUROPE. 

Sur la Péninsule Hispanique assez régulièrement 
figurée eu égard à l'époque , se voit un roi assis sur 
son trône , avec la légende suivante : 

c Rex Ispanea e Castilie. > | Roi d'Espagne et de GasUlle. 

Ni fleuves, ni montagnes, pas mémo les Pyrénées» 
ne sont indiqués. Sur In France est un autre sou* 
verain : 

< Jter Francoron. « | Roi de France. 

voisin d'un grand édifice ceint de murailles avec deux 
tours surmontées de la croix , et près duquel on 
lit : Paris. Là non plus aucune trace de la Seine 
ni des autres fleuves et villes de la France, pas 
même des Alpes. La Péninsule italienne n'offre éga- 
lement aucun nom , pas même celui de Rome qui 
figure dans les cartes les plus barbares. Bianco a 
omis le nom de Venise, sa patrie. Sur les contrées 
Illyriennes et sur la Grèce même absence de noms. 
A TE., près de la Mer Noire et au sud du Danube, 
est un autre souverain assis sur son tMne. 

c Imperion Romania. » | L'Empire de Romaiiie (t). 

(I) Cette légende parait se rapporter a la Romilie y partie fort consi- 
dérable de la Turquie d'Europe ( Romania.) 



Mais Constantinople n'est pas indiqué. 

Tontes les contrées au nord du Danube , c'est-à- 
dire, l'Allemagne, la Hongrie , la Pologne, la Prusse, 
sont nommées collectivement : 

« Imperium Romanoro. » | Empire Romain. 

Au-dessous de cette légende est encore un souve- 
rain assis sur son trône, sans doute l'empereur d'oc- 
cident; au nord et près du golfe de Finlande, plu- 
sieurs édifices désignent probablement des villes. 
Là se lit Sueda (Suède). Tout l'espace qui s'étend 
au N. de la Baltique jusqu'à une grande chaîne de 
montagnes dont nous parlerons ailleurs, est semé 
d'édifices, pour indiquer, selon toute apparence, 
que le pays était rempli de villes. A l'extrémité oc- 
cidentale est Norvega (la Norvège). Sur le Dane- 
mark on ne remarque qu'un édifice et le mot Dacia. 

Tout l'immense pays situé au N. et à l'E. de la 
Norvège jusqu'au delà du Tandis ( le Don ) , porte 
le nom de Rosie ( Russie ) et presque sous le méri- 
dien de la Caspienne , à peu près à l'extrémité sep- 
tentrionale de l'Asie est un souverain assis sous une 
tente avec un garde de chaque côté , tenant une 
lance à la main; son royaume est nommé 

« lmperio Rosie Magna- • | L'Empire de la Grande Russie. 

A l'extrémité nord en dedans du cercle polaire , 



— 374 — 



une figure ayant la stature d'un enfant , représent 
sans doute un Lapon ; près d'elle on lit : 



< In hac parte est maximum fri- 
gus quia est sub tramontana et 
nascitur oraines silvestros. 



Dans cette partie règne on froid 
extrême, parce qu'elle est exposée 
aux vents du nord, et il y naît des 
hommes sauvages. 



En effet, le cartographe figure des hommes qui 
semblent être couverts de poils , si ce ne sont pas 
des fourrures. 

Quelques fleuves sont figurés eu Europe ; le Da* 
nube tombe régulièrement dans la Mer Noire; mais 
ce fleuve communique aussi à l'ouest avec le Rhin, 
ce qui représente la fausse théorie hydrographique 
de quelques auteurs anciens , qui le faisaient dé- 
verser d'un côté dans la Mer du Nord et de l'autre 
dans la Mer Noire. Au N. , un autre fleuve va se jeter 
vers l'ouest, dans la Mer du Nord, en face de l'An- 
gleterre, c'est Y Elbe; à Test, un bras du môme fleuve 
prend la direction du N. et va déverser ses eaux à 
l'extrémité orientale de la Mer Baltique. Ce bras 
est, selon nous, Y Oder mal indiqué : Y Oder débou- 
che eu effet, presque en face de Y lie de Rugen , et 
ce bras anonyme débouche également en face de la 
pointe d'une île , qui correspond parfaitement , par 
sa position , à l'île de Rugen (1) , laquelle n'est sé- 



(I) L'Ile de Rugen est le berceau des Rugiens (nu(jii), peuple slave 



— 375 — 

parép de la côte de la Poméranie que par uu détroit 
asseat resserré, comme cela est figuré ici. Au N.-E. do 
l'embouchure du Danube, uu autre fleuve, qui prend 
sa source dans un lac et vient tomber aussi dans la 
Mer Noire , nous semble correspondre au Borysthène 
puisqu'il débouche à l'O. de la Crimée. A TE. de 
cette péninsule coule le Tandis , le seul fleuve parmi 
tous ceux de cette carte qui , en raison de son im- 
portance dans la géographie systématique du moyen- 
âge , ait été jugé digue d'être indiqué par son nom. 
Il prend sa source dans l'immense chaîne dont nous 
avons parlé plus haut et qui s'étend depuis l'extré- 
mité N. de la Norvège jusque dans la Tarlarie (1). 
Le Tandis étant la limite systématique qui sépa- 
rait l'Europe de Y Asie dans la géographie de cette 
époque, nous passerons à cette seconde partie 
de la mappemonde de Bianco. 

ASIE. 

Immédiatement à TE. du Tandis (Don), est uu 
roi sous une tente ; au-dessous ou lit : 

c Imperion Tartaroron. > | Empire des TarUres. 

Au N. et au N.-E. plusieurs édifices désignent 

dont la divinité principale était la déesse Heriha (La Terre ). Les Ru- 
giens fondèrent au V e siècle un puissant empire qui fut bientôt dé- 
truit par Odoacre , en 487. 
(1) Cette chaîne représente encore les Monts Ripbées. Ortelius la 



— 376 — 

autant de villes ; mais uue seule est nommée 9 Cas- 
torma (1), située à l'O. d'un fleuve qui coule do 
N, au S. et va se jeter par deux embouchures dans 
la Mer Caspienne , figurée elle-même comme mer 
intérieure , sans aucune communication avec la Met 
Boréale. Au N. et à TE. de cette ville , un autre 
fleuve coule de l'O. à PE. et le premier , celui qui 
tombe dans la Caspienne n'est qu'une branche de 
ce dernier. Nous reconnaissons dans ces deux cours 
d'eau le Rha de Ptolémée (le Volga) et le Rha occi- 
dental; mais il n'est pas aussi facile de détermi- 
ner quelles villes Fauteur a voulu indiquer par les 
édifices placés aux extrémités 0. et E. du fleuve : 
si Ton pouvait fonder une opinion sur le peu d'exac- 
titude des cartes de cette époque, nous verrions dans 
la ville placée à TE. Cazan, et dans celle de l'ex- 
trémité 0. Murom. 

A TE. du Volga et au N. de la Caspieune , au- 
dessous d'une sorte d'are monumental soutenu par 
deux colonnes , on lit : 

« Hic fuit iiuperiuoi Sirie [±). • | Ici fut l'empire de Syrie. 



« figure daus la Sotvtge et dans mie partie du nord de sa carte d*£«- 
ropc, édit. de 1624, et il lui donne le nom de Stvj mous, ajoutant : ■ «*- 
;afcri.s iugis asperitate minime Cfdms. 

(I) Voyez aux addîtious. 

(*) Vovez aux additions. 



— 377 — 

Et au-dessus : 

m Templon inperaioris Si- | Temple de l'empereur de Syrie. 
rie (I). • I 

Au-delà , en avançant vers les régions septentrio- 
nales de l'ancienne Scythie dans la direction de TE. 
se voit un roi, sans doute Koublaï-Kban, assis sous sa 
tente» au milieu d'un campement où sont quelques 
soldats la lance à la main. C'est , dit la légende : 

« Iinperion de medio, id est I L'empire du milieu ou de Com- 
Cocobalecb (2). » I balu. 

Au midi , une grande ville flanquée de tours est 
nommée Âiram (3). A TE. deKoublaï-Khan,unautre 
roi figuré comme le précédent au milieu d'un cam- 
pement avec le même nombre de soldats, représente 

» Imperium de Terniax (4). > | L'empire de Terniax. 

Au N.-E. de cet empire près de la Mer Boréale, 
et près d'une figure debout, on lit : 

< Templon Chatai. » | Temple de Chatay. 

Cette indication est voisine d'un autre souverain 
assis sous sa tente au milieu d'un campement et de 
soldats , représentant : 

« luiperion Calai (5). » | L'empire du Catbay. 

(1) Voyez aux additions. 

(2) Voyez plus haut p. 552. 
(5) Voyez aux additions. 

(4) Ibid. 

(5) Voyez Marco Polo, chap. CV ; et sur la position de la contrée de 
ce nom, voyez la savante note de Marsden , p. 51, note 51. 



— 378 — 

A l'Ë. de ces divers empires est le pays de Gog 
et de Magog , mais il offre des singularités que nous 
n'avons encore rencontrées dans aucune des cartes 
du moyen-âge. 

Cette contrée, célèbre depuis les temps des livra 
saints jusqu'à la fin du moyen-âge , est représentée 
par une espèce de château placé sur une haute 
montagne , et au-dessus duquel ou lit : Gog Magog. 1 
Au bas de la montagne est assis un roi couronné, le 
sceptre à la main ; trois hommes qui semblent venu» 
du château , s'adressent à lui. Au bas de la figure on 
lit Alesandro (Alexandre) (1). Près du château , do 
côté du N. on lit : 

Ceci est Alexandre 



« Hoc est Alesander gene- 
ratione écarta ire de tribus judeo- 
rum. (2) » 



(1) Rapprochez du tome II, p. 338. 

(2) Fornaaleoui l'explique ainsi : « Cette légende veut dire que ttat 
enfermé un peuple descendu de la génération contemporaine d'A- 
lexandre et formé de diverses tribus des Juifs. Ces notions sont u 
mélange de l'Apocalypse, de Quinte-Curce et du Talmud. • Ce qui sait 
prouve que Formaleoui n'avait pas étudié les cartes du moyen-âge. 
€ Le pays de Gog et de Magog est mentionné dans l'Apocalypse ; Test- 
il allégoriquement ou dans un tout autre sens théologique , c'est ce 
que j'ignore , mais l'Apocalypse ne dit ni où ni comment est ce pays. 
L'auteur du planisphère décide la question et le place dans un endroit ex- 
terminé, c'est-à-dire dans un endroit où il ne savait que mettre. » 

Ainsi, non-seulement, Formaleoni ne savait pas que depuis le IX'tt 
le X e siècle le rempart de Gog ( castrum Gog de Sanuto } , occupait ia- 
variablemcnt cette place sur les cartes ; mais il n*avait môme aucaac 
connaissance du savant mémoire de d'Anvillc sur ce sujet ; il se récrie 



— 379 — 

Bianco place le pays de Gog dans une Péniusule. 
Il eu est ainsi dans la mappemonde d'Hereford , où 
cette péninsule est baignée par la Mer Boréale (1), 
de même que dans d'autres cartes antérieures dont 
nous avons donné la description. 

Au midi des états de Koublaï-Khan et de Terniax 
le cartographe a figuré la ville de Samarcande 
à célèbre dans les récits des voyages en Tartane 
aux XIII* et XIV e siècles (2). À l'£. de cette ville et 

contre les fables de la légende , eo disant qu'il n'y avait que des 
Moines on des Rabbins du XIII e siècle qui fussent capables de soutenir 
qu'à, l'extrémité de la terre existait un pays habité par les dix tribus 
d'Israël , emmenées en esclavage par Salmanazar ; de s'imaginer que 
la était un fleuve qui fermait l'accès de cette terre placée à l'autre ex- 
trémité, lequel fleuve roulait perpétuellement des pierres et du sable, 
excepté le samedi, empêchant ainsi d'une part les peuples de Gog do 
sortir de leur pays, et de l'autre les Juifs d'y pénétrer ; enfin d'espérer 
que delà devait sortir leur Messie pour conquérir aux Hébreux la mo- 
narchie universelle, t Les préjugés, dit-il, exercent une telle influence 

• sur l'esprit humain que les plus érudits parmi les Rabbins sont imbus 
« d'une pareille chimère , et que le fameux Kimchi la soutient avec 

• beaucoup d'érudition et de gravité dans son dictionnaire au mot 
« Sambathion , nom du fleuve prodigieux.» ( Formaleoni, lllustrazione, 
p. 56 à 58.) 

Nous ajouterons que les auteurs Arabes parlent aussi des conquêtes 
fabuleuses de Doulcarnaïn, de Kbedher et de leurs guerres contre les 
peuples du pays de Gog et de Magog. 

(i) Voyez L II, p. 338, et surtout rapprochez les légendes de la carte 
de Bianco et de celle d'Hereford, de la mappemonde de Ranulphus 
du XIV* siècle, reproduite plus haut, p. 23 et 24, et enfin de celle 
de Sanuto, p. 194, ainsi que des explications fournies dans la note de 
la même page. Le lecteur fera également bien de consulter la des- 
cription de la mappemonde du XV' siècle, du cardinal Borgia, p. 247. 

(2) Voyez la mappemonde d'Hereford, t. Il, p. 541, note 2. 



— 380 — 

près du grand golfe formé par le pays de Gog et par 
la péninsule du Paradis, est un énorme édifice cent 
d'une grande muraille flanquée de trois tours ; si- 
dessus on lit encore le mot Chataio indiquant que il 
contrée de ce nom s'étendait du nord au midi (1). 
Dans la Péninsule du Paradis , est figuré d'abord 
Y Arbre Sec (Alboro Seco) , que nous avons déjà m 
sur des cartes du XII e siècle (2) ; de l'autre côté us 
arbre sans nom est sans doute YArbor balsand de 
la carte d'Hereford (3). Plus haut, on remarque deux 
fois Adam et Eve et l'arbre de la vie ; au-dessus du 
second groupe on lit Ominesparu. Cette seconde ro» 



(i) Sur la dénomination de Cathay, voyez aux additions. 

(2) Marco Polo parle de V Arbre Sec dans le cbap. XL. • Après Mê- 
sert de huit journées de route, dit-il, on arrive a la province de Vh 
nocaîrty vers le nord ob il y a une grande plaine , là est l'arbre seri 
que les « cristiens appellent V arbre sèche ». Cet arbre est très grand et 
très gros. Ses feuilles sont vertes d'une part et blanches de l'autre. 
On dit que ce fut dans cette contrée qu'eut lieu la bataille entre Alezat- 
dre et Darius. Sur celte bataille et l'endroit où elle fut livrée, voyei 
Marsden, commentaire sur Marco Polo, p. 109, note 254. 

Sur V Arbre Sec, rapprochez du commentaire de M. Lazari (MmrcePet* 
descritto de Rustigiano di Pisa, Veneiia , 1847, p. 392.) Ce savant dit 
que la contrée dans laquelle Marco Polo place V Arbre Sec, correspond 
au Korazan, province orientale de la Perse, où se trouve le platane ap- 
pelé Sec. Il pense aussi que le célèbre voyageur vénitien entendant les 
mots persans Albros coo (Koh), montagne, l'aura traduit par affinité: 
Albero secco. 

Rapprochez aussi la carte Je Bianco de celle qu'a donnée M. LazaH 
à la suite de son édition des voyages de Marco Polo, pour la position 
du nom d'Arbre Sec dans les deux cartes. 

(5) Voyez t. II, p. 348. 



— 381 — 

présentation d'Adam et Eve parait signaler ren- 
drait où ils furent transportés après le péché; la Mort 
figurée à leurs pieds et l'Ange avec l'épée qui leur 
défend l'entrée du Paradis, rappelle leur condamna- 
tion. Tout-à-fait à l'extrémité orientale du Monde 
88t le Paradis Terrestre (Paradiso terrestre). 
Bien que placé sur le continent, le Paradis n'en 
sst pas moins , d'après la tradition , élevé sur une 
espèce de base conique ; les quatre fleuves en sor- 
tent , mais dans cette carte , ils ne portent pas de 
nom (1). Deux de ces fleuves viennent se jeter dans 
la Mer Caspienne. Mais comment concilier la direc- 
tion de ces deux fleuves avec la théorie hydrogra- 
phique du cours du Physon ( le Gange ) , du Gehon 
( le Nil ) , du Chiddeekel (le Tigre) et de l'Euphrate, 
qui sont les quatre fleuves du Paradis , d'après le 
texte de Moyse ? Il nous semble que l'auteur est 
tombé à Tégard de ces fleuves dans la même erreur 
que plusieurs écrivains dont Cuper a relevé les nom- 
breuses bévues, comme nous l'avons dit ailleurs (2). 
Peut être a-t-il voulu indiquer, bien que très incor- 
rectement par les deux fleuves Ylaxartes et le Si- 
hum ou Sihon (l'Oxus), quoique ces fleuves se jet- 
tent dans le Lac d'Aral. Mais nous devons faire 

(1) Voyez Huet sur la situation du Paradis Terrestre, p. 12 et suiv. 
(3) Voyez t. I, p. 901. 



— 382 — 

remarquer que les géographes du temps d'Alexandre, 
ainsi qu'un grand nombre de ceux du moyen4ge, 
considéraient le Lac tPAral comme faisant partie de 
la Mer Caspienne ; rien d'étonnant donc si Kam 
fait tomber dans la Caspienne des affluents de lMraf . 
La Péninsule du Paradis offre encore un édifice 
au-dessous duquel on lit : 

« Ospilius MactriL » | Hospice de Htctire* 

Formaleoni dit , à ce sujet , que près du Parafe 
habitait un certain Macario , témoin de vue de tint 
ce que l'auteur affirme , et d'après l'indication de h 
carte de Bianco, sa cellule était aux portes da 
Paradis. 

Cette explication ne nous donne pas une notion 
tant soit peu claire sur le personnage et sur les mo- 
tifs que le cartographe a eus pour indiquer la lé- 
gende, que, du reste, nous n'avons rencontrée jus- 
qu'à présent dans aucune carte du moyen-âge. Cette 
légende se rapporte aux pèlerins de Saint- Macaire, 
tradition répandue en occident au retour des Croisa- 
des. La présence de Saint-Macaire dans le lieu do 
Paradis que Dante destine aux contemplatifs , et sa 
figure peinte au Campo Sanio, dit un savant (1)» 
prouvent assez la popularité de son histoire au 
moyen-âge. 

(t) M. Ozanam : Dante et la Philosophie catholique. 



— 383 — 

Voici la légende telle qu'elle se trouve dans la 
vie de Saint-Macaire Romain (1). 

€ Trois moines grecs entreprirent un voyage pour 
découvrir le point où le ciel et la terre se touchent , 
savoir remplacement du Paradis Terrestre. Ils pas- 
sèrent YEuphrate , traversèrent la Perse et la Bac- 
triane, et franchirent les limites des conquêtes 
d'Alexandre le Grand. Au delà» ils virent de vastes so- 
litudes couvertes d'ombres éternelles. Ils y découvri- 
rent un lac de soufre qui y avait creusé son bassin. 
A la surface , ils remarquèrent des serpents de feu. 
Ils entendirent sous les eaux un bruit pareil à celui 
d'une foule innombrable, et une voix leur cria : c C'est 
ici le lieu des châtiments. » Malgré cela les moines 
continuèrent leur route , et arrivèrent après d'im- 
menses fatigues à la caverne de Saint-Macaire Ro- 
main, qui, conduit jadis par le même désir, était par- 
venu jusqu'à la porte du Paradis {Eden) , mais il 
s'arrêta devant l'épée du Chérubin qui veille à l'en- 
trée , puis retiré dans un antre du voisinage , il y 
vécut un siècle dans la prière. Les trois moines , 
avertis par cet exemple, renoncèrent à la recher- 
che du Paradis et reprirent la route de leur monas- 
tère. • Telle est la légende qu'Andréa Bianco a re- 



(4) Voyez Rosweid : Vit» Patrnro. Vila S. Macari Romani servi Dt»i t 
qui inventas est juxta Porodisum. 



— 384 — 

présentée graphiquement dans sa carte, et qui ex- 
plique parfaitement la figure. 

Nous ajouterons qu'en faisant la part de la lé- 
gende , il nous semble qu'on peut reconnaître ici 
l'indication de voyages entrepris à travers l'Asie 
orientale bien avant les voyageurs connus de la se- 
conde période du moyen-âge. (1) 

Arrivant à l'Inde supérieure on lit : 

« India superior continentur VIII ; L'Iode supérieure renferme kaft 
regiones et XXIIII populi.» (2) I contrées et vingt-quatre peuples. 

Près de l'Océan on voit un roi sous sa tente et der- 
rière lui un homme sans tête , c'est-à-dire , nu 
Acéphale , les yeux sur la poitrine : 

« Omine quo ab capides. > | 

Sur l'Inde centrale ou plutôt sur Y Asie Centrale 
on lit : 



« India média continenlurXIIII... 
et XII populi. » 



Inde du milieu renfermant qua- 
torze contrées et douze peuples. 



(1) M. Ozanam, dans son beau travail sur le Dante, intitulé : Dante « 
la Philosophie catholique , rapporte une autre légende tirée du manus- 
crit n° 7762 de la bibliothèque nationale de Paris, intitulé : De Memd 
che zeno a lo Paradiso Ttrrestro. On y trouve le récit de trois moines 
d'Orient , qui remontèrent le courant d'un fleuve jusqu'à des monta- 
gnes inconnues, où ils se virent tout à coup au milieu du Paradis Ter- 
restre gardé par Enoch et Élie ( Voyez ce que nous avons signalé plus 
haut, p. 232); et lorsque ayant admiré les merveilles de ce béai 
lieu, ils regagnèrent leur cloître, d'autres moines y avaient pris leurs 
places, on leur montra les noms à demi effacés par le temps dans les 
obi tuai res de la maison ; sept siècles s'étaient écoulés. 

(2) Rapprochez des iégcndes de la carte du X« siècle du Musée Bri- 
tannique, t. Il, p. 62 et 65. 



— 385 — 

A PO. est l'Inde inférieure : 

« IndiaMinor. » | Petites Indes. 

Sur la côte méridionale de Y Asie, depuis l'extré- 
mité orientale jusqu'au Golfe Persique, sont les 
rîlles suivantes: Vdeki (1) à l'O., Umeto osize- 
tis (2), puis Lagade (3) ; à l'O. de cette dernière, 
près du Golfe Persique, Satania Baldaco (peut-être 
Sultania ), (4) et à l'O. une dernière ville nommée 
aussi Baldacs. 

Dans l' Arabie , péninsule projetée entièrement à 
PE., le cartographe a transporté la Tour de Babel; 
3 y représente aussi la mosquée de la Mecque ( la 
Mecha ). Presque à l'extrémité , près de la Mer 
Rouge , est ensuite Ninive. Sur la Palestine on re- 
marque une étoile , allusion sans doute à celle qui 
guida les rois mages , adorateurs de l'Enfant-Jésus, 
le baptême du Sauveur est représenté sur le Jour- 
dain avec ces mots : Baptismo Isu Xli. Ensuite 
Tient Jérusalem et près de la côte de la Syrie, No- 
tre-Dame avec l'Enfant-Jésus dans ses bras et trois 
personnages représentant les trois Rois Mages (5) , 

(1) Voyez aux additions. 

(S) Ibid. 

(3) Ibid. 

(A) Baldaco est le nom que Marco Polo a donné à Bagdad, rési- 
dence des Kalifes. ( Voyez Marco Polo, chap. VU dans Marsden, p. 63 
et ibid. note 134.) 

(8) Sur l'étymologie du mot Hagus, voyez le mémoire de M. Oppert, 
III 25 



— 386 — 

le premier à genoux sans couronne , les deux autres 
debout et la couronne sur la tête. 

Les côtes de la Syrie > de Y Asie Mineure % de h 
Mer Noire n'offrent pas un nom, si ce n'est IWéi- 
sonde, où se voit un roi assis , ayec la légende ra- 
yante : 



« Trabexonda imperion «or*- f Trébisojxje, empire de 

tin. I 

Il nous semble que la préférence donnée par 
Bianco à cette ville sur toutes les autres de Y Asie 
Mineure , provient de ce que cette ville fut de 1203 
à 1461 la capitale d'un empire chrétien où régna h 
famille des Comnènes. Ainsi du temps de l'auteur 
de la carte, cette ville appartenait encore aux 
chrétiens. 

A TE. de Trébisonde et à l'O. de la Caspienne, 
sont les Portes de Fer ( Porte de Fero) (1), et TÀr- 
che de Noé ( Arca Noe ). Dans la partie de h 
carte qui correspond à la Mésopotamie , à la Bac- 
triane et à la Sogdiane, plusieurs villes sont in- 
diquées par des noms fort altérés. Sur la première 

sur les inscriptions des Achéméni des, conçues dans l'idiome des anciess 
Perses. (Journal Asiatique, n<> 81, avril et mai 1851, p. 379.) 

(1) Les Portes de Fer indiquées dans celte carte sont celles deMr- 
bent, t. II, p. 224 et plus haut p. 278. Voyez aussi Marsden, Comm. àe 
Marco Polo, p. 37, note 69.— Cf. Rennell, Geoçrephical System ofBer*- 
dot us, p. 174. 



— 387 — 

de ces contrées sont Jrzero(l), Samachi ou <£a- 
niachi (2) , Strava (3) ; à l'E.-S.-E. de la Caspienne : 
Zilan (4) et Toris (5); à TE. de la même mer 
Agrica (6) , Odali (7) , Segena (8) et Norganze dans 
laquelle on reconnaît Or garni (9). Telle est l'Asie 
de cette carte chargée de tant de noms déplacés ou 
altérés , qu'il est presque impossible de les recon- 
naître. Passons maintenant à Y Afrique. 

AFRIQUE. 

La forme et la configuration de l'Afrique de cette 
carte est exactement conforme à ce que dit Malte- 
Brun dans un passage que nous avons reproduit plus 
haut. Du reste , Gosselin avait fait remarquer que 
cette carte d'Andréa Bianco représentait encore l'hy- 
pothèse de la communication de la Mer des Indes 
avec Y Océan Atlantique (10). Sur la partie septen- 

(4) Arzero, peut être YArringan de Marco Polo qu'il appelle aussi 
Àrgiûm etltarzfr, ou plutôt Arzurrum, Erxerum. (Rapprochez les notes 
93 et 96 de Marsden. Marco Polo. p. 48 et 49.) 

(2) Voyez aux additions. 

(3) lbid. 

(4) lbid. 

(5) lbid. 

(6) lbid. 

(7) lbid. 
(S) IMd. 

(9) lbid. 

(10) VoyezGosselin, Géographie systématique des Anciens, 1. 1, p. 194 
el 495. 



— 388 — 

Irionale au N. de Y A lias on remarque d'abord prêt 
Méditerranée et de Y Atlantique , un roi assis sons 
sa tenle : Rex belmarin. Les états de ce prince sont 
renfermés entre deux fleuves dont l'un se jette dans 
Y Atlantique et l'autre dans la Méditerranée. Le 
premier peut correspond au Lixus et le second 
au Malva; Tunis est à TE. de ce dernier. Delà 
nous entrons dans les états d'un roi nommé Rex de 
Termixen (roi de Tlemcen). Plus loin sont deux 
chameaux pour rappeler sans doute les voyages 
des caravanes , et au delà se voit une ville pla- 
cée sur les bords du Nil , c'est le Caire ( Chairo); 
au midi est encore un roi, Soldanus Babelame 
( le sultan de Babylone ) , et plus au S. , une ville 
figurée par cinq tours et nommée Babelonia. Par 
une bizarrerie des plus étranges, le cartographe 

place auprès de cette dernière , une autre ville 
au-dessus de laquelle on lit le mot Arabia , et 

Sainte-Catherine du Mont Sinaï se trouverait trans- 
porté en Afrique. Le couvent est représenté sur 
la montagne avec ces mots : Sancta Catarina de 
Monte Sinaï. A TE. sont deux villes, Alleh et 
Farsia ; au delà s'élève une haute montagne sur- 
montée d'un château fort; près de la base sont deux 
tentes et un personnage assis , le Vieux de la Mon- 
tagne ( el veio ( vecchio ) de la montagna ) , c'était 



— 389 — 

Jkp chef ou le roi des Assassins. Cette histoire date 
du temps des Croisades (1). 

A l'orient du pays du roi des Assassins, près 

(1) Voyez dans le tome XVI des Mémoires de l'Académie des Inscrip- 
tions el Belles-Lettres, p. 155. Éclaircissements sur quelques circonstan- 
ce* de l'histoire du Vieux de la Montagne, roi des Assassins. Cf. La note 
tarante du Marco Polo, publié a Venise, par M. Lazari, p. 298. 

Formaleoni fournit sur ce personnage les détails suivants : « Le 
Vieux de la Montagne, est mentionné dans les voyages de Marco Polo 
sous le nom de Reumedanacemar, mol tartare qui signifie vieux de la 
Montagne, titre fameux dans tout l'Orient. C'était, du reste, un 
scélérat qui exerçait ses barbaries sur les frontières de la Perse. Il 
avait fait bâtir sur la montagne une forteresse qui passait pour im- 
prenable, et de là il poussait ses incursions dans les contrées les plus 
éloignées de [l'Asie. Un grand nombre de Géorgiens et d'habitants du 
Caucase étaient à son service, suivant sa bannière et obéissant à ses 
lois. Ils le vénéraient comme législateur et comme prophète. En effet, 
aes promesses étaient la jouissance de plaisirs éternels; mais il les 
faisait goûter par anticipation. A cet effet, il choisissait quelques- 
uns de ses gens parmi les plus crédules, il les plongeait dans une 
ivresse factice à l'aide de l'opium et d'autres drogues, et les faisait 
ensuite transporter dans une vallée délicieuse qui, à l'imitation du 
Paradis de Mahomet était peuplée des plus belles filles de la Géorgie 
et de la Mingrélie, et là 11 leur donnait un avant-goût des douceurs cé- 
lestes. » ( Formaleoni, illustr., p. 61.) 

Formaleoni mêle dans son récit beaucoup de traditions différentes, 
tant sur les hordes nomades, que sur celles de l'intérieur de Y Asie qui 
vinrent, après les révolutions provoquées par les Croisades, occuper les 

provinces dépeuplées par la guerre; les Turcomans, par exemple, qui, 
aux XI 9 et XII 9 siècles, se répandirent dans le Khorazan, la Boukharir, 
la Géorgie , Y Arménie, la Syrie. Formaleoni nous parait confondre ces 
peuples avec les Ismaélins ou Assassins , formant deux branches, l'une 
en Perse, l'autre en Syrie. C'était le chef de ces derniers qui seul était 
nommé vulgairement, le Vieux de la Montagne. Au sujet du Paradis du 
Vieux de la Montagne, voyez l'article de la Bibliothèque Britannique , 
toL LV, p. 98, et l'opinion de Marco Polo sur ce Paradis. Marco Polo 
lui consacre les chapitres XLI et XLII de ses relations. Ce voyageur 
rappelle Alaodin. 



— 390 — 

d'une grande ville voisine du Nil systématique , est 
un roi représentant Imperlum Emibar. Dans ce nom 
entièrement estropié il faut reconnaître le Zangue- 
bar , pays avec lequel les orientaux entretenaient de 
grandes relations commerciales. Le cartographe, pour 
indiquer, très probablement, le commerce maritime 
qu'on faisait avec les ports de cette contrée, a figuré 
deux galères à rames dans la direction de ces ports. 
Au-dessus de Zanguebar est le royaume du Prê- 
tre Jean : {Imperium prête Janis ) , et au-dessus de 
cet empire, à l'extrémité orientale de l'Afrique, 
Bianco place un roi près duquel on lit : Imperium 
Basera. Quel peut être dans l'Afrique l'empire qui 
porte un tel nom ? Nous n'en connaissons aucun , et 
les étranges déplacements que ce cartographe s'est 
permis en transportant des villes et des lieux de 
Y Asie en Afrique , comme le Mont Sindî f Ninive 
et la Tour de Babel, ces déplacements nous au- 
torisent à penser que Yempire de Basera n'est 
autre que Bassorah , ville où les navires de Y Inde , 
de Mascate et de la Perse venaient mouiller, et 
qui était encore à cette époque l'entrepôt du com- 
merce de l'Inde et des pays voisins. Le mot dont 
s'est servi Bianco paraît être une simple modifica- 
tion du nom oriental de cette ville, Basrah (1). 

(1) Sur celle ville, voyez le Voyage à Bassora, en 1781 , par le Tigre 



— 391 — 

En revenant à la partie occidentale de l'Afrique, 
nous n'avons à mentionner que la figure du roi de 
Maroc (Bex de Maroco). Là est une ville voisine 

d'un fleuve qui a sa source dans un lac et dont 
nous aurons occasion de parler plus loin, puis vient 
la chaîne de Y Atlas au pied de laquelle un grand 
nombre de tentes placées du côté du sud désigne le 
pays des Arabes nomades qui parcourent le désert. 
Au midi, c'est-à-dire à l'extrémité méridionale de 
l'Afrique, se voient des nègres et un éléphant monté 
par deux d'entre eux. Ce sont les Cynocéphales, dit 
la légende : 

« In hac parte sunt omines i Dans cette partie sont des hom- 
aabentes tultas canis. » | mes qui ont la face «lu chien. 

Ainsi , au XV e siècle , Bianco les place au même 
endroit que l'auteur de la Mappemonde du X e siècle 
du Musée Britannique décrite dans cet ouvrage (1) 
Cette notion géographique remonte jusqu'à Héro- 
dote, qui signale des Cynocéphales dans la Lybie (2). 
Or, le cartographe terminant Y Afrique au Midi par le 
pays des cynocéphales d'Hérodote , que les géo- 
graphes anciens signalaient au couchant du Lac 

et l'Eaphrate, traduit de l'italien par l'Académicien Sestini. ( Paris, 
ai». VI.) 

(!) Voyez t. Il, p. 69 cl 70, et 334, note 2. 

(*) Hérodote, liv. IY, c. XCl 



— 392 — 

Triton (Trilonis Palus), et ce lac étant dans k 
province romaine d'Afrique, il est évident qye 
Bianco ne connaissait de l'Afrique ni le prolonge- 
ment continental ni les régions situées sous l'équâ- 
teur. 

Au-dessus, c'est-à-dire à TE. des Cynocéphales, 
sont d'autres peuples avec un roi nommé Roi d'Éthio- 
phie (Bex Etiop). Ces peuples ainsi que les Cyno- 
céphales sont placés près d'un grand golfe formé 
par la courbure de la côte méridionale. 

Or , l'Afrique se terminant en pointe par un grand 
promontoire, tandis que dans la carte que nous 
analysons elle forme une baie immense 9 cette 
particularité suffirait pour prouver qu'au temps de 
Bianco , à une époque déjà si voisine des décou- 
vertes , on n'avait aucune idée de la vraie forme de 
cette partie du globe. 

Dans la grande baie dont nous venons de parler , 
le cartographe a figuré deux dragons , et on y lit : 
Nidus Abimalion. Ce dernier mot nous semble telle- 
ment altéré qu'il faudrait le transformer pour lui 
donner un sens. Formaleoni pense qu'il signifie Nid 
de Dragons ailés. A quel point de l'Afrique peut 
correspondre ce golfe des dragons ? Si ce ne sont pas 
encore les dragons des Hespérides, il y aurait ici un 
problême bien difficile à résoudre > du moins pour 



— 393 — 

1101189 car Isidore de Séville , et Vincent de Beau- 
vais ne placent des dragons que dans les régions 
baignées par Y Océan Hispérique (1). 

En face du Nid des Dragons se voit , dans une 
lie, un homme pendu à une potence (2). Formaleoni 
prétend que ce pendu est Judas , et voici les raisons 
qu'il donne à l'appui. Le voisinage de la ligne équi- 
noxiale (dit-il) et de l'extrémité du monde, c'est-à- 
dire , la contrée où régnaient des chaleurs sembla- 
bles à celles de l'Enfer , était sans doute le lieu le 
plus convenable pour reléguer le plus détestable des 
humains. Ainsi il est assez vraisemblable que l'igno- 
rance jointe à la superstition , aient pu faire croire 
que celui qui avait trahi Jésus-Christ devait être 
banni dans cette région reculée et torride. For- 
maleoni n'a pas connu la source où Bianco a puisé 
cette idée. C'est encore dans une autre légende 



(1) Vincent de Beauvais, Spéculum Saturait, Pars I, Lib. IV, c. XVII. 
Hic Àfïica ex surgit a montibns septem habens ab oriente flumen Mal- 
▼am, a Septentrione fretum Gaditanum, ab occiduo occeanum Bspe- 
rfum, pererrantes regiogignens feras, slmias et Draconbs. Ces dragons 
sont probablement ceux qui gardaient les fruits des Hespérides, et que 
le cartographe a très bien figurés. Ils étaient au nombre de deux d'a- 
près les traditions mythologiques. Philostrate dans ses Imagines, Ut. 
II, p. 837, édit. d'Olivarius, dit : « Item velus aureum apud Colchos et 
Hesperidum mala, eoquod aurea viderentur, duo insomnes custoditbant 
dracjnes, sibique vindicabant. » 

(2) Dans la mappemonde du cardinal Borgia , on remarque aussi 
du côté oriental de la carte un homme pendu à une potence. 



— 394 — 

en vogue pendant le moyen-âge, la légende géogra- 
phique de Saint-Brandaines. Le saint ayant rencontré, 
après une longue navigation, la montagne de l'Enfer, 
dont le sommet volcanique domine l'Océan, nous 
apprend que dans ces parages funestes , Judas sed 
au milieu des eaux jouit du repas que la mansué- 
tude infinie du Christ lui accorde. Le passage de 
Saint-Brandaines ( ou Brandan ) prolonge d'un jour 
cette suspension de souffrances (1). 

(1) Voyez la légende latine de S. Brandaines, avec une traduction 
inédite en prose et en poésie romanes, publiée par M. lubinal, dtprti 
les manuscrits de la Bibliothèque du Roi, remontant aux XI«, U* il 
XIII* siècles ( Paris, 1836, p. 42. De Juda traditorè Domini). Le saint 
interroge ludas, qui répond ainsi : « Ego sum fafeUcissimus ils 
Judas, negociator pessimus. Non autem pro ullo merito babeo is» 
tum locuni , sed pro misericordia ineffabili J. C. Nunquam micbi ex- 
speeto penitencie locum, sed pro indulgencia et pietate Red ta ip t sl H 
mundi , et pro honore resurrectionis sus sancta? hoc habeo refrife- 
rium, erat autem dominicus dies, et quando hic sedeo, videtur micai 
quasi in paradiso deliciarum sim, propter tormentorum pâmas, qm 
michi future sunt in hoc Vespere; nom quando sum in pœnis, tarder sic* 
massa plumbi tique facta in olia die ac nocii. In medio mou Us quem ti- 
distis, ibi est Leviatan cum suis satellitibus, et ego ibi eram quando 
glutivit fratrem vestrum ; et ideo Uetabaïur infernus, et misit ingénus 
flammas, et sic facit semper quando animas impiorum dévorât tJi 
autem sciatis immensam dei pietatem , narrabo vobis meum refrige- 
rium, etc. 

Ailleurs la légende dit : « Ât ille ait : Hune dedi cuidam Leproso 
quando fui Camerarius Domini, sed quia mecum non fuit, ideo nuluua 
in eo refrigerium habeo ; sed magis impedimentum. Nam furcas fer- 
reas ubi pendet dedi Sacerdotibus ad Cacabos sustinendos, etc. 

Rapprochez de la traduction romane (Ibid) p. 95 et suif., et de la 
légende en vers, p. 150. Comment Saint Brandons trou— Judas en la 
Mer. 



— 395 — 

Le c&rtographe a représenté graphiquement cotte 
partie de la légende ; il a figuré Judas pendu à 
une potence dans une lie placée août la zone torride 
qui selon lui devait correspondre k YUe de C Enfer 
de la légende. 

Pour terminer la description de l'Afrique de cette 
carte , il nous reste à parler des fleuves qu'on y re- 
marque. Cette partie n'est pas la moins curieuse. 
Un fleuve immense, qui prend 3à source dans les 
états du Prêtre Jean, traverse toute l'Afrique de 
TE. à l'O. , presque en ligne droite, il traverse le Maroc 
et vient se jeter dans Y Océan Atlantique , en face 
des lies Canaries ; deux autres bras se jettent dans 
la Méditerranée , l'un près des côtes de Syrie f et 
l'autre sous le méridien de Paru. Ce fleuve est le 
Nil systématique de la plupart des géographes et 
des cartes du Moyen- Age (1). 

Nous venons de décrire en détail les trois parties 
du Monde figurées dans ce curieux monument géo- 
graphique , examinons les îles. 

ILES. 

Toutes les îles figurées dans cette carte , à l'ex- 
ception de quatre n'ont pas de noms. 

(I) Voyez sur celle théorie du cours du Nil tome I", p. 304 el 275 
el dans le tome II. H approche* la théorie du cours du N il de celle 
carie et celle de la carte (V) Théodosienne ou de PeutittgeY. 



— 396 — 

Dans la Méditerranée on reconnaît d'abord à leur 
position la Sardaigne et la Corse , la Sicile passable- 
ment figurée, l'Archipel figuré par un grand nombre 
d'Iles , la Crète et enfin près de la côte de Syrie, 
nie de Chypre. 

Dans V Océan Atlantique on reconnaît le groupe 
des Canaries , peut être aussi Madère , les Àcares; 
plus à l'O. YAntillia et la Mon Satanaxio de h 
carte marine de Bianco , publiée aussi par Forma- 
leoni. Vers le N. sont Y Angleterre et Ylrlande, mais 
elles portent leurs uoms. 

Dans là Baltique* à l'entrée, est une petite lie; 
puis, presqu'au fond, l'Ile de Rugen, dont nous 
avons déjà parlé. Dans la Mer du Nord sont deux 
lies , peut-être deux des Orcades et une troisième 
plus grande et voisine de la Norvège , représentant 
sans doute Y Islande , mais déplacée. Toute la Mer 
Glaciale jusqu'aux extrémités de l'Asie est vide 
ainsi que Y Océan Méridional (1) jusqu'à Y Océan 
Oriental. A l'extrémité E. de ce dernier est une 
grande lie portant un édifice et deux bommes ; c'est 
l'Ile des Perles ( Ixola Perlina ) (2). 

Entre l'Afrique et l'Inde, une autre lie est nom- 
mée Ixole di Colombi, lies des Pigeons. L'Océan 

(1) Si on excepte quelques Iles marquée* eu face de YAb$ui**e. 
(S) Voyei aux additions. 



— 397 — 

Indien converti dans cette carte , en une Mer Mé- 
diterranéenne , est tout rempli d'Iles disposées sy- 
métriquement et parallèles les unes aux autres. 
Nous avons déjà parlé de cette multitude d'Iles 
dont plusieurs cartographes du Moyen-Âge rem- 
plissaient les Mers de l'Inde et la Chine. Dans 
une autre partie de cet ouvrage nous montrerons 
l'influence que cette théorie d'Iles innombrables, 
exerça sur Christophe Colomb. 

Nous ne terminerons pas cette analyse sans con- 
stater que les côtes de la Méditerranée , de Y Asie 
Mineure, de la Mer Noire avec la péninsule de la 
Krimée , celles de l'Espagne et de Y Europe occiden- 
tale ainsi que de la Baltique, dans cette carte, sont 
très remarquables par leur exactitude, si on les 
compare aux précédentes. Mais les côtes de l'Afri- 
que occidentale, au delà du CapBojador sont toutes 
factices et erronées , comme celles de Y Inde où on 
ne remarque pas trace des grandes saillies pénin- 
sulaires, preuve on ne peut plus évidente qu'avant 
les découvertes et navigations des Portugais, les 
cartographes ne connaissaient pas les vrais contours 
de ces immenses régions du globe. D'ailleurs cette 
Mappemonde comparée avec la carte d'Edrisi du 
manuscrit de la bibliothèque Bodleyenne à Oxford , 
offre une telle similitude d'éléments pour la configu- 



— 398 — 

ration de Y Afrique et de Y Asie Méridionale qu'il 
semblerait que Bianco a dressé cette partie de sa 
Mappemonde d'après celle du géographe arabe. 
Comme lui v Edrisi donne une configuration étrange 
à Y Afrique orientale , à la côte de Zengis et de &h 
fala. Chez Edrisi , Y Asie et Y Afrique forment aussi 
uu immense golfe représentant la Mer de Sind on 
de Hind qui , désignée comme un immense Archipel, 
s'étend de l'O. à TE. depuis l'embouchure de h 
Mer Rouge jusqu'aux extrémités orientales du 
monde connu. Nous aurons occasion de revoir cette 
étrange théorie lorsque nous serons arrivés aux 
mappemondes arabes des manuscrits d'Ibn-Wardi. 
Du reste , le prolongement au midi de ce continent 
jusqu'au méridien du Cathay , chez ces géographes, 
est une réminiscence de Ptolémée. 

§ CV 

XV- SIÈCLE. 

Happemonde dressée par Giovani Leardo, dans Cannée 4448, conservés à 

Vicence dans la Bibliothèque Trento. 

Ce monument géographique d'un cartographe vé- 
nitien n'a point été connu de Zurla , et son existence 
serait encore ignorée, si M. Lazari de Venise ne Peut 
retrouvé dans un de ses derniers voyages à Vicence. 



— 399 — 

C'est au zèle de cet estimable savant que nous de- 
vons le dessin dont s'est enrichi notre Atlas, 
et c'est lui qui en nous annonçant sa découverte au 
moment où il Toperait , nous a signalé le silence de 
Zurla , silence bien remarquable , puisque l'auteur 
de l'œuvre était vénitien. 

Cependant il avait été fait mention de cette carte 
dans un manuscrit original du célèbre doge Marco 
Foscarini (1) , lequel écrivait en 1750 ce qui suit : 
« Giovani Lear do, qui vivait en 1440 , exécuta un 
« planisphère sur peau de vélin ; on y lit cette ins- 
cription : a Leardius de Fenetiis me feeit anno 
« 4447 , le planisphère se trouvait chez Bernard 
* Trévisan ; Apostolo Zeno Ta vu plusieurs fois , et 
c il a été surpris de la beauté du dessin. » À cette 
curieuse notice , M. Lazari ajoute : » Giovani Agos- 
« tini , contemporain du doge Foscarini , dans un 
« de ses manuscrits, dit aussi qu'il se rappelle 
« avoir vu dans la maison de Trévisan , un planis- 
« phère offrant la représentation de tout le globe 
« de la Terre , entouré des Constellations ; dans un 
c coin de la carte , une légende indiquait le nom 
« de Fauteur et la date de l'exécution du monu- 
« ment (2). » 

(1) Bibliothèque de S. Marc, Cl. IX, Cod. lui. n° 125. 

(3) Manuscrit de la Bibliothèque de S. Marc de Venise, Cl. VI, n'â89. 



— 400 — 

Ces deux notices feraient penser qu'il a existé 
deux Mappemondes dessinées par Leardo, l'une 
dans Tannée 1447, l'autre Tannée suivante. Dans ce 
cas ce serait encore une question de savoir ce que la 
première est devenue (I). Le Fac-Sirnile de la se- 
conde» exécuté à Vicence. a été reproduit immédia- 
tement par la gravure, et fait aujourd'hui partie de 
la collection des monuments renfermés dans notre 
Atlas. 

Quoique la Mappemonde de Leardo soit déjà pos- 
térieure de quelques années aux premières décou- 
vertes des Portugais sur la côte occidentale d'Afri- 
que, elle n'appartient pas moins encore à la classe 
des monuments de la géographie systématique ; car 
les détails qui figurent sur ce point nous semblent 
être des réminiscences de Ptolémée. Nous l'exami- 
nerons du reste dans le cours de cette description. 

Cette Mappemonde parfaitement enluminée , est 
de forme circulaire. Les continents sont peints en 
blanc , excepté les deux terres polaires du Nord et 
du Midi , peintes Tune en rouge , Tautre en rouge et 
noir. Les trois parties du Monde sont désignées par 
leurs noms tracés en grandes lettres rouges; les 
noms de villes sont en noir. Les édifices représen- 
tant les villes sont pour la plupart peints en vert et 

(1) Lettre écrite par M. Laiari, le 27 juin 1890. 



— 401 — 



en rose foncé ; les montagnes , les unes en vert , 
d'autres en rose, et d'autres eu bleu ; les mers en 
bleu , et la Mer Rouge en rouge comme dans un 
grand nombre de cartes du moyen-âge. Les lacs , 
en bleu, en jaune, et en rouge ; les fleuves en noir ; 
les lies , soit en rouge , soit en jaune , soit enfin 
en vert ou en rose foncé. 

Aux angles inférieurs du plan , dans des cartou- 
ches , on lit du côté gauche Mapa Mondi , écrit en 
grandes lettres rouges ; du côté droit, Figura Mondi 
en lettres bleues. Au-dessous est la signature : Jo- 
hanes Leardus de Venetiis me fecit ab anno domini 
4448. 

Autour de la terre on remarque un calendrier et 
plusieurs cercles , dont le cosmographe lui-môme 
indique l'objet dans une grande note placée au bas 
de la carte et que nous transcrivons ici : 



«Per il Mapamondosopraschrito 
si po vedere chôme la Terra e le 
ixole stano nel in are. E moite pro- 
vincie e monti, el Hume principali 
sono nella le m. E il dia métro de 
la Terra sie mêla 6857 ? segondo 
Machobrioecellentissimo aslrologo 
e geumetricho , Vaqua cfrconscrfsse 
la terra, E il diametro de laqua 
sie meia 14796. E il diametro de 
l'aiere sie meia 31929'. E il dia- 
metro del fuogo sie meia 68 192}. El 
primo circholo che circonscrisse 

III 



Par la mappemonde dessinée ci- 
dessus on neut voir comment la 
Terre el les lies soni placées dans 
la mer , el beaucoup de provinces 
de montagnes, et de fleuves prin- 
cipaux sont indiqués sur la Terre. 
Le diamètre de la Terre esl de 
6837 ? , selon Mac robe , grand as- 
trologue el géomètre. L'eau envi- 
ronne la Terre. Le diamètre de 
l'Océan esl de U796 milles; celui 
de l'air de 31929 j milles. Celui du 
feu de 68191 f . Le premier cercle 

26 



— 402 — 



il sopraschrito mapamondo sie de : 
la raxo de la pasqua per ani 47 e i 
comença nel 1448 a dl 24 di raarço 
chonpie nel 1494 a di 30 março. 
Quando se troua letera M ne le 
chaxelle quel ano la pasqua vien ' 
de março quando si troua letera A j 
quel ano la vien daprille quando si 
troua letera B quel ano abiamo . 
Biiestro. El segondo zircbulo sie 
dei 12 mexi de lano, el terzo zir- 
cullo sie de 19 letere de lalfabeto 
per troua r la raxon de la Luna e 
cbalcliulada per senpre. El quarto 
zirchulo sie de i numeri di zorni di 
mexi. El quinto sic de le ore. El 
scsto sie di ponti. Poniamo voler 
sapere quando rinoua la Luna de 
mazo del 14A8. In tal mileximo 
abiamo chonchoren te letera R, don- 
cha richoremo al mese de mazo e 
trovemo letera R a lingiro trovc- 
remo a di 4, a ore 7, ce ponti 424, c 
a tanli di a le tante ore a i tanti 
ponti rénovera la Luna ; nel 1449 
averemo letera S; nel 1450 averemo 
letera T, nel 1451 averemo letera 
A el chosi si vedredo ogni ano 



qui environne ladite mappemonde 
sert à calculer l'époque de Planes 
pour 47 ans à partir du 24 mm 
1448 jusqu'au 30 mars 1404. Lon- 
que la lettre M se trouve dans la 
case, cette année le jour de Piques 
tombe au mois de Mars; tofffne 
c'est la lettre A, cette année le joar 
de Pâques tombe au mois d'Avril. 
Lorsqu'il s'y trouve une lettre B, 
l'année est bissextile. Le second 
cercle est celui des 12 mois de 
l'année ; le troisième offre 19 let- 
tres de l'alphabet servant à calcu- 
ler les lunaisons pour toujours (1). 
Le quatrième cercle est celui des 
jours du mois ; le cinquième celai 
des heures du jour;lesixièmeeelil 
des minutes. Supposons que nous 
voulions sa voir la date de la nouvelle 
Lune de mai 1448. A ce millésime 
correspond la lettre R (2); nous 
cherchons donc le mois de Mai et i 
la lettre R, dans le cercle environ- 
nant, nous la trouverons au 4 à T 
heures, 424 points. Ainsi à tel joar, 
telle heure , telle minute » il y a 
nouvelle Lune. Pour l'année 1449 



(1) Ces dix-neuf lettres représentent les dix-neuf années dont se 
compose le cycle lunaire, c'est à-dire le nombre d'années après les- 
quelles la nouvelle lune coïncide à peu près avec le commencement de 
l'année solaire. Ainsi la lettre A représente l'année où VépacteesiOto 
30, la nouvelle lune se trouvant le 1 er janvier; et ainsi de suite. No- 
tons que ce calendrier est encore celui de l'année julienne, l'année 
grecque et russe, que nous nommons aussi vieux style. 

(2) C'est-à-dire que l'année 1448 est la dix-septième du cycle lu- 
naire ; car la lettre R occupe en effet ce rang dans la série des dix- 
neuf caractères représentant la série des dix-neuf années. 



— 403 — 

sctorendouna tétera lano de questa nous aurons la lettre S; pour i'an- 

raxooe cbomença de cenaro, e il née 1450, la lettre T; pour l'année 

di cbomença a lo levar del sole, 1451 , la lettre A et les lettres re- 

lora sie ponli 1080. — Quando si commencent ainsi a partir de cette 

troua una letera 2 ûade in un dernière, chacune désignant une 



mexe, la Luna renova do flade 
quel mexe. » 



année. L'année désignée par A, la 
nouvelle lune est le premier jour 
de janvier au lever du Soleil , mais 
à 1080 points de la première heure. 
Lorsqu'il se trouve une lettre deux 
fois dans un mois , c'est qu'il y a 
nouvelle lune deux fois dans ce 
, mois. 

L'orientation de cette carie est la même que celle 
de la précédente , l'Orient en haut. Examinons 
maintenant la partie géographique. 

EUROPE. 

Les contours de la Péninsule Hispanique ne sont 
pas aussi réguliers que dans la carte de Bianco et 
dans celle du Chronicon antérieure de plus d'un 
siècle. Les noms qu'on lit sur l'Espagne sont ceux 
qui suivent. Santiagulo ( Saint-Jacques de Compos- 
telle) sur le Portugal; ainsi l'église du saint, célè- 
bre par les pèlerinages pendant la période du moyen- 
âge était, dans l'opinion du cartographe , un point 
géographique plus remarquable qu'un royaume tout 
entier avec ses villes , ses fleuves , ses monta- 
gnes, etc. Ensuite viennent Sevilia (Séville ), Gra- 
nata (Grenade), Mnlega, Cartagenia (Carthagène), 



— 404 — 

Lançai ara (1), Valença, Tortosa, Tarragona t & 
Barcelona. Pas un seul nom de villes sur les cAtes 
septentrionales de Y Espagne et de la Galice; m 
fleuves, ui montagnes , pas même les Pyrénées. 

Sur la France près de la côte de la Manche , on 
grand édifice indiquant la France, porte sur sa base 
le mot Francia; bizarrerie assez étrange d'indiquer 
un grand pays par un édifice. Ensuite les seuls 
noms dans toute la France sont ceux de Marseille 
et de Toulon , dont les ports sont indiqués par des 
points rouges comme un grand nombre d'autres 
dans les différentes contrées. 

Au N. de la France, un autre édifice indiqué de 
même Flandia , désigne la Flandre , au N. de la- 
quelle est le Rhin ( Renus ) , rattaché ici au Danube 
de manière h ne faire qu'un seul et même fleuve, 
dont une extrémité tombe dans la Mer du Nord et 
l'autre à TE. dans la Mer Noire (2), traversant ainsi 
toute l'Europe. Les pays et les villes indiqués au S. 
de ces deux fleuves jusqu'à la Méditerranée, sont 
après Marseille 9 Genova, plîicée assez régulièrement 
au delà des Alpes , représentées elles-mêmes par 
deux grandes montagnes qui donnent naissance à un 
fleuve tombant dans la Méditerranée , sans doute k 

il) Alcantara. 

(£) Voyez l'indication absolument identique de la carte de Rianro. 



— 405 — 

Rhône. Sur la Péninsule Italienne, à la suite d'un 
nom illisible viennent Fiorença ( Florence ) , Roma, 
Napoliy Salerno et Calavri (les Calabres). Au fond 
de X Adriatique est Venezia (Venise), patrie de 
l'auteur, et représentée par un grand édifice. Dans 
les provinces Illyriennes sont le Frioul ( Friuli ) et la 
Dalmatie (Delmada). Dans la Grèce sont Albania 
(l'Albanie); au S.-O., Morea, la Péninsule de la 
M orée , Salonichi (1) , M. Sanli ( le mont Alhos ) ; 
au S. E. Andrinopolis et enfin Constantinopolis. Le 
Danube dans sa partie occidentale porte son nom 
quoique assez incorrectement écrit. Près de ce 
fleuve est une grande forteresse crénelée , voisine 
du mot Bosna ( la Bosnie ) (2), Quoique le terri- 
toire de cette contrée soit arrosé par une multitude 
de cours d'eau , le cartographe n'en signale qu un 
seul, peut-être la Save. En revenant à la partie 
occidentale de l'Europe pour examiner tout le 



(1) Voyez t. H, p. 514. Sur les auteurs qui en onl écrit, vojez la 
liste dans VUnivcrsus Terrarumorbis deLassor « Varoa, tome II, p. 579. 
Parmi les descriptions nous signalerons celle de Vincent Goronelli, 
avec une carte. 

(2) Ce nom de Bosnie (Bosna) que nous n'avons pu encore signaler 
dans les caries antérieures, désigne une province de la Turquie d'Eu- 
rope, située entre la slavonie et la Croatie, et le cartographe l'a placé 
assez exactement au N. de l'Adriatique. La capitale est ttosnn-Srrat. 
Cette contrée faisait autrefois partie de VEsclavonic; ello devint vassale 
et tributaire des Turcs en 1401. 



— 406 — 

pays situé au N. du Rhin et du Danube, nous y 
trouvons : entre le Rhin et Y Elbe, près de h 
Mer du Nord, Adul (sans doute Jdulius Mon$) } 
à TE. Gus (1), Miren (Misnic), Drctia, enfin 
plus près du Danube, Praga et Boemia (h 
Bohême). 

Entre Y Elbe et l'Oder jusqu'à la Baltique sont: 
Guta Gorda (2), Schlavonia (3), Pursta ( Prussia), 
Sasonia { la Saxe ) (4) , Co/6er (6) , enfin près de 
Jutland-Dacia ( le Danemarck ). 

Entre Y Oder et la Fistule sont : Patonia, Osio, 
et Albige, noms assez méconnaissables. Près de 
ces villes est le fleuve Fuduna (peut-être Fulda). 
Nous pensons que le cartographe a confondu la 
Fistule avec le TVeser. Plus loin , à TE. sont 
Zudinner (6), Polav (la Pologne) (7), Pononia 
( la Pannonie ) , Podolia (8) , Transilvara ( Tran* 



(1) Indication ilgurant déjà sur la carie du musée Borgia, Guise 
( Gicssen. ) 

(2) Ptoléniée fait mention d'un peuple nommé Gutae. Le cartographe 
a peut-être voulu indiquer les Gauti-Goih mentionnés par Jornandès, 
nation très guerrière. 

(3) Voyez aux addition*. 

(4) Ibid. 

(5) Colbcro, peut-être Coblentz. 

(6) Voyez aux addition». 

(7) Ibid. 

(8) Ibid. 



— 407 — 

sylvanie) , d'où Fou entre en Russie ( Rosia ). Près 
de l'extrémité orientale de la Baltique est un grand 
édifice voisin du mot Rossia ( Russie ) ; il est placé 
à l'embouchure d'un fleuve dans la Baltique , pro- 
bablement la Neva, qui sort d'un lac sans nom , 
mais selon toute probabilité le lac Ladoga. A TE. 
est Betinia , non loin d'une chaîne de montagnes» 
M. Cipci (1). Les contrées au N. de la Neva, sans 
doute inconnues à l'auteur , ne sont pas nommées. 
A l'E. des montagnes le mot Venedisi désigne 
sans doute les Vendes ou Venèdcs, peuple de la 
Sarmatie, établi vers les bouches de la Fistule; 
mais le cartographe a mal placé le nom indiquant 
le pays habité par ces peuples. Au midi , près 
de la Mer Noire , le nom de Brachio 9 placé à 
l'O. d'un fleuve qui peut correspondre au Bo- 
rysthène et répété sous une autre forme, Bra- 
ticoj à l'E. paraît désigner deux bras du môme 
fleuve. 

A TE. sont Albana, Alana ( pays des Alains ) , 
Nagordia (2) , enfin, à FO. du Tandis, Lordo (3). 
Le Tandis ( Don ) , sort ici du lac Ladoga , lequel 
est peint en rouge. 



(1) Probablement les Monts Kihhées déplacés. 

(2) Voyez la carte du musée Rorgia. 

(3) Voyez la carte de Bianco. 



— 408 — 

Maintenant arrivés aux. limites de VJsie, il ne 
nous reste plus qu'à examiner les régions les plus 
septentrionales de l'Europe, la Norvège et la Suède 
qui paraissent confondues avec la Hollande et' sont 
remplies de noms difficiles à reconnaître. À TO., 
près de la Baltique , est d'abord Norvega , ensuite 
viennent Sucaber (1) , S char sa , Codifia (2) , Selon- 
dia (3) , Sozio (4), Sieclii (5), Erina (6), Sadece- 
flinci (7), et Aligrar (8). Là un fleuve , Fluvius No- 
lur (9), coulant du N. au S. tombe dans la Baltique. 

(1) Nous ne rencontrons pas pareil nom géographique dans la Nor- 
vège ; Sucabar auquel il ressemble était dans la Mauritanie Cém- 
rienne. 

(2) Est-ce le nom du sinus Codanus placé sur la terre ? 

(5) Selandia , nom d'une des lies Danoises transportée an midi de 
la Suède, 

(4) Sozio. Il s'agit peut-être des Suiones, peuples qui avaient une 
marine considérable d'après les auteurs anciens. 

(5) siechù Nous ne trouvons ce nom dans aucun géographe ancien. 

(6) Erina. Nous ne connaissons pas de pareil nom dans les régions 
du nord de l'Europe. 

(7) Sadeceflinct. Ce nom est visiblement corrompu. Cluvier ( Ger- 
man. Ant., p. 668 ), signale le Skrik-finner, peuple à l'occident de II 
Laponie. Il se fonde sur les expressions d'Adam de Brème : In eonfi- 
nio Sueonum vel yonnannorum contra Borcam habitant Suetifinni y et 
sur Saxo Grammaticus , dont la préface les signale dans la même con- 
trée. Dans notre carte le nom n'est pas placé contra Boream, mais cela ne 
prouverait rien contre la réalité de l'indication. Procope place iThule, 
un peuple appelé Suito-Finni. D'Anvillc, citant Paul Diacre, dit : «Ces 
Finois sont ainsi appelés à cause de la légèreté et de la vélocité de 
leur course sur la glace et sur les neiges ; ils ont des planchettes de 
bois sous les pieds. ( Géograph. Ane, tome I, p. 141.) 

(8) Voyez aux additions. 

(») Dans cette contrée nous ne connaissons que le fluvius Xolon. 



— 409 — 

Plus à l'orient est encore un grand fleuve , fluvius 
Turotes (!) , coulant aussi du N. au S. et tombant 
dans la Baltique. 

Ni parmi les noms des sept nations de l'Ile de 
Scanzia de Ptolémée, ni parmi ceux que Jornandès 
mentionne, ni même dans la carte des frères Zeni, 
de Venise, publiée par Zurla, nous n'avons pu ren- 
contrer les noms que Leardusn inscrits sur les régions 
Scandinaves. Après des recherches infinies sans ré- 
sultat, nous renonçons à leur trouver des corres- 
pondants ; c'est du reste ce qui est arrivé à plu- 
sieurs savants dont la sagacité a échoué sur ceux 
qu'on lit dans Jornandès. En effet , à quoi bon en- 
tasser des conjectures sans base solide ou fondées 
sur des étymologies forcées ? 

A l'extrémité N. de cette grande contrée , le car- 
tographe a figuré, comme ses devanciers, une im- 
mense chaîne de montagnes se projetant du N.-O. 
vers TE. et derrière lesquelles on lit : 



« In questa parte sla gente che 
no vedi il sole 4 mexi de lano. » (2). 



Dans cette partie habite un peu- 
pie qui pendant 4 mois de l'année 
ne voit pas le soleil. 



(t) Voyez aux additions. 

(2) Jornandès dit que les Adogit qui habitent la partie septentrio- 
nale de la Scanzia, jouissent au milieu de Télé pendant quarante jours 
et quarante nuits sans interruption de la clarté du soleil et qu'ils en 
sont complètement privés l'hiver, pendant un égal nombre de jours et 
de nuits. Ca joie alternant ainsi avec la tristesse , cette nation n'est 
égale anx autres ni par ce bienfait , ni par cette privation. Et pourquoi 



— 410 — 

Toute l'immense zone de terre située au N. depuis 
le fleuve Turotes jusqu'à l'extrémité N. de Y Asie, 
est figurée dans la carte comme un pays désert 9 et 
sur toute cette région , on ne lit que les mots sui- 
vants écrits en gros caractères et à l'encre rouge. 

« Dixerio dexabitado per Credo.» | Désert inhabité à cause du froid. 

Terminant la description de Y Europe de cette 
carte , nous passerons à Y Asie. 

ASIE. 

Si un grand nombre de noms géographiques de 
l'Europe sont méconnaissables dans cette carte , la 
plus grande partie de ceux de l'Asie sont encore 
plus altérés , et de telle sorte» qu'il nous a été im- 
possible de les rétablir. Un grand nombre sont des 
noms tartares et persans transformés en vénitien. 
Le nom môme de mer d'Abachu, donné à la Cas- 
pienne, prouve que le cartographe a puisé à des sources 
persanes ou arabes , ou bien qu'il a copié des 

cela ? (ajoute-t-il), parce que, dans « les jours les plus longs, les peu- 
ples voient le soleil revenir à l'orient par le bord de son axe , (qui* 
prolixioribui diebus solem ad orientent per axis marginem vident redeu*- 

tem ) dans les jours les plus courts, ils ne voient pas le soleil de 

cette manière , mais autrement , parce qu'alors il parcourt les signes 
antarctiques , et cet astre , qui nous semble s'élever d'en bas parait à 
leurs yeux faire le tour de la lisière de la Terre. » ( Jornandès, de Ré- 
bus Geticis.) 

Nous avons transcrit ce passage afin que le lecteur le rapprochât des 
passages de quelques géographes anciens et des légende^ d'autres 
cartes, mentionnés tome I er , p. 18 et 59, note 1, et tome II, p. 84 à 86 



— 411 — 

cartes plus anciennes où ces noms orientaux se 
trouvaient probablement déjà défigurés. Nous en lais- 
sons l'analyse à la sagacité des savants vénitiens, 
uous bornant à les transcrire afin de donner la des- 
cription complète de cette carte. 

Outre les fleuves qui sortent du lac Ladoga , et 
dont nous avons parlé plus haut, on en remarque un 
autre qui coule au nord de l'Asie , dans la direction 
de TE. à TO., à travers la grande région déserte ; ce 
fleuve, qui a sa source dans une chaîne de monta- 
gnes que l'auteur appelle mons Norones (1), et vient 
se jeter dans le lac Ladoga , ne saurait être que le 
Rha (le Volga). Le cartographe n'avait que des 
idées tout à fait vagues et erronées à l'égard , non 
seulement des sources, mais aussi du cours du Volga; 
il devait savoir toutefois que différents canaux com- 
muns à ses affluents et à ceux de la Neva, établissent 
une ligne de communication entre la mer Caspienne 
et la Baltique. A l'extrémité E. du fleuve, au nord 
sont deux villes, Ezina (2) et Alba (3). 

(i) Sans doute le Noronus des anciens (VOurtl). 

(2) Marco Polo dit qu'Bzina est près du désert de sable vers le nord 
dans la province du Tangut ( voyez Marco Polo, chap. LXIH, édit. citée. 
Voyez Marsden ( Marco Polo) , p. 186 et 1S7. Cette ville s'appelle en- 
core Etêina. — Ci. Pétis de la Croix et de Guignes, cités par Marsden. 
Nous avons déjà vu cette ville plus haut, p. 270, dans la mappemonde 
du cardinal Borgia. Rapprochez de l'intéressante note de M. Lazari , 
p. 318 de son commentaire sur Marco Polo, Venise, 1847. 

(3) Alba. Nous ne trouvons pas de ville qui puisse correspondre a ce 



— 412 — 

Eu revenant aux régions situées entre la mer 
Noire et la mer Caspienne , et au N. de ces deux 
bassins , nous trouvons Dernia (1) et Tinser (2). 
A TE. de cette dernière sont deux montagnes, mon* 
Alani (3), et plus au midi mons Nipt (4). À TE. 
de ces montagnes sont deux autres villes , Zete- 
ran (5) et Tacoba (6). Cette dernière est placée près 
d'un lac et d'un bras du Rha, qui tombe dans 
la Caspienne. Au N. du fleuve , mais au sud de la 
branche principale sont rangées plusieurs villes; 

nom dans ces parages ; peut-être est-ce l'antique Alton* fondée par 
Alexandre , s'il faut en croire les habitants et les relations des voya- 
geurs italiens. Voyez sur Albana, plus baut p. 67. 

(1) Dernia. peut-être Dama, Dernc daus le Schirwan. Voyez Ritter, 
Erdkundcvon Asien, IX, 415, 420, 465. Le Schirwan ou Chervan est une 
contrée de l'empire russe au S. du Daghestan et a l'E. de la Géorgie. 
Ce pays, YAtropatène des anciens, était compris dans l'Albanie. 

(2) Est-ce Tzeuster qu'Oléarius signale parmi les villes persanes? 
(Voyages, tome I, p. 523). Rapprochez de Tuster dans Katancsicb, 
Comment, de la Table Tliéodosienne, t. II, p 405. 

(5) On trouve dans la carte de Cellarius, Alani Montes placés par le 
60<> degré de latitude Nord. Nous pensons que c'est l'Alain. 

(4) Ces montagnes ne peuvent pas être les Asp>'sii Montes de la carte 
de Cellarius. Nous pensons plutôt que ce nom doit se rapporter au 
Niphates qui bornait la Médie à l'occident. 

(5) Zeteran. Comme dans l'ancien dialecte vénitien le G était rem- 
placé par le Z, il est possible que le cartographe ait voulu indiquer une 
ville dont le nom commence par G, à moins que ce ne soit la province 
de Zandardan de Marco Polo. Nous connaissons une ville nommée 
Getraide dans le Kaferistan. Peut-être même est-ce Catan ou enfin Té- 
héran. Rapprochez de la note p. 559 de M. Lazari (Marco Polo). 

(6) Tacoba. Nous ne connaissons pas de nom géographique qui puisse 
correspondre à cette indication dans ces parages. Ce n'est pas TaceU 
de Y Inde dans la Chersonèse d'or. Il se pourrait que le cartographe 



— 413 — 

la plus occidentale est nommé Bargo (t), celles qui 
suivent, Hornie, Pacexa, Sala , et enfin Choix (2). 
A l'E. S.-E. de la dernière est Meig (3) et à l'E. 
de celle-ci sont Fugure ou Fugire (4) et Zino- 
galel (5). A PO. de ces deux villes sont figurées 
les montagnes Cas piétine s ( M. Gaspio) (6), et à l'O. 
de ces montagnes est une ville nommée Marmorea (7). 
A l'O. on lit : dixerio de zornad 30 ( désert de 

ait voulu indiquer Taican de Marco Polo (chap. XIX, voyez p. 501 du 
commentaire de M. Lazari , la noie} ; mais ne sei ail-ce pas plutôt 
Tachhend, ville située sur les bords du Tchiri-Chik, affluent du Sir ou 
Sihoun. (Voyez Malte-Brun, VIII, p. 5128); et effectivement cette 
ville se trouve placée près du fleuve dans la mappemonde que nous 
analysons. 

(i) Nous rencontrons dans la géographie ancienne le nom de Bagous 
( Bsrrûo; ). Nous pensons que ce nom peut correspondre au Bargu de 
Marco Polo, contrée de la Tat tarie. ( Voyez Marco Polo, chap. LXXI.-— 
Cf. Marsden, note 423, p. 221 et rapprochez de la carte deTartaric 
de Lassor, t. IL p. 554. 

(2) Choix. Nous rencontrons dans Olearius ( Voyages, t. I<", p. r»23, 
une ville de ce nom, Choi parmi les villes de la Perse. 

(3) Meig, peut-être Mcckriti de Marco Polo, Mcditae dans l'édition la- 
tine, voyez Marsden, p. 220 et note 424, p. 221, ou bien Mennig. ( Por- 
biger, t. II, p. 599 (?). 

(4) Peut-être Fugill, capitale de la province de Fo-kien ou Tucui 
dont parle Marco Polo. (Chap. LXIX). Rapprochez du commentaire de 
Marco Polo, p. 578. 

(5) Ce ne peut être Zitkesel de la Mésopotamie, uous pensons que ce 
serait plutôt Zinnober de la Paphlagonie (voyez Forbiger, t. II, 

p. 399). 

(6) Sur les montagnes auxquelles on donnait le nom de Caspienne** 
voyez dans les tables le mot Montagne. 

(7) Marmorea, peut-être Maureaner de la carte de Tartarie de Lassor, 
ce qui semble d'autant plus probable que nous rencontrons à l'E. h» 
Désert. 



— 414 — . 

30 jours de chemin ). Ce désert nous semble cor- 
respondre , non pas au Desertum Nogaicum de la 
carte d'Oléarius, entre le Caucase et le Volga, mais 
bien au désert placé plus à TE. dans la carte de 
Tartane de Lassor, sous le nom de Desertum Apa* 
tac hit. A l'O. est la ville de Grizea (1). Des contrées 
au nord de la Caspienne si nous passons à l'occident 
de ce bassin , nous trouvons la ville de Cavi , puis 
Samachi, dans laquelle nous croyons reconnaître 
la Sumachia d'Oléarius (2) et de Le Bruyn (3). A l'O. 
de cette ville , est Derbent nommée Porte Ferre 
( Portes de Fer (4) et placée près d'une grande mon- 
tagne sur laquelle figure l'Arche de Noé ( CArcha de 
Noe). La montagne porte le mot avogar: ce mot 
indique-t-il que l'arche a été portée par les vagues 
jusqu'au sommet de la montagne ? (S). Nous ne pen- 

(1) Nous rencontrons seulement Grazia près de lindus. 

(2) Oléarius (Voyages, t. II, p. 583), rapporte que Pierre Bizarro, dans 
son Histoire de Perse, etJosophat Barbaro, dans son voyage, la nomment 
tantôt Sumachia , tantôt Samachia, et que les Espagnols l'écrivent Xê- 
machi. Il y a des géographes qui la mettent dans leurs cartes au des- 
sous de Derbent , d'autres la placent au-dessus, et d'autres encore la 
signalent deux fols de peur d'y manquer. Le nom, selon la prononcia- 
tion persane, est Scamachié. L'auteur de notre mappemonde l'a placé? 
au-dessus des portes de Derbent, Oléarius donne la vue perspective de 
cette grande ville. (Vol. cit., p. 592). 

(3) Corneille Le Bruyn, Voyages, t. V, p. 209. 

(4) Voyez t. II, p. 224 et plus haut, p. 155,191. — Cf. Ritter, Brd- 
kundevon Asien, t. VIII, p. 118, 456, 482, 486. 

(5) Oléarius donne une vue perspective de VArarat, t. I, p. 49.V 



— 415 — 

9 

sons pas qu'il soit possible d'y retrouver le nom 
iïArarat. Au-dessous, sur les bords de la mer Noire, 
est Sovallo poli, dont la position est celle de Sebas- 
iopol, ville de la Colchide, aujourd'hui Isgaur, qu'il 
ne faut pas confondre avec la ville russe de Sevas- 
topol dans la Krimée, pays dont elle est à une grande 
distance dans cette carte. 

A l'O. de la Caspienne est aussi la ville d'Aba- 
chu (la Bakuje d'Oléarius), et dans les parages méri- 
dionaux se lisent les noms suivants : Tunis (1), Go» 
dohi (2), Isnaur ou Elsiaur (3), Galen (4), Alexan- 
dra (5) et Disian , peut-être le Chilan de la carte 
de Jansonius (6). Arrivés à cette ville, nous 
rencontrons le fleuve Oxius qui se jette dans la 



(1) Tarris nous semble être Tauris (Tabriz). Voyez la description de 
Marco Polo (Marsden), p. 71 et noie 145, p 72. Mais cette ville est 
déplacée ici. 

(2) Godohi, nom mal écrit, pourrait correspondre a Cabris de la carte 
de l'empire et des expéditions d'Alexandre, publiée par Delisle, en 
1731, mais nous trouvons plus d'analogie avec le Zvydi de Strabon, le 
Eincoi d'Arrien. La carte du t. III des Voyages de Corneille Le Bruyn, 
signale dans ces parages la ville de Golsoje que Leardus a probablement 
convertie en Godohi. Ritter cite aussi Goodo-Khoto (Asien, t. 11, p. 476). 

(3) Itnaur ou Elsiaur. Dans ces parages la carte du voyage du comte 
Potocki, 1. 1, signale Kazi-Yourt. 

(4) Peut-être Gelae (voyez Forbiger, t. II, p. 451).— Cf. Pline, liv. 
VI, chap. 16 et 18. 

(5) Probablement Alexandrie ulthna de la carte de Cellarius. Rappro- 
chez de la mappemonde d'Hereford, t. II, et de Katancsich, commen- 
taires sur la Table Théodosienne, t. II, p. 387. 

(6) Djigian ou bien Gilan. 



— 416 — 

Caspienne et dans lequel se reconnaît YOxus. Les 
villes placées au N. de ce fleuve et à l'orient de la 
Caspienne sont Orgacia fane (1), Organa (2), 
Anamoi ou Orgacia Vamoi (3) , Zayaspa (4) , &i- 
maria (5), fluvius Ixarto ( Iaxartes ) et Sosagoma. 
L'Iaxarte est figuré comme un affluent de l'Oxus; 
il reçoit uïi petit fleuve nommé Fluvius Baseaiis qui 
rappelle le nom d'une ville, Basislis, sur l'Oxus dans 
la Bazarie, et enfin à TE. dans la partie supérieure 
de son cours il prend le nom de Danas , qui offre 
les éléments du nom de Daix, affluent septentrional 
de la Caspienne chez les anciens. On peut se con- 
vaincre ici de l'incroyable confusion qui existait dans 

(1) Peut-être Cratia (voyez De administrando Imper io, p. 28), mais 
ici le nom tout à fait déplacé ne saurait correspondre à la vilte men- 
tionnée par Constantin Porphyrogénètc ; il est plus probable que c'est 
Scachcrfunan, mot de la langue indigène qui signifie ville des Grecs 
(voyez Le Bruyn, t. IV, p. 9). 

(2) Organa, eu égard à sa position ici, ne saurait désigner Or garni, 
peut-être est-ce Y Organes de la carte de Jansonius. 

(3) Nous ne pouvons pas trouver de correspondant à ce nom ; oo 
connaît bien Ammodi dans la Mésopotamie, et Amol au midi de II 
Caspienne. 

(4) Zaryaspe. Ce nom correspond peut-être à Zariiatpa de Ptolémée. 
Nous rencontrons dans une carte de Jansonius Zibaipa a peu près dans 
ces parages. Zayaspa, nom corrompu, nous semble pour la position, 
devoir correspondre à Zadràcarta ( \oyez Mannert, t. IV, p. 437), dans 
Ynyrcanie ou bien à la Zanitadc Le Bruyn. 

(5) Ce nom est complètement défiguré. Est-ce Sacar ia (Sikaria)? 
Voyez Katancsicb. Comment, de la Table Thêod., t. Il, p. 13 ). Nous 
voyons cependant dans VHyrcanie \z Samariana de Ptolémée, et nous 
pensons que c'est ce que le cartographe a voulu signaler. 



— 417 — 

les idées des géographes du moyen-âge, relativement 
aux fleuves qui se jettent dans les bassins de la mer 
Noire et de la Caspienne; ils les reportaient» 
sans aucun discernement, d'une mer dans l'autre (1). 
On pourrait aussi reconnaître le nom de Damnae 
des cartes anciennes de la Scythie , appliqué ici à 
un fleuve ; mais il est à peu près impossible de ré- 
soudre ces problèmes , et nous nous bornons à ap- 
peler l'attention des savants sur ces points qui of- 
frent le mélange mal digéré des éléments de la 
géographie ancienne et des notions apportées par 
les voyageurs. Le grand cours d'eau que nous venons 
de remonter prend sa source dans un lac obloug, que 
le cartographe a eu le soin d'indiquer par son 
nom , Lacus Issicol (2), Au S. de ce bassin sont : 
Fatai (3) et Elcia(i) ; au N. Sindacia (5), Lop (6); h 



(1) Peut-être y a-t-il confusion ici entre le Dnieper (Danasper) et un 
autre cours d'eau. 
(S) Sur le lac Issicol, voyez plus haut p. 275 et 276. 

(3) Fatai. Rapprochez ce nom de celui de Fatfu dans Ritter ( Asien, 
t. VII, p. 495.) Peut-être esl-ce Vlatus transformé en ville. 

(4) Elcia y peut-être Eltgia dans Y Arménie ; ou Zitin, la Scylhie. 

(5) Sindacia est peat-êlre le Sindacui de Marco Polo (chap. LXXIV) 
ou bien Sindar (Zindar) dans le Kurdistan, Rapprochez de Ritter, 
Asien , U XI, p. 589. 

(6) Lop. Marco Polo rapporte que c'est une grande ville par où on 
entre dans le Désert de Lop. Elle appartenait au Grand Khan (Marco Polo, 
édit. de la Société de Géographie, chap. LYII, p. 52). Le désert de 
Lop est le désert de Kobi. La ville de Lop se trouve marquée dans la 
carte de Le Rruyn. 

ITI 27 



— 418 — 

l'E. Tigramor (Tigranocerte) (1), et enfin au N. N. E. 
Fraturo Sucaber (2). En poursuivant toujours vers 
l'E., nous trouvons Rabexsor (3), puis près d'un 
grand golfe de l'Océan oriental (4), Catipiton ou 
Canpilon (5) et Ranocie ou Tanove, nom voisin d'une 
montagne. Tout le pays à PE. de celte ville est cou- 
vert de montagnes et on y lit les noms suivants : 
M. Iambi (6) 9 M. Auri ( monts d'Or ) si nous avons 
bien lu (7), ou M. Arsi, M. Mans ( Imaùs), 
M. Tacrireif (8), M. Oloroco (9) et M. Soman- 

(1) Tigranocerte, ville d'Arménie, fort déplacée ici. 

(2) Par ce nom tout a fait altéré, nous ignorons si l'auteur a vonli 
indiquer Sandrabatis. ( Rapprochez de Forbiger, t. H, p. 515.) 

(3) Nous ne connaissons que Rabahi dans le Kurdistan ( voyez Ritter, 
Asien, t. II, p. 170.). 

(4) Ce grand golfe correspond au sinus Oceani Orientais de la carte 
de Cellarius qui porte le titre de Sq/thia et Serica. 

(5) Catipiton. Est-ce le Capition de Marco Polo, le Kantsiàu de 
Car pin? 

(6) M. iambi, nom visiblement altéré par le copiste, semble indiquer 
par sa position le Tcha-Moulari qui a 26,500 pieds de hauteur. (Voyez 
Life ofsir William Jones, par lord Teignmouth, p. 253. Dans la carte 
de Jansonius dédiée à l'évoque d'Oxford, nous avons à l'E. de la chaîne 
de Vtmaûs, une chaîne de montagnes nommée Aninubi tnons. 

(7; Cette position du Mons Auri s'accorde avec celle que signale U 
carte du X e siècle de la Cotlonienne ( voyez t. II, p. 63 ). Sur la ville 
de Mien, voyez Marco Polo, chap, XLIV de Marsden et la note 874 de 
ce savant. Les Monts d'Or des Indiens portent le nom équivalent chez 
les Chinois et les Mongols (Malte-Brun, Précis, etc. t. IX, p. 499). 

(8) Le mont Tacrireif semble être le Mus-Tagh des Turcs et des Tir- 
tares (imaûs des anciens) que la traduction en vénitien a rendu mécon- 
naissable. 

(9) Ce nom est aussi estropié. Nous pensons cependant que le car- 
tographe l'ayant placé près du Tagh, il a peut-être voulu indiquer les 



— 410 — 

mor. A TE. du lac Issicol sont d'autres Portes de 
Fer (1), près de la chaîne que nous venons de men- 
tionner. A TO. de ces portes , près de deux colonnes 
rouges on lit : Tra toede Alexandro , mots indiquant 
sans doute la limite de l'expédition d* Alexandre vers 
le nord (2) , là môme où les géographes signalent 
Alexandria ullima. 



montagnes iïOttara~Kouru, Vottorochras des anciens ou les montagnes 
du nord dans le Tibet, car le nom môme signifie hauteur du nord selon 
quelques auteurs. 

(1) Ces Portes de Fer sont différentes de celles deDerbent. Ce dernier 
défilé a donné lieu à des erreurs géographiques. On Ta souvent con- 
fondu avec un autre qu'on aurait dû chercher dans la Bouhkarie au 
delà du Djihoun. Celui-ci s'appelait comme l'autre, la Porte de Fer et 
se trouvait près de la ville de Termed sur le Djihoun dans la province 
de Batk. Les géographes arabes, Edrisi et Aboulféda, confondent sou- 
vent ce passage avec celui de Derbent ( voyez Busching , Magasin 
géographique, V, p. 308, Edrisi de Jaubert, (et Histoire de 
Timur, p. 3 et 33). Clavijo a décrit ce passage de l'Inde à Samarcande 
(voyez Hist. del Gran Tamerlan, p. 140 et 141). Cf. Sainte Croix, 
Examen des Historiens d'Alexandre, p. 688, 689, 690, 691, 819, 862, 
886 et la carte de la Perse de Delisle, publiée en 1724. 

La carte de Plolémée (édition de Rome de 1508) , désigne les Portes 
de Fer qui correspondent à celles-ci sous le nom de Porta? Sarmat'cœ ; 
et les figure entre les Monts Cérauniens et le Caucase. Dans une coupure 
de cette chaine au midi, on remarque encore sur la même carte d'autres 
Portes: ce sont k>s Porte s Albaniennes. — Cf. Forbiger, Handbuch der 
Alten Géographie, t. II, p. 47, note 92. Rapprochez de Katancsich ( Ta- 
bula ttineraria, Comment, de la Table Théod., t. Il, p. 380 et 381). 
Voyez Notice sur tes Portes Caspiennes, tirée des manuscrits de feu Hom- 
maire de Hell, avec un dessin de ces portes fait sur les lieux, par 
M. Jules Laurens, compagnon du savant voyageur dont nous regret- 
tons la perte. Bulletin de la Société de Géographie, cahier dedéc. 1851. 

(2) Ces colonnes se font remarquer aussi dans la carte de l'édition 
de Ptolémée de 1508. 



— 420 — 

A TO. est une montagne nommée M. Tanaiomedo, 
peut-être Taurornedo (1). Au S. de YOxus , en haut 
rers l'O., nous lisons sur ce fleuve les noms sui- 
vants : Margana (2), Melagit (3), Batasan (4), Or- 
cania (Hyrcania, ce ne saurait être Orchasa), So- 
sius (5), Parchia (Parthia, pays des Parthes, le 
Corkan des modernes) (6). 

A TE. de YOxus est un lac sans nom d'où sort un 
grand fleuve qui va se jeter dans l'Océan indien par 
quatre embouchures , fluvius Tredicus ( Indiens ) , 
c'est l'Indus (7) ; il traverse l'Inde déserte ( India 
déserta ) , c'est-à-dire la Regio déserta , entre la 
Parthia et la Pamania (8), sur laquelle est le mot 
iritutaia , pour nous inintelligible , à moins que ce 



(l) Ces montagnes pourraient être, par leur position, celles de VAlui. 
(i) Mtrgmna, probablement la Mtrgimne, contrée de la Perse qui fai- 
sait partie de la Bmcnitne. 

(3) MeUgit. Noos ne connaissons que Melaik dans l'Arménie; il bot 
lire peut-être Mesmgit (Massagètes ). 

(4) Batmsam. Ce nom se trouve très près de celui de Mmr$mm 
( Margiane) , il y a lieu de penser qu'il désigne la Bmctriane, car nous 
ne connaissons pas dans ces régions de nom semblable. 

(3) Sostus. Nous pensons qu'il faut lire ici Susfa. 

(6) Voyez pour l'histoire ancienne de ce pays, l'ouvrage de Heeren, 
Dm Commerce, etc., 1. 1, p. 510. 

(7) Ce nom est complètement estropié. Ce même fleuve se trouie 
marqué dans la carte d'Ortelius, sous le nom de Sinthus fiuwius.i Orte- 
lins. edit. de 16*4) ou plutôt de Ttlicut. Rapproches de Forbiger, 
t .11, p. 465. Ce fleuve est nommé dans Ammien, p. 23-6. 

I*) Rapproches de la carte de l'Atlas de Spruner : Beçwtm .lUxtniri 



— 421 — 

ne soit trisulcia (à Irois vallées), ce que nous 
sommes loin de garantir. 

Le fleuve est bien Y Indus , car c'est la première 
grande rivière qui débouche dans la mer Indienne à 
TE. du golfe Persique ; et les deux lacs figurés dans 
la carte sont alors les lacs élevés de Raouan et 
Mana-Saravora. 

Un autre fleuve, le Mandas ou Manous (1), ayant 
sa source dans les lacs à TE. et coulant parallèle- 
ment à Tlndus , vient se joindre à l'un des bras du 
grand fleuve près du delta formé par son embou- 
chure. A TE. sont deux grandes forteresses et les 
noms suivants tout à fait méconnaissables; Batafu (2), 
Llana, Rablera (3) et Bar en (4) . Ces villes sont placées 
ici dans le Catais ( Cathay ) signalé par une forte* 
resse au milieu de laquelle on lit ce nom mal écrit. 
Au delà du Calhay on ne rencontre que le Paradis 
Terrestre dont nous parlerons ailleurs. Parallèlement 

(1) Manous. Dans la carte de l'Inde de Lassor, ce Ûeuve porte le 
nom de Mandrona. Dans les cartes de Ptolémée ces parages offrent 
le fleuve Mœsolus. 

(2) L'empire de Balafu est peut-être le royaume ôeBadachsckaun dé- 
placé. Rapprochez de Marsden ( Marco Polo, p. i32, note 264). Voir 
dans Ritter, t. X, p. 846. 

(3) Nous pensons que ces mots dont le cartographe a fait deux 
villes désignent peut-être Altahabad, près du Cathay ou Zabla (Sabla) 
dans le Chusistan. 

(4) Sur cette ville, voyez Ritter, Atien, t. IX, p. 158, 160, 161, 166, 
292, 523, t. X, p. 56, XI, p. 1024. 



— 422 — 

au dernier fleuve mentionné, et non loin du mot 
EUi ( Dehli ? on rencontre dans Marco Polo, l'in- 
dication d'un royaume sous le nom à' Eli, mais près 
de la côte), un autre fleuve dans YIndoustan coule 
de l'E. à 1*0. Entre ce fleuve et Y Indus sont 
les villes suivantes : Merzanor (1) , Vùtosoir (2), 
Cura (3), Ferequanor (4), Silabor (5), Marcaa- 
lie (6). A l'E. de Dehli est un fleuve qui corres- 
pond au Djemna (7) et près duquel on lit : Co- 
rinos (8). Ensuite se succèdent vers le S. E. près de 
la mer Indienne , les villes suivantes , Cosute , 
Cael, Outisili ( ou Noutousili ) , Bifolsi , Parti. 
Cette dernière est placée près d'un golfe en face 
d'une autre ville nommée Rilre. Près du Gange on 
lit: 

• Qui nase la noxa dindia (9). » | Ici naît la noix de l'Inde. 

Ensuite viennent Mabobin, Ugorina, puis une 

(1) Peul-étre Hirzapour au S.-E. d'Allahabëd sur le Gange. 

(2) Nous croyons que c'est Visapour dans Vlndousian. Il n'y a pas de 
Visosoir indiqué dans les caries. 

(3) Ce nom est tout à fait méconnaissable; si le cartographe a voulu 
indiquer la Caramanie y il l'a étrangement déplacée. Ce ne peut être 
tara de la Mésopotamie et encore moins celle de V Arménie. 

(4) Voyez aux additions. 

(5) Rapprocher de Silbcs dans Rilter. (Asien, t. IV, p. 294). 

(6) Voyez aux additions. 

(7) Ibid. 

(8) Corinos, peut être tulini, le Kalli-Naddy qui a sa source dans 
Vttimulaya. 

(0) [Vous pi* usons que c'est la noix muscade (Vymficn moschata). 



— 423 — 

grande ville située près de l'embouchure d'un 
grand fleuve , et nommée Angata ( 1 ), peut-être 
Agra (2). Le fleuve dont nous venons de parler , 
est , selon nous , le Gange. Il parait ici prendre sa 
source dans les montagnes placées au N., et en effet 
il sort de Y Himalaya (3). Entre le bras oriental et 
le bras occidental de ce fleuve est un troisième 
cours d'eau qui a sa source dans un lac au N. Entre 
ces fleuves on lit : 

« Qui predico san Tomaxo. » | Ici a proche Sainl-Thomas (4). 

Près de la côte on voit deux villes, Cansar (5j, 
et à TE. Cartim (6) et le mot Merifrun. Le dernier 
fleuve k TE. près de cette ville est nommé F. Prio- 
lada (7). A TE. de ce fleuve est une grande monta- 
gne , mons Jacandria (8) occupant une région nom- 

(1) Voyez aux additions. 
(*) Ibid. 

(3) Il prend sa source dans l'Himalaya, se jette d'une hauteur de 
six pieds dans un grand bassin nommé la Bouche de la Vache, bassin 
creusé par les eaux et auquel les pèlerins indous vont puiser les eaux 
réputées sacrées. 

(4) Voyez ce que nous avons écrit a ce sujet a la p. 280, note 2. Nous 
ajouterons ici que Marco Polo le mentionne dans la province de Ma- 
labar. Voyez Marsden (Marco Polo), p. 648 et la noie 1316 et 1317 de 
ses Commentaires, oit ce savant a transcrit les passages que rapportent 
a ce sujet Barboza dans ses relations, l'auteur de V Histoire du Chris- 
tianisme des Indes du père Paulino de S. Barlolomeo, etc. 

(5) Cansar. Sur ce nom voyez Cansar ou Gamfar dans l'Asie de 
Ritter, t. X, p. 440. 

(6) Cartim peut-être Carthan ou Kartan. 

(7) Voyez aux additions. 

(8) Ibid. 



— 424 — 

mec Predoni Regio (1) à l'extrémité orientale de 
Wlsie. Au N. de la montagne on lit Tmdar us (ou 
Sindarus (2). 

A l'extrémité orientale , en dehors de Y Asie, se 
voit , comme nous l'avons dit, le Paradis Terrestre 
(Paradixo Terrestro écrit à l'encre rouge). Le car- 
tographe a eu la fantaisie de le représenter par 
une place de ville bordée d'édifices ou de palais avec 
une grande colonne au fond. 

Nous venons de parcourir toute la partie sep- 
tentrionale , la partie orientale et la majeure partie 
de la côte méridionale de l'Asie , il nous reste à 
décrire les régions avoisinant le golfe Persique, 
Y Arabie , la Palestine f la Syrie, et Y Asie Mineure. 
Le golfe Persique est ici peint en bleu. La Perse est 
signalée par les mots O. R. de Psia 9 le royaume de 
Perse, ayant h 1*0. /?. Odim (le royaume d'Odim) (3). 
A l'O. est un fleuve qui a sa source dans un lac et se 
jette dans le golfe Persique. A l'O, de celui-ci on lit 
Feruxiana (4), puis Imperio Asiorum ( empire d'As- 
syrie ) ; le Tigre et YEuphrate se jettent aussi dans le 

(1) Voyez aux additions. 

(2) Le Tindarus est peut-ôtre le Tyndis. 

(5) Nous pensons que c'est le royaume à'Aoudh % jadis Tune des plus 
considérables et des plus florissantes contrées de l'Inde. 

(4) Pctit-âtre la Susiana, contrée a laquelle ce nom peut correspon- 
dre par sa position dans la carte. 



— 425 — 

golfe Persique. On entre ensuite à l'O. dans V Arabie 
et dans la Palestine. Au N. du golfe Persique sont in- 
diquées T Arabie déserte ( Arabia dixerta ) , Caldea, 
Syria , Tjordan ( Jourdain ) ( I )• Ce fleuve est ac- 
compagné de trois lacs ou bassins au lieu de deux. 
Jérusalem est figurée par une grande tour auprès 
d'une espèce d'église surmontée d'une croix , pro- 
bablement pour représenter l'église du Saint-Sépul- 
cre. Celte ville est placée au centre de la terre (2). 
Près de la côte de la Méditerranée on lit deux 
noms fort altérés , représentant sans doute , Beth- 
léem (3) et Jéricho (4). A l'O. de Jérusalem sont : 
Filislra ( peut-être pays des Philistins ) , puis Ni- 
sibi{Nùibe){6). 



(1) Au sujet du Jourdain voyez Linch. • Expédition to the Jordan.* 
Rapproches la figure du Jourdain de noire carte avec celle que donne 
le voyageur américain, p. XX de l'ouvrage cité. 

(S) Voyez la vue perspective de cette ville dans l'ouvrage rare do 
Fùrer intitulé : Christophori Fureri, ab Uaimendorf itinerarium 
Jlgypti, Arabiae, Palestinae, Syriae, atiarumque regionum orientalium, 
Nuremberg, 1620, p. 50, accompagné d'une description des saints 
lieux. Cf. Corneille Le Bruyn, Voyage au Levant, U II , p. 358, Paris, 
1725. Voyez aussi le plan donné par Spruner dans son Atlas. Cf. Linch, 
« Expédition to the Dead Sea and Jordan », Londres, 1850, chap. XXI, 
p. 400. 

(3) Voyez sur Bethléem, la description donnée par Fûrer d'Haimen- 
dorf, p. 65 de l'ouvrage cité ; sur l'état présent de Bethléem, voyez Le 
Bruyn, t. II, p. 222. 

(4) Voyez Le Bruyn. t. Il, p. 277. 

(5) Nitibis. Sur cette ville voyez Covanuvi, de Xisibi, cl aussi le t. II 
de notre ouvrage, p. 361 , analyse de la mappemonde d'Hère ford. Cf. 



— 426 — 

Dans la Péninsule Arabique on remarque d'abord 
près des montagnes qui séparent cette contrée de la 
Chaldée (1), le nom de Bagara (2) , puis M. Sinai, 
sur les rives même du golfe Persique , près de la 
côte occidentale de ce golfe dans le pays à 9 Oman, 
est une ville nommée Gol Ratu (3), puis vien- 
nent deux grandes montagnes désignées par les 
mots M. Felicis Arabie ( montagnes de Y Arabie 
Heureuse) (4). Au midi et près de la côte d'Oman 
on lit Iota ou iota (5) et Cabal , que uous suppo- 
sons devoir être Saba (6), quoique sur la côte près 

Ritter ( Asien), t. V1I1, p. 16, t. IX, p. 750, t X, p. 78, 119, 123, 1*8, 
136, 158, 169, 170, 244, 252, 285. 

(1) Ces montagnes correspondent aux Monta Chaldaei de Ptoléméc 
dont nous avons parlé plus haut, S XCV1I, p. 346. 

(2) Nous ne connaissons que le nom de Bagara* dans l'Arménie 
( voyez Ritter, Asien ). Dans Y Arabie nous ne trouvons que le nom de 
Baharah qui puisse s'appliquer ici. 

(3) Gol Ratu, nom sans doute arabe et complètement estropié , on 
rencontre dans l'Arabie Ghula el ayaib, Chuta ibn IJoueyn et Ghouir. 

(4) Sur les montagnes de l'Arabie , rapprochez des deux cartes pu- 
bliées par M. Jomard avec ses études géographiques et historiques et 
r Arabie. Paris, 1839, et de la carte de Niebuhr, description de l'Arabie, 
t. I er , Amsterdam, 1774. 

(3) Tota. Nous ne savons quel peut être ce nom; mais le Mont Sinai 
étant placé aux abords du golfe Persique, il est possible que le nom 
de] Tota le représente. Cependant, après avoir rapproché notre carte * 
de celle de Niebuhr , il nous semble plus probable que le cartogra- 
phe, comme d'autres qui le précédèrent, aura pris Sana pour Sinai, et de 
Tulia aura fait Tota. Car les deux noms se trouvent ici dans la partie 
orientale de l'Arabie, de mémo que dans la carte de Niebuhr. 

(6) Ce nom nous semble une altération du mot Sabatha de Pline. 
Voyez Edrisi de Jaubert, t, I, p. 33, où il parle de cette ville. 



— 427 — 

de la mer Rouge on lise le mot O. Sabeo , c'est-à- 
dire le pays Sabéen. Au milieu de cette péninsule 
est un grand édifice , La Mecha ( la Mecque ). 
Au N. est le pays des Nabathéens ( Nabatta ) , au 
N. duquel on lit a garda (1). 

Voyons enfin Y Asie Mineure. Le cartographe a 
tellement entassé les noms sur cette partie , il les a 
écrits d'une façon si étrange qu'il est impossible de 
les reconnaître. 

Sur l'extrémité occidentale on lit à peine hue 
hititus Tria ( peut-être : ici fut Ilium ou Troie ), puis 
sur la côte de la mer Noire sont inscrits les noms 
suivants: Acagril (2), Recho (3), Samaloro{\), 
Borli (5), Sinovi ( peut être Sinope) (6), Rismesi(7), 



(1) Peut-être Gaddm de la carte Théodosienne 

(2) D'après la position, c'est peut-être Héraclée (Erakli) oubieu Ardevil 

de Le Bruyn (Voyez Voyages de Corneille Le Bruyn, t. V, p. 207) ; 
peut-être Ardovil, voyez Le Bruyn, Voyages au Levant, t. III, p. 4, ou 
bien Arcani (Arkhava), Archabis des Grecs. 

(3) Malgré le rapprochement que nous avons fait de ce nom avec 
ceux de la carte catalane de 1375 et de? cartes du Portulan très remar- 
quable de Freduci d'Ancône (1497) et avec d'autres cartes italiennes du 
raoyen-age, nous n'avons pas pu trouver de correspondant. Peut-être 
est-ce Rhegmœ. 

(4) Nous n'avons pas pu trouver de correspondant. 

(5) Nous ne trouvons pas de correspondant. 

(6) Sur celte ville, voyez plus haut, p. 15. 

(7) Rismeti. Nous rencontrons seulement dans la carte de Freduci, 
d'Ancône Rito, Risch sur cetu» partie des côtes de la Mer Noire. 



— 428 — 

Hicrusoda (I) , Lispoli (2), Altubexodo (3); à l'E., 
avant d'arriver h Sevaslopol : Arminia ( Ârmeuia); 
sur la partie méridionale de Y Asie Mineure, Lico- 
nia (4), Zila (5), Si/a de rto Jacanda (ou Lacanda); 
à TE., Fis, enfin Fauta , près du golfe (ÏAlexan- 
drette. On remarque deux fleuves sur Y Asie Mineure: 
nous pensons que le plus grand doit être le Sakaria, 
et celui qui se jette dans le golfe d Alexandretu, 
le Pinarus Fluvius des anciens. 

Telle est l'Asie de cette carte. Nous allons passer 
à la description de Y Afrique. 

AFRIQUE. 

La configuration de l'Afrique n'est plus celle des 
cartes que nous avons décrites jusqu'ici. Vers la 
partie méridionale se voieut deux grands golfes sous 
le même parallèle, l'un à l'orient, l'autre à l'occident. 
L'extrémité sud du continent est occupée par cinq 
promontoires ou pointes formant quatre autres 

(1) Hicrusoda. Nous ne pensons pas que notre cartographe ait voulu 
indiquer par ce nom la célèbre ville d'Uéraclée. Il nous semble plutôt 
qu'il aura voulu désigner Trebesomla. 

(2) Lispoli. C'est probablement Leviopolis. 

(3) Ce nom fort mal écrit ne nous permet d'indiquer aucun corres- 
pondant. 

(4) Lycaonia, voyez De administrante Imper io, par Constantin Por- 
pbyrogénète, p. 9, 15, 20 et SI. 

(5) Nous pensons que c'est Zela ( ZiJXa), Strabon, p. 559. 



— 429 — 



golfes. Ces promontoires sont peints en rouge , afin 
d'indiquer qu'ils sont situés sous la zone brûlante 
( zone torride ) , ainsi que, du reste , l'indique la 
légende : 



• Dixerto dexabilato per cal- 
do (I). > 



Désert inhabité à cause de la 
chaleur. 



Le cartographe ne connaissait pas la forme véri- 
table de l'Afrique : la configuration qu'il donne à 
l'extrémité méridionale ne permet pas le doute à cet 
égard. Cette carte offre aussi une singulière symé- 
trie de configuration entre la partie septentrionale 
et la partie australe de la terre. Au N., en effet, fi- 
gure vers l'E., un golfe parallèle au golfe qui re- 
présente la Baltique et le golfe de Finlande. Ces 
quatre grandes sinuosités continentales sont donc la 
représentation d'une idée de symétrie dans la con- 
figuration des régions voisines des deux pôles de la 
Terre. Cette espèce de théorie procède-t-elle des 
idées émises par Arricn sur le même sujet , c'est ce 
que nous ne déciderons pas ; mais nous ne saurions 
passer sous silence la grande analogie qu'elle offre 
avec le système que s'était fait cet auteur en ad- 
mettant une sorte de parité de configuration dans 
les eûtes australes et septentrionales. 



(1) Nous rencontrons une légende pareille dans quelques cartes ara- 
bes antérieures a celle-ci. 



— 430 — 

Bien que le cosmographe ait emprunté à la géo- 
graphie arabe plusieurs des noms de lieux de ce conti- 
nent, il nous semble cependant que pour la forme de 
la partie méridionale , il a suivi le système de Plo- 
lémée , dont il a , il est vrai , altéré les dimensions. 
[ 4 a grande région au midi des deux golfes paraît cor- 
respondre h YAgisymba regio Mlhiopum latissime 
extensa (1), mais elle est ici fort étendue dans le 
sens des parallèles , de sorte que la pointe orientale 
est portée jusque sous le méridien de YIndonstan t 
c'est«à-3ire , à 34 degrés de longitude au delà de 
l'extrémité réelle du Cap de Bonne-Espérance. Si- 
gnalons maintenant les noms géographiques, d'abord 
sur la partie septentrionale jusqu'à la Mer Rouge , 
ensuite sur l'intérieur, et en dernier lieu sur les 
deux côtes orientale et occidentale. 

Dans la partie septentrionale, la plupart des noms 
de la géographie grecque ou latine des cartes du 
moyen-âge que nous avons vus jusqu'ici sur l'Afri- 
que, disparaissent pour faire place à ceux de la 
géographie arabe ou locale ; mais ces derniers subis- 
sent une transformation en ancien dialecte vénitien 
qui les rend presque tous entièrement méconnaissa- 
bles. C'est ce dont on peut se convaincre dès les 

(1) Rapprochez de la carie du système de Plolémée donnée par 
Gosselin. Géoyr. des Grec», etc. 



— 431 — 

premiers noms incrits près de la Méditerranée à 
l'extrémité occidentale de l'O. à TE. : Scuro (1), 
Molceirar (2), Larogos (Larache). Ces noms sont 
placés dans le Maroc, entre le fleuve qui figure sur 
les principales cartes déjà analysées et un autre 
affluent de la mer Atlantique tracé au S. de Y Atlas; 
les deux fleuves ont leurs sources dans un lac 
indiqué aussi au midi de Y Atlas (3). La chaîne de ce 
nom s étend ici depuis la côte de la mer Atlantique 
jusqu'à la Pentapole. A TE. du fleuve Malouia on 
lit : Mili (4), Nibuc (5), Sere (6), Tidolo (7) et Arge. 
dans lequel il est facile de reconnaître Alger. A TE. 
de cette ville, on lit : Lilels (8), Bligi (9), Zizer (10), 

(1) Nous n'avons pu trouver de nom correspondant dans la carte du 
Maroc donnée par Chénier dans le t. fil de ses Recherclus historiques 
sur les Maures. Ce nom signifie obscur, noir. 11 est probable qu'il in- 
dique le Cap-Negro des cartes espagnoles et portugaises. 

(S) Ce nom nous semble correspondre à celui de Metcherat-el- Hache / 
de la carte du nord de l'Afrique, du docteur H. Barlh, publiée à la suite 
de son ouvrage intitulé Wanderungen durch die Kûstenlànder des Mittel- 
meeres ausgefûhrt in den Jahren 1845, 1846 und 1847 (Berlin, 1849). 

(3) Voyez aux analyses antérieures. 

(4) Mili; peut-être Melila. 

(5) Nibuc; peut-être Nekur de la carte de Barth. 

(6) Sere; peut-être Beni-Sernai. 

(7) Tidolo; peut-être Tenes. 

(8) Lilels; peut-être Dellis. 

(9) Bligi; peut-être Blida. 

(10) Zizer probablement isser. — Rapprochez cette partie de noire 
carte de celle de M. Renou, dans le t. II de l'ouvrage intitulé Explo- 
ration scientifique de V Algérie, et aussi de la carie de l'Algérie par 
M. Carette. — Cf. la carte de Barth. 



— 432 — 

Amor (1), Stora (2), Bona (Bone), Tunexi (Tunis), 
Africa (peut être une réminiscence de l'ancienne 
province romaine d'Afrique), puis Cosimolofi), Lu- 
pol ou Jupol (peut-être Hippone), Sidicia et Liti* 
dia ou Licidia (4) ; ces noms sont près du golfe de 
Sxjrtes (golfe de Cabes). A TE. deux édifices figurent 
des villes sans noms. Enfin, arrivés au Nil, nous 
voyons un autre édifice composé d'une forteresse et 
d'une grande tour, mais sans nom. 

Voici de l'ouest à Test les noms qu'on remarque 
au sud de la chaîne de Y Atlas et au N. de l'autre 
bras du Nil qui coule de TE. à l'O. dans le 6ens des 
parallèles. D'abord à l'E. du lac où le Malouia a sa 
source , on lit : Alla Mons (5), puis Alapi (6), Bi- 
zessa (7), R. Argani*(S), M. Garis (9), M. Bu- 

(1) Amor; Ait-Amor. 

(i) Stora (Russicada). 

(3) Cosimolo. Ce mot ne nous semble pas un nom géographique; « 
en effet on n'en trouve pas un seul auquel il puisse correspondre. 
Nous pensons qu'écrit ainsi : Cosi molo, cela signifierait : « Ici est m 
portsur (à l'abri de l'impétuosité de la mer, défendu par des manilles). 
Cette explication nous parait d'autant plus naturelle, que l'indication 
se trouve placée auprès de Tunis. 

(A) Litidia ; peut-être Lebida à l'E. de Tripoli. — Rapproche! de 
la carte d'Afrique de Berghaus. 

(5) Nous pensons qu'on doit lire Allas Mons. 

(6) Voyez aux additions. 

(7) Probablement Bizerta (llippo Zarytos). Voyez Blaquiere, lettre, 
t. I, p. 156. 

(8) Est-ce Agably ? Rapprochez de la carte des itinéraires arabes dans 
les Recherches de M. Walckenaer. 

(9) Peut-être le Grajiris if uns de la carie de Ptolémée de 15*0. 



— 433 — 

rara (i) ; au midi des montagnes on lit : Gievere 
(Guinée) (2), Ganugia (3), M. Masarus (4), puis 
Nubia (la Nubie). Au S. de celle-ci sont des monta- 
gués nommées M. Arocas (B), et placés à l'O. N. 0. 
de l'Ile fameuse de Mèroê. Le cartographe y a placé 
cette légende : 

• Qai nase animait quadune dî- 
cIudo. UColtodrin?» 

Sous le méridien de Méroé, près de la grande 
chaîne placée au N. et qui n'est dans la carte qu'une 
continuation de Y Allas , on lit : Fonsor (6). A TE. 
sont des noms de montagnes, M. Usalclu (7), 
M. Galeas et Ton entre dans la Pentapolis, nom 
de l'ancienne géographie; l'on y rencontre d'a- 



(1) Nous pensons que c'est le mont Butor* de la carte de Forbiger 
dressée d'après Ptolémée. 

(S) Voyez aux additions. 

(S) Ganugia ; peut-être Gannat de la carte de Renncll dans les Voya- 
ges de Lucas, t. 1 er , placée plus au nord dans notre carte. Sur cette 
Tille toyez Recherches géographiques sur r intérieur de l'Afrique septen- 
trionale, par fil. Walckenaer, p. 172. 

(4) M. Masarus. C'est, selon nous, le Mampsarus de Ptolémée, aujour- 
d'hui les montagnes de Danolac. 

(5) M. Araças. 

(6) Fonsor. Voyez aux additions. 

(7) M. Usalctu. Nous croyons reconnaître le mont Usaletos de Ptole- 
mee. Celte chaîne traversait l'intérieur des terres au S. des posses- 
sions carthaginoises. C'est, selon toute apparence, V Atlas, selon Man- 
nert, traduct. de Mamis, Géographie ancienne des États barbaretques % 

p. i87. 

III 28 



— 434 — 

bord le M. Jovis (1) (Mont de Jupiter) , puis un 
Dixerto arenoso (désert de sables (2), et de là on 
arrive à la Libye déserte (Libia déserta) (3). Les 
indications de ces déserts sont encore une réminis- 
cence de la géographie d'Hérodote. Selon cet auteur, 
le désert se prolongeait au midi et coupait la Libye 
dans toute sa longueur depuis YÉgyple Supérieure 
jusqu'aux Colonnes d'Hercule. Dans cette région, 
deux grandes montagnes sont nommées M. Libu- 
cio ( peut-être montagnes de la Libye (4). Au S. 
sont Lische (5) et Cocscs (6). Le bras du Nil qui 
vient se jeter dans Y Océan Atlantique porte le nom 
de F. NUo {!). 

Le cartographe a figuré deux Nils, dont l'un pa- 
raît avoir sa source dans les montagnes de la Lune 
de Ptolémée, que le cartographe signale comme 
très abondantes en or. Les montagnes peuvent cor- 



Ci) Mons Jovis. C'est le Bios Mons de Ptolémée (le Mont de Jupiter, 
dans la Byzacène. 

(2) Sur le désert de sable, voyez la savante note de Ritter, Afript, 
t. III (trad. franc., p. «60 et 261). 

(3) Voyez le môme ouvrage loc. cit. 

(4) M. Libucio correspond, selon nous, au Libyens Mons. 

(5) Voyez aux additions. 

(6) Ce mot sera peut être Coptos (Keft). Sur celte ville voyez Jollois, 
Notice sur les ruines de Kefl, dans la Description de V Egypte (Antiq.,n, 
cb. X, p. 63). 

(7) Sur l'étymologie du nom du SU voyez Jablonski, Panthéon ifir 
tien, t. I, liv. IV, cb. i.— - Cf. Jamblique, Fie de Pythagore, ch. 23. 



— 435 — 

respondre aux montagnes de Comr des géographes 
arabes et les deux lacs parallèles aux lacs indiqués 
par Àboulféda (1). L'un des deux Nils coule du S. 
au N., et se jette dans la Méditerranée à Alexandrie; 
l'autre, sortant du premier, arrose FAfriquc de TE. à 
TO., traverse un lac à 1*0. (2) et va tomber dans 



(1) 11 est utile do rapprocher notre carte du texte du géographe 

arabe. Ce rapprochement prouve, selon nous, que Leardus a puisé soit 

à des sources arabes, soit dans des cartes antérieures dressées d'après 

les Arabes. Aboulféda dit : • Nous commencerons par les deux lacs 

(Albathyhatam) situés au midi de la ligne équinoxiale, et d'où sort le 

Nil d'Egypte. Celui des deux qui se trouve à TO. est sous le 50* de- 

gré 4e longitude, et le 7« degré de latitude méridionale. Il reçoit cinq 

rivières qui descendent de la Montagne de Comr. C'est ce qui donne 

naissance au Nil d'Egypte. Le lac oriental, situé également au midi 

de l'équateur, a son centre sous le 57* degré de longitude, et le 7* de 

latitude. Il est donc placé a l'E. du premier. 11 reçoit, comme Kautre, 

cinq rivières qui descendent de la Montagne de Comr (Aboulféda, trad. 

de M. Reinaud, t. II, p. 45). Voy. sur ces lacs, la note 2 du traducteur. 

Leardus n'a pas Ûguré toutes les rivières indiquées par le géographe 

arabe. 

Rapprochez aussi celte carte de celle du musée Borgia. Au sujet 
des montagnes indiquées plus haut, voyez Dureau de La Malle, Géogr. 
dé Tint, de l'Afrique, ch. Xyill, p. 12*. Cf. Walckenaer, Rechaches géo- 
graphiques sur l'intérieur de l'Afrique, p. 192. 

(2) Ce lac, d'où sort le Ml de Gana des Arabes, se forme, selon Plo- 
lémée, au pied d'une, montagne située aux environs. Rapprochez des 
chap. XIII, XVII, XIX de l'ouvrage intitulé Géographie delà Mer Noire et 
de antérieur de V Afrique, par Dureau de La Malle (Paris, 1807). Ce sa- 
vant académicien donne les passages des différents auteurs grecs et 
latins, des géographes arabes; il les rapproche des récits des auteurs 
et des voyageurs modernes relativement aux lacs, au Nil et au Niger, 
ou Nil des Nègres. Voyez la carte représentant l'intérieur de l'Afrique 
et les routes suivies par les conquérants grecs et romains, dressée 
par Buache. 



— 436 — 

Y Océan Atlantique, au fond d'un petit golfe dont 

nous parlerons plus loin. Leardus signale la bifur- 
cation de ce fleuve; entre les deux bras, on lit: 
F. Fiapus (i) et Etiopia degito ( Ethiopie d'Egypte), 
et à TO. près d'une des lies, on lit : Far on (2). 

Au midi de cette ville est une masse d'édifices sur 
lesquels on lit : Impere de pro Joane , (empire du 
prêtre Jean). Dans l'Abyssinie de l'O. à TE. sont , 
les villes suivantes : Caiap (3), Melser (4), Grùr 
sali (5), Ragicla, Tuuilan, Silucalie (6); cette 
dernière est placée près des montagnes dont nous 
avons parlé plus haut, on y lit : * 

< Qui natto omeni che ano il i loi naissent des nomnes qui ont 
riolio (ocbio) nel peto. » | les yeux dans la poitrine. 

Puis près des montagues : 



« lffonti dore si carra mollo 
oro. » 



Montagnes où on recueille beau- 
coup d'or (7). 



Les légendes que nous venons de transcrire sont 
inscrites près du grand golfe de la côte orientale. 

(1) Fiapus. Nous ne pensons pas que ce soit Pkilé. 

(2) Foron. Il nous semble que ce nom est le Théron de Ptolémée, 
Rapprochez de la carte de Forbiger, t. Il , p. 764. — Afrique de Pto- 
lémée. 

(3) Est- ce Aïdhab ? 

(4) Peut-être le Maryter de la carte de Ptolémée de Forbiger. 

(5) Grasati. Voyez aux additions. 

(6) Ibid. 

(7) Sur la recherche des métaux précieux de ces régions, voyez 
Ludolf. — ttistoria Mhiopica, liv. I, c. VII. 



— 437 — 

Celle-ci est figurée, comme une péninsule ayant la 
Mer Rouge au N. et le grand golfe au S. Sur les 
bords de la Mer Rouge , on remarque d'abord des 
montagnes, M. Dismas (i), j>u\8 Zidoto (2), Chili- 
mas (3), Bafagiler (4), Sataris (8), Tragoditi ( pays 
des Troglodytes) (6), Jucuendi (7), Tubolect (8), 
AigiL (0) ou Aigie et Zobar ou Gobar (peut-être Zen- 
zibar (10). Au midi et près de la rive septentrionale 
du grand golfe est un édifice, Aicoum da Afra (11) 
(peut-être Assoum, Syène). Aux deux bords du 
golfe N. et S. on lit d'un côté Gion vi (12) et de l'au- 
tre Délit (13). 

Sur la côte occidentale le premier nom que nous 
rencontrons au sortir du Détroit de Gibraltar, est Fuse 
(peut-être Fez) (14), ensuite viennent Z a fris (15), 

(I) Cette montagne correspond peut-être à VÉtaphas de la carte de 
Ptdémée de Forbiger. 

W Vojes aux additions. 
(3} Serait-ce Gdmes? 

(4) Voyez aux additions. 

(5) Ibid. 

(6) Voyez plus haut, p. 242, en note. 

(7) Voyez aux additions. 

(8) Ibid. 

(9) Ibid. 

(10) Ibid. 

(II) Ibid. 

(12) Ibid. 

(13) Ibid. 

(14) Ibid. 

(15) Ibid. 



_ 438 — 

Ocimar, plus au S. R. de Belenon. Au S. trois 
villes Toletirad (1), Tagose que nous croyons être 
Audagost, située sur la route des caravanes 
et Genila. A TE. de ces villes viennent Macora 
regione (région de Macora (2). Almeria (3), Risor- 
maoline. En revenant aux abords de la côte, et 
à TE. de deux grandes montagnes formant le cap 
Bojador, sont Tagaça, Udali, Tacor (Fakrour), 
Ningat ( ou Ninga ), voisine d'un petit golfe au 
S. du Bojador, dans lequel est l'embouchure du 
Nil occidental. Au S. du fleuve est Premc (Por- 
tendick?) Près de là on lit: R. Musonelt (Regnum 
Musameli (4). Ce fleuve est donc le fleuve de F Or 
de la carte du Musée Borgia. A TE. est Teneralin; 
vers le S.-E. du petit golfe au S. du cap Bojador, 
une chaîne de montagnes est nommée M. Diome- 
cus; à l'entrée du golfe qui correspond au Sinus 
Ethiopiens de la mappemonde de Fra-Mauro, sont 
encore d'autres montagnes sur lesquelles ou lit : 

« M. Lune de co nassia Ni- I Montagnes de la Lune où sont 
lo. • I les sources du Nil (5). 



(1) Peut-être Taradent. 

(2) Est-ce région du Maroc ? 

(3) Voyez aux additions. 

(4) Voyez plus haut la carte du musée Borgia, page £H. 

(■"») Rapprochez de ce que nous avons dit plus haut, pag, 287, daos 
l'analyse de Ja mappemonde du cardinal Borgia. 



— 439 — 

A TE. des montagnes de la Lune , une grande 
ville figurée par un édifice, porte le nom de Civita 
do Nito (ville du Nil), dénomination qui nous laisse 
ignorer laquelle des villes situées sur ce fleuve est 
signalée ici. Au S. et de l'O. à TE. sont les villes 
suivantes: Colbac (1): Demdem (2), Clundia (3), 
Anelsa ou Aneisa, Clcor. A TE. de cette der- 
nière , une grande tour entourée de murailles est 
nommée Tegarnace (A) ; une autre ville est nommée 
Afrinoi ou Atrinoi. A TE., vers le fond du 
golfe, sont deux montagnes, M. PU agi (5). Au 
midi des pays que nous venons de décrire est le 
Désert inhabité à cause de la chaleur, signalé plus 
haut (6). 

Telle est l'Afrique de cette carte. Nous allons 
passer aux lies. 

(t) Nous reconnaissons dans ce nom celai de Kambah, d'autant pins 
qu'auprès on remarque immédiatement celui de Demdem. Voyez la 
carte du Negroland of the Arabe de Cooley. 

(2) Demdem. Ville de la Nigritie (voy. Edrisi de Jaubert, 1. 1, p. 116). 
Rapprochez de la carte du Negroland of the Arabs de Cooley. 

(3) Clundia* Nous croyons reconnaître dans ce nom celui de Gumna , 
également dans le Soudan de la carte du Negroland of the Arabs de 
Cooley. 

(4) Voyez aux additions. 

(5) Ibid. 

(6) Une légende semblable se trouve dans un grand nombre de 
cartes arabes, notamment dans celles des manuscrits d*lbn-Wardy. 



— 440 — 



ILES. 



Sur la Méditerranée sont d'abord les quatre Ba- 
léares, peintes en rouge avec leurs noms Marica, 
Majorica, lviça, Formenlera. Viennent ensuite 
Sardigma (Sardaigne), Corsica (1), Sicilia (la Si- 
cile), Candia, et une autre lie sans nom près de la 
Péninsule delà Morée ; enfin Sipro (Chypre) et quel* 
ques lies plus petites et sans nom du groupe de 
V Archipel. Sur la Mer Noire, sur la Caspienne, pas 
une seule lie, comme on le voit dans d'autres cartes 
antérieures. 

Sur la Mer du Nord se voient X Angleterre, 
(Ingilterra) et YÊcosse. Ces deux pays sont se- 
parés non pas en deux lies comme daus la plu- 
part des cartes du moyen-âge et des Portulans, 
mais par un simple trait et des couleurs différentes. 
L'Irlande figurée aussi est peinte en vert et porte 
son nom. À 'l'O. des îles Britanniques sont deux 
petites îles sans nom, peintes à l'encre rouge. 
Au N. de Y Ecosse et au S. 0. de la Norvège, on 
en remarque encore deux autres sans nom et 
également peintes en rouge. La Baltique n'en a 



( I) Pour la Corse sous les Romains, voy . la dissertation de M. Rospatt, 
intituler !>c Corsica insula a Romanis capta, commenlatio historien, etc. 
Munster, 1850. 



_ 441 — 

qu'une seule peinte en rouge, Y Slollandia (i). 
Sur l'Océan Atlantique , on ne remarque que les 
Canaries au nombre de quatre et toutes sous la 
dénomination de Y de Canarie ( Iles des Cana- 
ries). Sur la côte d'Afrique, une lie sans nom, 
placée dans le golfe situé au S. du Cap Bojador, 
peut correspondre à l'Ile d'Jrguim , qui à l'époque 
de la confection de cette carte était déjà non- 
seulement découverte par les Portugais , mais aussi 
très fréquentée par les marins de cette nation. 
Deux autres lies près de la dernière pointe oc- 
cidentale de l'Afrique sont peut -être une rémi- 
niscence des Gorgones. 

L'Océan Indien n'offre pas la richesse de la carte 
de Bianco. A peine cette mer contient-elle ici dix 
lies, toutes sans noms , si ce n'est la fameuse Ta- 
probane. Cette grande ile est peinte en jaune, peut- 
être pour désigner sa richesse traditionnelle. Sur 
cette ile nous lisons les noms suivants:. Fausse 
Betola, Nifta, Lenel. 



(1) Celle terre est marquée dans la carie des voyages des frères 
Zeni, publiée par Zurla à la suite de sa dissertation intitulée Dit- 
sertazione intomo ai maggi e scoperte settenlrionali di Nicolo ed Antonio 
FrmteUi Zeni. Venise, 1808. Voyez le cbap. VI ou il est question de 
cette terre, et où Zurla rapporte les différentes opinions d'auteurs qui 
pensent que lu terro appelée Bstotiland fait partie de Y Amérique sep- 
tentrionale. 



— 442 — 



* 



Et au-dessus: 



« Y (Isola) dove nasse piper e 
altre spezie Taprobane. > 



Ile où naissent le poivre et aa- 
tres.épices, Taprobane (i). 



Enfin , trois îles sans nom sont placées dans l'in- 
térieur du golfe situé au N. de la Mer Orientale. 
La configuration des côtes des différents continents 
dans cette carte présente déjà plus de régularité 
que dans les précédentes , quoique les grandes pé- 
ninsules de Y Inde n'y soient pas signalées. VInde 
et la côte des pays situés au-delà du Gange for- 
ment tous au midi une ligne droite. 

La Mer Méditerranée porte son nom ; la Mer 
Noire, celui de Mare Mioro ( Mare Majore), c'est- 
à-dire la grande mer ; la Caspienne, celui de Mare 
de Abachu , dénomination persane comme nous 
lavons signalé plus haut. L Océan Atlantique, 
près des côtes du Portugal, est nommé Mar dispagna 
y ( Mer d'Espagne). La mer en face de Y Indus est ap- 
pelée mare Indiclw (Mer Indienne). Sur les autres 
on ne voit aucune dénomination. 

Telle est cette curieuse carte dont nous nous 
sommes efforcé de signaler minutieusement tous les 
détails. 



Jt — 443 _ 

.F* 

§cvi 

XV* SIÈCLE. 

Mappemonde spirituelle composée par Jean Germain, évêque de Châlons. 

Nous donnons plaça ici à une notice sur cette 
composition géographique, parce que dans un des 
manuscrits de cet ouvrage se trouve une figure re- 
présentant le système des sphères. 

Jean Germain , évéque de Châlons et chevalier 
de la Toison-d'Or, composa en 1449, un traité géo- 
graphique auquel il donna le titre de Mappemonde 
Spirituelle. Un exemplaire manuscrit de cet ouvrage 
se trouve à la bibliothèque royale de Bruxelles (1). 

Ce recueil de géographie agiologique est dédié au 
duc de Bourgogne Philippe-le-Bon ; il renferme la 
description de plusieurs parties du Globe, et des 
détails sur plusieurs villes de Belgique. 

Un autre exemplaire se trouve à Paris dans la 
bibliothèque de l'Arsenal (2). 



6 (1) Biblioth. de Bourgogne, Ms n° 11,038. 

(2) Bibliothèque de l'Arsenal, n. 306. Nous transcrivons ici quelques 
morceaux de cette petite production géographique : 

« Après Europe est Afrique 

. Antille (Anthyla Hérod. 2, 98) 

€ et puis la terre de Syrie, 
« Jérusalem et le pays 
« Là où Dieu fut et mort et vis ; 
« Grèce, Romanie, et Toscane, 



— 444 — 

§ CVII. 
XV* SIÈCLE. 

Mappemonde rtm fermée dont un manuscrit de U Bibliothèque MUm 

àSaint-Gûll, en Suisse. 

Le monument dont nous allons parler 9 se trouve 
dans un manuscrit de la bibliothèque dite Vadiaue» 

« Gascogne, Lombardie, Espagne 

« Y a cités et réglons 
« Qui de bestes prennent les noms. . . 

• Ethiopie siet vers la fin 

« d'Afrique qui illee prend fin ; 
« En ces pays a une gent 

• Plus noire qne 

« Car il fait si chaud cette part 

• Que semble que la terre y art 
« De la Ethiopia n'a riens 

« Fort désert et terre sans biens, 
« Bétes selvaiges et Termines, 
« Et ?ers la grand mer s'atermine, 

• Sur le soleil a trois étoiles 

« Claires, luisent comme chandelles 

« L'une dessous, l'autre dessus, 

« Mars, Jupiter et Saturnus 

« Qui est tant plus haute des sept 

« Que vingt ans à son cercle met , etc • 

En marge se trouvent figurées les sphères des Sept planètes et la 
Terre ; ensuite Tiennent des éloges de Ptolémée : 

« Plusieurs rois Ptolonieus y ot 
« Mais ce fut eel qui plus en sot, 
« El des étoiles plus enquis 
« Que nul dos autres — dont il fit 

• Maint livre- ot maint bel instrument 
« De terre toute la grandes»* 

• et du firmament la hautesse. etc. • 



— 445 — 

fondée par le fameux Yadianus (Walt), bourgmes- 
tre de la ville de Saint-Gall, en 1526, et auteur d'un 
commentaire sur Pomponius Mêla, et de l'ouvrage 
géographique intitulé : Epiiome Àsiœ, Africœ et 
Europœ prœscrlim locorum descriplionem continent 
quorum Evangelislœ et Àpostoli meminere , publiée 
en 1535 (1). Le cosmographe, auteur do ce traité , 



(1) Voici la description cosniographique telle que nous la devons à 
la docte obligeance de M. Bernet, savant bibliothécaire de la Vadiane. 

• La 1" partie traite de la création du monde, etc. I* 2* partie 
renferme la division de la terre et de ses trois parties. La 3« traite 
de la Perse. La 4 e du reste du sud-ouest de l'Asie. La 5 e des pays de 
l'Occident (Europe), la 6* du Nord, la 7» du Sud (V Afrique), le tout 
plein de noms, les uns .connus encore aujourd'hui, un grand 
nombre d'autres inconnus. Le 8' chapitre parle de nouveau de Y Asie. 
Le 9* de l'Europe. Les chapitres 10 e et 11° ne sont pas distincts entre 
eux. Le 12* traite des différents serpents et des animaux de Y Inde. Le 
13* des pierreries de Vlnde. Le 14 e de Y Asie, de ses régions et de ceux 
qui les habitent. Le 15* du royaume de la chaldée, le 16° du royaume 
des Amazones. Le 17' de Y Asie Mineure, les 18*, 19' et 20* de Y Inde. Le 
91* du royaume de la Mésopotamie (de regno Mesopothamie). Le 22* de 
la même contrée. Le 27 est intitulé Vallis diabolt et aliae huius valoris 
nugae. Les chapitres 24 à 27 traitent des autres pays et lies, par 
exemple Rhodes, Chypre, etc. Les 28 e et 29« de la Syrie et de Babylone. 
Le 30* du désert du Slnaï. Le 31 e et le 32 e de Jérusalem, Bethléem, etc. 
Les 33*. 34" et 35 e ont pour titre : De peregrinationibus et statlonibus 
Jérusalem. Le 36» traite d'autres contrées de l'Asie. Les 37* et 38* de 
laTartarie,Ie39« de Y Arabie. Le chapitre 40 e (Monstruoss fabulae), 41 e 
Persia, 42* Thijmathaij. Le 43* Bulastia, magni cham P. Le 44* Char- 
Un P. Le 45 e Tijarchia P. Le 4€« Le Tanguth, etc. Le 47* (Historia 
fabulosa), 48», 49* Varia. Le chapitre 50* Tenduch P. Le 51«-53« Ma- 
gnas cham (le Grand Khan), 54 e Gambalu, les 55«-58* Varia, 59* Tebetb. 
Le chapitre 60« Gaijuda, 61 e Caraljan, 62* Varia, 63 e Bfatjdara, 64* Mi- 
jen, 65* Bangala, 66* Cantlgu, le 67* Anni, 68* Tholoraanje 69* Fla- 
vius Caromoroii, 70* Mangij, 71«Mijensaij, 72» Sal Zuccarôs P. Le 73" 



— 446 — 



était natif d'Espagne et s'appelait Luis de Angulo. 
Il se réfère non-seulement à Ptolémée , mais aussi 
aux Arabes (1). Il composa son livre en 1456, à 



Suguij, 74» Caijcen. Le 75* (dt climatibu* et alta) Cipitnlum de tods 
inhabitabilibus. Cap. de différencia locorum habitabilium. JQrissfnt. 

Ensuite reviennent des sections sans solution de continuité. De 
\Bwvpt, de l'Afrique, de la Grèce, de l'Italie, de la Gaule, de l'Es- 
pagne. 

La troisième partie traite de la sphère supérieure, du ciel, des étoi- 
les fixes, etc. A la suite Tient d'abord le zodiaque, suivi des antres 
constellations avec des figures peintes, mais les astres sont pbcéi 
d'une manière tout-à-fait inexacte. Il y a 35 figures. Les étoiles sont 
peintes en rouge, toutes d'égale grandeur. 

Ensuite reviennent les 12 signes du zodiaque accompagnés cha- 
cun de 2 à 4 figures coloriées d'animaux anthropomorphes faboleax 
de pure invention. La signification de la seconde classe de ces figu- 
res est tout-à-fait astrologique. 

La seconde partie traite de la grandeur du firmament, des sphères, 
des étoiles et des propriétés des planètes, et des éléments. 

La troisième partie traite de l'influence des étoiles errantes, de leurs 
mouvements, ou de leur course. Cette partie est accompagnée de 
figures mathématiques. A la suite des représentations des comètes, 
vient la quatrième partie, les éclipses du soleil et de la lune, après 
quoi Ton arrive enfin à des figures représentant la théorie de la sphère, 
et à la mappemonde dont nous nous occupons. 

Le manuscrit entier reufenne 128 feuillets in-fol. dont quelques uns 
sont déchirés. Ce livre a été écrit à Lyon sur papier ; l'écriture est 
bonne, mais mêlée d'abréviations. 

(1) L'auteur du livre se nomme dans la préface en ces termes : 
« Unde cura naiura humana semper gaudeat novitatibus. Idcireo ego 
luduvicus de angulo nacione hijspanus, licet minus dignns, in scien- 
cia astronomie per longa tempora studiose laborans considerando 
fragilitatem humauam que circa varia bujus mundi négocia versatur. 
proposui hune libruni de figura seu yiuagine muudi mediocri stilo 
lattnitatis, tan astronomice quain historiographe compouere ad dei 
laudeni et ejus mirabilium opeium, et ad solatium screnissimi pris- 



— 447 — 

Lyon (1), pour René d'Anjou, roi titulaire de Sicile, 
prince qui encouragea beaucoup les sciences géo- 
graphiques. L'auteur tout en faisant des emprunts 
aux auteurs arabes , n'en adopte pas moins la no- 
menclature et les idées de la géographie classique 
des anciens , ainsi que celles des Pères de l'Église ; 
en ce qui concerne le Paradis terrestre et le cours 
du Nil, qu'il fait venir du Paradis (2). Sa théorie des 
terres habitables et inhabitables est encore la même 
que celle des anciens. Il avance d'abord que l'hémi- 
sphère supérieur est le seul habitable (3), ensuite que 



cipis et doraiui raei excellenlissimi Raijnerii Dei gracia régis sicilie, 
cui specialiter présentent iibrum dirigo. Ut qui sepe variis hujus 
mundi negociis et laboribus atediatus dictum Iibrum legendo, seu 
audiendo serenissima ma j estas sua refregerium aliquod babeat et 
solamen. > 

(t) Presque à la fin du manuscrit on lit : 

• Et bec sunt que promis! in prefatione hujus libri qui perfectus 
fuit divina gracia auxiliante, an do Domini miliesimo CCGCpo quin- 
quagesimo sexto, XVIII mensis decembri. In cWitate lugdunensi. > 

(2) Au fol. 45 il dit : « Iste fluvius nilus exit de paradiso terrestri 
et transit per médium desertorum Yndie, et currit magnam parlem 
sub terra, et postea apparet extra et exit sub uno monte qui appella- 
tur beth qui est (nier Yndiam, et Ethiopiam, et Mauritaniatn et renit 
per longum terne Egipti, usque ad ci vi ta te m Alexandriam, in Une regio- 
nis Egypti et ibi cadit in mare. > 

(3) Dans le chapitre de locis inhabitabilibus, il dit : « Quia supra 
dictum est de locis habitabilibus, tain in climatibus quam extra cli- 
mata, consequenter aliquid dicere expedil de locis inhabitabilibus. 
Circa quod est noscendum, quod quantum ad habita lionem terre una 
causa est generalis respectu celi, sed moderatio seu tettperencia dis- 
tancie vie solis, quia nimia ejus distancia, vel nimia propinquitas est 



— 448 — 

les deux extrémités de la Terre au nord et au midi, 

a 

sont habitées par des hommes horribles et antropo» 
phages, d'après le dire des anciens auteurs (1), mais 
que les deux autres extrémités vers l'orient et l'oc- 
cident sont habitables (2). 

D'après ce que nous venons de mentionner , oo 
voit que l'ouvrage ainsi que la mappemonde qui 
l'accompagne , appartiennent encore à la géographie 
systématique. 

La mappemonde est une copie de celle que nous 



causa nimii frigoris vel calons et per conséquent inhabitabilis. » Il In- 
dique toutefois que, même dans la partie habitable, il peut y afoir 
des régions inhabitables, par plusieurs raisons de physique qu'il éna- 
mère, par exemple dans les pays de la zone frigide « et sic dictmtkists- 
rie quod montes yperbori tunt valde boni tempérait, et habitantes smtt 
ibi valde longevi. » 
Rapprochez de ce que nous avons dit p. 33 du L II. 

(1) In bis duabus extremitatibus sunt homines siWestres 

comedentes bumanas carnes et qui habent faciès corruptas et horribt- 
les, et causa est secundum halij distemperacio illarum regionum la 
caliditate et frigiditate propter quam corpora sunt inordinate 
plexionis et maie et turpis composicionis. Ideo sunt inalorum 
et silveslris conversacionis. Unde sunt ibi gentes seirbestie etmoaa- 
tra horrende figure ut vix possit discerni si sint Domines tel 
bestie sicut récitât beatus Augustinus. Et halij allegant htrmetem dicea- 
tem quod in duabus predictis extremitatibus habitant mali spiritus 
et dyaboli ac maligne nocentes hominibus. • 

(2) « Scieodum est tamen quod alie due extremita tes, sdlicet iliaque 
est versus oriens et alia que est versus occidens non sunt ita maie 
habitationis quia non sunt ita distemperate ni in quantum participant 
cum aliis duabus in quatuor angulis terre babitabilis. Naaa iste in 
aliis suit ptftibus sunt satis temperate et in confenSenti distanda 
aolis, etc. » 



- 449 — 

ayons vue dans le traité de Xhnago Mundi de Pierre 
d'Ailly (i). À peine y remarque-t-on de faibles 
différences ; par exemple le mot hercuHs ajouté au 
mot Gades ; une rédaction "plus explicite de la lé- 
gende placée au N. de l'Europe (2) : 



« Post cl i mata usque polum 
moite habitationes et insale con- 
tinentur quae non possunt hic 
convenienter describf. 



Après les climats jusqu'au pôle 
sont beaucoup de pays habités et 
d'Iles dont la description convena- 
ble ne peut trouver place ici. --' 



La légende concernant l'Inde diffère aussi par 
quelques mots : 

L'Inde contenant près du tiers 
de la terre habitable et attendant 
jusqu'au midi. 



« India fere tertiam partem 
terre habitabilis continens usque 
mendiera se extendens. > 



Il en est de même de la légende «ur la mer Persi- 
que, qui rappelle la mer Mer Erythrée, comme nous 
l'avons dit plus haut. 

« Mare Rubrum quod in sex • Mer Rouge qu'on traverse en 
mensibus pertransitur. • I six mois. 

V Arabie et la Cilicie qui manquent dans la carte 
de Pierre d'Ailly, sont indiquées ici. 

Au sud de l'Équinoxiale est ensuite la légende 
que nous avons déjà signalée : 



« Frons Indie meridianus secun- 
dnm 9° 18' protenditur usque tro- 
picum Capricorni orientale vero la- 
tas prope flnem Affrice. 



La face méridionale de l'Inde 
à 9* 18' s'étend jusqu'au tropique 
du Capricorne, tandis que le côté 
oriental s'avance près de l'extré- 
mité de l'Afrique. 



(1) Voyeiplus baut§ XC1V, p. 301. $'-■' 

(S) Voyez plus haut p. 304. 

UI 29 



- T \v 



9 .1 



■: y-if 



— 440 — 



Au bas de la carte, en dehors du disque de la 
Terre et près du nom de l'Océan, on lit : 



« Cujuft Occeani inter orientales 
et occidentales Gades herculis an- 
gustior latitudo quam vulgus pM- 
losopborom credat esse perhibe- 
tar. » 



La largeur de cet Océan entre 
les rivages à l'orient et à l'occi- 
dent de Gadès est moindre, dit- 
on, que le commun des philoso- 
phes ne le pense. 



Dans cette figure dressée d'après la théorie des 
ctipiats , Y Art/ne est indiquée comme sur la mappe- 
monde de Pierre d'AiUy, et à cet égard, les détails 
étant les mêmes , nous renvoyons le lecteur à la 
description que nous avons donnée de ce dernier 
monument, pour les explications de toute nature qui 
concernent YJryne. 

§ CV1II. 

XV« SIÈCLE. 

Mappemonde de La Salle. 

La mappemonde de La Salle était dressée déjà dès 
les commencements du XV e siècle (1), elle appartient 
encore à la catégorie des cartes systématiques. 
L'auteur ne parle que des trois parties du Monde 
connues des anciens, et du reste, l'ouvrage parait 

(1) Voici le titre qu'Antoine de La Salle donna à son livre € salade 
dans laquelle est fait mention de tous les pays du monde, et le pays de la 
Sy bille avec sa figure de la mer et de la terre, et plusieurs belles remon- 
trances. • Petit in-4° gothique imprimé avec privilège de François !•% 
en 20 janvier 1521. Ce livre est rare. 



— 451 — 

avoir été composé vers la première moitié du XV # siè- 
cle (1), antérieurement aux découvertesdes Portugais 
et à la découverte de l'Amérique par Colomb. La Salle 
était né en 1 398 (2) et il nous apprend lui-m&toe son 
retour en France de ses premiers voyages Tan 1424 . 



(1) Ce qui nous fail penser que celle composition remonte aux 
premières années du XV e siècle, c'est 1° la forme et les détails qu'on 
remarque dans la carte géographique publiée par l'auteur ; 2o ptrce 
qu'il dit qu'il se trouvait en Sicile en 1406, et qu'il dit dans sa dé- 
dicace à Jean d'Anjou, duc de Calabre, 111s du roi de Sicile son maître, 
qu'il a fait dans son livre un résumé de tous les historiens qui Vont pré- 
cédé, des hauts-faits qui sont arrivés sous les rois, etc., et qu'il n'y 
est nullement questiou des grandes découvertes en Afrique, ni de 
celle du Nouveau-Continent par Christophe Colomb. 

En effet, il dit que Y Asie contient la moitié de la terre habitée. Pour 
prouver que son Afrique est encore celle des anciens, nous transcrirons» 
ici ce qu'il dit à ce sujet : 

< Auffrique 6tf divisée en sept régions, c'est a sçavoir, Lybia my- 

■ neure, Pinthuum ou Zengis, Cartaige, Numidia, Getnllye, Mauriia- 
« nia et Eihiopia oceiden telle de Lybia. La myneure sont trois parties, 
« c'est à savoir Cyreuensis, Penthapolis la myneure et Tryppolis. De 
« Mauritania sont deux parties, c'est a savoir Sithisensis et Tlngin- 
« tensis. Les régions d'Auffrique s'étendent d'orient en occident, aussi 
« les Ethiopiens, les Nadabares qui est ung noble lieu, puis les Sa- 
« rasmantes (Garamantes) de Garama qui est la souveraine cité de la 

■ religion, puis Lybia Syrenensis, qui est ainsi dicte de une cité de ce 

< nom, et puis Trippolilaina, nommée ainsi pour les trois nobles cités 
« qui en ces pays sont. Après y est Futh&cis, ainsi nommée par le 
« fleuve dit Fucfcr; Maurylania est ainsi dicte de Maurum; Sirches comme 
« ayant depuis la mer Méditerranéenne jusqu'à la grande mer Atlan- 

< tique menée obliquement divisant le pays de Zengis, de Numidie, de 
« Mauritanie, jusques aux déserts d'Auffrique fin de la terre inconnue. » 

Les seules lies de l'Océan atlantique qu'il mentionne dans son ou- 
vrage sont les Iles Britanniques (au feuillet 40) et ailleurs la Taproblane. 

(2) Voyez Notices et Extraits desMss. de la Bibliothèque du Roi, t. V, 
p. 392, article de Legrand d'Aussy. 



— 452 — 

D'après l'examen des dates, tant €es diverses com- 
positions d'Antoine de La Salle , que des faits ana- 
lysés par Legrand d'Àussy, il demeure prouvé que 
La Sdflpt écrit l'ouvragé en question avant la dé- 
couverte de l'Amérique par Colomb. Legrand 
d'Àussy n'a pas parlé de la mappemonde, dont nous 
allons donner l'analyse. 

Cette mappemonde est de forme circulaire. Aux 
quatre coins sont figurés les quatre vents, accompa- 
gnés des dénominations grecques : Aparctias, Sub- 
solanus, Zephirus vel Favomus et Nothus vel 
Auster (1). 

L'orientation est la même que celle de nos cartes 
modernes : le nord se trouve au haul£fe la carte. 
Trois seulement des points cardinaux sont signalés. 
Le dessin est très grossièrement fait. Enfin les noms 
des trois continents sont écrits en gros caractères. 

Nous commencerons l'analyse des détails par 
l'Europe. 

EUROPE. 

Sur la Péninsule Hispanique d'abord on ne trouve 
que le mot Hyspania et un tracé informe tout à fait* 
méconnaissable de l'Èbre. La France ne se distingue 



(i) Voyw ce que nous avons dit sur les différentes roses des veau 
dans le t. I er p. 158. 



— 463 — 

des autres région* que par son nom, Francia, et ses 
délimitations indiquées par deux fleuves sans noms, 
mais qu'on reconnaît pour la Garonne et le Rhiq. 
A TE. sont la Savoie et la Péninsule italienÊÊoui ne 
porte qu'un seul nom, Roma, de même queWGrèce, 
le seul mot Grecia, Au N. le Danube (Danubius), 
se jette dans la Mer Noire, nommée ici Mer Maior. 
Au N. de ce grand fleuve est la Hongrie (Hongamty. 
Sur les contrées qui correspondent aux divers pays 
germaniques, pas un seul nom, si ce n'est près de 
la Mer du Nord celui de la Prusse (Pruse). La 
Baltique est figurée comme un fleuve tracé dans 
le sens des parallèles, et au N, duquel est la Norvège 
(Norwegiq^orrespondznt à la Suède, h la Finlande, 
et même à une partie du nord de l'Asie. Enfin on 
lit : Alonia ( pays des Jlains). Telle esfTEurope de 
cette étrange carte où les fleuves sont indiqués de 
la même manière que les montagnes , ce qui les 
rend très difficiles à distinguer* 

ASIE. 

Sur tout le nord de l'Asie, on ne remarque que les 
mots Asia et Cmpie, désignant les régions de ce 
nom , car il n'y a pas trace de la Caspienne. Un 
grand fleuve qui coule du N. au S. parait correspon- 
dre plutôt au VPolga (le Rha) qu'au Tandis (ie Don) ; 



-'• 



— 454 — 

à l'E. est l'Hyrcanie (Yrcania), plus à TE M une mer 
Caspienne, sous la dénomination d'Krcontiro Mare. 
Autant qu'on peut juger d'après la forme barbare des 
contoqf^ 9 cette mer parait se prolonger dans le sens 
des parallèles ; elle est entourée de montagnes , au 
delà desquelles le cartographe a placé Gog et Magog, 
enfermé aussi par une ceinture de montagnes. Au 
midi est le Cathay, au S. E. duquel est l'Imaûs 
(Ymoum), formant la limite septentrionale de Y Inde ; 
le mot Inde indique les régions situées à l'orient du 
Gange. Le cartographe, bien qu'il n'ait pas tracé les 
tropiques, signale cependant ici le Tropique du 
Cancer (Tropicus Cancri). Au sud du Tropique, on 
lit de nouveau le mot lndia (et Asià). I&une Pénin- 
sule considérable se prolongeant vers le sud au delà 
de Féquinoxiale figure la Péninsule Malayenne ou la 
Chersonèse d'or de Ptolémée. Puis on remarque les 
contours d'un immense continent sur lequel on lit ces 
mots estropiés : Palaralae Regio ; mais ces contours 
n'appartiennent pas au monument primitif. Cette 
terre se trouve projetée au sud du Tropique du Capri- 
corne. A l'extrémité 0. de cette grande terre, une lie 
correspond à l'île deJambol de Diodore de Sicile (1), 



(1) Rapprochez la carte de La Salle de celle d'Ortétttt qui a pour 
titre Erythraei *t te Rubri Maris periplus olim ab Arriano descriptut où 
nie de Jambol se trouve figurée. 



— 455 — 

l'île des bienheureux , qui selon les récits, était de 
forme ronde; elle se trouve, en effet, ainsi figurée sur 
notre carte (1). En revenant vers l'Asie occidentale 
on arrive à Ylndia intra Gangem. Les seuls jfteuves 
indiqués par leurs noms sont le Tigre, YEuphrate 
et le Gange (Ganges), ce dernier est au S. de Ylnde. 
Sur la Péninsule Arabique on ne lit que le mot es- 
tropié Arrabe et au N. de la Péninsule Hertum 
{ probablement Desertum). Dans l'Asie Mineure, le 
mot Fugia , désigne probablement la Phrygie ; au 
N. de cette contrée , Turga semblerait rappeler 
Troie , à moins que ce soit la Turquie (Turquia). 
A TE. de ces pays est la Perse. 

Passons à l'Afrique. 



(f ) Voyez le voyage de Jambol dans Ramusio et le discours de ce- 
lui-ci sur le voyage où il rapporte qu'un Portugais très instruit en 
cosmographie qui avait longtemps séjourné a Malaca, lui montra dans 
une carte marine faite par ses compatriotes, la possibilité du voyage 
de Jambol, et lui signala certains lieux de la description de Jambol, 
tfoù il concluait que l'Ile en question était Sumatra. 

Le nom de Pataralae que nous lisous sur la carte parait de prime- 
abord se rapporter à Patala-Regio de Ptolémée, nom qui en langue 
sanscrite signifie région d' en-bot ou enfer (docteur Vincent, voyage de 
Néarque, p. 161 à 164); mais dans ce cas le dessinateur de la carte de 
la Salle a fait une étrange confusion entre les deui Péninsules asiati- 
ques, la Chersonèse d'Or et celle de Ymndoustan, et il a renchéri sur 
•cette erreur^ en plaçant près de l'extrémité de celle-ci l'Ile de JamboL 









*K 



— 466 — 



AFRIQUE. 



Cette vaste partie du globe est dessinée dans cette 
carte d'après le système de Ptolémée ; elle se ter- 
mine au midi de l'Équinoxiale et du Tropique du 
Capricorne par une Terra incognito et déserta, 
selon la légende que le cartographe y a placée. La 
côte depuis l'équinoxiale est formée par une ligne 
courbe , se prolongeant à TE. jusqu'au méridien do 
Guzarale. L'Afrique orientale se trouve ainsi pro- 
jetée de plusieurs degrés trop avant vers TE. Sur toute 
la partie N. on ne lit que les mots Atlas et Àuffrique, 
pour désigner encore l'ancienne province romaine 
de ce nom , puisqu'on lit de nouveau ce nom en 
en gros caractères au N. de l'équateur pour dési- 
gner le continent tout entier. Au midi de la province 
d'Afrique , une longue chaîne de montagnes s'étend 
de TO. à l'E.; elle correspond aux Carène de Pto- 
lémée. Au S. on lit : 

« Monte Lunes ortea Nili. > I Montagnes de la Lune, sources 

I du NU. 

Au S. de ces montagnes vers l'O. sont la Gétulie 
(Getulia) et Y Ethiopie (Ethiopia). (Plus au S., sous 
l'équateur, une autre chaîne placée à l'O. donne nais- 
sance à un fleuve qui tombe dans Y Océan Atlantique. 

Le Nil de Y Egypte est figuré d'après le système 










~k 



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•-V 



— 457 - 

de Ptolémée : sorti des montagnes placées au sud 
de l'équateur et coulant du S. au N., il se jette dans 
la Méditerranée f Au nord est indiquée la ville 
d'Alexandrie. Le fleuve prend son nom près de ses 
sources supposées. A l'B. du Nil on lit à peine 
Egyptus et près de l'équateur un nom que nous 
n'avons pu déchiffrer, peut-être Méroé. 

Toute la partie située au S. de l'équateur est in- 
connue au cartographe , elle ne porte pas un nom , 
mais seulement la légende dont nous avons parlé 
• plus haut : Terre inconnue et déserte. 

Telle est l'Afrique de cette carte. 

ILES. 

D'abord l'île de Cadix, nommée Gadea, est placée 
trop à l'O. En face de la France est un Archipel 
composé de cinq petites tics sans nom. Au N., sur 
le même parallèle que la Prusse, les lies Britanni- 
ques portent encore les noms de la géographie an- 
cienne : Anglie , Scotie et Hibernie (l'Irlande). Au 
N; des deux dernières sont plusieurs îles sans nom, 
dont quelques-unes placées directement au N. de 
l'Ecosse doivent être les Orcades. Au N. de la Nor- 
vège sont trois autres fies plus grandes ; la plus oc- 
cidentale est l'Islande {Islandia), si nous Usons bien. 
$^Près de la côte occidentale de l'Afrique sont cinq 




• "* 



— 458 — 

lies à peine indiquées sans noms , mais dans les- 
quelles on reconnaît les Canaries. Près de la côte 
orientale du même continent, est une lie sous 1 e- 
quateur ; une autre lie est un peu plus au S. sur la 
mer Rouge, plusieurs figurent aussi, mais sans nom, 
dans ces parages et on en voit encore deux à l'entrée 
du golfe Persique. Enfin, sur la mer Indienne, 
Ceylan porte le nom ancien de Taprobana ; elle est 
entourée de plusieurs autres îles sans nom. 

A l'extrémité orientale de la carte est l'île du 
Paradis, avec la légende : 

l Locus Paradisi terrestris. » I Place du Paradis terrestre. 

Sur la Mer Australe est la légende suivante écrite 
en gros caractères : 

• Mare Antipodes et incogni- Mer des Antipodes et inconnue, 
tum. » 

En face de l'extrémité E.-S.-E. de l'Afrique, oo 
remarque les contours d'une grande île sur laquelle 
on lit Nasque. Nous ne pensons pas que cette lie 
soit celle de Naza. 

Cette carte qui termine la série des cartes systé- 
matiques , antérieures aux grandes découvertes des 
Portugais et des Espagnols, fournit de nouvelles 
preuves et des plus péremptoires à l'appui de ce fait, 
que la vraie forme de l'Afrique n'a été connue 
qu'après les découvertes des Portugais , et que \ef§* 

•>■. ^" 

' 4 



— 459 — 



Péninsules de l'Inde n'ont été régulièrement figu- 
rées dans les cartes qu'après les explorations des 
marins de la même nation. 



IN DE LA DEUXIÈME PARTIE. 



» 



APPENDICE 

AUX MONUMENTS GÉOGRAPHIQUES 



DÉCRITS DANS LE TOME DEUXIEME. 



XI' SIÈCLE. 

Mappemonde qui si trouve dans un manuscrit de Macrobe conservé i la 

Bibliothèque de la ville de Metz. 

Le second volume de cet ouvrage était déjà publié lorsque 
nous avons découvert l'existence d'une mappemonde dans 
un manuscrit de Macrobe du commencement du XI" siècle, 
à la Bibliothèque de Metz (1). La terre est de forme circu- 
laire entourée par l'Océan peint en vert, sauf la Mer 
Rouge qui est en rouge comme dans un grand nombre de 
monuments géographiques du moyen-âge. L'écriture est 
noire et recouverte d'une légère teinte de rouge. Cette map- 
pemonde diffère de la carte contemporaine du manuscrit de 
la bibliothèque de Dijon déjà décrite (2) : elle offre moins 

(1) Nous devons le calque de ce monument à notre si vint ami 
M. Miller qui, pendant son séjour a Metz, au mois d'août 1851, a exa- 
miné le manuscrit latin E, 64, au feuillet 40 v duquel se trouve 
notre carte. Ce manuscrit renferme le Songe de Scipion de Macrobe, 
il a été faussement intitulé dans le catalogue Œuvres de Platon, et 
Terreur est répétée par Haenel dans son catalogue des manuscrits des 
di?erses Bibliothèques de l'Europe. 

(S) Nous ajouterons ici à la notice que nous avons donnée dans le 
t. Il p. 86 et 87 du manuscrit de Dijon, les renseignements recueilli* 
sur le même manuscrit par M. Miller qui, à notre prière, a examiil. 



— 461 — 

de détails. L'orientation n'est pas celle des monuments du 
moyen-âge. Le midi est en haut de la carte, le Nord au as, 
l'Ouest à droite et l'Est à gauche. 

Autour de l'océan sont inscrites les légendes relatives à la 
théorie des courants; nous les avons déjà vues dans d'autres 
mappemondes des manuscrits de Macrobe et de Priscien, du 
X e , du XI et du XII e siècles (1). L'hémisphère habité de la 
terre est séparé de l'hémisphère austral par une mer Médi- 
terranéenne portant le nom d'Oceanus et joignant Y Océan 
Indien à la Mer Atlantique, comme dans plusieurs monu- 
ments cartographiques décrits plus haut (2). 

La forme et les contours des zones polaires son plus sy- 
métriques, que dans la mappemonde vénitienne de Leardo ; 
ces deux zones sont signalées comme inhabitables. 

de nou? eau ce recueil pendant son séjour » Dijon, dans le mois de sep- 
tembre 1850. 

Au feuillet 28 sont divers traités d'astronomie. 

29. Sententia sancti Augustini et Isidori. 

37 v<> Œuvres d'Isidore de Séville. 

65 Cercle solaire. 

ibid Figure représentant les cercles des 7 planètes. 

64 Figure représentant les signes du Zodiaque. 

65 v 4 Suite de la représentation en grand des signes du 
Zodiaque avec les explications. 

71 vo Différentes figures astronomiques. 
74 Figure représentant la Lune Obtenebraia. 

Puis vient la mappemonde reproduite dans notre Atlas. Ensuite se 
trouvent : 

Feuillet 74 vo Figures astronomiques. 

75 Rose des vents très détaillée. 
75 v° Figure représentant les zones. 

(1) Voyex t. II, p. 41 et suiv. ibid., p. 77 et 98, note l, et p. 238. 

(2) Voyex p.21l et 212. 



462 



EUROPE. 



Sur la partie méridionale de ce continent on lit: tempe- 
rata terra habit abilis. Sur la partie septentrionale au delà 
d'une sinuosité qui paraît indiquer la Mer Baltique on lit: 

« Plaga septen trionalis inhabitata t Côte septentrionale froide et in 
frigida. > ; habitée. 

Sur le Monde habitable un nom unique» haUa % nous fait 
supposer que l'auteur était italien. Nulle trace des fleuves et 
des montagnes des trois continents ; toutefois les contours 
de V Espagne , ceux de V Italie sont dessinés d'une manière 
reconnaissable. Ceux de la Grèce sont tout-à-fait arbitraires; 
ceux de la Méditerranée, tracés d'une manière barbare ; c'est 
même plutôt un fleuve qu'une mer. Aucune des grandes si- 
nuosités de la côte septentrionale d'Afrique n'est indiquée. 
La Mer Noire, celle d'Azom et la Propontide ne font qu'une 
seule mer. 

ASIE. 

Ce continent est figuré dans la carte sans aucune indica- 
tion des nombreuses contrées qu'elle renferme. Le seul nom 
qu'on y lise est celui de la Mer Caspinme (Mare Caspium) 
que le cartographe a figurée comme un grand golfe de 
Y Océan Boréal. 

AFRIQUE. 

Cette partie du globe est ici extrêmement rétrécie du nord 
au sud , elle forme une simple zone de terre , terminée au 
midi par une côte qui se projette presque en ligne droite de 
l'ouest à Test jusqu'à la rencontre des plages méridionales 
de Y Asie. Sur le continent on ne lit que ces mots : 

« Pei usta inhabitabilis. • \ luhabilée à cause de la cbaleor. 



— 463 — 

La Mot Rouge est nommée Rubrum Mare , mais nous ne 
voyons pis de trace du Golfe Persique. A l'hémisphère aus- 
tral nous signalerons la fameuse terre Ântichthone (Tempe- 
rata Antyrorum). Au delà est la zone Frigida inhabitabilis 
ausiralis. 

Une seule ile de forme ronde est dessinée dans celte carte, 
à l'entrée du détroit de Gibraltar; c'est probablement l'île 
de Cadix placée à cet endroit comme dans la plupart des 
cartes du moyen-âge. 

Telle est cette production géographique, œuvre de la fin 
du X e siècle ou plutôt du commencement du XI e . 

XII- SIÈCLE. 

Mappemonde d'Henri de Uayrner. 

A la publication du deuxième volume de cet ouvrage , 
nous n'avions pas le fac-similé de la Mappemonde dressée 
par Henri, chanoine de l'église de Sainte-Marie de Hayence, 
et nous nous sommes borné à reproduire ce que Gough 
avait dit de cette carte conservée en Angleterre, dans la 
bibliothèque du Benêt Collège, aujourd'hui Corpus Christi 
Collège à Cambridge (1). Depuis ce temps, nous avons obtenu 



(1) Voyez t. II, p. 242. Notre confrère M. Wright a signalé aussi 
une carte existant à la Bibliothèque du Corpus Christi a Cambridge, 
sans indiquer l'auteur ( voyez l'ouvrage cité p. 241) ; cela nous avait 
donné à penser qu'il existait deux monuments distincts, lorsqu'au 
contraire c'est la môme carte. Les deux dénominations de Benêt 
Collège employée par Gough, et de Corpus christi employée par Wright 
se rapportent au même établissement. Le fait est (nous écrivit le co- 
lonel Jackson, le 25 novembre 1850) que le collège du Corpus Christi 
et le Benêt Collège sont le même sous des noms différents. Autre- 




— 464 - 

par les soins pleins de zèle de noire savant 
Jackson, et par la docte libéralité du révérend M.- 
recteur du collège, un fac-stmiU de cette curieuse carte que 
nous avons fait graver immédiatement, et qui est mainte- 
nant publié dans notre Atlas (1). Aux détails fournis par 
Gougb, nous ajouterons que le volume dans lequel se trouve 
la Mappemonde, renferme différents traités reliés enaenuMe. 
L'Image du Monde est le premier. — D'abord vient la carte, 
puis la table des matières commençant par ces mots : € Dr 
Forma Mundi, » et finissant par « de Cesare Augmeto. » On 
lit ensuite : 

« Po$t hec de omnibus imperatoribus romanis usque ad Hew- 
ricum imperatorem filium Henrici, quianno quinto regni suiac- 
cepii Mathillidem filiam Henrici régis Angliae in conjugua* 
anno ab incarnaiione Dornini millesimo centesimo et decimo, 
quo anno liber ùie finilnr. » 

c Iste Henricus qui hune librum edit fuit Canonieus ectlmae 
Sanciœ Mariœ civitatis Magonliae » (2). 

Quant à la Mappemonde , elle est à peu près de la forme 
que les savants ont donnée au Monde d'Hérodote (3) . Au 



fois le collège se trouvant tout près de l'église de Saint Beoe- 
dict, se nommait Benedict-College, et par corruption ou abréviation 
Benet-College, mais aujourd'hui H ne porte que le nom de Corpus- 
Christi. De plus je suis bien convaincu, ainsi que le chef du collège, 
que Gough et Wright parlent de la même carte. » 

(1) Nous sommes heureux de témoigner ici toute notre gratitude 
à M. Pulling, Master of Corpus Christi Collège, qui a eu l'obligeance de 
surveiller lui-même l'exécution de la copie. 

(2) Rapprochez de ce que nous avons dit a ce sujet, t. il, p. 14&. 

(3) Voyez la carte du monde d'Hérodote donnée par Forbiger, 1. 1 
de son ouvrage, p. 68 



— 465 — 

haut on lit en caractères rouges : Liber Sancte- Marie de 
Sallem» Les quatre points cardinaux s'y trouvent indiqués et 
l'orientation est celle de presque tous les monuments carto- 
graphiques du moyen âge: l'orient au haut de la carte. 
Aux quatre coins sont quatre anges , un pied posé sur le 
disque de la terre; les couleurs de leurs vêtements sont sans 
doute symboliques. D'abord l'ange placé prés de l'extrémité 
de la Terre Boréale, ou du nord de la Scythie, signale du 
doigt les peuples enfermés dans le rempart de £0*7 et de Magog, 
gens immtinda, comme dit la légende. Dans la main gauche, il 
tient un dé pour indiquer sans doute que là furent enfer- 
més les juifs qui ont joué J.-C. aux dés ; ses vêtements 
sont verts (1), son manteau est rouge ainsi que ses ailes. 
L'ange placé à gauche du Paradis a un manteau vert, des 
ailes vertes et des vêtements rouges. Dans la main gauche 
il tient une espèce de palme et de la main droite il semble 
par un signe indiquer le chemin du Paradis Terrestre. La 
position des deux autres anges placés à l'occident du Monde 
est différente. Ils semblent occupés à barrer le passage au 
delà des colonnes ( c'est-à-dire rentrée de V Océan Atlantique). 
Tous lesquatre ont des auréoles d'or. L'Océan environnant est 
peint en vert clair, de même que les mers, excepté les gotfe$ 
Persiqueet Arabique. Les montagnes sont peintes en rouge, 



(t) Le vert est le symbole de la doctrine religieuse et de l'attente 
d'une nouvelle vie (Portai, des Couleurs Symboliques, etc , p. 3502). 
« Dans la langue sacrée, le vert est le symbole de l'espérance dans 
l'immortalité [ibid, p. 21-4). Cette couleur était aussi le symbole de la 
victoire spirituelle, et plus tard elle fut celui de la victoire matérielle 
{Ibid, p. 21 5). Dans le christianisme le vert est le symbole de la ré- 
génération dans les actes, c'est à dire de la charité. > 

III 30 



. — 406 — 

ainsi que les noms des trois continents alors connus, Y Eu- 
rope, l'Asie, Y Afrique. L'étude comparée de cette carte avec 
celles d'Hereford et de Ranulphus nous semble démontrer 
que ce monument a servi de prototype à ces cartes, surtout à 
la première. Après ces détails généraux, nous passons à la 
description des diverses parties de cette carte. 

EUROPE. 

A l'entrée du détroit de Gibraltar, on remarque les deux 
Colonnes d'Hercule (les deux montagnes de Calpe et d'A- 
byla (1). La Péninsule Hispanique est figurée comme dans 
la carte d'Hereford , mais la nomenclature géographique, et 
quelques détails encore sont différents. Sur le Portugal on 
ne lit pas un seul nom. A peine distingue-t-on un golfe 
qui correspond par sa position à l'embouchure du Toge, et 
au sud duquel un édifice grossièrement dessiné indique 
une ville , qui ne saurait être que Setubal. Au N. sont le 
Douro et le Minho ( Minius de la carte d'Hereford ). Le pre- 
mier de ces fleuves a sa source dans une chaîne de monta- 
gnes placée à l'E. (2). Au N. est la Galice (Galicia\ où le 
cartographe a figuré saint Jacques de Compostelle, et des 
flammes comme dans la carte d'Hereford, mais plus grossiè- 
rement dessinées pour représenter le phare que nous y avons 
vu (3). Au centre de la Péninsule on ne lit que le mot : Hù- 
pania. VEbre (Fluv. Hiber) a sa source dans les Pyrénées et 
se jette par une singulière bizarrerie dans la Méditerranée 
près de Séville ; il reçoit deux affluents venus de la même 

(1) Voyez ces noms à la table des matières. 

(2) Voyei t. Il, description de la carie d'Hereford, p. 307. 

(3) Ibid et p. 998. 



— 467 — 

chaîne de montagnes, l'un placé à l'O., FI. Gallac(t) 9 l'au- 
tre courant à l'E., Dano ( Bonus de la carte d'Hereford (2) ; 
sur la partie méridionale de ce dernier est une ville, Teno- 
rech, placée sur le site de Cor doue (3). Au midi le nom de 
Séville est écrit à l'encre rouge ; c'est la seule ville indiquée 
sur cette partie de la Péninsule; le cartographe a voulu 
signaler son importance à cette époque. 

Au N. des Pyrénées ( Mons Pirineuê), le premier pays si- 
gnalé est Pictavia (le Poitou) (4). Au N. sont Garuna (la 
Garonne) ; Andegavia (l'Anjou) (5), fluv. Lxgeris (la Loire) (6)- 
Entre la Garonne et laSeine pas un seul nom. Paris (Parisis) et 
Rouen (Roem) sont représentés par des édifices. Au N., un 
autre fleuve correspond à la Somme [Phrudis de Ptolémée (7), 
et au delà de ce fleuve est la Gallia Belgica. Le fleuve 
Oxona (l'Escaut) sépare la Gaule Celtique de la Belgique. 

Aucun nom ne se lit entre la Gaule Belgique et le 
Rhône , auquel nous nous arrêterons. Mais nous signalerons 
une particularité singulière : il ne se rencontre pas non plus 



(1) Voyez aux additions. 

(2) Voyez t. II, p. 298. Ce fleuve occupe le même emplacement que 
le Sicoris fluvius des cartes anciennes. 

(3) En rapprochant ce nom de son analogue dans la mappemonde 
d'Hereford, ce serait Terracona (la ville de Tarragone), voyez t. II, 
p. 296. 

(4) Voyez plus haut, pag. 7, la même indication dans la mappemonde 
de Ranulphus. 

(5) Rapprochez de la carte de Ranulphus, p. 7. 

(6) Rapprochez de la carte de la Gaule de M. Walckenaer, planche IX 
de son atlas de la Géographie ancienne de la Gaule, 

(7) Voyez Géograph. ancienn. des Gaules par M. Walckenaer, 1. 1", 
p. 430, et rapprochez de la carte dressée par ce savant, planche IX de 
ton atlas de la Gaule. 



— 468 — 

un seul nom dans toute la partie centrale et méridionale de 
la France, pas même celui de Marseille. Le Rhône (FL Ro- 
danus) y descend les Alpes et reçoit deux affluents sans nom; 
peut-être YUri de d'Anville (1) et le Dravus fluvius de la 
carte d'Hereford (2). La chaîne des Alpes part du S. 0. et se 
prolonge vers TE., l'extrémité sud appuyée sur la côte de la 
Méditerranée et celle de TE. sur les contrées danubiennes. 
Au delà des Alpes y entre ces montagnes et le P6, on ne re- 
marque que la Longbardia (la Lombardie), puis viennent les 
Apennins où le Tibre ( FL Tibs) a sa source. Rome située sur 
ce fleuve et figurée par un édifice est signalée parle nom de 
Roma. La Toscane est désignée par le nom de Fosca. A l'O. 
est Pisa (Pise), figurée par un édifice. Au S. des états ro- 
mains la Campanie (Campanîa) (4) est bornée au S. par un 
fleuve dont l'embouchure s'ouvre sur la côte occidentale de 
l'Italie, et qui se jette d'un autre côté dans le golfe de 
Trente au S. en décrivant une grande courbe qui sépare la 
Campanie de la Lucanie (Lucania) (5) et la Calabre de la 



(1) Voyez la carte de la Gallia Antiqua de d'Anville. 

(2) Voyez t. II, p. 305. 

(3) Rapprochez de la carie d'Hereford, t. Il, p. 305. 

(4) lb>d, p. 308; sur la Campante, voyez Leander Albertus in Deserip- 
tione itdliœ. Rapprochez de la carte géographique de celle contrée 
donnée par Blacu. Jos. Darius-Blondus-Flavius dans V Italie illustrata, 
désigne le pays de ce nom ; de même Jac. Hofman dans son Lexieo* 
Unit., Camil. Pcllegrini dans son ouvrage publié à Milan en 1651. 
— Cf. Anton. Saufelicl, dans son ouvrage sur les villes d'Italie. Franc- 
fort, 1600, p. 74T>; Ughe.llus,dans Vttalia sacra, t. VI, Rapprochez aussi 
des caries de Hondius, de Jaosonius et de Mercalor. 

(5) Les limites de la Lucanie sont plus resserrées dans cette carte que 
chez Slrabon et Mêla, plus même que chez Ptolémée. Ici l'on ne trouve 



— 469 — 

Pouille (1). Ce fleuve qui sépare la Lucanie de la Campante 
correspoud au Silarus ou Silarus de Cellarius (2) et au Bra- 
dants (3) des anciens (aujourd'hui Brandano). Le cartogra- 
phe a fait des deux fleuves un seul cours d'eau. Nous re- 
marquons encore un petit fleuve sur cette contrée; c'est 
peut-être le Laus, aujourd'hui Laino (4). A l'extrémité sud 
de la Péninsule est Brucis (Policastro) (5). Sur l'Italie supé- 
rieure est le mot halia écrit en gros caractères. Sur la mer 
Adriatique on lit Mare Venetium. Sur la côte de la Daimatie 
est un édifice sans nom; sur les provinces illyriennes, le mot 
Jllyrium. A l'E. un édifice représente Corinthe (Corintus), le 
golfe de ce nom est à peine indiqué par une petite courbure 
de la côte. Sur la partie méridionale de la Grèce on ne lit 
que le mot Achatja (6). La péninsule de la Morée est à 
peine figurée de la même manière que dans la carte d'Hère- 
ford. Au N. des provinces illyriennes, un fleuve qui a sa 
source dans la chaîne Alpine, porte le nom ancien du Danube, 
fL Hister, et se jette comme le vrai Danube dans la mer 



pas an des noms de villes dont Ptolémée donne la liste, ni de ceux que 
d'Anville marque dans sa carte. Rapprochez de la carte de Cellarius, 
t. I a % p. 744, et de celle des Itinéraires anciens, par Lapie. 

(1) Sur cette contrée, voyez le t. II, p. 261 et 308. 

(3) Le Silarus conserve encore aujourd'hui le nom de S Haro. Il tombe 
dans le golfe de Pestum. Ce nom a été rendu célèbre par la défaite de 
Spartacus. 

(3) Sur ce fleuve voyez la carte publiée dans l'ouvrage anglais inti- 
tulé : • Geographia anliqua et nova, or, A System of ancient and mo- 
dem geography, publié à Londres, en 1742. 

(4) Voyez t. H, p. 307, note 7. 

(5) Ibidy p. 307, et note 1, p. 308. 

(6) Sur cette contrée voyez l'ouvrage de Curtius intitulé Pelo- 
ponntsos (Hist. geograph., etc.), tom. 1, p, 403 et suiv., Gotha 1851. 



— 470 — 

Noire. Le cartographe, réunissant la Drave eUa Save, af- 
fluents du Danube, a appliqué le nom d' Hitler (Ister) à l'un 
d'eux. Au N. de YAchaie deux fleuves sans noms nous semblent 
correspondre au Strymon (1) et au Nettus (2) des cartes an- 
ciennes. Au N. est la Thrace (Tracia) (3), et sur le Bosphore, 
un édifice représente Constantinople (Constantinopolis) 
placé au midi du golfe de Mêlas. Sur la petite péninsule de 
ce golfe est Cardia (Coridia) (4), ville maritime de la Thrace. 
A l'O. sont Mecia fia Mésie) (5), Panonia (la Panonie) (6), 
avec deux viHes Sabarria (la Sarvar de d'AnvQle, Stem 
am Anger) (7) et Sojaram (8) ; Savus (la Save) sans nom, et 
que le cartographe fait très exactement descendre des Alpes 
Cantiques (9). De là nous entrons dans le Noricum (i0) f N<h 
ricos, séparé à l'O. de la Mette inférieure par YInn (11). Le 

(1) Voyez t. If, p. 314. 

(2) Voyez Forbiger, t. III, p. 1056. 

(3) Voyez ce mot aux tables. 

(4) Voyez t. 111, p. 316, 418. 

(I) Sur cette contrée voyez t. II, p. 184, 315. 

(6) Voyez ce nom aux tables. 

(7) Dans la carte d'Hereford, ce nom est écrit Sahara (yoy. tom. II, 
p. 317) ; nous l'avons indiqué comme correspondant à Smbaria, et notre 
restitution est confirmée par celte carte. Celte ville est marquée dans 
plusieurs caries de la géograpbie ancienne dressées par des géogra- 
phes modernes. Les Itinéraires d'Antonio en font mention (Recueil, 
p. 69.77, 78, 79). Aurel. Vict. Epi 1. 19,2. Ammien Marcel, XXX, 5; voyei 
aussi la Tab. Théodos. Dans une inscript. deGruter, p. 315,9,389, elle 
est nommée Savasia. 

(8) Sojaram, peut-être Segeuira de Pline (III, c. 28). 

(9) La Save qui prend sa source dans les Alpes comiques, et se jette 
dans le Danube, sépare l'empire d'Autriche de la Turquie. 

(10) Noricum, voyez sur ce pays et ses limites, L II, p. 135, 184, 317, 
318. 

(II) Vtnn; sur ce fleuve, voyez L II, p. 317, note 6. 



— 471 — 

Noricum qui renfermait des villes nombreuses, n'en a ici 
qu'une seule. La Rhétie est divisée en supérieure ou grande 
(Rhetia maior) et en inférieure ou petite (Rhetia minor (1) : 
ce sont encore les divisions romaines de l'époque postérieure 
à Dioclétien, lorsque le pays de ce nom fut partagé en deux. 
Pas un seul du grand nombre de peuples et de villes de 
cette contrée n'est nommé ici. Continuant notre route vers 
Tu., nous rencontrons le Rhin; d'un côté le cartographe 
place près de sa source Basset (Bàle) (2), puis aux bords d'un 
fleuve qui correspond au Mexn, Magontia (Hayence) (3) ; 
Cotinia (Cologne) sur la rive droite du Rhin ; au N. du Rhin, 
Alemmania (l'Allemagne) a pour limitrophes Fresones (les 
Frisons) ;} au N., l'Elbe, au H. le Danube et la Rhétie in- 
férieure. Entre le Rhin et la Vistule, un petit fleuve peut 
correspondre à Y Amisus fluvius des anciens (Ems d'aujour- 
d'hui). Au S. de ce fleuve, un nom que nous n'avons pas pu 
lire, nous semble devoir être le Traictus Rheni des cartes an- 
ciennes. A TE. du même fleuve sont d'autres noms illisi- 
bles Danorum. A l'O. est un grand golfe formé par 



(f) Sur cette contrée voyez t. II, pag. 28, 112, 155, 184, 318 et 321. 
Rapprochez de la carte de Cellarius. Geographiœ antiq., lom. 1, p. 412. 

(2) On trouve cette ville avec le même nom dans la carte d'Hereford 
postérieure de deux siècles à celle-ci (voyez lom. II, p. 305). Lassor 
donne une vue perspective de cette ville dans le tome I er de son ou- 
vrage. 

(3) Quelques auteurs prétendent que cette ville célèbre fut fondée 
par Claudius Drusus Germanicus, dix ans avant l'ère chrétienne. 

On a beaucoup écrit sur cette ville. Nous renvoyons le lecteur au 
Rerum Mogunlicarum Chronicon velus , dans le lom. II des Scrfptoreë 
rrrum Gtrmanicarum, édit. de Francfort de 1584, p. 567. — Cf Nicolai 
Serarii S. J. Mogunticarum rerum l>l>ri 111. Col. 1624, in- 4°. 



— 472 — 

une péninsule sur laquelle on lit Sinus Germanicus (golfe de 
la Germanie (1); une île qui se rattache à la péninsule par 

une petite langue de terre porte le nom de (est-ce 

le Scandia de Ptolémée ?) La péninsule nous semble pouvoir 
correspondre à la Chertonèse Cimbrique, mais la projection 
s est entièrement erronée. Au N., sur une grande péninsule 
on lit le mot estropié Novega (Norvège). C'est la Scantih 
navie étrangement défigurée ; elle forme le Sinus Codanus des 
anciens (c'est-à-dire les détroits du Sund et du Belt et la 
partie de la mer Baltique qui avoisine la Gothie. Mais tous 
ces contours défigurés sont à peine reconnaisstbles même 
après un profond examen. Au N. de la Norvège est une Qe 
dont nous parlerons plus loin. A l'E. un golfe parait cor- 
respondre au Sinus Vcnedicus de Ptolémée (2). Tous les pays 
qui s'étendent au N. du Danube et à TE. de la Vistule pren- 
nent le nom de Sarmathie dans la carte. Ce sont encore les 
déserts de la Sarmatie européenne dont parle Pline (3), que 
le cartographe du XII* siècle a voulu indiquer (4). 

A l'E. de ces prétendus déserts on lit Russia et Dacia (5). 
Ces pays ont au N. comme dans la carte d'Hereford une pé- 
ninsule sur laquelle le cartographe signale des Cynocéphales 



(1 ) Cette Péninsule se trouve figurée dans la carte d'Hereford a?ec 
une légende. Voyez tom. II, p. 521. 

(2) Rapprochez de la carte de Spruner. 

(3) Pline liv. IV, c. 25. Pour la connaissance des pays compris dans 
la Sarmatie, voyez les cartes de Cellarius Géograph. antiq. p. 358, et 
de Spruner. 

(4) Sur la Sarmatie, voyez p. 7, 135, 206, note 7, 331. 

(5) Ces noms se trouvent également dans la carte d'Hereford, voyez 
tom. II, p. ."22. 



— 473 — 

( hommes à tète de chiens) (1). Ce pays est à l'extrémité N. 
de l'Europe et parait correspondre à la partie supérieure de 
la Finlande. A TE., depuis le Dnieper jusqu'au Tanaîs (le 
Don), le pays est habité selon le cartographe par des Grif- 
fons; on y lit: 

« Hic habitant Griffe homines Ici habitent les Griffons hommes 
nequam. » | méchants. 

Ce sont les Gelons de Solin (2) . Ensuite Tient le Tanaîs, 
limite commune de Y Europe et de Y Asie, Nous passerons 
donc à ce dernier continent 

ASIE. 

Nous commencerons la description de l'Asie par la partie 
septentrionale. Au delà du Tanaîs (le Don), une grande 
chaîne de montagnes formant, comme dans la carte d'Here- 
ford, un triangle (3), peut être reconnue pour les Payas ou 
chaîne de Y Oural. Au nord est la région des glaces, la Sibé- 
* te, avec la légende suivante : 

• Apterofon 



W» 

Le cartographe place les limites occidentales de l'Asie 



(1) Rapprochez de la carie d'Hereford, t. II, p. 323, et de la légende 
p. 324. 

(2) Cette légende s'explique par celle de la carte d'Hereford, t. Il, 
p. 325. 

(3) Dans la mappemonde d'Hereford, cette chaîne de montagnes est 
appelée Monts-Riphées. 

(4) Rapprochez de la carte d'Hereford. Sur cette région , voyez 
tom. II, p. 327 et p. 114, note 5, sur le Mons Aquilo. 



— 474 — 

près de ces montagnes, car on y lit à l'encre rouge : Ter- 
minus Asie. La côte au N. de la région des glaces forme un 
petit golfe ou sinuosité , en face duquel est une île, ce golfe 
correspond probablement au golfe de Tcheskai dans le pays 
des Samoyèdes (1) . A TE. de cette contrée est le pays des an- 
thropophages. Le cartographe indique par ce nom quelques 
uns des peuples scy thés, surtout les Essedons de Solin (2) et 
des Scythotaures (3). Au midi et à l'E. de ce pays est l'Al- 
banie (Albana) (4) et au N., près de la mer Boréale, comme 
dans la carte d'Hereford, sont les montagnes hyperboréenncs, 
dont une partie enveloppe la légende suivante : 



• Gens yperbo:ea bealissima 
sine. . . et discordia (5). » 



Pi-uple byperboréen très bett- 
reux sans ni discorde. 



Au midi est le pays des Amazones (Amazonia) (6). Cette 
contrée est à l'O. de VHyrcania, et en est séparée par une 
chaîne de montagnes qui figure selon nous une continuation 
des montagnes hyperboréennes, se projetant vers le S. Là 
prend naissance un grand fleuve qui va se jeter dans la mer 
Caspienne. Ce fleuve sans nom nous semble être le tlka 
(Volga) ; mais son cours est dans la carte de TO à TE. On 
peut donc conjecturer que le cartographe avait une connais- 
sance très imparfaite de sa direction. En effet, d'après les 



(1) Rapprochez celte carte des cartes modernes. 

(2) Rapprochez de la mappemonde d'Hereford, tom. II, p. 327 et 329. 

(3) lbid % p. 3*28. 

(A) Voyez aui tables. 

(.">) Rapprochez cette légende de celle de la carte d'Hereford, tom. II, 
p. 331 f qui l'explique et la complète. Ce cartographe place les 3f<mti 
hyperborécnt plus à l'E. des montagnes de ce nom dans la carte de 
Ptolémée. 

(6) Rapprochez de Forbiger, tom. II, p. 457. 



— 476 — 

anciens géographes, ce fleuve fait dans sa partie supérieure 
un assez long trajet de l'O. à l'E., puis il se courbe et se di- 
lige du N. au S.-E. pour se jeter dans la Caspienne (1). 

Entre le Cyrus fluvius et le Volga aucun des pays de la 
Sarmatie Asiatique n'est signalé et Y Arménie (Armenia) est 
placée au S. du Cyrus. Le cartographe fait sortir ce 
fleuve d'une montagne sans nom qui nous paraît corres- 
pondre au mont Tchadir. Ce grand cours d'eau issu des 
frontières de Y Arménie, traverse tout le pays jusqu'aux li- 
mites de Y Albanie pour se rendre ensuite dans la mer Cas- 
jn'enne; il se joint à YAraxe, mais en conservant jusqu'à ses 
embouchures (car il en a deux), le nom de Kur (2). 

La chaîne du Caucase s'appuie, dans la carte, au N. sur la 
rive méridionale du Mare Pomicum (la Mer Noire), et se pro- 
jette vers le S.-E. La cartographe a placé les Caspie Porte 
(Portes Caspiennes) (3) à l'O. de YAmazonia. La mer Cas- 
pienne est encore figurée comme un grand golfe de la mer 
Boréale. Le cartographe ne lui donne qu'une dénomination, 
Mare Caspium , sans y ajouter Hyrcanium. A TE. de cette 
mer un carré formé par une espèce de muraille flanquée de 
tours du côté du Sud, est le fameux rempart de Gog et de 
Magog. On y lit: 

« Gog , Magog gens iramun- Gog, Magog, nation impure, 
da (4). » 



(I ) Rapprochez de la description de la carte d'Hereford, t. II, p. 333. 

(â) Kur; on le nomme aussi Kour et ê/kvari; il prend sa source au 
mont Tchaldir dans V Arménie turque et se jette dans la mer Caspienne 
au golfe de Kizil-Agadj, 

(3) Voyez ce mot dans les tables. 

(4) Rapprochez de la description de la carte d'Hereford, t. II, p. 338, 



— 476 — 

De ces montagnes sort un fleuve qui va se jeter à VE. 
dans un grand golfe, Fluvius Acheran; c'est le fleuve infer- 
nal de la carte d'Hereford (1). Les deux cartographe» 
ont transporté l'Achéron ou fleuve de l'Enfer de YEpin 
aux régions septentrionales de Y Asie d'après des traditions 
fabuleuses et des confusions géographiques. Us ont pensé 
qu'un fleuve qui avait sa source dans un pays horrible comme 
Magog devait être un fleuve infernal (2). Plus à TE. on remar- 
que un autre fleuve qui prend sa source dans YEmoduswum 
des anciens faisant partie du Caucase (3) et qui se jette 
dans le golfe de l'océan oriental (Sinus oceani orientai**) des 
cartes anciennes. Ce fleuve porte le nom de /Z. Ostrogoira{A); 
il paraît se joindre à YOxus (5) (l'Akës d'Hérodote); quant au 
lac du même nom dont parle Solin et d'où sort ce fleuve ;6), 



et de ce que dous avons dit sur ce sujet dans les deux volumes pré- 
cédents et dans celui-ci. 

(1) Voyez toin. II la légende, p. 533. 

(2) Rapproche! de ce que nous avons dit plus haut, dans U 
description de la mappemonde d'Andréa Rianco. Pour VAch&on, con- 
sultez Strabon, Pline, liv. IV, c. 1. Ptolémée liv. III, c. 14. Hérodote, 
liv. VIII, c. 47. L'abbé Ranier, Myth. tom V, p. 56 et suiv. Mont- 
faucon, Antiquit. expliq., t. V, p. 137, et Mémoires de l'Académie des 
Inscriptions et Relies-Lettres, tom. NI, p. 9, et tom. VU, p. 159, 
tom. XII, p. 1*5. 

(3) Voyez ce mot aux tables. 

(4) Il nous semble que ce fleuve correspond à Yoitorocorr* dans la 
Scythia serica des anciens. 

(5) Voyez Sainte-Croix, bistor. d'Alexandre, p. 714. Rapprochez de 
ce que nous avons dit dans le t. II, p. 159, relativement à l'Onu, re- 
présenté dans la carte de Floridus du XII» siècle, se jetant a l'R. dans 
l'Océan oriental, et à 1*0. dans la Caspienne. 

(6) Rapprochez de la description de la carte d'Hereford, t. II, p. 337, 
et ibid, note 2. Ce lac selon Sainte-Croix (Historiens d'Alexandre, p.7M) 
ne peut être autre que le ïac A' Aral. Rayer avait soupçonné l'identité 



— 477 — 

il est à peine visible dans celte carte. Ensuite vient un autre 
fleuve qui a sa source à l'extrémité méridionale de la chaîne 
du Caucase, fl. Emsoruas (1). La direction continue de 
l'O. à TE. que le cartographe donne à la chaîne du Caucase 
rappelle le système d'Eratosthènc (2) et de Strabon (3). 
Plus loin est le Gange (FL Ganges) qui a sa source dans 
la partie méridionale de la chaîne de montagnes , et se jette, 
dans Y Océan oriental, au lieu de tomber dans Y Océan méri- 
dional ou Indien (4). Le pays au-delà de ce fleuve est inconnu 
au cartographe. La Péninsule Indienne est projetée comme 
dans les autres cartes du moyen-âge, de l'O. à TE. au lieu 
de l'être du N. au S. (5), Au midi, sur les bords de Y Y- 
panis (Caul de d'Ànville (6), comme dans la carte d'Hère- 
ford est la ville d'Enos (7), figurée par un édifice flanqué 
de tours (8) ; en face est une île circulaire qui figure le 

des deux lacs Aral et Oxion. (voyez Ilist. Regu. Bactr., p. il cl 12). 
Les notions sur ce lac furent très vagues jusqu'au règne du czar 
Pierre I« r . 

(1) Ce nom, visiblement corrompu, est peut-être le Sounus, actuelle- 
ment Soun, Sou, mais déplacé. 

(2) Rapprochez cette carte de celle de Gosselin, Geograph. des Grecs 
anttlys. 

(3) lbid. 

(4) Rapprochez de la carte d'Hereford, descript., tom. II, p. 333 et 
suiv. 

(n) Rapprochez de la carte citée, tom. II, p. 54C. 

(6) Rapprochez de la carte citée, lbid, p. 347, Cf. — Strabon, 
p. 516, 68G,G9l,70i,Diodore de Sicile, 11, 37. Rapprochez la théorie 
du cours de ce fleuve et la carte donnée par le D r Vincent, voyage de 
Marque, p. 73, et intitulée : Esquisse de la Rivière de l' Indus, etc. d'a- 
près Rennell. 

(7) lbid. p. 347. 

(8) Voyez dans la description de la carte d'Hercford, tom. Il, 
p. 347. 



— 478 — 

Paradis Terreatie avec ses quatre fleuves (1). Ainsi le car- 
tographe place le Paradis en deçà de l'embouchure du 
Gange (2). Au midi de YHypams est une région nommée Co- 
conaro, ou Cocandro Pdis (3), (peut-être Cocala, Sicacola 
d'aujourd'hui) (4). Vers l'O. est le (luvws Accimes dans 
lequel il est facile de reconnaître YAcesinès (5) ; son cours est 
presque parallèle à celui de YYdatpes (Hydaspe) (6). Au N. 
et dans l'Inde, le cartographe place la région aurifère figurée 
par une montagne auprès de laquelle on lit : Auret Mornes. 
Ce sont les montagnes Baclrico-lndiennes si riches en or, 
gardées par les griffons, selon les cartes du moyen âge ; fl 
les indique à la même place que le cartographe d'Hère- 
ford (7). Là se lit en gros caractères écrit à l'encre rouge le 
mot India. Près de la côte méridionale, est une montagne 
nommée Mons Schig (8), (peut-être le Tis de la carte de 
Rennell (9). Entre Y Hydaspe et Y Indus, est une seule 



(1) Ibid, loc. cit. 

(2) Ibid, loc. cit. 

(3) Il y avait dans ces parages un canton appelé C*ttenm* % 
dans lequel D'Anville a reconnu Canara (voyez D'Anville, Géog. AnL 
II, p. 3.k>), peut-être est-ce le cAymbah picrici de Ptolcmée, ou le co- 
quillage qui donne les perles dans le golfe que nous appelons côte de 
la Pêcherie. 

(4) Voyez D'Anville, vol. cit. p. 562. 

(5) Voyez aux tables. 
(G) Ibid. 

CI) Voyez tom. II, p. 346. 

(8) Nous n'avons pas pu trouver de correspondant a ce nom dans les 
nombreuses caries que nous avons consultées. Peut-être le cartogra- 
phe a-t-tl voulu indiquer avec celte orthographe le nom des montagnes 
du pays des Scheiks. 

(9) Voyez Rennell, Geog. of Herod., p. 2*9. 



— 479 — 

ville, Suse nommée ici Usa Civitas, près d'un édifice placé 
sur la rive gauche du fleuve (1). A l'O. est le Fliwius Indus 
(Indus, le Sind), grand fleuve qui prend sa source dans des 
montagnes sans nom placées au N. de Y Inde, c'est-à dire 
Y Himalaya (2) dans le Tibet. A l'O. de Y Indus est la Media 
tuperiar (3), au midi de laquelle on lit Chayrce (4) ; au delà 
est la Carmanie (Carmania) (4). A TE. de cette contrée est 
la Mer Rouge, et au N. la Media inferior (5), où se voit la 
ville célèbre de Rages dont nous avons parlé dans la des- 
cription de la carte d'Hereford (6) . Près de cette ville coule 



(1) Si ce nom correspond à Suza, nous devons remarquer que celte 
ville aujourd'hui ruinée sur l'emplacement de laquelle se partagent 
Iesopiuions de quelques géographes modernes, était la capitale de la 
Susiane, Les Binites étaient au N. et Y Assyrie: a l'orient l'Elymaïde 
bornée par le fleuve Eulée; au midi le Golfe Persique, et le Tigre au cou- 
chant. Le nom moderne de la Susiane est Cus, selon Niger, Zaqueis- 
maely selon Mol et, Zadus et Cusistan, selon Mercator. Voyez sur cette 
ville Sainte-Croix, llisior. d'Alexandre, p. 318, 428 et p.*814, V Analyse 
de la carte des marches tVAlexandre-le-Grand par Barbie du Bocage. 
Rapprochez de notre anal.vse de la carte d'Hereford,*tom. II, p. 357, 
note 3. — Cf. Histoire et Hémoires de l'Académie des Inscript., tom. I, 
p. 53 et suiv. 

(2) Ce fleuve est nommé aussi fleuve de Ladark ou Sanpo. Il coule 
dans le pays des Seiks, séparant Y Afghanistan de Y Hindoustan. Aucune 
des branches nombreuses dans lesquelles il se partage n'est signalée 
ici, excepté celle qui nous semble correspondre a YEtymandrus flu- 
vius de la carie d'Orlclius, intitulée Alexandri âfagni Macedonis expe- 
ditio. 

(3) Voyez sur les limites de ce pays Polybe, livre V, page 388. 

(4) Ce nom nous semble altéré. C'est peut-être Bubaiène des cartes 
d'Ortelius et de Cellarius. 

(5) Voyez aux Ubles. 

(tt) Voyez L II, p. 356, note S. Saint-Martin parle à peine de cette 



— 480 — 

le Tigre qui paraît prendre sa source dans une partie de It 
chaîne^ du Caucase et vient se jeter dans la Mer Rouge (1) # 
La Bactn'ane placée à TE. des sources de ce fleuve est enfer* 
mée dans un triangle de montagnes formé par la chaîne du 
Paropamisus des anciens. Cette contrée est au N. du Ka- 
boul (2). Persepolis est aussi près des rives du fleuve. Entre 
le Tigre et YEuphrate sont la Mésopotamie (3) et la Babylo- 
nie. Au N. delà première et au S. du Tawrus est une chaîne 
de montagnes dans lesquelles il est facile de reconnaître le 
Masius Morts des anciens (4), aujourd'hui appelé par les Turcs 
Karadgia Daglar, ou les montagnes noires. Le Tigre commu- 
nique avec YEupluate par un autre fleuve ou canal tracé en 
ligne droite de TE. à 1*0. et que le cartographe nomme 
Fluvxus Covar{5), le Chatel-Arab moderne. Ce fleuve réunit 
le Tigre à l'Euphrate. Sur la Mésopotamie point de villes et 
dans la nabylonie rien que la Tour de Babel (6). Cette contrée 
a au S. Y Arabie (Àrabia) sur le nord de laquelle est une forêt 



ville dans les fragments de son Histoire des Arsacide*, ouvrage post- 
hume publié en 1850, t. II, p. 337, Consutltez Arrien, Strabon, 
Isidore de Cliarax. 

(1) Voyaz aux tables. 

(à) Rapprochez celle carte de celle qu'a donnée Heeren, à la suite 
du lom. I er de son ouvrage de la Politique et du Commerce des peuples de 
V Antiquité, dressée par Du four en 1829. 

(3) Voyez sur celle contrre t. II, p. 

(4) Voyez Ptolémée, V. 18. Cf. Slrabon XI, p. 359. et la carte de 
Cellarius, liv. III, p. 398. 

(5) Nous n'avons vu de fleuve de ce nom chez aucun des géogra- 
phes anciens. Sans doute le géographe a voulu indiquer le Chaboia*, 
fleuve qui, selon D'Ànville, conserve le nom d'Al-Kabottr. 

(G) Voyez analyse de la carte d'Hereford, t. II, p. 



— 481 - 

grossièrement figurée, Silva piperù (forêt de poivriers) (1). 
Dans la péninsule de l'Arabie on ne lit que Arabica Slyota (2) 
et près de la Mer Rouge , Madiax (3) ; au delà est le Sinaï (M. 



(I) lbid. t page 367, même légende. Le poivrier, comme presque tous 
les végétaux de cette espèce, habite la zone équatoriale. Cet arbuste 
et notamment l'espèce qui fournit le poivre noir du commerce (piper 
nlgrutn de Linné) est indigène des Iles de la Sonde, selon Roxbourg, 
Fioria Indien, et de l'Asie équatoriale, tandis que Henri de May en ce, 
dans sa légende, et l'auteur de la carte d'Hereford, placent au nord de 
l'Arabie des forêts de poivriers, et ne font aucune mention de cet 
arbuste dans l'Inde. Chez les auteurs anciens où les cartographes 
du moyen-âge puisaient leurs renseignements, par exemple dans Pline, 
liv.XH,c. 14-7, parmi les arbres et arbustes d'Arabie nommés, nous 
ne voyons que le gingembre (amomum zinziber de Linné), qui a une 
saveur poivrée. Pomponius Mêla ne parle que de la canelle, de l'encens 
et non pas de forêts de poivriers (III. 8; I. 10.), et Solin (XXXIV) n'in- 
dique pas non plus parmi les arbres d'Arabie, le poivrier ni les forêts 
de cet arbuste. S ira bon ne fait mention d'après Eratosthène, en par- 
lant de l'Arabie, que des palmiers, de l'acanthe, de l'encens , de la 
myrrhe, etc. (Strabon, XVI). Edrisi ne signale aucune forêt de poi- 
vriers dans cette région. Aboulféda parle seulement des palmiers, et 
il dit que dans le territoire de la ville de Dhafar on trouve un grand 
nombre de plantes de Vinde, comme le cocotier et le bétel, mais il ne 
parle pas du poivrier (voyez Aboulféda de Reinaud, t. 2, p. 124). Il 
nous semble donc que les cartographes, suivant le système des anciens, 
comprenaient ces régions dans ce qu'ils nommaient les îndes % et les 
épices venant aussi par l'Arabie, ils ont d'après cela indiqué des fo- 
rêts de poivriers dans ces contrées, qu'ils considéraient comme 
formant partie de l'Inde. Bapprochez de la légende de la carte d'Here- 
ford, t. II, p. 341, qui place les forêts de poivriers près du promontoire 
Sétmara à l'orient , 

(2) Voyez aux additions. 

(3) Madiax. Nous pensons que c'est la ville de tfadian, qui était peu 
éloignée de la mer, et qui est appelée par les Arabes, Mégar-el-Shnaib 
ou grotte de Shnaib, et ce nom de Shnaib est donné à Jethro, qui fut 
prêtre de Madian et beau-frère deMoyse (D'Anville, Géogr. ancien., II, 
p. 213.) Nous ajouterons que c'est la ville de Madian placée dans le 
Désert des Sarrasins (Sarracenorum desertum) dans Y Arabie Heureuse, 

III 31 



— 482 — 

Sina) (1). Au N. de Y Arabie, un fleuve qui a sa source dans 
une montagne vers l'E., vient se jeter dans la Mer Marte ; c'est 
YArnou de l'Ecriture Sainte. Il porte son nom dans la 
carte. Ce fleuve est aujourd'hui YArnoun, ou Wadi-Mondjed. 
Dans la Palestine qui s'étend ici depuis la Cash-Syrie ya&~ 
qu'à TArftoiij le premier pays placé au N. de l'Arum, c'est- 
à-dire du territoire des Amorrhéens (Àmorrei) (2). À l'E. du 
Jourdain sont Gelboé, Hubert, demi-tribu Mariasses, et au N. 
Decapolis regio, déjà mentionnée dans l'analyse des cartes pré- 
cédentes (3). Cette région est séparée à l'E. de Damât- 
eus (4) et de Nicomedia regia (5) par une grande chatne de 
montagnes, Mons Galaad (6) et bornée àl'O. par le Jourdain, 
dont la source forts Jor ( syllabes à compléter peut-être par 
le mot Dan inscrit plus à l'ouest ) est indiquée dans la chaîne 



(1) La Péninsule du Sinaï a été de notre temps l'objet de recherches 
et d'explications approfondies de la part de savants voyageurs. Noos 
avons déjà cité plusieurs ouvrages sur cette montagne si célèbre dans 
l'Histoire Sainte, nous indiquerons ici la savante publication du rér. 
Charles Forster {The voies of Israël from tke Bocks of 5foof , in-8* avec 
planches et cartes, 1851), où l'auteur de la Géographie historique es 
V Arabie traite de plusieurs inscriptions du Mont Sinaï, et les expli- 
que. Nous signalerons au lecteur non seulement cet ouvrage dont la 
lecture nous a beaucoup intéressé, mais aussi la savante analyse qid 
en a été faite par notre savant confrère II. Garcin de Tassy, dans le 
Journal asiatique (cahier de juillet 1851, p. 88 et suiv.). 

(2) Les Amorrhéens, descendants d'Amor, peuplèrent les montagnes 
à l'occident de la Mer Morte et s'étendirent vers l'orient. Les Israélites 
firent la conquête de leur pays. Une partie de leurs terres fut donnée 
à la tribu de Juda, et d'autres portions furent distribuées aux tribus 
de Ruben et de Gad. 

(3) Voyez tom. II, p. 366. 

(4) Damas. Sur cette ville voy. tom. II, p. 365. 

(5) Voyez L II, p. 113, 270, 378 et plus haut, p. 15, 235. 

(6) Sur ces montagnes, voyez t. II, p. 365. 



— 483 — 

du Liban (1). Le lac de Gênizareth (Mer de Tibèriade), 
nommé ici Mare Galilée (2) est voisin de quelques noms de 
tribus et de villes ; la Galilée tupérieure est séparée de la 
Galilée inférieure. Nous y trouvons le Mont Tabor (3) et les 
tribus de Zabulon (4), Yssachar (5), Aser (6), Dan, Nephthali 
et Demidia Manasses; puis Benjamin (7), Jéricho (8), 
Juda (9) et Simeon (10). Jérusalem est figurée par un grand 
édifice en forme de temple; à l'O. est Bethléem. Au midi de 
la Palestine est Rhinocorura , dont nous nous occuperons en 
traitant de Y Egypte. Sur la côte de la Syrie, au bord de la 



(1) Rapprochez de la carie U'Hcreford, t. II, p. 369. 

(3) ibid. Voyez la figure de celte mer dans le voyages de Linch. 

(3) Le Mont-Thabor, dans la Galilée inférieure, où J. G. se transfigura 
en présence de trois de ses disciples. L'histoire raconte que Josèphe, 
gouverneur de la Galilée, fit enceindre ce mont par une muraille, et 
le rendit presque imprenable, mais Placide, capitaine romain, le força. 

(A) La tribu de Zabulon fut principalement appelée sous les armes 
lors de la guerre que Barac fit à Sisara. La prophétesse Debora, dans 
son beau cantique, célèbre ses exploits. 

(5) issachar. Cette tribu eut en partage dans la partie septentrionale 
de la Terre-Sainte, un territoire borné au N. par Zabulon et Nephthali, 
à l'orient par le Jourdain, au midi et à l'occident par la demi tribu de 
Manassé. 

(6) Asser. Comparez la position de cette tribu dans notre mappe- 
monde et dans la carte des tribus par D'Anville. 

(7) Rapprochez de la carte de D'Anville citée. 

(8) Jéricho, ville figurée dans les cartes du X* siècle, située a sept 
lieues de Jérusalem, et nommée par Moïse • la ville des Palmiers, • 

(9) Juda. Voyez tom.II, p. 37, note 3 et p. 373. 

(10) Simeon était une des douze tribus d'Israël. Son territoire avait 
pour bornes au nord le pays des Philistins, à l'orient la tribu de Juda , 
au midi les Amaléciles, et à l'occident la Méditerranée. 



— 484 — 

Méditerranée sont Ascalon (1) , Cesarea (2), Tyr (3) et 
Sidon (4). 

Dans Y Asie Mineure, à l'E. du golfe à' Alcxandrette [Iskan- 
deroun (5) est la Cœlo-Syria (6). Sur l'A«> Mineure ( 4tw 
Minor, à l'encre rouge), contrée si riche en villes célèbres et 
en souvenirs historiques, à peine quelques noms sont signalés. 
Ainsi à l'O. delà Calé-Syrie est une grande ville placée sur 
les bords d'un fleuve, fl. Ternus (7) coulant du N. au M. et 
tombant dans le golfe d'Alexandrette. A l'O. du fleuve, une 
ohaîne de montagnes est nommée Mons Anianus ( Amanus) (8) . 
A l'extrémité du promontoire méridional de Y Asie Mineure, 
baigné par la Méditerranée, nous lisons le mot Ania (9). Au N. 
on remarque la Phrygie, puis deux fleuves qui se jettent dans 
le Pont-Euxin et dont l'un porte le nom de Pactrisio (peut- 
être le Pactolus de Strabon). L'autre fleuve est probable- 
ment YHytius (10). 



(!) Sur cette Tille, voyez t. II, p. 139. 

(2) César ea. Voy. t. II, p. 66. 

(3) Sur la ville de Tyr, voyez le t. II, p. 98, 374. 

(4) Sur Sidon, voyez tom. Il, à la table. 

(5) Voyez t. II, p. 222. 

(6) Calo-Syria. La contrée de ce nom avait pour limites la Pmlmy* 
r$nê, Y Arabie, le Mont-Liban, Y Or on tes ei le Marsyas. Les villes principales 
étaient Daman, Abiia Lysaniœ, Heliopolh, Aphaca où il y avait un tem- 
ple de Vénus, Mamuga, Lybon, Paradisus , Uiodicea, Cabirsa, Gaana, 
Jabruda, Pinacitœ, Seleucia. 

(7) Si la ville est Antiochia civitat (Antioche), le fleuve serait l'O- 
ronti. 

(8) Cette montagne correspond, par sa position et par son orienta- 
tion, a Y Amanus Mons des anciens, faisant partie du Taurus. 

(9) Voyez aux additions. 

(tO) Rapprochez de la description de la carte d'Hereford, t.H, p.370, 
et ibid notes 4 et s. 



— 485 — 

Nous ne terminerons pas cette partie de la carte san&fair* 
remarquer que du côté méridional , l'Asie s'étend jusqu'au 
Nil et même jusqu'auprès de la Marmarique où on lit les 
mots: Terminus Asie (limites de l'Asie). Une partie de 
l'Egypte étant comprise dans Y Asie, nous allons nous oo 
cuper des lieux inscrits dans les limites de' cette démarea* 
tion systématique. On remarque d'abord un lac qui nous 
semble représenter le Lacus Sirbonis (1) et qui porte une 
légende illisible, puis Rhinocorure, aujourd'hui ElArich (2). 
Le cartographe au lieu d'inscrire le nom de cette ville près 
du rivage de la mer, la reporte presqu'à la source d'un 
fleuve qui sort d'une montagne et vient se jeter dans la Mé- 
diterranée. L'auteur de la carte a peut-être puisé cette idée 
dans les récits d'Eratosthènes reproduits par Strabon qui 
parle en effet des fleuves formant des torrents vers Rhino* 
contre et le mont Cassius; quelques géographes pensent 

(1) Strabon , liv. XVI, l'a confondu avec le Lac Asphaltite, selon le» 
traducteurs français. 

(S) ElArich est un château-fort de la Basse-Egypte sur la Méditer* 
nuée, à l'embouchure d'un torrent que quelques auteurs ont pris pour 
l'ancien torrent d' Egypte. Diodore de Sicile (liv. I, c. 60) ainsi que Stra- 
bon font un triste tableau de cette ville. Le nom même de Rhinoco* 
toute ou Rhinocolure, signifie les narines coupées, parce que les pre-r 
miers habitants furent ainsi mutilés. Cette ville a été attribuée tan- 
tôt à la Syrie, tantôt à la Palestine dont en effet elle faisait partie 
anciennement, et quelquefois à V Egypte dont elle dépendit dans la 
suite. Elle est mentionnée dans les Itinéraires d'Antonin, dans Hié» 
roclès et dans la Table Théodosienne, ou de Peutinger. (Voyez la col- 
lection des itinéraires anciens de M. de For lia, p. 42, 282 et 456.) Non 
seulement les auteurs anciens font souvent mention de cette ville, 
mais aussi le géographe de Ravenne en parle dans le liv. II, p. 97, 
d'après Saint-Epiphane. Ortelius et Rennell, dans leurs cartes, placent 
cette ville près de la mer» 



— 486 — 

que le cours d'eau dont il est question plus haut» est le 
torrent de Béror ou du désert dont il est parlé dans l'Écri- 
ture Sainte ; Ortelius dans sa carte l'appelle Rhinocorurus 
fluvius vel Sichar. La préférence que l'auteur de cette carte, 
ainsi que celui de la mappemonde d'Hereford, ont donnée à 
cette ville en la signalant spécialement a, selon nous» pour 
motif une tradition : ce fut à Rhinocorure, dit-elle, que Noé 
partagea le Monde à ses trois fils. 

Au midi du fleuve de Rhinocorure est un édifice que le 
cartographe nomme Ramesse; c'est la ville de Ramesèèt (1), 
A 1*0. de cette ville , le cartographe a dessiné un énorme 
édifice représentant les célèbres greniers de Joseph, création 
dont l'Egypte et d'autres contrées furent dotées et qui date 
de la disette survenue sous le règne de Pharaon. On y lit : 

« Horrea Joseph. » | Greniers de Joseph (2). • 

Sur la Mer Rouge, presqu'en face du MontSinm, le carto- 
graphe signale l'endroit du passage des Israélites (3) dans la 



(t) Quelques auteurs disent que celte Tille fut bâtie par Pharaon 
pour les Hébreux. Cette ville est souvent confondue par les auteurs 
avec celle é'néropolis. Becanusla nomme Busiris. Malte-Brun n'admet 
pas que Rmmesséès soit Ueropoiis (Précis de la Géograph., X. p. 68). 

Rapprochez de Ce Darius, Gèograp. mntiq., p. 5i, JEgypius. Vojez aussi 
la légende de la carte d'Hereford, t. Il, p. 39a 

(S) Nous avons déjà tu cette représentation des greniers de Joseph 
dans la mappemonde d'Hereford, t. II, p. 291. 

(3) Rapprochez de ce que nous avons dit plus haut, p. 39. Nous ci- 
terons ici, au sujet du passage des Israélites, le Mémoire de feu Du- 
Rois-Aymé, membre de la Commission d'Egypte, intitulé : Kotice sur 
le séjour des Hébreux en Egypte et sur leur fuite duns le désert, publiée 
dans sa collection de Mémoires imprimes à Livourne en 1814, p. 27, et 
uotamment la page 36 consacrée au passage de U wter Rouge. 



— 487 — 

partie nord de cette mer (1), comme dans d'autres cartes du 
moyen âge , ensuite YEgiptus inferior et Alexandrie, indi- 
quée sous le nom d'Alexandria civitas. A TE. est Egiptus 
superior, partie projetée vers l'orient, et au-delà sont les 
montagnes de la Nubie dont nous parlons ailleurs. En ter* 
minant ici la description de Y Asie de cette carte nous allons 
passer à l'Afrique. 

AFRIQUE. 

La forme et les contours de cette partie du globe sont tel- 
lement resserrés du N. au M. qu'elle ne présente qu'une 
zone de terre fort étroite se prolongeant de l'O. à l'E. dans 
le sens des parallèles. La côte occidentale , à partir du dé- 
troit de Gibraltar, va s' inclinant de plus en plus vers l'E., et 
forme une ligne méridionale presque droite qui se prolonge 
jusqu'au de là de la Mer Rouge, de sorte que l'Afrique de 
cette carte est tout entière en deçà de l'équateur. Gomme 
dans presque toutes les cartes du moyen-âge, la partie mé- 
ridionale est bornée par une zone de mer qui forme la com- 
munication entre Y Océan Indien et la Mer Atlantique. V Afri- 
que romaine, est indiquée par le mot A fric e écrit à l'encre 
rouge, à TÉ. , près de la chaîne du Catabatmon (Marmarique), 
et à l'O., près de la côte occidentale du Maroc, située sur 
YOcéan Atlantique (2), et en effet le Ratabathme était la li- 



ft) Rapprochez cette particularité de la discussion de l'auteur, notice 
citée, p. 30—49. 

(2) Sur la délimitation dont il s'agit, voyez le texte qne nous avons 
donné dans le t. I, p. 28. Cette limite est marquée dans différente» 
cartes du moyen-age (voyez t. II, p. 97 et 234). Plus haut, p. 120, nous 



— 488 — 

mite de la domination des Ptolémées. À l'O. de la chaîne de 
ce nom commençait le territoire de l'Afrique romaine. Là 
aussi était la ligne de démarcation entre Y Afrique et Y Asie. 
Nous ferons remarquer cependant que le cartographe a placé 
cette chaîne plus à l'O. du cap Luco d'aujourd'hui, et lui 
donne le nom de Mans Catabatmon. Du reste , il paraît être 
d'accord avec la description de Polybe, selon lequel la 
chaîne de montagnes qui de l'intérieur du pays se projette 
vers la côte et la ville de Katabathmos, formait un défilé 
étroit (1). A gauche du Nil il place comme l'auteur de la 
carte d'Hereford une grande chaîne de montagnes, sur la 
partie septentrionale de laquelle est une porte nommée 
Porte Nibie (2) ; à l'E. on lit : 
• Desertus Nibie (3). • | Désert de la Nubie. 

ayons vu cette môme chaîne figurer dans une carte avec la dénomination 
arabe. Katabathmu* était à la fois le nom d'une ville et celui d'une 
large vallée dont la pente rapide commençait aux environs de l'en- 
droit ainsi désigné, et qui était dominée sur le bord opposé par une 
rangée de coteaux. 

(I ) Polybe, XXXI— 10— 2. Nous aurons à revenir sur ce sujet en cou»» 
parant les portulans du moyen-âge aux périples anciens 

(2) Voyez ce que nous avons dit sur ce sujet dans le t. II, p. 391. 
Sur la Nubie, voyez Strabon, XVII; Dion Cassius, liv. LIV; Ploié- 
mée, liv. IV, c. 5, et Tab. III. Et sur l'introduction du christianisme 
dans ces contrées, voyez la Chronique (VAssemani ; Cf. Young's Obser- 
vations on a fragment ofa very ancient manuscript with inscriptions from 
Nubia (Archeologta Britannica, p. 19. — 1820. Pour l'histoire plus mo- 
derne de cette région, consultez l'ouvrage de l'Arabe Ibn-Sélin, tra- 
duit par M. Quatremère (Mémoires géographiques et historiques sur /*£- 
gypte). Cf. Burckbardt Trav. App. III. Norden , Voyage en Egypte et en 
fiubie. Bruce, Travels to discover the source of the Mie; la Dissertation 
de Niebubr sur les Inscriptions nubiennes ; les Mémoires de l'Acadé- 
mie d'Arc h. de Rome, 1820; enfin les Voyages en Nubie de Caillaud. 

(3) Sur ces déserts, consultez l'ouvrage de Burckbardt sur ion se* 



— 489 — 

Ces montagnes sont traversées par lé Nil que le cartogra- 
phe fait sortir d'un grand lac à TE qu'il signale par les mots 
FonsNile (sources du Nil), au delà on lit le nom de Fialus (1). 

Le cartographe s'est en quelque sorte conformé au sys- 
tème d'Erastosthène. Ce géographe dit: A gauche du 
cours du Nil habitent les Nubiens, grande nation de la Libye 
qui commence à Mêroè et s'étend jusqu'au coude du Nil. » 

A l'extrémité orientale de l'Afrique, au S. de la Mer Ronge, 
C3t une grande mor. agne de couleur rouge, M. Aroeni (2). 
Cette montagne est la même que le Mons Ardens de la carte 
d'Hereford et d'autres monuments géographiques du 
moyen-âge. 

En revenant sur nos pas au de là de la grande chaîne des 
montagnes de la Nubie, nous trouvons la Thcbaïdc. Là le 
cartographe a figuré les couvents dont cette contrée était 
autrefois remplie , et on y lit : Monasteria Sancti Antonii 
( monastères de Saint-Antoine) (3) en effet, la terrasse du 
Tigré contient les plus anciens monuments du christianisme 
dans YAbyssinie : on y voit de nombreuses églises taillées 
dans le roc. M. Pearce qui visita, sur les hautes montagnes 
de Lasta, à la frontière méridionale du Tiyré, la sainte église 
de Jummada-Mariam (4), bâtie au X e siècle par le' roi Lali- 



coml voyage en 1814, intitulé : Descriptions of a Journey froro upper 
Egjpt through the déserts or Nubia to Berber and Suakim, etc. 

(1) Voyez les mêmes détails, à peu près, dans la mappemonde d'He~ 
reford, t. Il, p. 591 et 392. 

(2) Voyez aux additions. 

(3) Rapprochez de la description de la carte d'Hereford, t. II, p. 593, 
etifr/rfnoie 1. 

(4) Voyez Sait, Voynqt en Abyufnie, entrepris par ordre du gouver- 
nement britannique en 1800 et 1810, p. 44* 



— 490 — 

bal a, la trouva tel le que l'ont décrite Al varès et Ludolf ; c'est 
un édifice d'une architecture sévère et imposante semblable à 
celle d'Asba-oz-Gouba (1). Les prêtres lui firent voir aussi des 
livres latins et portugais qu'ils conservaient précieusement 
comme des reliques (2). 

A TO. de la Thébaide sont File fameuse de Méroé (3), et 
le temple célèbre de Jupiter Ammon représenté par une 
Corne d' Ammon recourbée et arquée comme une corne de 
bélier (4). Plus à l'O. est le lac Triton (5) avec le fleuve du 
même nom qui descend d'une montagne voisine et vient se 
joindre au Nil. Au N. de ce fleuve dont le cours est dirigée 
de TE. à l'O. (6) sont les Troglodyte* (7); au S. du lac 7VÎ- 

(1) Voyez Valentia, trav. III. 

(2) Ritter, Afrique, III, p. 268. — Rapprochez du récit de Sait, t. II, 
trad. franc., p. 234 a 282, où ce célèbre voyageur cite non seulement 
Cosmas, Marco Polo, mais aussi les Portugais qui ont écrit sur I'àdts- 
sinie. 

(5) Méroé (MepÔY)). Cette Ile est formée selon Ptolémée par le .Vil qui b 
baigne à l'occident, et par le fleuve Astaboras à l'orient. Notre carto- 
graphe a flguré ces deux fleuves qui entourent l'Ile. La ville de Miné 
avait été fondée par Cambyse. Elle avait plusieurs villes dont Ptolé- 
mée nous a transmis les noms. On y trouvait des minet d'or et {ar- 
gent, et toute sorte de pierres précieuses. Vossius prend l'Ile de Mené 
pour le royaume actuel de Gojam dans YAbyssinie. On a souvent discalé 
sur la véritable position géographique de cette lie. Selon les anciens 
elle était placée par 16 degrés et demi de latitude nord. 

(4) Comme dans la carte d'Hereford ; voyez tome II, p. 402 et ftitf, 
note 7. 

(5) Voyez sur ce lac, tom. I. p. 45, note 2, tom. II, p. 70, 149 et 399 
Cf. dans ce volume, p. 54, 220 et 592. 

(6) Voyez aux tables ce que nous avons dit sur le cours de ce fleuve 
dans les volumes précédents et dans celui-ci. 

(7) Voyez plus haut au sujet de la position géographique de ces 
peuples ce que nous avons dit p. 242 note 5. 



— 191 — 

ton est figuré le Basiliscus (1). En entrant dans l'Afri- 
que romaine , après avoir traversé la chaîne du Katabath- 
mos, ou de la Marmarique, dont nous avons parlé plus haut, 
les premiers noms que nous rencontrons sont ceux de Lxbxa 
(Libye) (2) et Sirtes Maiores (les grandes Syrtes). Les limites 
de cette contrée sont indiquées par des lignes qui la sépa- 
rent du territoire situé à l'O. sur lequel coule un grand 
fleuve Lectonius fluvius ou bien Lecthon infern ( le Cinyphus 
des cartes anciennes) (3). Auprès du fleuve sont trois autels, 
Are Filenorum (autels de.Philènes) (4). A PO. les petites Syr- 
tes sont nommées Sirces Minores (5), et de là on entre dans 

(1) Voyez ce que nous avons dit pour la carte d'Hereford dans le 
tom. fil, p. XLIII, LVI, 399 et 400, et plus haut p. 37, note 1. Nous 
ajouterons ici que l'importance donnée par les cartographes du 
moyen-âge au basilic ne doit pas nous étonner. En effet, ce fameux 
serpent joue un grand rôle dans les nombreux traités des animaux 
répandus à cette époque, cl même dans le livre célèbre de Théophile 
Le Moine (Essai sur divers arts, Diversarum Artium Schedula), livre 
composé du X« au XI« siècle, et dont les nombreux manuscrits 
prouvent la vogue au moyen-âge, nous voyons qu'au chapitre XLVII» 
de Vor espagnol, Théophile soutient que ce métal se compose de cui- 
vre rouge, de poudre de basilic, et selon lui : < Les Gentils dont l*ha- 
« bileté dans cet art est probable, se font des basilics de cette ma- 
« nière. > Ensuite vient le détail des singuliers procédés de cette 
fabrication. On croyait au moyen-âge que les cendres du basilic opé- 
raient la transmutation des métaux. Voyez la belle édition de Théo- 
phile Le Moine, publiée par M. de L'Escalopier (Paris 1843), p. 180; 
et sur les différents manuscrits de Théophile la savante introduction 
de M. Guichard à qui nous devons la possession de cette belle édition. 

(2) Sur la Libye, voyez tom. II, p. 71, note 3. 

(3) Voyez tom. II, p. 387 et 399, note 1 (carte d'Hereford). 

(4) Voyez sur les Autels des Philèncs, lom. II, p. 97, 234 et 401, et 
plus haut, p. 36, note 2. 

(5) Voyez tom. I, p. 55 et 254, tom. II, p. 32, 39, 72, 96, 97, 191, 
587 et 388, et plus haut p. 35. 



— 492 — 

la grande région de la Byzucène (1) sur laquelle le carto- 
graphe place deux édifices sans nom. En poursuivant tou- 
jours vers l'O. nous arrivons à Carthage (Kartago), placée 
au delà de deux édifices sans noms figurés sur la côte. En- 
suite vient un grand fleuve qui a sa source dans Y Allas et 
dans lequel on reconnaît le Bagrada des anciens, le Med* 
jerdah actuel (2). Au delà du fleuve est la Numidie (Numi- 
dia).Prës de la mer, un édifice représente Hippone (Yppone 
régis) (3) ; ensuite on entre dans la Mawritania Sùifensis (4), 
ayant à l'O. YAmpsaga fluvius des anciens, le Oued-el-Kèhfa 
d'aujourd'hui (5). A l'O. de ce fleuve est la Maurûama Cesa- 
riensis (6) , séparée de la Mawritania Tingitana par le fleuve 
Malouia (7) qui vient se joindre ici à un autre cours d'eau 
représentant sans doute le Subur (8), mais dans une fausse 
direction, à moins que le cartographe n'ait voulu indiquer le 
double Malouia signalé sur quelques cartes anciennes. Près 
de la côte occidentale, l'Atlas (Mons Aihlas) est figuré par 
une grande montagne, ayant sa base sur la côte et se proje- 
tant à l'E. Il ne forme pas partie du système orographique 
qui sépare YAfrica propria du grand désert Au S. de 
l'Atlas et au même parallèle que Méroé, le cartographe 
place le mont Hisperu* (9). A partir de cette montagne h 



(l)Ibid. 

(j) Sur le Bagrada, voyez lom. II, p. 149 cl 384. 

(3) Voyez loin. II, p. 97 et 383. 

(4) Voyez ce mot aux tables. 

(5) Rapprochez du lom. II, p. 383, note 6. 

(6) Ibid. 

(7) Voyez aux additions. 

(8) Ibid. 

(0) Voyez aux additions. 



— 493 — 

côte prend la direction de l'E. jusqu'à l'entrée de la Met 4 
Rouge. Le seul nom au S. du double iVi7, est celui d\E- 
thiopia. 

Le cartographe, de même que l'auteur de la carte d'Here- 
ford, a figuré deux Nils. L'un a sa source à TE. près de 
la côte occidentale de la Mer Rouge, il coule de l'orient vers 
l'occident jusqu'à Mèroè où il forme l'île de ce nom , avec 
un embranchement près des montagnes qui portent le nom 
de Montes Ethiopie (1); l'autre court dans la direction du N. 0. 
se séparant en deux bras dont l'un tombe dans la Méditerranée 
près d'Alexandrie (c'est la branche Canopique) et l'autre (peut- 
être la branche Pélusiaque), se perd à TE. dans un autre golfe. 
Ainsi il ne fait pas même couler le fleuve au N. depuis Méroé 
d'après le système d'Eratosthène. Le second Nil ou Nil infé* 
rieur, placé au midi des montagnes Éthiopiques et du désert, 
court de l'E. à l'O. et traverse presque toute la partie sud delà 
carte. A l'E. est un petit lac où il paraît avoir sa source, et 
nous y lisons hic Nigricia , si notre lecture est bonne ; puis 
il vient se jeter à l'O. dans un grand lac (Lacus Maximus (2), 
sous le même méridien que la Mauritania Cesariensis. Là il 
prend le nom de fluvius Gion (c'est le fleuve du Paradis), 
puis il disparaît sous terre pour reparaître près de Y Atlas , 
dans un autre lac, Nilides Lacus (3). 

(1) Nous avons montré loin. î, p. 144, ce que les anciens géogra- 
phes et notamment ceux du moyen-âge entendaient par montagnes 
d'Ethiopie. Ils plaçaient ces montagnes au N. des grands déserts et 
des peuples du Soudan. 

(2) Voyez pour tous les détails qui se rattachent à ce point le mot 
JVit dans les tables des matières. 

(3) Voyez la mappemonde d'Hereford, t. II, p. 596, note .~ et plus 
liant, p. 58, 74, 320. 



— 494 — 

Cette théorie du cours du Nil se rapproche de celle de 
Pomponius Mêla dont nous avons déjà parlé (1). 

Telle est l'Afrique de cette carte. Il nous reste à décrire 
les îles qu'on remarque dans ce monument géographique. 

ILES. 

Dans les mers intérieures viennent d'abord les deux 
Baléares , Majorque et Minoique (2) , puis la Corse (Corsica) 
en face du Rhône (3), ensuite Sardinia (la Sardaigne) (4); 
enfin six îles parallèles sans noms entre la côte d'Afri- 
que et la côte occidentale de Y Italie. Après ces îles est le 
célèbre écueil de Scylla ( Scilla ) représenté comme dans 
la carte d'Hereford par une tête de monstre la gueule 
ouverte (5) ; le gouffre de Charybde est figuré par une sorte 
de labyrinthe (6). Plus à TE. est la Sicile (Sicitia ) avec 
YEthna peint en rouge (7). Près de la côte septentrionale 
d'Afrique en face des Grandes Syrtes , une autre île est 
nommée Mené insula (c'est l'île de Ménix (8). A TE. en face 
d' Alexandrie est Canopus insula (9) qui, depuis bien des 

(1) Voyez tom. II, p. XLVIÏ. Rapprochez de la mappemonde du 
X e siècle de la bibliothèque Cottonienne, ib(d. % pag. 56, et du texte 
d'Honoré d'Autun cité dans le tom. I, p. 60, note 1 . 

(2) Rapprochez de la carte d'Hereford, tom. II, p. 407. 

(3) Voyez la légende de la carte d'Hereford, tom. II, p. 407. 

(4) Voyez la carte citée, légende tom. II, p. 403, et ibid. s note 2. 

(5) Voyez l'analyse de la carte d'Hereford, tom. II, p. 410. 

(6) Ibid. 

(7) Voyez la carte d'Hereford, tom. II, p. 410, 411 et 412, et plus 
haut. 

(8) Voyez sur cette île tom. II, p. 414. 

(9) Rapprochez de ce que nous avons dit sur cette tic dans le tom. II, 
p. 4t l. 



— 495 — 

siècles, nous l'avons dit, ne formait plus une île. Au N. de 
cette île prétendue, sont Creta insula (l'île de Crète (1), les 
Cyclades (Cyclades insuie), dont le groupe est figurée comme 
dans la carte d'Hereford (2), puis près de la côte orientale 
de la Grèce, trois îles sans noms. L'une d'elles est de forme 
bizarre et paraît Correspondre au rocher de la forme d'un 
navire signalé dans la carte d'Hereford (3). La seconde peut 
correspondre par sa position à Ceos (4) de la carte d'Here- 
ford, (et la troisième à Lesbos (5). Plus loin est l'île de Rho- 
des (6), et enfin l'île de Chypre est placée au fond du golfe 
d'Alexandrette (7). UHellespont est tracé et nommé ainsi que 
la Proponiide (Mare Propontidis). Au milieu de cette mer en 
face de Constantinople , est une île nommée Insula Pol- 
semihei (8). La mer A'Azof et la Mer Noire ne font ici 
qu'une seule mer. Au fond à TE. on lit seulement Mare Ci- 
mericum. Quoique les contours hydrographiques des mers 
intérieures soient moins grossièrement tracés que dans les 
cartes antérieures au XII 6 siècle , ceux de la Mer Noire sont 
encore très barbares, et cette particularité paraît indiquer qu'à 
l'époque où l'auteur dressa sa carte, on ne connaissait pas 
assez la configuration de cette mer. Dans la mer extérieure, 
en sortant du détroit de Gibraltar , quatre îles placées près 



(1) Voyez tom II, p. 413. 

(2) Ibid, p. 416. 

(3) Ibid,, p. 416. 

(4) Voyez tom. II. p. 417. 

(5) Ibid. 

(6) Ibid. 

(7) Ibid,, p. 418. 

(8) Nous ne connaissons pas d'Ile considérable de ce nom dans la 
Propontide. 



— 49C — 

dé la côte du Portugal à partir du nord du Tage jusqu'en 
face de la Galice, ue portent pas de nom. Sans doute le car- 
tographe avait quelque idée de l'existence dlles situées dans 

Y Océan Atlantique, k 1*0. de la Péninsule. Ensuite viennent 

Y Angleterre ( Brilannia insula ) et Y Irlande (Hibemia). 
Au nord du canal d'Irlande est un gouffre à peu près pa- 
reil à celui de Scylla (1). Au N. sont marquées les Oreadcs, 
groupe d'îles figuré de la même manière que sur la carte 
d'Hereford (2). Dans l'Océan Boréal, près d'un grand golfe 
qui parait correspondre à la Mer Blanche, est une île sar 
laquelle nous croyons lire Ganimur (3). Plus à TE. est une 
autre terre en forme d'île, Ttrra contra insula (4). A l'em- 
bouchure du golfe de la Caspienne, à l'O. du pays de Goç, 
sont quatre îles, dont l'une très grande, porte le nom de 
Sapharuca , ou Tufaruca insula. C'est la Taphae insula de la 
carte d'Hereford (5). Les autres îles sont les Biles et Crise* 
lida de la carte d'Hereford (6). Plus loin sur Y Océan Sérique 
est Vata insula qui paraît correspondre à YAbaltie de Solin 
et de la carte d'Hereford (7). Nous. rencontrons ensuite sur 

Y Océan oriental une grande île placée entre le Promontoire 
Samara d'Orose et d'jEthicus et le Promontoire Borcum des 
mêmes géographes, puis un promontoire (8) qui porte le 



(1) Voyez aux additions. 

(2) Voyez lom. II, p. 436. 

(3) Voyez aux additions. 

(4) Ibid. 

(.%) Vo}ez loin. II, pag. 427, légende sur l'Ile de ce nom et fèid. t 
noie 5. 
(G) Voyez t. II, p. 427. 
(7) Ibid., p. 427, et légende, p. 42S. 

(5) Voyez aux additions. 



— 497 — 

nom d'Alos insula (1). Au sud de celle-ci et du Gange, le 
cartographe place la grande île du Paradis Terrestre (Para- 
disus) avec ses quatre fleuves; entre File du Paradis et Ceylan 
il ne se trouve pas une seule lie, mais en face des embou- 
chures des golfe3 Persique et Arabique est la grande Ile de 
Taprobane, avec cette légende: 

« Taperbana, insula Indic. » | Taprobane, lie de l'Inde. 

Le singulier déplacement de cette île célèbre prouve que 
l'auteur ignorait jusqu'à sa position géographique et qu'il ne 
la marquait dans sa carte que d'après sa célébrité historique. 
Néanmoins il ne reste pas aujourd'hui le moindre doute» 
notamment après les recherches des savants modernes, que 
l'île de ce nom, la Sielen-Dires de Cosmas, est Ceylan. Un 
grand fleuve la traverse. Ce fleuve est le Cydara de Pline, 
d'après Hégasthène , fleuve qui , selon le récit des ambassa- 
deurs de cette île venus à Rome sous le règne de Claude» 
coule au nord vers Y Inde (2). Nous devons ajouter que 
Ptolémée ne l'a pas connu. Il est difficile de trouver le cor- 
respondant actuel du fleuve indiqué par Pline. On sait seu- 
lement que dans la partie septentrionale de Ceylan est un lac 
nommé Padiwïel-Coelam d'où sortent deux fleuves , dont 
l'un dirige son cours vers le N. et se jette dans le golfe de 
Cuklay, et l'autre au S. E. se rend dans la baie de Trinque- 
maie. Doux autres fleuves ont aussi leurs sources à l'O. et 



<1) Voyez aux Additions. 

(2) Voyez Pline, liv. VI, c. 24, édit. de Panckoucke, p. 69. Rappro- 
chez de ce que nous avons dit, lom. II, p. 430, et tfr/4., note 1, où il 
faut lire dans la citation de Pline, chap. 24, au lieu de cbtp. 42. 

m 32 



— 498 — 

près de ce lac ; l'un se porte directement au N. 0. jusqu'aux 
environs de l'île Manaar, où il se perd vis à vis des côtes de 
Y Inde. 

Sur toutes les côtes de l'Afrique notre cartographe ne si- 
gnale pas une seule île, pas même les Fortunées. À peine 
remarque- t-on à l'horizon des demi-cercles qu'il nous semble 
trop hasardeux de prendre pour des îles. Hais en supposant 
même qu'il en soit ainsi , cela ne pourrait servir de base 
même aux conjectures les plus vagues. Telle est la carte 
qu'un cosmographe du XII 6 siècle a trouvée digne d'être 
présentée à un empereur d'Allemagne. 

Xlb SIÈCLE. 

Mappemonde d'un manuscrit de la Bibliothèque National* êe Pari* t 
renfermant un commentaire sur le Timée de Platon. 

Dans le même siècle où Lambertus, Henri de Mayence, et 
d'autres cosmographes dressaient des cartes détaillées repré- 
sentant les trois parties du Monde alors connues , d'autres 
continuaient à dessiner de petites figures pour représenter 
le Monde d'après des idées et des théories plus imparfaites 
encore* 

La figure dont nous ne ferons qu'une courte analyse 
fournit la preuve de ce que nous venons de dire. 

Dans un manuscrit du XII* siècle de la Bibliothèque Na- 
tionale de Paris (1), renfermant un commentaire sur le 
Timée de Platon, par Guillaume de Conches, se trouve une 

(1) Fonds Saint-Germain, lat. 1095. 



ffetite figure de la Terre dessinée en noir. La Terre est dé 
forme circulaire, entourée par l'Océan. Sons l'équafteur une 
mer, que le cartographe nomme Magmu Oceanus ( grand 
Océan), sépare l'hémisphère habitable de l'hémisphère infé- 
rieur, regardé comme en partie inhabitable. Cet Océan éta- 
blit la communication entre la Mer Indienne et la Mer Atlan- 
tique, à travers l'Afrique sous l'équateur. Dans l'hémisphère 
supérieur on ne remarque pas une seule séparation, à peine 
y voit-on sur l'Afrique d'abord le Mont Allas, et le mont 
Calpe ; puis la Méditerranée, et en Asie la Mer Cas- 
pienne figurée comme un golfe de Y Océan Boréal et la Mer 
Indienne (Marelndicum), laquelle se trouve placé à l'Orient. 
Une figure de même dimension et dessinée d'après la même 
théorie se trouve dans un manuscrit de la Bibliothèque de 
Stuttgard ; mais elle date d'un siècle plus tard. En voici la 
description. 

XIH« SIÈCLE. 

Mappemonde renfermée dans le manuscrit de l'ouvrage de Guillaume 

Abbid'Hirsan. 

Le manuscrit de Guillaume Abbé d'Hirsan, dans le 
royaume de Wurtemberg, est conservé à la bibliothèque 
royale de Stuttgard (1) ; c'est une œuvre philosophique de 
cet auteur. A la fin on lit : Explicit Philosophia Willihelmi 
magistri (2). Bien que cette mappemonde appartienne à la 



(t) Biblioth. R. de Stuttgard, Cod. Med. et Pbys. fn-8, no 15. 

(2) Voici les deuils que nous a envoyés M. le docteur Pfeiffer, bi- 
bliothécaire de la Bibliothèque R. de Stuttgard, le 9 avril 1S5I : « Ce 
manuscrit a été écrit au commencement du XIII* siècle, sur fweh*- 



*-> 500 — 

famille des petites figures dont nous donnons plusieurs de** 
criptions dans cet ouvrage, elle en diffère cependant en quel* 
ques détails. La Terre y est de forme ronde , environnée de 
l'Océan. Une mer Méditerranée sépare l'hémisphère supé* 
rieur habitable de l'hémisphère inférieur inhabitable. Cette 
mer placée vers l'équateuf et qui forme la communication 



tain, d'une écriture fort élégante et propre, mais incorrecte; il 
ferme en tout 17 figures pour la plupart astronomiques, mais dans ce 
nombre il n'y en a peut-être que trois qui soient uUles à l'histoire de la 
cartographie ; et ce qui leur donne une valeur, c'est que l'original 
dont le manuscrit de Stuttgard est une copie, a été écrit au XI" siècle. 

« Wilhetm, abbé d'Hirsan (couvent de bénédictins fondé en 830-838 
et brûlé par les Français en 1692), était un homme distingué par ses 
connaissances. Dans l'écrit en question, qui traite de philosophie et 
d'astronomie, sa sagacité tant en ce qui concerne la critique qu'en ce 
qui est de simple démonstration, excite l'admiration, n avait beau- 
coup de lecture, et l'ouvrage que nous mentionnons atteste qu'il avait 
lu et médité Horace et Virgile, ainsi que Platon, Aristote, Lucrèce, 
Térence, Juvénal, Macrobe, Boèce ; il était également grand amateur 
de livres et grand zélateur de la littérature, il institua à tlirtan une 
école d'écriture dans d'excellentes conditions, et il y fil naître aussi 
ches ses élèves l'amour des livres (voyez Stoelln Wirtenbergische &*• 
chickte, t. II, 687, 688, Stuttgard, 1847, in-8). Stoelin donne encore sur 
l'influence exercée par cet abbé des détails plus explicites. Wilbelm 
fut le deuxième abbé nommé depuis la restauration du couvent. Sa 
nomination date de 1069, et sa mort eut lieu le S juin 1091. Son ou- 
vrage a été imprimé sous le titre suivant : « Phitotophicearum et «*r#- 
homicarum iiutitutionum, Guillielmi Hirsangicnsis olim mèbûtis likri très 
(iege IV), opvt vêtus at nvmc primvm lulgahm et typis commissum. Basi- 
le», ann. 1531, in-4°. Les figures manquent dans l'ouvrage imprimé, 
et l'éditeur a également supprimé dans le texte un certain nombre 
de passages qui se rapportent à ces figures. 

En ce qui concerne les figures, le manuscrit de Stuttgard offre une 
grande ressemblance avec le manuscrit de Paris d'Asaph le juif, dont 
n*us avons donné la description dans le tom. I, p. 319, et dans le 
ton*. Il, p. 99. 



— 501 — 

antre ï Océan Indien et la Mer Atlantique , n'est autre que 
VOcceanus venu sub zona rubea des systèmes de Lambertus 
au XII* siècle (1), théorie dont nous avons eu souvent l'occa- 
sion de parler. Les mersetles montagnes sontpeintesen rouge, 
les noms sont écrits à l'encre noire. On y remarque comme 
dans plusieurs mappemondes du X 9 et du XI e siècle, la 
théorie des courants et des marées de l'Océan environ-* 
nant (2), et la figure est précédée de la description suivante ; 
ci Comme ce reflux occidental et ce reflux oriental di-» 
rigé vers le septentrion, se rencontrent mus par la même im- 
pulsion, la réaction de leur choc fait gonfler la mer et il se 
produit un va et vient de l'Océan assez semblable au cours 
d'un fleuve, c'est ce qu'on appelle flux de la mer. Il en est de 
même à l'autre extrémité où deux autres courants de mer se 
rencontrent; quelques-uns disent que les montagnes sous-» 
marines sont la cause du flux de la mer, car lorsque la mer ar- 
rive jusqu'à ces montagnes elle retombe en arrière et forme une 
sorte de gouffre dont l'abîme se remplit par le retour des eaux, 
après toutefois s'être vidé auparavant. Quand les flots re- 
viennent de nouveau , il se vide^dans l'autre sens. Hais ce 
flux occidental vers le Septentrion , s'accomplit lorsque s'é- 
levant le long de la côte de la terre d'Afrique , la mer est 
parvenue jusqu'à l'extrémité de cette côte, et passe entre 
Scalpen ( Calpe) et Aklausa. Un de ses bras jusqu'à Jérusa» 



(1) Voyez Loin. Il, p. 201. 

(S) Voyez tom. Il, p. 41, 77 el 93, les mappemondes des manuscrit* 
de Macrobe, de Priscicn et de la bibliothèque de Dijon ; la mappc- 
monde du manuscrit de Macrobe du XI* siècle à la bibliothèque de 
Metz dont nous avons donné la description dans cet appendice, enfin 
celle d'Honoré d'Autun du XII* siècle, tom. II, p. £38. 



— 502 — 

Uni se nomme mer Méditerranée (1) et reçoit divers nom 
talon les divers pays qu'elle baigne, de sorte qiULjoit en mon- 
tant, soit en descendant, si Ton veut savoir les ném et de quels 
pays Us lui viennent • on peut le voir sur la mappemonde, mais 
comme une description mise sous les yeux se grave plus fe» 
cilement dan* la mémoire , nous allons la mettre sous ta 
yeux du lecteur, c Mais la figure du manuscrit est loin de 
montrer ce que l'auteur annonce. La Mer Méditerranée est 
figurée par un grand golfe de l'Océan , et on ne lit pas un 
seul nom sur les contrées baignées par cette mer. A peine 
lit-on le nom de Mediterraneum Mort. La Mer Caspienne ml 
fi^pjrée comme un golfe de la Mer Boréale, ei}& Mer indienne 
de la même manière. Cette dernière porte son nom, mais l'on 
n'en lit aucun sur les pays de ces parages, Les noms de de» 
continents seulement sont indiqués, Europe, placé près de 
)a Caspienne* Afrique à PE. de V Atlas. * 
Ces particularités nous font penser que Guillaume, au 



(f) Voici le texte du manuscrit: Cura actem hic occideataUs re- 
puxio el illa Orientalis ad septentrional is vergens similes occurrunt ei 
repercutione eorum ingurgitur mare rétro que fit fluyiosa accessioet 
recessio Occeani, qui fluctus maris dfottur, similiter alie due in alto 
jcapite sibi occurrentes, subi alii qui dicunt fluctua maris motte* iab- 
ditos maris esse causam cum enini usque ad ipsos mare perrenien* 
rétro cadil et iogurgitalur impletur que rétro alveus sed an te (fol. 25) 
expletur. Cum iterum re?ertitur expletur rétro. Sed impletur aute 
predicta occidentalis refluxio ad septentrionem vergens cum juxta 
Ratera terne tangens affricam usque ad finem ejus perTeuerit et inter 
Wcalpcm el Aklausa transiens quandam bracbium eius usque juxta 

ieruçalem {Jérusalem) Mediterraneum mare Focalur ditersa a 

dirmis regionibus noniiaa accipiens. Qualiter vero asceodas et desr 
^endas siquis scire desideras, et que nomina quibus regionibus ooa- 
trabas mupptmuMéi conoscas, sed quia facilius iilabitur animo oeuli* 
*ubiecta descriptio oculis subiaciamus. > 



— 503 — 

XI 9 siècle, époque à laquelle il composa son ouvrage, avait 
fait dresser jpe mappemonde renfermant des détails géo- 
graphiques qui ne se trouvent pas dans la figure du manus- 
crit de Stuttgard postérieur de près de deux siècles à l'auteur. 

XIII» SIÈCLE. * 

Figure représentant la Terre dans le manuscrit de V ouvrage de Guillaume 

Abbé d'Hirsan. 

Dans le même manuscrit de l'ouvrage de Guillaume Abbé 
d'Hirsan , conservé à la bibliothèque royale de Stuttgard, se 
trouve une autre figure de forme carrée peinte à l'encre 
rouge. Ce monument diffère de tous ceux que nous offre le 
moyen-âge. La terre y est de forme ronde, le dessinateur 
n'en a tracé que le disque. Au centre on lit : 

« Terra ventis circumdau. > | La Terre environnée des venu. 

Le disque de la terre est encadré dans un carré en de- 
dans duquel sont inscrits les noms des douze vents de la 
rose grecque d'Alexandrie, c'est à-dire de Timosthène. Nous 
avons eu déjà occasion de parler souvent de la signification 
de cette forme carrée (1) et de la rose des vents (2). L'orien* 
tation de ce monument est la même que celle de nos cartes 
modernes : le Nord est placé au haut de la carte. 



(I) Voyez le t. II, Inlrodnct., p. xn. 

(S) Voyez le tom. I, p. snr les roses des vents. 

Les 12 vents sont disposés dans cette carte de la manière suivante. 
Sur la partie supérieure Septentrio, Aquilo, Vulturnus, Subsolanus. A 
l'orient Eurus, Euro-Auster. A l'occident Circius, Burus tyro. Dans la 
partie inférieure Zt phi rus, Affricus, Euro-Nothus, Auster* 



« 504 — 

Nous allons décrire une autre figure renfermée dans le 
même manuscrit des œuvres de Guillaume Abbé d'Hirsaa. 

XIII* SIÈCLE. 

Système des zânes du minuter il de Guillaume Abbé d'Hfrsém, à te 

Bibliothèque de Stuttgart. 

Cette figure de l'ouvrage de Guillaume Abbé <f Hirsan 
représente la Terre, environnée par l'Océan, divisée par 
zones. De même que dans la mappemonde décrite ci-dessus, 
une mer Méditerranéenne établit la communication entre 
la Mer Indienne et la Mer Atlantique vers Péquateur, et sé- 
pare la portion habitable de la portion regardée comme in- 
habitable et placée sous la zone torride. La Méditerranée est 
figurée à TE. Une zone de mer paraît communiquer avec la 
mer tracée près de l'équinoxiale. L'Afrique est figurée ainsi 
comme une île extrêmement resserrée du Nord au Midi, et 
allongée de l'O. à l'E. formant un carré long. L'Europe est 
séparée de l'Asie par le Tanaïs (le Don), le seul fleuve signalé 
par son nom dans la carte : Tanaïs fluvius. Des trois parties 
du Monde , Y Asie seule porte son nom de la manière sui- 
vante : Oriens Asia. Des lignes séparent les zones entre elles. 
Dans celles des pôles on lit : sur celle du Nord, Frigida 
Zona; sur celle du Sud, Frigida Aus traits. Une grande partie 
de l'Europe, l'Asie et l'Afrique jusqu'au tropique d'été ou 
du Cancer sont placées sous les zones tempérées (Temperata 
Zona). Toute la portion de l'Afrique et de l'Asie et du reste 
du Monde placée entre cette dernière et le Tropique du Ca- 
pricorne forme la Torrida Zona. Au midi de celle-ci est ta 
Temperata Australù. 



— 505 — 

L'orientation de ce monument n'est celle d'aucune des re- 
présentations du moyen-Age. Le Sud est au haut de la carte 
et le Nord au bas (1). Cette figure est peinte en rouge (2). 

XIII* SIÈCLE. 

Mappemonde renfermée dans un manuscrit des œuvres d'Isidore de Sévi lie, 

à la Bibliothèque de Metz. 

Dans un manuscrit renfermant les œuvres d'Isidore de 
Se vil le, conservé à la Bibliothèque de la ville de Metz. 
(Ms. E., 90, fol.)» se trouve une petite mappemonde en 
tout semblable à celle de l'édition princeps des ouvrages de 
cet auteur célèbre, publiée en 1493 et dont nous avons 
donné la description plus haut (3). La découverte de cette 
figure vient prouver ce que nous avons avancé, savoir que 
les figures qu'on trouve dans les premières éditions, sont 
tirées de manuscrits plus anciens. 

XIII e SIÈCLE. 

Petite Mappemonde renfermée dans le même manuscrit d'Isidore de Sèville 

de la Bibliothèque de Metz. 

Dans le même manuscrit de la Bibliothèque de la ville de 



(1) Voyez tom. II, p. £5'J, description de la mappemonde d'Honoré 
d'Autun. Rapprochez ces deux monuments. 

(2) M. le docteur Pfeifler, que nos travaux et nos recherches inté- 
ressent vivement, a bien voulu, dans sa docte obligeance, faire lui- 
même avec la plus grande exactitude un calque achevé des trois der- 
niers monuments dont nous venons de donner la description. Nous 
remplissons un devoir en lui exprimant ici notre gratitude. 

(3) Voyez plus haut p. 357. 



— 506 — 

Metz se trouve une petite mappemonde de la même famille 
que celles que nous avons décrites dans cet ouvrage» notam- 
ment dans le tome II (1). 

Planisphères et Èfappemondes des XII e et XIII* siècles qui se trouvent à 

Copenhague. 

Le 22 février 1852, M. Charles Rafn, secrétaire de la So- 
ciété Royale des Antiquaires du Nord, à Copenhague, a 
présenté en séance générale, quatre planisphères et mappe- 
mondes islandais datant du XII* siècle et du XIII* siècle. Il 
a lu à ce sujet des remarques sur les connaissances cosmo- 
graphiques et géographiques des anciens Scandinaves, ainsi 
que plusieurs observations astronomiques faites par eux (2). 

Nous apprécierons ces monuments lorsque le savant se* 
crétaire de la Société des Antiquaires les reproduira par la 
gravure. 



NOTE EXPLICATIVE 

MI SYMBOLE DE L'ARBRE DU SOLEIL ET DE L'ARBRE DE LA LUNE 

Figuré dans quelques cartes géographiques du moyen-âge. 



Au XII* siècle, on remarque pour la première fois dan* 
une des mappemondes tirées des manuscrits du Floridm de 
tambertus, la mention de YArbi e du Soleil et de l'Arbre de 



(I) Voyez lom. Il, p. 43. 

f2) Voyez Journal des Débats du 6 mars I8IW 



— 507 -*• 

la Lune. Le cosmographe les place dans YIndia ultima, c'est-à- 
dire à l'orient de la Perse (1). Dans la mappemonde de Ra~ 
nulphus du XIV e siècle, on remarque une légende placée dans 
l'Jpde qui dit : Ici Alexandre consultait les Arbres sacrés (2), 
La même légende se rencontre dans la mappemonde dres- 
sée au commencement du XV* siècle du musée du cardinal 
Borgia. Dans cette carte la légende est placée du côté de la 
Perse (3). Enfin dans la mappemonde tirée du livre inti- 
tulé : Rudimentorum Novitiorum % monument géographique 
du XIV # siècle, copié d'après d'autres plus anciens; on re- 
marque au sud de la Perse un arbre supportant les figures 
du Soleil et de la Lune avec cette légende : Arbor Solis et 
Urne (4). Le soleil se trouve placé à droite et la lune à gau- 
che. D'après les rapprochements que nous avons faits d'une 
de ces légendes avec la lettre d'Alexandre à sa mère, ex- 
traite du Pseudo-Callisthène, nous avons pensé que ces lé- 
gendes ainsi que la figure qui les représente devaient avoir 
leur origine dans les traditions mythologiques de l'ancienne 
Asie. Dans cette persuasion nous avons consulté notre sa- 
vant ami M. Lajard, autorité si compétente en la matière, et 
il pous a remis la note remplie d'érudition qui va suivre et 
qui explique les légendes et la figure qu'on remarque dans 

(1) Voyez tom. II, p. 189, Description cl analyse de la mappemonde 
de Lamberlus. 

(2) Voyez ce monument dans notre Allas, et l'analyse plus haut, 4 
la p. 28. Cette légende parait avoir été puisée dans la table Théodo- 
sienne. 

(3) Voyez plus haut l'analyse de ce monument, p. 382, et le fac- 
similé reproduit dans notre Atlas. 

(4) Voyez plus haut p. 259, ot le monument reproduit dans notre 
At|as. 



— 508 — 

les cartes du moyen-âge que nous avons analysées dans cet 
ouvrage. 
Voici la note. 

c Les cosmographes du moyen* âge se montrent fidèles aux 
traditions religieuses de l'ancienne Asie lorsque, sur leurs 
cartes, ils caractérisent ce continent par l'Arbre du Soleil et 
de la Lune. Les monuments figurés que nous a légués l'an- 
tiquité fournissent à cet égard de précieux renseignements, 
en tfte desquels il faut sans doute placer le témoignage, 
pour ainsi dire officiel, qui résulte des médailles ou mon- 
naies asiatiques. 

Les deux premières que je citerai furent frappées à Perga, 
dans la Pamphylie : elles portent, au revers de la tête d'Au- 
rélien, un cône, emblème symbolique d'Artemis ou Diane, 
comme de Vénus et du dieu Hèn ou Lunus. Ce cône est ici 
placé entre deux cyprès surmontés, l'un de l'astérisque du 
Soleil, l'autre du croissant de la Lune (1). Sur plusieurs au- 
tres monnaies impériales de la même ville, le simulacre 
conique de la déesse, simplement placé, sans cyprès, entre 
le Soleil et la Lune, est entouré de la légende ; Artémù de 
Perga (APTEMIA02 nEPFAIAS). 

Le même simulacre se retrouve, surmonté d'un croissant, 
et posé sous le péristyle d'un temple, entre deux cyprès, au 
revers d'une médaille coloniale de Septime Sévère (2). Celle- 
ci fut frappée en Mésopotamie à Carrhes, devenue colonie 
romaine sous le nom d'Aurélia. Les deux cyprès, bien qu'ils 
ne soient ici caractérisés par aucun signe céleste, représen* 

(1) Voyez Mionnct, Swpptém., VII, 6Î, n*» 170 et 171. 

(2) Voyez Annal. deVlnstit.. arch., Monum. iiuW., pi. xxxvi, u° 10. 



— 509 — 

teni certainement le Soleil et la Lune. Le cône gravé entre 
ces deux arbres est, selon toute probabilité, l'emblème du 
dieu Lunus que les habitants de Carrhes honoraient d'un 
culte particulier. 

A ces médailles asiatiques, on doit ajouter plusieurs pièces 
frappées en Occident, dont les revers sont des emprunts faits 
à l'Orieut. L'une, à l'effigie de Plautille, appartient à la série 
des monnaies impériales de Sicyone (Achaïe), et nous 'offre 
pour type un temple placé au sommet d'une montagne qui 
s'élève entre deux Hermès accompagnés, l'un du cyprès du 
Soleil, l'autre du cyprès de la Lune (1). Je n'hésite pas à ca- 
ractériser ainsi les deux arbres gravés sur ce curieux revers. 
Les autres pièces monétaires dont j'entends parler sont trois 
grands bronzes frappés à l'effigie de Septime Sévère, de 
Julia Domna et de Géta, dans la ville d'Apollonia d'Illyrie. 
Ils ont chacun pour revers un temple au milieu duquel on 
voit la statue de Vénus assise sur un trône ; à droite de l'é- 
difice s'élève le cyprès du Soleil, à gauche le cyprès de la 
Lune. Cinq arbres de même espèce, emblèmes des cinq au* 
très planètes, sont implantés au sommet, et sur les deux 
pentes d'un fronton triangulaire (2\ 

Revenant dans l'Asie occidentale, nous trouvons sur la 
face antérieure d'un petit trône votif, de bronze, inédit (3), 



(1) Voyez Mionnel, Supplém. IV, p. 172, n° IM1. 

(2) Le revers Je ces trois grands bronzes a été inexactement décrit 
par Mionnet. J'en ai publié un dessin fidèle dans les Annales de l'Insti- 
tut archéologique, tom. XIX, pi. D., année 1847, no 5. 

(3) Il sera très prochainement publié, avec mes Recherches sur le 
culte du cyprès, dans le recueil des Mémoires de l'Académie de» 
Belles- Lettres. 



— 510 — 

la déesse de Syrie, représentée sous la forme symbolique 
d'un grand cyprès planté entre deux autres cyprès moins 
grands qui sont ici, comme sur les médailles, les emblèmes 
du Soleil et de la Lune. Ce petit monument, acquis en Syrie 
par M. Henri Guys, se conserve au Cabinet des médailles et 
antiques de la Bibliothèque Nationale. 

C'est aussi de l'Asie occidentale, n'en doutons pas, que 
les légions romaines rapportèrent en Occident les modèles 
de quatre bas-reliefs mithriaques, où nous reconnaissons de 
nouveau le cyprès du Soleil et le cyprès de la Lune. Le pre- 
mier de ces monuments se voit à la Villa-Altiéri. Hithra de- 
bout sur un taureau, à la manière asiatique, y est sculpté 
entre deux cyprès placés, l'un à côté du buste do Soleil, 
l'autre à côté du buste de la Lune (1). Le second bas-relief 
provient d'un des deux mithneum, découverts en 1831, à 
Hedernheim. Il est déposé dans la bibliothèque ducale de 
Wisbaden, et représente, dans sa partie supérieure, Mithra 
sous le symbole d'un cyprès planté entre les deux sommets 
du Gorotman, l'Olympe des Perses ; à droite de cette mon- 
tagne céleste s'élève un autre cyprès en avant du char du 
Soleil ; à gauche on remarque, auprès du char de la Lune, 
un troisième arbre de même espèce (2). Une telle disposition 
nous ramène au petit trône votif de la Déesse de Syrie, où, 
je le répète, la déesse, sous l'emblème d'un grand cyprès, 
est également placée entre le cyprès du Soleil et celui de la 
Lune. 

Sur le troisième et le quatrième bas-relief mithriaqoe 



[V Voyez mes Recherches sur Withnt, pi. i.xxit. 
(*î Ihitt.. pi. lt\ 



— 511 — 

dont il me reste à parler, le cyprès du Soleil et celui de la 
Lune, avec cinq arbres de même espèce, qui représentent 
les cinq autres planètes, accompagnent le groupe ordinaire 
du dieu Hithra immolant un taureau. L'un de ces monu- 
ments fut découvert en Transylvanie et se conserve à Caris- 
bourg, dans une des salles de l'Institut Bathyani (1). L'autre 
provient du mithraeum de Neuenheim, et se voit à la biblio- 
thèque de la ville de Heidelberg (2). 

Ces quatre bas-reliefs romains, et surtout les deux pre- 
miers, de même que les médailles citées et le petit trône 
votif de la Déesse de Syrie, méritent d'autant plus notre at- 
tention qu'ils sont conformes, de même qu'un grand nom- 1 
bre d'autres monuments figurés aux prescriptions hiérati- 
ques qui, dans l'Asie occidentale, voulaient que Vénus et 
Mithra fussent représentés ayant chacun à sa droite, le 
Soleil, et, à sa gauche la Lune (3). 

Si des monuments de l'art nous passons à l'examen des 
documents écrits, nous trouvons, à défaut de témoignages 
d'une haute antiquité, certaines traditions qui avaient cours 
encore à l'époque de la décadence, et dont l'origine an- 
cienne ne saurait être contestée. C'est ainsi que, dans l'his- 
toire fabuleuse d'Alexandre-le-Grand, nous voyons le con- 
quérant macédonien consulter l'arbre du Soleil et l'arbre de 
la Lune, qui lui répondent en indien et en grec. Julius 



(1) Ibid., pi. lix, n* 1. 

(î) Voyez M. F. Creuzer, Das Mithreum von NeueHhetm bt( Ileidelberg, 
pi. ii. — Voyez aussi mes Recherches sur Mithra, pi. xcii. 

(3) Voyez Zend-Avttia, tom. I, 2 e partie, p. 28; tout. II, p. 15.- 
Voyez mes Recherches sur Vénus, p. 55-50. 



— 512 — 

Valérius ajoute même que ces deux arbres ressemblaient à 
des cyprès (1) ; et la lettre de MirabUibus Indice, attribuée à 
Alexandre, assimile à cette même espèce les arbres sa- 
crés des Indiens : « In medio autem luci tacrau* arbores si- 
« mîllimœ cupressis frondium génère, pedum altœ centenorum 
« eraty quai Betrionas Indi appcllant. » Ces particularités 
deviennent dignes d'attention lorsqu'on les rapproche des 
monuments figurés que j'ai cités plus haut. 

C'est très probablement à l'oracle rendu à Alexandre par 
les deux arbres du Soleil et de la Lune que fait allusion la 
carte de Peutinger en plaçant ces mots à l'extrémité nord* 
est de l'Asie : Hic Alexander responsum accepil; et c'est sans 
doute aussi un de ces deux arbres qui, dans l'Inde, avait 
parlé à Apollonius de Tyane, selon le dire de son biographe 
Philostrate. 

Le célèbre voyageur Marco Polo, lorsqu'à son tour il 
visitait l'Asie, rapporte que dans la province de Tunocan ou 
Timochain, on trouve Yalbero Solo, appelé albero secco par 
les chrétiens. Les manuscrits donnent les variantes curieu- 
ses : arbore del Sole> arbon Solis. 

De l'Orient les traditions relatives à l'arbre du Soleil et à 
l'arbre de la Lune passèrent dans la littérature occidentale 
durant le moyen-âge. Au XIV e siècle, il est fait mention do 
ces deux arbres dans le roman italien intitulé : Guerino xi 
meschino. L'auteur les dit semblables à des cyprès, et les 
place sur le mont Tigrisonte. Un poète italien, désigné peut- 
Mre sans raison suffisante sous le nom de Jacopo di Carlo. 

(I) Res (?cst. Alexahdr., III, 58-43. 



— 513 — 

dépeint ainsi les deux arbres qui parlèrent à Alexandre-le- 
Grand : 

Larbore del Sole le sue foglie bavia « 

Rosse si corne loro e rilustrante. 
Quello délia Luna bianche le tenea 
Si corne argento chiare e candidaute. 

Il est bien probable, en effet, comme je l'ai dit dans mes 
recherches sur le culte du cyprès pyramidal (1), que dans 
les temples et dans les peintures religieuses des anciens 
peuples de l'Asie, le cyprès du Soleil était d'or ou doré, et 
le cyprès de la Lune, d'argent ou argenté. 

Personne n'ignore que, de temps immémorial, les Indiens 
célébraient les noces des dieux sous l'emblème de deux pal- 
miers, l'un mâle, l'autre femelle ; ils les plantaient à côté 
l'un de l'autre, au sommet de quelque montagne. En plu- 
sieurs endroits de THindoustân, de semblables plantations 
se voient encore aujourd'hui sur des collines sacrées, et sont 
l'objet de la vénération des indigènes. Or il ne faut pas ou- 
blier que, chez les peuples de l'Asie intérieure, le palmier, 
comme le cyprès, était consacré tout à la fois au Soleil, à la 
Lune, à Venus et à Mithra. » 

Paris, le 22 janvier 1&52. 

Félix LAJARD. 

(1) Annal, de l'tnstit. archèol., I. XIX, p. 87-88. 

FIN DU TOME TROISIÈME. 



111 33 



TABLE 

MÉTHODIQUE ET RAISONNÉE 

PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE 

DES AUTEURS ET DES MATIÈRES. 



Abachu, XVII, nom donné à la Mer Caspienne par Leardo, dans sa 

mappemonde de 1418, -410.— Le même que Bakuje d'Oléarius, 

415. 

Abalcie, de Solih, 496. 
Abel, 123. 

Abichinal, roi sarrazin (légende de ta mappemonde Borgia), 294. 

Abila Lysaniae, 484. 

Abonlféda, XXXVII, cité, 120, 150, 156, 190, 206, 223, 269, 326, 327, 

339, 419, 481. - Passage de ce géographe, 154, 155. —Sur 

les lacs de l'Afrique, 435. 
Aboulgbasi-Kao, son récit, 278. 
Aboul-Hassao, 326.. 
Aboul-Kan (voyez Montagne)* 

Abydos, signalée dans la mappemonde de Ranutphusdu XlV« stècle, 48. 
Abyla (voyez Montagne). 
Abyssinie, XX, XLI, 167, 219, 169, 296, 436,489, 490.— Légende qu'on 

remarque sur cette contrée dans la mappemonde de Sanuto, 

de Bruxelles, 202. 
Académie des Sciences de Bruxelles, son Bulletin cité, 180. — De 

Marseille, XL — Des Sciences de Paris ; Mémoire sur le* 

observations de la hauteur du Mont Sinat, 285. —De Saint* 

Pétersbourg, Mémoires de Pillas, 198. — Son voyage, ibid* 



— 516 — 

Acagril (nom dans la mappemonde de Leardus), 427. 

Acamantide (nom ancien de l'Ile de Chypre), 47. 

Acanthe (l*), 481. 

Acéphale, figuré dans la mappemonde de Bianco, 384. 

Acésines (fleuve), 161, 198, figuré dans la mappemonde d'Henri de 
Majence, du XII e siècle, 478. 

Achaia (Achate), 105, 469, 470, dans la mappemonde de Sanuto, de 
Bruxelles, 18G. — Dans celle de Ranulphus, du XIV* siècle, 11 
Dans la mappemonde d'Honoré d'Autun, de Slullgard, 93.— 
Dans la mappemonde de 1320, 147. 

Achéménides (les), 386. 

Achéron (fleuve), signalé dans la mappemonde d'Henri de Majence, 176. 

Aco (Civilas Acon), Carte du manuscrit de Sanuto de l'abbé Cano- 
nici, 179, 

Acon, signalée dans les cartes de Ranulphus, 71, 85. 

Acre (couvent d') ( 104. 

Adam et Eve, figurés dans la carte de Ranulphus, 61 . — Et dans la 
mappemonde d'Andréa Bianco, du XV e siècle, 340, 381. 

Adam de Brème, cité, XXII, 408. 

Adelard de Bath ( manuscrit de cet auteur dans la bibliothèque de 
Chartres), 328. 

Adcn, 202. — Écrit Haden dans la mappemonde de Sanuto, de Bruxel- 
les, 202. 

Adjein (ville célèbre de l'Inde), 336. 

Adogit, peuples du Nord, cités par Jornandés, 409. 

Adorateurs du Feu, 268. 

Adriatique (voyez Mer). 

Adrumetum, signalé dans la mappemonde de Florence du XIV* siècle, 

Adul (Adulie), mappemonde de Leardus, 406. 

Aduliusroons (voyei Mont). 

Acgina (dans la mappemonde de Vienne, 118. 

Aelien, XLIII, cité, 352. 

Aerona, nom qu'on donnait dans l'antiquité à l'Ile de Chypre, 48. 

Acticus, cité, 59. 103, 496. 

ir>2. 
A fer (sa filiation). 105 
Afes (?), nom dans la carte Borgia, 269. 
Afghanistan. 24, 479. 

Africa. I5i, 291, 362. — Africa propria, 492. 
Afrique, XVI, XVII, XVIII, XXI, XXIII, XXXV, XXXIX, XL, XLI. 



— 517 — 

XLIII, LIV, LXIV, LXX, LXXI, LXXII, LXXIV, 6, 25, 36, 38, 
41, 58, 59, 71, 75, 79, 80, 84, 94 96, 99, 108, 111,115, 116, 127, 
128, 130, 133, 140, 14*, 167, 172, 177, 178, «04, 220, 222, 227, 
232, 237, 244, 245, 248, 250, 251, 288, 291, 293, 297, 298, 303, 
308, 330, 535, 347, 348, 350, 371, 390, 391, 396, 398, 400, 429, 
435, 439, 441, 443, 444, 445, 446, 449, 457, 458, 466, 489, 494, 
498, 409, 501, 502.— Septentrionale, 81 , 243,351 .— Occidentale, 
39, 204, 2%, 308, 397. — Orientale, 398. — Province romaine 
d'Afrique, 392, 487, 488, 491. — Des cartes de Ptolémée, 436. 

— Ancienne (carte), 242. — Forme qu'Eratosthène donnait à 
ce continent, 209. — Celle qui lui donnait Hécatée, L. — De 
la mappemonde du XI e siècle du manuscrit de Macrobe, de 
Metz, 462.— Celle de la carte d'Henri de Mayence, du XII e siè- 
cle, 487. - Cette partie du Globe est ligurée dans cette carte 
tout entière en deçà de l'équateur, 487.— Figurée comme une 
Ile dans la mappemonde du XIII e siècle de Guillaume, abbé 
d'Hirsan, 504.— Description de cette partie de la mappemonde 
du manuscrit de Sali us te, du XIV* siècle, de Florence, 131. 

— De la mappemonde de Ranulpbus du XIV* siècle, 32.— Des- 
cription de celle figurée dans la seconde mappemonde du 
même cosmograpbe, 72. — Elle y est la plus petite des trois 
parties de la Terre, 61. — Elle se termine en pointe à l'Occi- 
dent, et prend la direction de l'Est après le détroit, 72. — 
De la seconde mappemonde de Ranulphus, ne signale pas un 
seul nom sur la côte occidentale, 73.— Afrique de la 3 e map- 
pemonde de Ranulphus, 92. — Cette partie du Monde y est 
placée en deçà de l'équateur, 93. — Celle de la mappemonde 
du XIV» siècle du manuscrit de la bibliothèque nationale de 
Paris, n. 4826, se termine en deçà de l'équateur, 136. —Dans 
la mappemonde du XIV e siècle de la bibliothèque d'Arras, 114. 

— Description de celle de la mappemonde de Vienne, du 
XIV e siècle, 119. — Comment ce continent se trouve figuré 
dans la mappemonde de 1320, 165. — Dans cette carte, elle se 
termine en deçà de l'équateur, 166. —Partie occidentale dans 
cette carte, 169.— Dans les cartes de Sanuto, 209.— Descrip- 
tion de cette partie de la carte de Sanuto, de Bruxelles, 201. 

— Ile figurée près de la côte de ce continent dans cette 
carte, 205. — Description de celle de la mappemonde des 
chroniques du XV* siècle de la biblothèque de Sainte-Gene- 
viève, 219. — De celle du Planisphère du XIV e siècle de la 



— 518 — 

bibliothèque de Bruxelles, 202. — Description de celle de 
la mappemonde de Guillaume de Tripoli, 105-103. — Descrip- 
tion de celte partie dans la mappemonde du manuscrit de 
Harco Polo, de 1350, de Stockholm, 311. — De celle de la 
mappemonde d'Honoré d'Autun, de la bibliothèque de Stutt- 
gard, 98. — Description de cette partie de la carte de La Salle, 
456— Divisions des contrées de ce continent dans cette carte, 
4M. —Comment cette grande région se trouve figurée dans 
une mappemonde gravée sur une médaille. 351. — L'auteur ne 
connaissait pas le prolongement de ce continent, 351 —Des- 
cription de cette partie qu'on remarque dans la Chronique de 
Nuremberg, 831. — Celle de la mappemonde qu'on trouve 
dans le Rudimentorum ffovitiontm, 241,— Celle de la chronique 
de Scheidel est encore l'Afrique des anciens, 21t. — Elle est 
renfermée en deçà de l'équateur, 241. — Comment elle se ter- 
mine au midi dans la mappemonde du XIV e siècle de la bi- 
bliothèque nationale de Paris, 228.— Description de cette 
partie de la mappemonde de Borgia du XV* siècle, 286.— Dans 
la mappemonde de Pierre d'Ailly, 307.— Description de cette 
partie de la carte de 1417 du palais Pitti, a Florence, 338.— 
La copie de cette portion de la carte est envoyée a Zurla, 328. 
— r Celle de la mappemonde du manuscrit de la bibliothèque 
de Reims de 1417, 347. — Description de cette partie de la 
mappemonde du manuscrit de Dali, de Florence, 362. — 
Cette partie du Monde y est figurée plus petite que l'Europe, 

354. —Sa projection vers le midi n'était pas connue de Dati, 

355. — Description de celle partie de la mappemonde de 
Leardo de 1418, 428. — Il désigne la Province Romaine sous 
la dénomination â'Africa, 432. —Dans cette carte, la pointe 
méridionale est de 54 degrés de longitude au-delà de l'extré- 
mité réelle du cap de Bonne-Espérance, 450. — Description 
de cette partie de la carte de Andréa Bianco, 387. — Elle s'y 
étend parallèlement à l'Europe et à l'Asie, 370. — Il la ter- 
mine en deçà de l'équateur, 570. — Et forme une courbe im- 
mense, 392. — Fleuve dans cette partie qu'on remarque dan& 
la carte citée, 395, 

Agably, 432. 

Agatharchides, XXXVIII, XLII, 202. 

Agathémèrc, cité, 192. 

Agincourt (Cérant),,6on Histoire de VArt pat les Monuments, 24*. — 



— 519 — 

Publie une réduction de la mappemonde du musée Borgia, 
248, 249. 

Agisymba Regio, 430. 

Agra, 425. 

Agrica (nom dans la carte de Bianco), 38V. 

Aïdhad, 436. 

AJlly (Pierre d'), son planisphère par climats, 302. 

Aïoun-Mousa, XLI. 

Air, XXVIII (cercle de), 99, 123, 126, 263. 

Airan (ville signalée par Bianco), 377. 

Aix-La-€hapelle, dans la mappemonde de Bianco, 2Ç0. 

Ajain (pays d ( ), 202. 

Akès (fleuve), 476. 

Aklausa, 502. 

Alains, signalés dans la carte de Ranulphus, 9, 10, 106, 407. — Pays 
signalé dans la carte de La Salle, sons le nom de Alonia, Ï5$. 

Ala M ons (mappemonde de Leardo), A32. 

Alan, 412. 

Alana (pays des Allains dans la carte de Leudo, 407. 

Alani Scythe, XXXIII. 

Alania, selon Orose, 10. — Dans les mappemondes de Ranulphus du 
XIV* siècle, 63, 65, 86. — Signalée dans la mappemonde de 
Sanuto, de Bruxelles, 188.— Dans celle Rudimentontm Novi- 
tiorum, 235. 

Alaodin (nom donné par Marco Polo, au vieux de la Montagne, 389. 

Alapi (voyez Mons). 

Ala-tan-Goul ( voyez Lac ), 

Alatius (voyez Léon). 

Alaud (voyez Iles). 

Alba (ville signalée dans la mappemonde de Leardo), 41. 

Albana (ville maritime), 67. —Dans la mappemonde de Leardo, 407.— 
Fondée par Alexandre, 412. 

Albania, signalée dans la mappemonde de Ranulphus du XIV* siècle, 
67. — Dans celle de Dati, 357. — Dans celle du Rudimentomm 
237. — Magna, dans la mappemonde de Borgia, 269. — Lé- 
gende sur les chiens de cette contrée, ibid. 

Albanie, 31, 68, 77, 108, 405, 412, 474, 475. —Légende sur ce pays 
dans la mappemonde de Ranulphus, 30, 91. — Dans la mapper 
monde d'Arras, 113.— Signalée dans la mappemonde de Sa- 
nuto, de, Bruxelles, 208. 



— 620 — 

Albaniens, XLV1, 237. 

Albano (sous le nom à'Albanun dans la mappemonde de 1390. 146'. 

Albanos, XV11I. 

Albaleny (voyez Carie). 

Albert-leGrand, cité, XXX, LV, 38. 

Alberlus (Leander), son ouvrage, Description ltaliae, 468. 

Albia fluvius ( voyez Elbe), 

Albige (nom dans la carte de Leardo), 406. 

Aibus fluvius ( l'Elbe ), dans la mappemonde de 1360, 143. 

Alcantara (sous le nom de Lancara, dans la carie de Leardo, 404. 

Alemania, dans la mappemonde do XIV» siècle des Chroniques dt 
Saint-Denis, 216. 

Alexandre (mappemonde de Leardo), 415. 

Alexandre le-Grand, XVI, XXXVIII, 21, 24; 29, 131, 266, 270» 982, 
283, 369, 378, 507. — Détruit Persépolis, 21* — Beaferme les 
peuples du Gog dans les montagnes, selon Ranu<pbus,14.— 
Légende sur ce prince dans U mappemonde de ce cosmo- 
graphe, 27. — Lettre à sa mère , 18. — Fonde Alexandrie 
( mappemonde de Ranulpbus, 37.— Légende an sujet du con- 
quérant, dans la mappemonde Borgia, 237.— Ses expéditions, 
277. — Défait Porus, 280.— Bataille contre Darits, ibU.- 
Fonde Albana, 412,— Colonnes indiquant les limites de ses 
expéditions, 419. — Chronique fabuleuse (de), 511. 

Alexandrette, 484, 495. 

Alexandria, dans la mappemonde du Rudimentorum \niti0rum, 2*1, 
d'Egypte, 49, 308. 

Alexandria Ultiuia, 415, 419. 

Alexandrie, 73, 74, 104, 181, 219, 220, 302, 433,447, 487, 493» 4M. 
— Indiquée dans les mappemondes de Ranulpbus du X1V« siè- 
cle. 36, 92. Légende au sujet de cette ville, 37. — Dans la 
mappemonde d'Honoré d'Autun, 98. — Dans U mappemonde 
devienne du XIV» siècle, 119. — Comment celte ville est 
placée dans la mappemonde des chroniques de Saint-Denis, 
215. — Indiquée dans la mappemonde Borgia, 288, 289. 

Alfred-le-Grand, 2. 

Algarves, 181, 2"»2. 

Alger isous le uom d'Ary' dans la mappemonde de Leardo\ 4"»i. 

Algérie. 291. , 

Migrar ^?), nom daus la mappemonde de Leardo, 408. 
\l-Kabousl, 150. 



— 521 — 

Allababad, sur le Gange, 4SI, 422, 

Allemagne, XXIH, LXIV, 9, 52, 231, 255, 373, 471 — Dans les mappe- 
mondes de Ranulpbus du *XIV e siècle, 11, 63. — Dans la 
mappemonde de Guillaume de Tripoli, 106.— Dans celle d*Ar* 
ras, 113. — Dans celle de Sanuto de Bruxelles, 186. — Si- 
gnalée dans la mappemonde du XIV siècle de Stuttgârd, sous 
le nom ù'AUmania, 97. — Dans celle du Hnàimeniorum Novi-* 
tiorum, 234. — Dans celle de Dati du XV* siècle, 359. 

AUep (sous le nom d'Alhh dans Bianco), 388. 
Almenhoven, son édition de Strabon, XXXII. 
Alméria, 438. 
Aloès (F) d'Arabie, 286. 
Aloneti, 188. 
Alonia, 9. 

Alos Insula (mappemonde d'Henri de Mayence du XII e siècle, 497. 
Alpes, 8, 13, 84, 185, 186, 468. — Saint-Gothart (sous le nom d'Alpes 
Godard dans la mappemonde de Ranulpbus du XIV e siècle, 13. 

— Comment ces montagnes sont figurées dans cette carte, 
64. — Dans la mappemonde du ebronicon de MCCCXX, 146* 

— Fleuves qui descendent de ces montagnes signalées dans 
la mappemonde de Sanuto, 187. — Légende qu'on remarque 
sur cette chaîne de montagnes dans la mappemonde Borgia 
du XV* siècle, 253. — Comment elles sont figurées dans la 
mappemonde de Reims de 1417, 344. — Dans la mappemonde 
de Leardo, 40 1. 

Alpes Carniques, 470. 

Alpes Scandinaves, 344. 

Alphonse V, roi de Portugal, 25 i . 

Alsace, dans la mappemonde de Sanuto, 185, 234. 

Alta-Magna (la Suède dans la mappemonde de Dati), 359. 

Altaï, XLVU (voyez Montagnes). 

Altubexodo (nom dans la carte de Leardo), 428. 

Alvares (son histoire de V Abyssin ie), XX, 490. 

Amalech (pays des Amalecites), indiqué dans la mappemonde de Ra- 

nulphus du XIV e siècle, 19. 
Amalecites, 485. 
Amanus Mons, 484. 

Aroathusie, nom ancien de l'Ile de Chypre, 47. 
Amazones, 25, 250, 291. — Sauromatides, 273. — Légende sur ces 



— 522 -w 

femmes dans la mappemonde de Ranulphus, du XIV* stock, 
29, 67. — Traité de Pierre Petit sur ces femmes guerrières, 
ibid. — Leur pays signalé dans la mappemonde Borgia, et 
légende à leur égard, 167.— Figurées dans la chronique de 
Nuremberg, XXI. — Transportées en Amérique, XLUI. 

Amazonia (pays des Amazones), 92, 237, 4T4, 475. 

Amérique. — Sa découverte, par Colomb, 367, 451, 459. — Septea- 

trionale, 441. 
Amien Marcelin, cité, 420, 470. 
Amisus fluvius, 471. 
Ammodi, dans la Mésopotamie, 416. 
Amoi, 416. 

A mon (pays des Ammonites), signalé dans ia mappemonde de RaniuV 
pbus, 18, 89. 

Amon, 278. 

Amor, 482 (voyez Ait-Amor). 

Amorrbéens, 239, 482. 

Ampsaga fluvius, 492. 

Anadia Insula, signalée dans la mappemonde de Ranulphus, 48. 

Analolie, 15, 21. 

Ancone (voyez Marche), 

Ancyre, 284. 

Andegavia (voyez Anjou). 

Anderson, description du Groèland % XIX. 

Andrès l'abbé, LIX, examine à Rome les cartes originales de Sanulo, 
174. 

Andrinopolis (mappemonde de Leardo), 405. 

Androgynes, passage de Pline sur ces peuples monstrueux, 25. 

Andropbages. — Légende à ce sujet dans la mappemonde de Ranul- 
phus, 41. — Le pays qu'Us habitaient d'après Mêla, ibid. 

Xneisa (mappemonde de Leardo), 439. 
An gala ( nom dans la mappemonde de Leardo ), 4$3. 
Angeli indiqués dans la figure cosmographique du XIV e siècle, 124. 
Angers, XVIIf. — Angers, 254. 

Anges, figurés aux quatre coins de la Terre, dans la mappemonde 
d'Henri de Mayeuce, du XII* siècle, 465. 

Angleterre, 3, XXXIV, LUI, LX, 7, 8, 49, 75, 1T6, 180, 203, 216, 260 
374, 440. — Gomment figurée dans la mappemonde de Ranul- 
phus, 51. — Nom qu'elle y porte, 52, 75, 87.— Dans la mappe 



— 523 — 

monde de MCCCXX, 171.— Dans celle de Sanuto de Bru selles, 
208. — Dans la mappemonde des chroniques de SainJt-Denis 
du XIV e siècle, 221. — Dans celle du Rudimentorum fl ovitio- 
rum, 233. — Comment figurée dans la mappemonde Borgia, 
500.— Dans celle de Bianco, 386. — Dans la mappemonde de 
1417 de Reims, 347. — Dans celle d'Henri de Mayence, êfyi. 
Anglia, 221 , 236, 457, 

Angulo (Louis), auteur d'une cosmographie manuscrite (1456) coo ser- 
vée à Saint-Gall, 446. — Connaissances scientifiques df j cet 
auteur, ibid. 

Ania (nom dans la carte d'Henri de Mayence), 484. 

Ania (nom de la carte de Borgia), 254. 

Animaux symboliques , — ouvrage sur ce sujet, XXX. 

Animbi Mons de la carte de Jansonius, 418. 

Anjou (sous le nom d'Angosia), dans la mappemonde de Rau .ulpbus, 
7, 84, 234. — Sous le nom d'Andegavia, 467- 

Annales de l'Institut archéologique, 508. 

Annali di geografia (voyez Graber). 

Année julienne, grecque et russe, 402. 

Annibal, légende sur le passage des Alpes par ce général, '.dans la 
mappemonde Borgia, 255. — Défait les Romains, 256. — Lé- 
gende sur la bataille de Cannes, 257, 290. 

Antéchrist, selon Ranulphus, dans sa mappemonde du X IV e siècle, il 
viendra avec les peuples du Gog et du Magof; a la fin du 
monde, 24. 

Anti-Liban, 17. 

Anticbtbone (voyez Terre). 

Antiiiia (Ile), 367, 443. — Dans la carte de Bianco, 396. 

Antioche, 284. — Dans la mappemonde de Vienne, 118.—' Plan de cette 
Mlle dessiné au XIV* siècle, 141. — Sous lo n-om d'Antiochia 
dans la mappemonde des chroniques de Sainl-P/enis, 217. 

Antipatori , XIX. 

# 

Antipodes, 231. — Signalés dans une légende de la mappemonde de 
Ranulphus, 42. — Distinction que fait à leur égard Isidore de 
Sévi lie, ibid. — Signalés dans le monument géographique do 
Bruxelles du XIV* siècle, 102. — Figurés, 128. 

Antitaurus (voyez Monts). 

Antoine de La Salle, auteur du XV e siècle, son ouvrage, 450, 451, 

Antoniotio usu di marc, 296. 



— 524 — 

Antropophages (légende sur les), 279. — (Pays des), 474. 

Anville (D*), cilé 10, 18, 24, 145, 192, 198, 304, 339, 378, 403, 408, 469/ 
470, 477, 478, 480, 481, 483, cité à propos de l'Ile de Tylos, 78. 
— Ses recherches sur le golfe Persique, 78. — Son mémoire 
sur le rempart de Gog et de Magog, 173, 273 (Voyea aussi au 
mot Cartes). 

Aor n (roi d*), 277. 

Aon. tos, 280. 

Aoud'h (royaume d*), 424. 

Apent lins (les), 488. — Formant une continuation des Alpes dans la 
mappemonde de MCCCXX, 146. 

Apnac, i, 484. 

Apocalypse, 378. 

AppolliL iaria (voyez Iles). 

Apollon égyptien, 339, 340. —Son temple dans Me de Ténis. — Lé- 
gende dans la mappemonde de 1417 du palais PitU, 339. 

Apollonia (médaille d'), 509. 

Apolloniut > de Jlhodes, 304. 

Apollonius (le Scoliastc), LU. 

Apollonius < de Tyane, sa vie par Philostrate, 29. 

Apostolo Ze no, ce qu'il dit sur les mappemondes de Leardo, 399. 

Aptérofon (ri ^g ion), 473. 

Apulia (la Pou i lie), LXIV, 13. — Légende sur cette contrée dans la 
mappemonde de Ranu4pbus,14.— Dans la mappemonde de 
MCCCXX, 146. 

Aquilée, 256. 

Aquilon (vent), 10, 54. 

Aquitaine (soi îs le nom d'Aquitania), dans la mappemonde de Raoul- 
phus, 62. — Sa réunion à la couronne de France, 234. — Dans 
, la mappemonde du Rudimrntorutn IVomtiorum, 234. 

Aquitaines, peuples de la Gaule, signalés dans la mappemonde de 
Ranulphus, 8. 

Arabes, XXIII, '.XXV, 153, 169, 181, 218, 297, 299, 356, 446. —Noma- 
des, 20i . — Signalés dans la mappemonde de Bianco, 391. — 
Ce qu'ils disent sur Dulcarnaïn , 379. — Pays habité par ces 
peuples signalé dans la mappemonde devienne, 118, — No- 
tions de leurs géographes sur la mer Caspienne, 154. — Us 
affirment* que la mer de l'Inde et de la Chine renferment 
1,700 Ile s habitées, 206. — lis adoptent le méridien d'Aryne, 
326. — I Is corrigent les Tables de Ptolémée, ibid. — Ils tra- 



— 525 — 

(luisent les ouvrages des Grecs, 311. — Époque de leurs pre- 
mières incursions dans le grand déseï t d'Afrique, XVII. — 
Leurs ouvrages traduits au XII e siècle, XVIII. 
Arabes (géographes), 206. (Astronomes, XXIV. ; 
Arabia, 388. 

Arabie, 79, 406. 136, 172, 1 77, 201 , 205, 228, 2' 39, 283, 347, 360, 424, 426, 
445, 449, 480, 482, 484. — Heureus» e, 19, 160, 481. — Pétrée, 
160. - Déserte, 425— Plantes (d'), < 181.— Carte de cette con- 
trée, LXIV.— Légende sur cette coo trée dans la mappemonde 
de Kanulphus, 19. — Cette contrée ; r est mieux figurée que 
dans les cartes antérieures, ibid, 70, . 89. — Dans la mappe- 
monde de MCCCXX, 160.- Dans la m: ippemoode d*Arras, 114. 
— Contours |de ce pays dans la mai >pemonde de Sanuto de 
Bruxelles, 200. — Dans celle des chn iniques de Saint-Denis, 
217. — Dans la mappemonde de la bit diothèque de Paris sous 
le nom de Regnum Arabise, 227. — L *ns la mappemonde du 
Rudimentorium, 239. — Dans celle di > Reims, 346. — Dans 
celle du musée Borgia, 286. — Légendt 3 sur ce pays dans cette 
carte, ibid. — N'est point signalée < lans la carte de Pierre 
d f Ailly, 307. — Dans la mappemonde c \e Bianco, 385. 

Arabs fluvius, 162. 

Aracaia (?) dans la mappemonde du Rudimento rum Novitiorum, 238, 

Aracan (royaume d'), XLV. 

Aracbosie. 238 (Aragovia). — Dans la mapper nonde de Guillaume de 
Tripoli, 106. 

Aracia, 326 (voyez lies). 

Aragon, 6, 81 (Aragona). — Dans la mappemoi ide de MCCCXX, 144. - 
Dans la mappemonde de Sanuto de Bi ux elles, 184. 

^ral (lac), Notions vagues au sujet de ce lac q ii'on remarque dans la 
mappemonde de MCCCXX, 153. — Si; unification de ce nom en 
Mongol et en Turc-Kbirgis, 157 (voye; s Mer et Lac). 

Arararim (mot de la carte de Pierre d' Ailly. S: t signification, 307. 

Ararat, 307. — Vue perspective de cette mon tagne donnée par Oléa- 
rins, 414 (voyez au mot Mont). 

Aratus, 212. 

Araxe (l'),475. 

Arbre qui produit la Baume, figurée dans la ma| ipemonde de Bianco,380. 
— Sec, signalé dans la même carte, ibid. — Ce que rapporte 
Marco Polo sur ce sujet, ibid. ~- Payj i où on trouve cet arbre 
selon M. Lazari, ibid. — Etymologie de ce nom, ibid. — Du 



— 526 — 

Soleil et de la Lune, signales dans la mappemonde du Huit* 
mentorum A ovitionm, 239. — Explication de ce symbole, 
LXXIV, 806. — Arbre de la vie, 32. — Figurée dans la map- 
pemonde de 1 Xanulphus du XIV* siècle, 61 . — Dans la map- 
pemonde de Bk tnco, 380. 
Arbres (forets), légende çur Alexandre-le-Grand, 282. — Légende sar 
les arbres sacrés dans l'Inde (mappemonde de Ranalphns), tt. 
— Emblème des planètes, 509. 

Arcadie, dans la mapper jkonde de Ranulphus, 12. 

Archangeli, signalés da as la figure cosmographique du XIV* siècle, 
124. 

Arche de Noé, selon sa int Jérôme elle est le type de l'Eglise, 16. — 
Figurée dans I a mappemonde de Ranulphus du XIV* sjède, 
16. — Légend< a sur ce sujet, ibid. — Représentée dans use 
des estampes c le la chronique de Nuremberg, 230. — Figurée 
dans la mappe monde de Borgia du XV* siècle, 284. — Légende 
sur ce sujet, ibid. — - Marco Polo en parle, ibid. — Ce que 
ditOléarius, < lid.— Selon ce voyageur les Arméniens et les 
Persans croien t qu'il existe encore des restes dans l'Ararat, 
284. — Croix ( le bois conservée dans l'église des Arméniens 
à Scamachie, 2 05. — Figurée dans la mappemonde de Biaaco, 
386. — Dans c elle de Leardo, 414. 

Archeologia Britanica, , citée, 488. 

Archias, découvre l'Ile de Tylos, 78. 

Archiloge Sophie (mani iscrit de), 224. 

Archipel, 440. — Dans la mappemonde de Bianco, 396. 

Archives de la famille Dona à Venise, 180. — De la Propagande a 
Rome, 249. — De France, LXII. 

Ardh, 326 (voyez Terre ). 

Ardevil, 427. 

Aren civitas (voyez Ary *e). 

Argani (nom dans la m ippemonde de Leardo, 432. 

Argentoratensis, LXlV. . 

Argion, 387. 

Argonautes, XXXIV. 

Argonautiques, d'Apoll* mi us de Bhodes, 304, XXXI, LU. 

Arguim (voyez Iles). 

Argyre (voyez lies). 

Arias Mon tan us, cité, i t&l. 

Arim (voyez Aryne). 



— 627 — 

Ârimaspes, 27. 

Arimphéens, peuples hyperboréens, légende dans la mappemonde de 
Ranulphus, 55. — Passage de cet anteur sur ces peuples, 
ibid. — Passage de Solin, 56. — Passage de Mella, ibid. — 
Pays qui correspond aujourd'hui à la contrée habitée par ces 
peuples, 56. — Indiqués dans la mappemonde de Pierre 
d'Ailly, 304, 305. 

Aristote, cité, Ltl, 25, 37, 60, 83, 143, 154, 222, 500. —fie* Météo- 
rologiques, 150. 

Arkangel, 188. 

Arménie, LXIV, 16, 67, 107, 238. 282, 284, 289, 417, 418, 420, 422, 475. 
— Cette contrée assujettie par Ninus, 22. — Grande Arménie 
signalée dans la mappemonde de Sanuto de Bruxelles, 196, 
418. *~ Petite Arménie, 158, 196. — Dans la mappemonde de 
Ranulphus du XIV* siècle, 71, 88. — Dans celle d'Honoré 
d'Autun, 08.— Du Sallusle de Florence, 134. — Dans celle de 
MGCCXX, 157, 158. — Dans la mappemonde de Pierre d'Ailly, 
306. — Dans celle de Leardo, de 1448, 428. 

Arméniens, 120, 132, 284. 

Armozées (pays des), 78. 

Armuzia (voyez Iles). 

Arnauld de Zubolis, astronome, LX. 

Arnobe, cité, 53. 

A mon (fleuve), son nom moderne, 482. 

Aroan, 292. 

Arocas (voyez mont). 

Arrien, cité 10, 22, 161, 192, 198, 415, 454, 480. — Décrit le tombeau 
de Gyrus, 270. — Son opinion sur la symétrie qu'il croyait 
exister dans la configuration des régions voisines des deux 
pâles. 

Arrigan, 386. 

Arrousmitb, sa carte d'Asie, XLVII. 

Arsinoé (ville de), XLII. 

Artacene, 132. 

Artaxerce, renferme les juifs dans le Magog. — Légende de la mappe- 
monde Borgia, 273. 

Artemis, ou Diane, 508. 

Arthémidore, cité, XXXVIII, XLII, 202. 

Aryne, XXIV, LXV, 313,314, 315, 516, 317, 318, 319, 320, 327, 450. — 
Théorie de l'Aryne, 309. — Figurée au centre du monde 



— 528 — 

dans le planisphère du XII e siècle, de Pierre-Alphonse , 511. 

— Signalée dans la mappemonde de Pierre d'Allly, 310. — 
Appelée CoupdU du Monde, 310. — Gérard de Crémone ta 
signale le premier chez les Occidentaux ibid. sous le nom 
iXAries, oi%. — Passage relatif à sa position dans le Traité 
arabe de cosmographie, 312. — Placée a égale distance des 
points cardinaux, 319. — Description par Pierre Alphonse, 
321. — Aryne et les Sept climats, 323. — Etymologie de ce 
nom selon Sédillot, 326.— Considérée comme point de départ 
dans les tables de longitudes du moyen- âge, 326. — Défini- 
tion donnée par les Arabes, 327. — N'est qu'an point pare- 
ment mathématique, 325. — Passage de M. de Humboldt y re- 
latif, 326. 

Arzero (?) dans la mappemonde de Bianco, 386. 

Arzerum (Erzerum), 387 , 

Asaph, XL, 500. 

Asba ou Gouba, 490 

Ascaloo, signalée dans la mappemonde de Raoul pou s, 17. — Dans 
celle de Vienne du XIV e siècle, 118. — Signalée dans la map- 
pemonde d'Henri de Mayence, 484. 

Asem (royaume d'), 274. 

Aser (tribu d'), 433. 

Asia, 134, 232. — Maior dans la mappemonde Borgia, 265. 

Asie, XV, XX, XXXIII, XXXV, XL1II, XLVII, LIV, LXVIII, LXXII1, 
15, 24, 28, 29, 51, 32, 33, 36, 48,54, 56, 57, 63, 67, 75, 88,89. 
96, 107, 108, 109, 110, lit, 115, 118, 119, 129, 132, 135, 156, 
140, 142, 149, 151, 153, 136, 160, 165, 178, 183,109,208,217, 
219, 227, 232, 236, 241, 244, 245, 246, 248, 250, 231, 263, 279, 
283, 286, 295, 506, 307, 353,338, 344, 350, 356, 370, 371,373, 
384, 385, 389, 590, 596, 398, 407, 411, 424, 428, 415, 462,466, 
487, 488. — Anciennes traditions religieuses, LXX1V, 507, 
508. — Description de cette partie des mappemondes de 
Ranulphus du XIV e siècle, 14, 66, 87. — Dans cette carte, 
ce continent occupe la moitié de la surface de la carte, 61. 

— Séparée de l'Europe par le Taoaïs (le Don) , 66. — Son 
extrémité orientale, appelée Inde Barbare par ce cosmo- 
graphe, 28. — Dans la mappemonde d'Honoré d'Autun d* 
Stuttgard, 97. — Du planisphère d'un manuscrit du XIV* siè- 
cle, de Bruxelles, 102. 103. — Dans la mappemonde de Guil- 
laume de Tripoli, 105, 106. — Dans la mappemonde d'Arras, 



— 529 — 

112, 113. — ibid. sous le nom û'Ayse, 114. — Figurée plus 
grande que les deux autres parties du globe dans la mappe- 
monde de Vienne, 116. — Description de celle-ci, 117. — Ses 
limites signalées dans la mappemonde du manuscrit n° 4,126 
de la Bibliothèque nationale de Paris, 136. — Comment 
figurée dans la mappemonde de MCGCXX, 141. — Description 
de cette partie de cette carte, 148. — L'extrémité orientale y 
est appelée Finis Indie, 164. — Description de celle de Sanuto 
de Bruxelles, 189. — Légendes qu'on y remarque à l'extrémité 
de l'Inde, 195. — Système orograpbique qu'on y remarque, 
196. — Théorie des fleuves de cette partie de la carte de 
Sanuto, 198. — Dans la mappemonde de 1350 du manuscrit 
de Marco-Polo, 211. — Description de cette partie dans la 
mappemonde des chrouiques de Saint-Denis, 217. — Dans 
une autre carte du XIV e siècle, 227. — Celle de la mappe- 
monde Borgia du XV e siècle, 265. — Dans celle de Pierre 
d'Àilly, 304. — Dans celle de 1417 du palais Pitti, à Florence, 
332. — Dans la mappemonde du Rudimentorum Nocitiorum, 
237. — Celle de la mappemonde de 1417, de Reims , 345. — 
Comment figurée dans la mappemonde gravée sur une 
médaille, 351. — Dans la mappemonde de Dati, 355, 359, 
360. — Dans celle de Bianco, 375. — Dans celle de Leardo de 
1448, 410. — Dans la carte de La Salle, 451, 455. — Descrip- 
tion de celle de la mappemonde d'Henri de Mayence,473, 485. 
— Dans une autre mappemonde, 504. 

Asie centrale. Légende qu'on y remarque dans la mappemonde de 
Bianco, 384. 

Asie Méridionale, 107, 398. 

Asie Mineure, 15, 16, 48, 71, 81, 127, 130, 131, 153, 171, 177, 360,583, 
386, 397, 427, 428, 445, 455, 484. — Signalée dans la mappe- 
monde de Ranulphus, 88. — Dans celle d'Honoré d'Autun de 
Stuttgard, 98. — Ses contours dans la mappemonde de MCCCXX, 
158. — Dans celle de Sanuto de Bruxelles, 200. — Dans celle 
du musée Borgia du XV e siècle, 265. — Comment figurée dans 
la carte de 1417 de Reims, 347. 

Asie Occidentale, 355, 455. 

Asie Orientale, 90. 

Asie Septentrionale, 157, 270. 

Asie Supérieure, 22. 

III 34 



— 530 — 

Asie subjuguée par Pampedote. Légende dans la mappemonde Borgu, 
264. 

Asizia (?) nom dans la mappemonde de MCCCXX, 172. 

Aspélie (nom ancien de Vile de Chypre), 47. 

Aspisii Montes, 412. 

Assa, fils de Sem, indiqué dans la carte de Ranulphus, 22. — Obser- 
vation sur ce nom, ibid. 

Assefs, 269. 

Assemani (voyez Chroniques). 

Assouan, XVII, 437 (sous le nom de Senm).— Dans la carie de Borgia, 
288. 

Assur, fondateur de Ninive, 22. 

Assyrie, XXXIU, 25, 106, 205, 238, 479.— Limites de celte contrée, 21.— 
Dans la mappemonde de Ranulphus, 21, — Légende y relative, 
ibid. — Fleuve qui la sépare de la Parlhie dans celte carie, 
24. — Signalée dans les autres cartes du même cosmographe, 
79, 90. — Dans la mappemonde d'Honoré d'Autun, 97. — 
Dans celle de Vienne, 119. —Dans la mappemonde de MCCCXX, 
159. — Dans celle de Sanuto, 200. — Dans la carte de Saint- 
Denis, 217. — Dans celle du manuscrit de la Bibliothèque 
nationale de Paris, 227. — Dans la carte de Pierre d'Ailly, 
307. — Dans celle de Leardo, 424. 

Assyriens (monastère des), 291. 

Astabas (fleuve) à quel cours d'eau correspond aujourd'hui, 165. 

Astaboras (fleuve), 167, 490. 

Astle, cité, LIX. 

Astomes, peuples de l'Inde signalés par Mégasthène, 5J. 

Astrakan, 150, 269. 

Astrolabe, 178. 

Astrologie (figures du manuscrit d'Angulo), 446. 

Astronomie de Philolaus, XXVIII. 

Astronomie de Samarcande, XXV. 

Asturies (les), 6, 143, 144, 233, 252. 

Astynomus, auteur cité par Pline, 47. 

Astypalée (voyez Iles). 

Atalie. Légende sur les divisions territoriales de ce pays dans la carie 
de Ranulphus, 13. 

Athènes, 186, 216. — Dans la mappemonde d'Honoré d'Autun, 97. - 
Dans celle de Borgia, 258. — Légende y relative, ibid. 

Atland, 441. 



— 531 — 

AtUntes Sigri, signalés dans U mappemonde Borgia, 289. 
atlas, 39, 72, 74, 291, 290, 591, 492. — Légende qu'on remarque an 
sujet de cette montagne, dais la mappemonde de Ranulphus, 
33. — Gomme Mythe, 226 (voyez Mont).x 
Atlas de Jean Martines, de 1583, LXII. 
Atropatène, 412. 

Atticj» (mappemonde de Dati), 359. 

Attila, roi des Huns (légende dans la carte Borgia), 254, XVI. 
Attiqne (T), 12. 

Audaghort ou Audagort, 291, 438. 
Auguste, 8. 

Aolu-Gelle, cité, 25, 27. 
Aurea Insula, XLIV (voyez Iles). 

Aurea Gemma, ou Lucidanius, description de ce livre» LV. 
Aurea Regio (voyez Pays de l'Or). 
Aurélia , 508. 
Aurélien , 508. 
Aurelius Victor, cité, 470. 
Auster, 83. 

Autels des Philènes, 132. — Signalés dans la mappemonde de Ranul- 
phus, 36. — Passage de Mêla y relatif, 36. — Signalés dans 
la mappemonde de Vienne, 120. — Dans celle d'Henri de 
Mayence, 491. 

Autriche, 187, 236, 470. — Gomment signalée dans la mappemonde 
de MCCGXX, 146. — Dans la carte Borgia, 259. 

Ava (royaume <f ), 165, 335. 

Avezac (M. d'), LXVII, 10, 104. 

Avicenne, cité, 37. 

Avienus, cité, 84. 

Avignon (dans la carte Borgia), 255, XVIU. 

Ayeen Akbary, 161. 

Azak, 269. 

Azof ou Azov? (voyez Mer). 

Azurara, chronique du XV e siècle, LX, 329. 

B 

Babel (tour de), signalée dans la mappemonde d'Honoré d'Auto», 96, 
— Légende y relative dans la carte Borgia, 283 (voyez 
Tour) . 



— 532 — 

Babylone, LV1I, 69, 445.— Légende au sujet de celle ville dans la 
carte de Rauulphus du XIV e siècle, 19, 20, 70. — Signalée 
dans la mappemonde d'Honoré d'Autun, 98. — Dans la map- 
pemonde de Vienne, 119. — Dans celle de Sainte-Geneviève, 
217. — Dans la mappemonde du Rudimentorum yovitiorum, 
240, 242. — Dans celle de Borgia, 283. — De Bianco, 388. 

Babylonie, XXXIII, 22, 90, 106, 218, 238, 307, 480. 

Bacon , LV. 

Bactriane , 22, 24, 108, 269, 383, 386, 420, 480. — Légende y relative 
dans la mappemonde de Ranulphus, 23. — Cyrus et Alexan- 
dre soumettent cette contrée, 24. — Elle fut le berceau de 
la civilisation des Mèdes, 24. — Sous le nom de Baeria, 69, 
90, 157. — Fleuves qui coulent dans ce pays, signalés dans la 
mappemonde de Sanulo de Bruxelles, 196. — Dans la mappe- 
monde de Pierre d'Ailly, 306. 

Baclua (Bactra), 306. 

Bacu (merde), XXXVI. 

Bade (maison de). 

Bafagiler (nom dans la mappemonde de Leartlo), 437. 

Bagara (f*M.), 426. 

Bagaran (dans l'Arménie), 426. 

Bagdad, 385. — Légende sur cette ville dans la mappemonde Borgia, 
282. 

Bagons, 413. 

Bagrada (fleuve), son nom actuel, 492. 

Babarah, 426. 

Babarem (ou Babarain), signification de ce nom, 78 (voyez Iles). 

Bajazet, 247, 258. 

Bakuje, 415. 

Balafu (?), nom dans la mappemonde de Leardo, 421. 

Balarham (royaume), 421. 

Baie, sous le nom de Basset dans la mappemonde d'Henri deMayeoce. 
du XII e siècle, 471. — Dans la mappemonde Borgia, 260. 

Baléares, 86. — Signalées dans la mappemonde de Ranulphus, 81 — 
Sous les noms Insalubre Sali are Major et Minor , (voyez Iles], 

Baleus, cité, 3. 

Baldaco (nom dans la mappemonde de Bianco), 385. 

Baldelli, cité, LXIX, LXX, LXXI, 328, 331, 337, 339. — Ce que dit cet 
auteur au sujet de l'Inde, de la carte de Sanuto, 201. 

Balk (pays de), LUI, 23, 269, 419. 



— 533 — 

Balkans (les), 278. 

Balkhache (voyez Lac) . 

Baltique (voyez Mer). 

Bambotum (fleuve d'Afrique, signalé dans Polybe), 170. 

Bandini, cité 133. — Passage de cet auteur sur la mappemonde du 

manuscrit de Salluste de Florence, 129. 
Bangor, signalé dans la mappemonde de Ranulphus, 51. 
Banier (abbé), cité 84. — Sa Mythologie, citée 176. — Sa Dissertation 

sur les Pygmées, 26. 
Barac, fait la guerre à Sisara , 483. 
Barbares, Ethiopiens, 168. 
Barbarie, 368. 
Barbier du Bocage, son analyse des cartes des Marches d'Alexandre- 

le-Grand, 479. 
Barboza, 423. 
Barca, 290. 
Barcelone, 6, 298. — Nom qu'elle porte dans la mappemonde Borgia , 

232. — Dans celle de Leardo, 404. 
Barces (sous le nom de Larcy ou Larce dans la mappemonde Borgia. 
Bardes, 51. 

Baren (nom dans la carte de Leardo), 421. 

Bargo (nom dans la carte de Leardo, à quelle contrée il correspond), 413. 
Baris (fleuve), 162. 

Barros, ses Décades de l'Histoire de l'lnde f citées 281. 
Barth (D r ), son ouvrage géographique sur l'Afrique, 431. 
Barthélémy Dias, ses navigations, 301. — La forme de l'Afrique n'était 

pas connue avant lui, 209. 
Baseatis Fluvius, dans la carte de Leardo, 416. 
Basrah (nom persan de Bassorah), 390. 
Basera ( Empire), signalé dans la carte de Bianco, 390. 
Basilic, figuré dans la mappemonde d'Henri de Mayence, du XII* siècle, 

491.— -Signalé dans celle de Ranulphus, du XIV e siècle, 57.— 

On le plaçait dans la Nubie, 38. — Passage d'Albert le Grand 

au sujet de ce serpent, ibid. 
Basislis, 416. 
Basse- Allemagne, 9. 
Bassel (voyez Baie). 

Bassorah, commerce de cette ville, 390. — Voyage à Bassorah, ibid. 
Bataille de Poitiers, de 1356; — Légende y relative, 253. 
Batazan (nom dans la carte de Leardo), 420. 



— 534 — 

Balria (voyez Bactriane). 

Baudrand, cité 78. 

Baume d'Arabie, 386. 

Bavière, 187, 559. — Dans les mappemondes de Banulphns, il, 63. — 
Sous le nom de Bavaria, 85. — Dans celle de Guillaume de 
Tripoli, du XIV e siècle, 106. — Dans la mappemonde de Bor- 
gia, sous le nom de Aoymrfa, 960. 

Bayer, cité 476. 
Bazarie, 416. 
Bécanus, cité 486. 

Beckmann , croyait que la cane qu'on trouve dans la chronique de 
Nuremberg était la première qui eût été gravée, «31. 

Bède, le vénérable, figures oosmograpniqnea, qu'on y marque, LIV 
Bédoins (pays des), signalé dans la mappemonde de Sanoto, 202. 
Behim (Martin de), voyez Murr. 
Belenon (nom dans Leardo), 438. 

Betfiqne, 46T , LXIV; Mpfac, dans les mappemondes de Banoipëss, 8, 
62,85. 

Bélier, M4. 
Bellini (voyez Cartes). 
Bélouchistan, 361. 
BeK (le détroH), 475. 

Bélus, mentionné dans la mappemonde de Banulpbus, du XIV» siècle, 21 
Benêt Collège (manuscrit du), 94. 
Bénévent, 13. 

Bengale, 570, 445; sons le nom de BerngaKa dans la mappemonde de 
I417 f 355, (voyez Golfe). 

Beni-Sernai, 431. 
Benincasa (voyez Portulan). 
Bénites (les), 479. 
Benjamin (tribu de), 483. 

Béotie, 12. — Dans la mappemonde de Guillaume de Tripoli, 105. 
Bernera» 202. 

Berbers, XVI, légende sur ces peuples dans la mappemonde Borgia. 
289. 

Bercherlina. dans la mappemonde Borgia ; à qnel pays ce nom peut 
correspondre, 269. 

Bérékeb. Khan du Kaptchak, 269. 

Bérénice, dans la mappemonde de Pierre d'Ailly, 308. 



— 535 — 

Berger de Xivrey (M.), cité, 87, 28, 57, 58. — Son livre sur les Tradi- 
tions tératolegiquet, etc., 25. 

Bernet (M.)» bibliothécaire de la Vadiane à Saint-Galt ; renseignements 
qu'il envoie à l'auteur, 445. 

Béror, torrent dont parle l'Écriture-Sainte, 486. 

Bethléem, 425, 445, 483 ; signalée dans la mappemonde de Ranulphus, 
18. 

Berthold (D.), LX. 

Bétique (la), mappemonde de Ranulphus, 6. 

Bettigo Mons (montagnes de l'Inde), 165. 

Biah (le fleuve), 161. 

Bianco (Andréas), cosmographe vénitien du XVe siècle, 380,585; — 
Sa Biographie (voyez Rossel) ; son Portulan, 367. — 11 adopte 
la théorie de la communication de la Mer indienne avec l'O- 
céan atlantique , 587. — Il termine l'Afrique au midi par le 
pays des Cynocéphales, 391.— Sa Mappemonde, citée, 476. 

Bibliotheca média? et infimae latinitatis, 250. 

Bibliotheca Patrum, LIV, 515. 

Bibliothèque de l'Arsenal, 445. 

— royale d'Angleterre, 3, 82. 

— d'Arras, 110. 

— des avocats en Ecosse, 3, 61, 63, 71. 

— Bodleyenne à Oxford, LXI, 597. 

— de Bourgogne, 2, 5, 100, 145, 180, 190, 201, 207. 

— Britannique, citée, 589. 

— de Bruxelles, LXH, 445. 

— de Chartres, 528. 

— de Copenhague, manuscrits des XII* et XIII e siècles, LXIX. 

— du Corpus christi Collège à Cambridge, 463. 

— Cottonienne, XXXIX. 

— de Dijon, 460, 501. 

— de KEscnrlal, LVI. 

— de Gand, XXX, LXII. 

— Harléienne, LXI. 

— d'Hiedelberg,551. 

— Laurenziana de Florence, 120, 129, 329. 

— du Louvre sous Charles V, 50. 

— des Médicis, 133. 

— De Metz, 460, 501 , 505. 

— d'Oxford, 180. 



— 536 — 

Bibliothèque du palais Pitti a Florence, 327. 

— Nationale de Paris, LXI, LXIII, LXV, LXXII, 20, 48, 61, 100, 

103, 121, 123, 126, 127, 134, 139, 224, 223, 245, 246, 290, 310, 
311, 312, 348, 349, 353, 366, 390, 451, 498, 510. 

— de Reims, 341. 

— Ricardienne de Florence, LVI. 

— de Rouen, 222. 

— de Saint-Marc à Venise, 180, 399. 

— de Saint-Omer, LXXV. 

— de Sainte-Geneviève, 214. 

— de la société géographie, LXIV. 

— Stockholm, 211. 

— de Stutlgard, XLVIII, 94, 95, 110, 244, 499, 503, 504. 

— Trento à Venise, 398. 

— de Troyes (manuscrit de la), LVI. 

— de Turin, LVIII. 

— Vadiane à Saint-Gall, 444, 445. 

— du Vatican, 174, 207. 

— Impériale de Vienne, 115. 

— de Wolfenbiitlel, LXXV. 

— Zeniana, XI. 

Bibliothèques de l'Italie, 329. 

Bifolsi (nom dans Lear do), 42£. 

Biles, 496. 

Bina (?), 147. 

Binamerin (rex), dans la mappemonde de Bianco, 368. 

Biographie universelle, citée, 179, 312, 349, 366, 369. 

Biondus, son lialia illustrata, citée, 468. 

Biot (M.), cité, 121. 

Bithynie, 108, 235. — Dans les mappemondes de Ranulphus do 
XIV e siècle, ,16, II, 88.— Dans celle de Stutlgard, 90. — De 
Vienne, 118. —Dans la mappemonde de MCCCXX, 158.— 
Dans celle de Sanuto, 200. — Dans la mappemonde de 1448 de 
Leardo, 407. 

Bizacène, dans la mappemonde de MCCCXX, 166. —Dans celle de 
Pierre d'Ailly, 308. 

Bizarro ( Pierre), son Histoire de Perse, citée, 414. 
Blaeu, sa carte, citée, 468. 
Blaquière (ses lettres citées), 452. 



— 537 — 

Blemmeyes, 44. — Passage de Pline relatif à ces peuples, 43.— De 
Solin, ibid. — De Vopiscus, ibid.— Opinion de Letronne, ibid. 

Blida, 431. 

Bochart, JCXXVII, cité. 79, 194. 

Bocia (dans la mappemonde de Dali), 359. 

Boèce, 500. 

Boek, ses commentaires sur Philolaus, XXVIH.' 

Bohême (la), XXIII, 145, 187, 254.— Daus les mappemondes de Ranul- 
phus sous le nom de Bohemia, 11, 63, 86. — Celle de Borgia, 
264.— Dans celle de Leardo, 406. 

Bois sacrés de l'Ile de Tennis, 539. 

Bojador, signalé dans la mappemonde de 1417, du palais Pitti, 306 
(voyez Cap.) 

Bollandistes, cités, 50. 

Bologne (Bononia), dans la mappemonde Borgia, 256. 

Bona (Bone), dans la mappemonde de Leardo, 432. 

Bongars, 153, 173, 174, 176, 177, 178, 179, 181, 182, 183, 189, 190, 191, 

195, 203, 207, 208, 273. 
Boni (l'abbé). Sa notice sur la Casse tina geograflca ail Agemina, 246. 
Bononica insula, dans la mappemonde de Ranulphus, 58. 
Bordeaux, 234, 253, 298. 
Boreas (le vent), 83, 85. 
Borghi (l'abbé), sa notice de la mappemoude de 1417, du palais Pitti, 

328, 330, 331, 334, 337, 339. 
Borgia (cardinal), 296. —Ses lettres à de Murr sur la mappemonde de 

son musée, 249, 250. 
— Jean-Paul , neveu du cardinal, fait graver la mappemonde du 

musée de Vêle tri, 250. 
Borli ( nom dans Leardo), 427. 
Borystbène (le), XXIV, 66, 189, 375, 407. 
Bosna-Seraï, 405. 

Bosnie , dans la mappemonde Borgia, 264, 405. 
Bosphore, XXXII, 158, 186, 258, 470. 
Boulon, cité, 47. 
Bourgogne, 63. — Dans les mappemondes de Ranulphus Burgundia, 

8, 62, 84, et dans celles de Sanuto, 185 et Bergia, 254. 
Bouronths (les), 276. 
Boussole (la) décrite dans le poème géographique de Dati, du XV 

siècle, 353. 



— 638 — 

Brabant (le), 186. — Dans la mappemonde de Saint-Denis, 216.- 

Dans celle du Rudimeniorum, 234. 
Brabantia (le Brabant), dans les mappemondes de Ranulphus, 63, 85. 
Brachmanes, 27, 28, 29. 
Braciana, 243. 

Bracbio (mappemonde de Leardo), 407. 
Brack, sa traduction des lettres sur la carte de Parme, XII. 
Bradano, 469. 

Brandebourg (Marche de), 187. 
Brébolles (M.) communique à l'auteur une carte gravée sur nne bulle 

d'or du XIII* siècle, LXII. 
Bretagne, 52,254. Dans les mappemondes de Ranulphus, 7, 62. — Sons 

le nom de Britania, 144. — Dans celle de Sanuto, 185. 
Brindes, dans la mappemonde de Ranulphus, 14. 
Bristol. 51. 
Britania minor, dans ta mappemonde de Ranulphus, 7, 84. — Dan& 

celle de Saint-Denis, 221, LXIX. 
Brocard (dominicain), voyageur en Palestine, 231. 
Brosses (Des), cité, 55, 66, 67, 151 f 194.— Opinion de ce savant sur le 

Katay, 151. 
Bruce, son voyage pour la découverte des Sources du Nil, XLl, 488. 
Brucis (voyez Policastro). 
Bruges, 8. 

Brundisium (voyez Brindes). 
Brunet, cité, 353. 

Bruyn (Le), sen voyage au Levant, cité, XXII, 444, 416, 417, 4*3,4*7 
Bryant, cité, 304. 
Buache (géographe) LI, 435. 
Bubuasse, 479. 

Bude {Buda), dans la mappemonde Borgia, 259. 
Buder (voyez Bojador) . 
Buflbn, cité, 154. 

Bukarie (la Grande), 23. — La Petite, 151, 269, 275, 389, 419. 
Bulgarie, sous le nom de Bulgaria dans les mappemondes de Ranul- 
phus, 64, 86. — Dans celle du Rudimcntorum, etc. 236. — Dans 

celle de Borgia, 258. 
Bulle d'or d'un diplôme de l'empereur Frédéric II, LXII. 
Bulletin de la Société de Géographie de Paris, XXX VU, 21, 39,288, 

307, 326, 327, 419. 
Burckharrit, cité, 488. 



— 539 — 

Bargundia, dais la mappemonde de Ranulphus, 13. 

Busching, son Magasin Géographique, cité, 419. 

Busini, 486. 

Bute, 540. 

Butés, 339. 

Byrsa, ancien nom de Catbay, signalé dans la mappemonde de Ra- 
nulphus, du XIV* siècle, 34. — Selon Orote, était seulement 
une partie de cette ville, ibid. 

Byzacène, 35, 168, 434, 492. 

Byzatium, légende sur ce pays dans la mappemonde de Ranulphus, 34. 
— Dans celle d'Honoré d'Autun de Stuttgard, 109- 



c 



Canal (non dans la mappemonde de Leardo), 4i6. 

Gabiosa, 484. 

Cabo Negro, des cartes espagnoles, 431 . 

Cadamosto (ses voyages cités), 296. 

Cadix, 62, 87. — Sous le nom de Gadès dans la mappemonde de Ba- 

nulpbus, 84. — Dans celle de Guillaume de Tripoli, 105. — 

Sous le même nom dans celle de Pierre d'Ailly, 303 (voyez 

Gadès el lie). 
Gaillaud, son voyage en Nubie, 488. 
Caire (le), 242. — Sous le nom de Babilonia dans la mappemonde de 

Sainte-Geneviève, 220. — Sous le nom de Caire dans celle de 

Bianco, 388. 
Calabre (la), 13, 468. — Dans la mappemonde de Sanuto, 183. — Dans 

celle de Borgia, 257. 
Calabres (les), 403. 

Calabria, LXIV, dans la mappemonde de MCCCXX, 146. 
Calcedonia, signalée dans la mappemonde de Sanuto de Bruxelles, 200. 
Caldea, 425. — Signalée dans les mappemondes de Ranulphus, 19, 70» 

90, 97. — Dans celle d'Honoré d'Autun, 98. — Dans celle de 

MCCCXX, 159. — Dans Sanuto, 183, 200. — Sous le nom de 

Kaldea dans la mappemonde du BudSmeniorum, etc., 238. — 

De Borgia, 283. — De Reims, 346. 
Caldée, 426, 445. 
Calderon (D. Antonio Gomes), sa traduction de l'ouvrage de Forma- 

leoni, 366. « 



— 540 — 

Calendrier de la mappemonde de Leardo, de 14*8. — Légende eipU- 
cative. 40t. 

Calb'maque, 49. 

Cah'ni <Kalli-Naddy , 4M. 

Calliphanes, cité 33. 

Callistbcne (pseudo), 501. 

Calmet <D.) Son naire de la Bible, cité, 16. — Ses CouMKfr 

taires but Isaic. 134, XXI. 

Calpe (voyei Montagne). 

Cal ta ire voyez Mont), 

Camar voyei lies). 

Cambaye (légende dans la mappemonde Pllti), 335. 

Cambden, son ouvrage sur l'Angleterre, cite, 177. 

Cambyse, 490, 

Campante, 81 , 86, 37, 106, (85, 468, 469. — Sous le nomdeCaa- 
pam'a dans la mappemonde de Ranulphus, 13, 64, 84. — Lé- 
gende y relative. 13. 

Campo Santo de Piie. 382. 

Campos (vojei lies). 

Canada, 76. 

Canara (voyei Cottemara). 

Canaries, 80 (voyez lies). 

Candla, 336. 

Candos, 48. 

Canena, mappemonde de Ranulpbtis, 64. 

Cannes (bataille de), 357 — Sons le nom de Canna dans RanuInhnV. 

Canonici (l'abbé^ 178, 194, 300, y». — Son manuscrit de l'onmea 
deSanuto, 173, 175. 

Canope, XXIII. 

Canopiquc (branche), 493, 494. 

Cantocaples (pays des), 418. 

Can&ar (nom de ville dans Leardo), 423. 

Cap Bojador, 169, 170, £97, 329, 338, 397, 438, 441. — De Boue- 
Espérance, LXX, 430.— Relations commerciales des Flamands 
avant le passage de ce cap, IS1. — Comorim, 163. — Finis- 
lerre, 143, 184. — Guardafui, 303. — Hisperon-Cens, 59.- 
Luco, 48B. — Saint-Martin, 6. 

Caper(le fleuve Caprus), f 60. 

Capoue, 13. 

Cappadoce (la), 107, 1%. — Sous ft nom de capadoti» dans Rasai- 



— 541 — 

phus, 16, 71, 88. — Dans la mappemonde de Vienne, 118. — 
Dans celle de MGCCXX, 158. — Du musée Borgia, 293. 

Capraria (voyez lies). 

Cara, dans la Mésopotamie, 422. 

Caramanie, 21, 24, 70, 77, 89, 127, 422, 479 . 

Caravanes, 277, 588. — Légende sur celles des pèlerins qui se rendent 
à la Mecque, dans la mappemonde Borgia, XVI, 289. —Celles 
qui allaient au Cathay, XVIU. 

Ca relie, dans la mappemonde de Sanuto, 188. 

Carène (voyez Montagne). 

Cardamome, 336. 

Cardia (golfe de), 470. 

Carinthie, sous le nom de Carintem, dans la mappemonde de MCCCXX 
146. 

Carmélites, leurs couvents dans le Mont-Carme 1, 238. 

Carniole (la), 146. 

Carrbes (ville de), 508. 

Carte d'Afrique dans les petits géographes d'Hudson, 242. — De la 
même contrée, par Berghaus, 432. — Celle du docteur Barth, 
431. — De l'Afrique ancienne, par Hill. 242. —Représentant 
les routes suivies dans l'intérieur de l'Afrique par les con- 
quérants grecs et romains, par Buache, 435. — d'Albateny, 
156. — De Alby du XII- siècle, XLVI.— De l'Algérie de M. Ca- 
rette, cité, 431. — De l'Allemagne dans la chronique de Nu- 
remberg de 1475,231. —D'Angleterre, LX, LXI. — De d'An- 
ville, annexée à son mémoire sur lo rempart de Gog, 273. 

— De l'Arabie, par Niebubr, 426.— De l'Asie de d'Anvillc, 24. 

— De la même contrée de Mercator, 79. — De l'Aral (voyez 
Kanikoff.).— De l'Arync (voyez ce